Vous ne connaissez pas encore la « sousveillance » ?

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(Crédits : reuters.com)
Je dois à Yolaine de Linarès, directrice de la prospective sociétale de L'Oréal, de vous faire connaître la « sousveillance ». Elle en a brièvement parlé lors d'une conférence organisée par les élèves de Skema Business School. J'extrapole donc.

Intuitivement, la sousveillance est représentée par toutes ces organisations plus ou moins structurées, ONG reconnues ou associations éphémères, internationales ou locales, qui donnent leurs avis sur des produits et services (Noteo.info), organisent des pétitions (Avaaz.org), agissent après études (Greenpeace.org, Robindesbois.org), sont attentives aux libertés (Amnesty International, Reporters sans Frontières), etc. La sousveillance, ce sont aussi des mouvements finalement politisés comme les altermondialistes, et plus récemment les zadistes, les anonymous, les pirates.

Ce sont les lanceurs d'alerte (reconnus indirectement au conseil de prud'hommes de Paris début mars 2015) comme Wikileaks, Edward Snowden, Irène Frachon. La sousveillance, ce sont des groupes ou mouvements spontanés sur la Toile, sur Facebook, Twitter, Snapchat pour soutenir un salarié ou un consommateur, montrer du doigt une marque. La sousveillance a comme acteurs une nébuleuse, spontanée ou pérenne, plus ou moins sérieuse, rigoureuse, manipulatrice.

La critique, l'amélioration commune

Les entreprises, l'État, toute organisation voire individu, peut à tout moment se trouver sousveillé. Il y a une dizaine d'années, c'était la panique qui l'emportait. Ce ne doit plus être le cas aujourd'hui. Car dans le fond, c'est une excellente chose ! Nous sommes dans une société de partage. L'économie de partage, l'économie dite collaborative suit. Partager, c'est accepter la critique.

D'où qu'elle vienne. La critique, c'est améliorer en commun, c'est essayer pour apprendre. La critique c'est la progression de la connaissance, de la compréhension, c'est faire émerger rapidement les signaux faibles. Dès lors que l'on parle de sousveillance, la surveillance s'éclaircit : « sur » c'est « en haut » ou « en dehors » selon le Petit Robert. « Surveiller » c'est « observer avec une attention soutenue, de manière à exercer un contrôle, une vérification » selon la même source.

Sous-veiller apparaît comme une évidence : « sous » c'est « en bas », « en dedans » toujours selon Le petit Robert. S'il fallait donner une définition :

« Sousveiller c'est observer avec une attention soutenue [à partir de la conception, de l'expérimentation, de la pratique, du vécu] par des acteurs indépendants de liens financiers ou hiérarchiques ».

Je repars en plongée.

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L'ouvrage le plus récent de Philippe Cahen :
Les Secrets de la prospective par les signaux faibles, Éditions Kawa, 2013

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Commentaires
a écrit le 22/05/2015 à 13:43 :
Article intéressant mais revenir aux origines sémantiques de la sousveillance et aux philosophes ou sociologues qui ont fait émerger le sujet est aussi incontournable pour en appréhender complètement les enjeux puisque vous souhaitiez repartir en plongée.
A commencer par Steve Mann http://www.surveillance-and-society.org/articles1%283%29/sousveillance.pdf et Jean-Gabriel Ganascia qui précise que pour lui cette notion est dans le prolongement du panopticon (cf.M. Foucault) et d'un contexte de total transparence. Réduire et créer une confusion avec les lanceurs d'alertes nous paraît quelques peu préjudiciables pour ces nouveaux héros citoyen.
Pour aller plus loin l'excellent ouvrage de http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Le_profilage_des_populations-9782707176318.html
Au plaisir d'en débattre.

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