Impôts : ce que nous dit le voyage de Depardieu

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En Belgique (on l?avait presque oublié) pour un exil fiscal, en Russie pour un passeport, et ce lundi en Suisse (non, non, rien à voir avec les impôts) pour la remise du ballon d?or de la Fifa. Gérard Depardieu sera peut-être mardi à Cuba histoire de serrer une dernière fois les louches malades de Fidel Castro et d?Hugo Chavez, à Téhéran jeudi (le temps de se remettre du voyage, mais pas d?infliger à son corps fatigué les outrages du décalage horaire) pour féliciter quelques mollahs de leur formidable travail de perpétuation de la culture perse. Et pourquoi pas un petit saut ce week-end end en Afrique du sud pour deviser sur les vertus thérapeutiques de la polygamie avec le président Zuma.

La folie médiatique qui a transformé le plus célèbre et désormais controversé de nos acteurs en star mondiale d?on ne sait plus trop quoi, est à la hauteur de l?hystérie tout court que provoque en France la moindre controverse fiscale. Elles sont malheureusement toutes les deux aussi vaines. Passons sur la première à laquelle La Tribune n?a pas complètement échappé, reconnaissons-le bien volontiers, qui ne durera que le temps d?un médiocre opus d?Astérix chez les gogos. Peut-être aura-t-on droit à une courte saison 2, lorsque l?acteur reviendra s?installer rue du Cherche-Midi à Paris faute d?avoir trouvé son bonheur ailleurs?et un acheteur pour son hôtel particulier (mise à prix... 72 millions d'euros).

La fiscalité ne souffre pas l?approximation

La seconde est beaucoup plus éclairante. L?impôt continue de repousser les frontières du territoire de nos fantasmes. Comme s?il restait impossible d?en parler calmement, raisonnablement, bref un peu sérieusement. Que n?a-t-on dit à propos de Depardieu! Que n?a-t-il dit lui-même ! Et de mélanger allègrement impôt sur le revenu et impôt sur le capital, nationalité et résidence fiscale (rappelons que ce n?est pas parce que le généreux Poutine lui a accordé la nationalité russe que Gégé paiera ses impôts en Mordovie). Et le troupeau aux basques de ce périple grotesque d?entretenir cette simple antienne qui veut que, de toute façon, « trop d?impôt ce n?est pas bien ». C?est vrai. Mais on ne peut pas se contenter de cette évidence. L?importance de ce sujet majeur mérite mieux que des certitudes. Les Américains qui s?empoignent sur la question depuis des mois le savent.

Matière complexe, la fiscalité ne souffre pas l?approximation. Prenons la vague d?exils qui serait en train d?emporter la nation vers le précipice. Oui, il y a des départs, oui il y a un regain de demande d?informations auprès des cabinets de conseil sur les « meilleures » destinations. Mais combien de divisions vont réellement partir ? Probablement assez peu et certainement pas assez pour déstabiliser le pays. Alors, on nous parle de climat. Cette décrétée chasse aux riches serait très préjudiciable à l?ambiance. Mais pourquoi la fiscalité devrait-elle être affaire de psychologie ? Les bons manuels nous ont appris que c?était le cas pour l?économie. Mais les impôts, ça s?analyse, ça se chiffre, ça s?optimise.

Une chose trop sérieuse pour être confiée à nos politiques ?

La réalité est que l?instrumentalisation politique de la fiscalité a atteint un tel degré de dérangement, que toute tentative de débat réfléchi, et donc de réforme, semble vouée à l?échec. Un gouvernement s'honorerait pourtant de s'y attaquer. Vraiment. De rendre notre fiscalité lisible, n'osons pas le mot juste, mais au moins équilibrée. Le chantier est d'autant plus stratégique, que seul son achèvement rendra crédible un programme de dépenses publques. Faute de quoi, un impôt mal compris fera toujours de l'Etat un monstre trop gourmand.

La pantalonnade de ce weekend sur l?affaire des 75% nous rappelle que l'on en est encore très loin. On a ainsi entendu un Jérôme Cahuzac annoncer que peut-être, oui peut-être, la nouvelle mouture de cet impôt pourrait durer pendant toute la législature et non plus deux ans comme prévu.  Pierre Moscovici le contredira quelques heures plus tard. Malheureux à dire, douloureux à entendre, mais la fiscalité va finir par être une chose trop sérieuse pour être confiée à nos politiques. Sauf qu?elle demeure l?un des rares leviers économiques sur lesquels elle peut encore agir. Ennuyeux.
 

