Un plan de rigueur peut en cacher un autre

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Par Philippe Mabille, directeur adjoint de la rédaction de La Tribune.

Tous les gouvernements européens qui ont dû prendre, sous la pression des marchés financiers, des mesures impopulaires pour réduire à marche forcée leurs déficits sont aujourd'hui soit sur le départ (Papandréou, Berlusconi), soit mal en point (Zapatero, Cameron). Nicolas Sarkozy ne pouvait pas ne pas avoir cette donnée en tête en confiant à François Fillon le soin de monter au front pour annoncer la "douloureuse" aux Français. Avec des accents churchilliens et une référence à 1945, qui a dû faire plaisir à Angela Merkel, on nous promettait une rigueur de guerre. On a eu droit à une rigueur de campagne, enfermée dans une triple injonction contradictoire : rassurer les marchés sur la crédibilité de la signature de la France, sans provoquer la colère de la rue (Juppé, hiver 1995) ni casser plus encore la (faible) croissance. Une sorte de triangle maudit de la réforme.

La campagne, on y a eu droit d'entrée de jeu avec les multiples références de François Fillon à l'incurie budgétaire attribuée à la gauche, visant directement François Hollande. La rigueur, on l'a eu aussi, mais une rigueur "light", bien enrobée, en faisant sentir que cela pourrait être bien pire si le gouvernement n'était pas attentif au sort des plus modestes. Ainsi donc, en France, on ne baisse pas les salaires des fonctionnaires ni les pensions de retraite, comme en Grèce ! Rigueur de campagne encore, avec l'annonce du gel du salaire des ministres et du président de la République, histoire de faire oublier que celui-ci a été augmenté de 172% en 2007... Bonjour la démagogie.

Pourtant, malgré toutes ces précautions oratoires, ce budget-bis brise bel et bien tous les tabous que s'était interdit Nicolas Sarkozy, contraint malgré lui de se renier sur à peu près tout. Ultime habileté, pour éviter une réaction éruptive de l'opinion, les mesures les plus dures de ce plan avancent masquées. Exemple avec le gel, jusqu'en 2013, du barème des impôts sur le revenu, sur la fortune et sur les successions qui rapportera à lui seul... 15 milliards d'euros d'ici à 2016, sans augmenter les taux. Chapeau, l'artiste ! Cette vraie hausse d'impôt frappera indifféremment tous les contribuables, et non pas les seuls riches comme on essaie de nous le faire croire. "Il faut toujours faire payer les pauvres, car ils sont les plus nombreux", dit un célèbre adage fiscal. Que dire alors de la hausse du taux réduit de TVA à 7 %, pour faire "comme l'Allemagne", sinon qu'elle frappera directement le consommateur au portefeuille ?

Enfin, la meilleure preuve que la rigueur s'étend désormais aux classes moyennes, la révision en baisse en 2012 des règles d'indexation de certaines prestations sociales (famille et logement). Pour la première fois, on touche au sacro-saint modèle social français hérité de... 1945 justement. Certes, Nicolas Sarkozy n'a pas osé étendre cette désindexation aux retraites, préférant accélérer le rythme du passage à 62 ans pour avoir droit au taux plein. Mais on touche là au dernier grand tabou de la dépense publique en France, à savoir les transferts sociaux. Nicolas Sarkozy commence à faire, en douce et en douceur, exactement ce que lui recommandait le rapport Attali 2 (remis en octobre 2010 et aussitôt enterré) : pour réussir l'ajustement des finances publiques, il proposait (page 45) de geler certaines prestations sociales (aides au logement, allocations familiales, prestations maladie indexées) et même de mettre sous conditions de ressources les allocations familiales.

"Je n'ai pas voulu aller jusqu'à geler ces prestations", s'est défendu François Fillon, avant de dévoiler quelques minutes plus tard le pot aux roses : "il faut refonder notre modèle de croissance qui est devenu insoutenable car depuis trop longtemps tiré par la consommation soutenue par les transferts sociaux." Ah, que la rigueur est jolie quand elle montre son vrai visage ! Démanteler un modèle social français devenu trop coûteux, voilà donc le vrai projet que nous mijote Nicolas Sarkozy pour sa campagne de 2012. Car il ne faut pas s'y tromper : après un plan Fillon 1 en août, Fillon 2 en octobre, et pourquoi pas si Mr Moody's menace encore notre triple A, un plan Fillon 3 cet hiver, ce n'est que le début de la Rigueur. Angela Merkel a prévenu : pour sortir de cette crise, l'Europe est condamnée à dix ans d'efforts...

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Commentaires
a écrit le 14/11/2011 à 9:06 :
@ ITG : Vous devriez réfléchir avant d'écrire. Vous êtes un gamin irresponsable. Vous êtes fonctionnaire soi-disant -on raconte ce qu'on veut ici- et vous osez proposer d'engorger les services de l'Etat ? Vous me faites penser à ces fonctionnaires du pôle-emploi ou des services sociaux qui apprennent aux chômeurs et autres citoyens à profiter du système. Comme les caissières qui ferment les yeux sur les vols dans les supermarchés. L'Etat, c'est nous, y compris les fonctionnaires. Un supermarché ne vit que si ses clients paient leurs achats et ne versent des salaires que s'il fait des bénéfices. Mais certains ne réfléchissent pas....
a écrit le 13/11/2011 à 9:15 :
Voilà ce que je propose : Écrivez en masse à votre centre des Impôts (1 lettre pour les impôts sur le revenu, 1 pour la taxe d'habitation et 1 pour la taxe foncière). Demandez un étalement de votre paiement et/ou une réduction de votre impôt. Vous n'obtiendrez probablement pas gain de cause, mais vous allez engorger nos services. Nous ferons remonter ainsi le mécontentement des citoyens.

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