Berlin, la dette et la doctrine Bagehot

Par Philippe Mabille, directeur-adjoint de la rédaction

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Walter Bagehot (1826-1877) était un des rares éditorialistes vedettes du journal « The Economist » fondé par son beau-père, et dont il prit ensuite la direction éditoriale. Le lien avec l'actualité qui nous occupe vient de ce qu'il est aussi à l'origine de l'idée que les banques centrales peuvent, dans certaines circonstances, agir comme prêteurs en dernier ressort. La « doctrine Bagehot » dit que les banques centrales doivent intervenir pour maintenir la stabilité financière lorsque le système bancaire est menacé par une crise de liquidité. Il ne s'agit pas pour elles de garantir des institutions insolvables mais de répondre à un stress de marché que seule la banque centrale est en mesure de corriger. Mais cette doctrine n'a pas été conçue pour fonctionner dans une union monétaire. Comme l'expliquait ce mercredi l'économiste Michel Aglietta lors d'une conférence à Paris, il entre dans la mission d'une banque centrale nationale de jouer ce rôle de prêteur en dernier ressort pour éviter l'insolvabilité de son pays. Et de rappeler qu'aucun État n'a jamais fait défaut sur sa dette libellée en monnaie nationale (à part la Russie en 1998) : c'est toujours sur les dettes en monnaies étrangères, à l'exemple des emprunts russes en 1917 ou du défaut de l'Argentine sur sa dette en dollars. Le problème de la zone euro, c'est qu'elle fonctionne comme si l'euro était une monnaie étrangère pour tous ses pays membres, sauf pour l'Allemagne, considérée comme l'ancre du système. Cette situation vient brutalement de changer. Sans la Bundesbank, Berlin aurait payé encore plus cher hier son emprunt (lire page 32). C'est un tournant majeur : si la banque centrale allemande rachète de la dette allemande, la démonstration est faite que les appels à l'aide de la BCE pour stopper la contagion de la crise grecque sont légitimes. Il ne manquerait plus que l'Allemagne voie une de ses banques menacée par le krach obligataire de la zone euro pour que la dernière digue tombe. pmabille@latribune.fr

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Commentaire 1
à écrit le 24/11/2011 à 7:02
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Si j'ai bien compris, l'Allemagne a fait financer une partie de sa dette sur le marché primaire par la Banque Centrale Allemande alors qu'elle l'interdit aux autres pays de l'Union Monétaire ! Deux poids, deux mesures; si les 8 milliards d'euros prom...

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