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Commentaires
a écrit le 10/01/2013 à 20:02 :
Il est temps de demander a Cahuzac comment on pe ut mettre ses economies a l'abri c'est un expert dans ce domaine.
a écrit le 10/01/2013 à 11:08 :
"Sous Giscard, le taux marginal était de 60%, mais pour un seuil bien plus bas, ce qui se traduit par une imposition bien plus large pour le nombre d'assujettis et bien plus lourde pour les intéressés. Donc, De Funès au sommet de sa gloire est passé par cette moulinette, ce qui ne l?a pas empêché d?acheter le château des ancêtres de sa femme pour l'équivalent d'un million d'euros. Je n'ai pas souvenir de les avoir entendu se plaindre. Ils avaient, disons-le mot, le sens des convenances." (http://www.bakchich.info/france/2013/01/08/minable-au-moins-62093)
Réponse de le 10/01/2013 à 17:01 :
Tout ce qui permet de contrer les socialistes est convenable, on pourrait même dire patriotique. Depardieu, socialo repenti qui a abandonné le mensonge pour la vérité, l'a bien compris, lui.
a écrit le 09/01/2013 à 18:23 :
Comment se fait il que cette taxation à 75% est apparue , nous dit on elle est apparue dans la campagne électororale , mais elle n'est pas dans les 60 propositions du programme de Hollande qui est quand même la base sur laquelle les français ont voté ; l'expérience passée nous rappelle que les programmes électoraux ne sont pas appliqués comme annonçés et le gain escompté par cette taxe parait assez mesuré ; que les réactions à cette taxe amènent à une refonte fiscale ou pas , les acteurs économiques doivent pourvoir prévoir pour les mois qui viennent et il y a d'autres domaines que le fisc ou les politiques doivent intervenir ; pour l'instant l'année 2012 a amené une évolution correcte de la bourse , mais au niveau du chomage celà ne va pas bien et dans d'autres domaines il faut aussi que celà change ; en tous cas j'apprécie l'article de Edouard Tétreau dans les echos " l'affaire Depardieu, une bonne nouvelle pour la France de 2013 " contre notre tendance à l'auto flagellation
a écrit le 09/01/2013 à 7:42 :
l'IRPP serait juste si les salaires sociaux étaient imposés, si les tranches fiscales étaient abolies, si le quotient familial était supprimé et si les niches fiscales étaient supprimées. Autrement dit, la dette serait supprimée en à peine 10 ans , au lieu de la refourguer à nos enfants et petits enfants.Si nous avons une dette c'est parce que l'impôt sur le revenu a été éliminé ou réduit à si peu pour une très grosse majorité de français. Un seul taux est juste car proportionnel à ce que vous avez gagné. c'est une évidence.
a écrit le 08/01/2013 à 18:48 :
Le sujet de l'IR est extrêmement simple, tout compte fait :
1) C'est le seul impôt juste (tous les autres devraient disparaître !).
2) Son "assiette" de calcul par tranches est une stupidité bien franco-française.
Solutions ?
1) "A la russe", un taux fixe. Totalement inique.
2) Une grille proportionnelle. Dans laquelle le taux d'imposition grossirait quand les revenus grimpent. C'est ce qui est le plus juste et le plus simple mais...
aussitôt des grappes de spécialistes de tout poil vont se dresser pour pérorer sur ce thème et démontrer par A + B que les solutions simples ne peuvent pas s'appliquer. Pourquoi donc ? Voici ma réponse : Parce que la France est le pays (riche, encore pour quelque temps) le c.. du monde !
a écrit le 08/01/2013 à 14:22 :
Un ministre délégué au budget peut affirmer de telles décisions par ces fonctions mais s'il a fait ces annonces c'est que le président, le premier ministre, le ministre de l'éconmie lui ont confié cette autorisation ? Ah bon pas M. Moscovici qui n'est pas d'accord et le dit ! Mais les deux autres il en disent quoi ? Ils laissent faire et dire ? M. Eric Walther au sujet des départs des riches ne vous cantonnez pas au cabinet de conseils voyez aussi les jouranux de ventes d'appartements de villa de maison particulières de luxe les sociétés de démanageurs voilà une orientation beaucoup plus fiables bien réelle que les conseillers en tout
a écrit le 08/01/2013 à 10:02 :
la fiscalité, c'est très simple, consultons les droits de l'homme article 13 : un taux unique et proportionnel pour tout le monde, voté par le gouvernement chaque année. si tout le monde paye les mêmes impots en raison de ses facultés, ils ne seraient pas si élevés. Si parcontre on met en place un impot progressif, la démocratie se transforme et aboutit à voter pour savoir qui paiera tous les impots à ma place ...
a écrit le 08/01/2013 à 6:59 :
Pour ceux qui s'intéresse à la dépense publique : http://www.contribuables.org/
Réponse de le 08/01/2013 à 7:08 :
mieux : http://www.impots-economie.com/category/contribuables/
Réponse de le 08/01/2013 à 10:00 :
encore mieux : http://www.contrepoints.org
Réponse de le 10/01/2013 à 11:05 :
encore mieux : blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-
a écrit le 08/01/2013 à 2:22 :
Ce n'est pas tant les gens riches qui vont partir qui nous intéressent mais les jeunes et entrepreneurs qui ne développeront pas leurs affaires en France et qui ne généreront ni emplois ni contributions sociales ni impôts.
a écrit le 08/01/2013 à 2:03 :
Ce n'est pas un exil mais une exode !!
a écrit le 08/01/2013 à 1:51 :
Si des medias sérieux (il en existe encore très peu en France) matraquaient nuit et jour que, s'il y a trop d'impôts en France, c'est parce qu'il y a d'honteux gaspillages de l'argent des contribuables, on n'en serait peut-être pas là.
Sortir, chiffres en main, après enquête, une affaire par jour et dénoncer gaspillages, abus, corruption en en faisant des gros titres, en nommant les coupables, en harcelant les dirigeants politiques de répondre, de résoudre, d'arrêter toute cette gabegie, alors oui, les dépenses pourront alors diminuer. Et la solution de nos problèmes conmmencer à s'entrevoir.
Réponse de le 08/01/2013 à 7:10 :
Mais si, ça existe : http://www.lecri.fr/
a écrit le 08/01/2013 à 0:01 :
la répartition des impôts levés par les collectivités est le plus injuste : il n'y a pas de solidarité entre région. Nous produisons à l'échelon local ce qui se passe entre nations européennes : la compétitivité par la fiscalité. Comment voulez vous investir en France : en clamant haut et fort à des élus locaux qu'on va créer 500 emplois. Ils vont subventionner la moitié, puis je finirai par fermer car les subventions ne sont quasiment pas soumises à contrepartie. Et comme ça j'aurai plumé une partie des habitants. C'est sarcastique mais tellement vrai. Enfin, il faudrait peut être que tout le monde soit aligné sur le régime général des retraites, paie des impôts, et que l'Etat soit enfin géré correctement, c'est à dire avec des sanctions vis à vis des collectivités mal gérées, car la gestion, ça s'apprend.
a écrit le 07/01/2013 à 22:31 :
Les "riches" ne sont ni le problème, ni la solution.
Ils ne sont qu'un symbole. Or, les symboles, spécialité française, ça ne remplit pas les caisses.
La seule solutions, ce sont des réformes d'envergure, et des économies gigantesques, qui elles seules peuvent éviter la catastrophe qui s'annonce...
Malheureusement, aucun gouvernement n'aura le courage de faire ces réformes, donc on préfère finasser sur les riches...
a écrit le 07/01/2013 à 21:36 :
De la même façon que la guerre était une affaire trop sérieuse pour la confier aux militaires, les impôts devraient être retirés aux politiques et administrations trop zélées qu'ils chapeautent, nos derniers ministres des finances et budget en étant une caricature. L'exemple suisse des "Geschäftsprüfungskommissionen ou GPK" est à méditer, car il a fait, à tous niveaux, ses preuves à moindres couts.
a écrit le 07/01/2013 à 18:52 :
cahu et mosco se contredisent en quelques heures?vraiment ?? il y a vraiment de quoi se faire des cheveux blancs si ces personnes ne se consultent pas.
a écrit le 07/01/2013 à 18:41 :
Si je peux me permettre l exil fiscal de nos grandes fortunes correspond étroitement à l exil fiscal du petit peuple assujetti à l impôt foncier et la taxe d habitation exhorbitante dans les communes populaires avec un fort taux de chômage
Seuls paient quelques concitoyens qui ont la chance d avoir encore des ressources et un salaire " correct"
Alors ils fuient pour ne pas être les dindons de la farce!!!
Il serait grand temps de socialiser ces taxes locales élevées dans les communes pauvres et très faibles dans les communes riches
Une ineptie somme toute!!!!!
Réponse de le 13/01/2013 à 22:55 :
Exact, l'exil fiscal existe à l'intérieur et heureusement sinon nous serions condamnés à payer sans cesse.
Dans deux la retraite arrivera j'espère et mes revenus seront diviser par deux environ, en conséquence je souhaite vendre la maison que j'habite et m'installer dans une commune éloignée d'environ quinze kilomètre ou les impôts locaux sont deux foi moins élevés.

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