La France, d'une guerre à l'autre

 |   |  821  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : A.CAEN)

Au Forum économique mondial de Davos(1), qui reçoit cette semaine les leaders mondiaux du business pour une 43e édition au titre surprenant d'optimisme - Resilient dynamism -, et... intraduisible en français (dynamisme résilient : résistance aux chocs ou capacité de rebond?), on s'attendait à tout sauf à ça. À ça? Une nouvelle guerre contre le terrorisme, au c?ur de l'Afrique. Certes, cela fait des années que le monde vit avec ce risque, depuis les attentats tragiques du 11°septembre 2001. Les États-Unis ont attaqué dans les années 2000 le problème à la racine, du moins le pensaient-ils, en intervenant massivement en Irak et en Afghanistan. Ils ont fi ni par « avoir » Ben Laden et en ont fait un fi lm, « Zero Dark Thirty », sorti cette semaine en France. Mais le terrorisme islamique a ressurgi ailleurs, comme une mauvaise plante dont on ne peut pas se débarrasser, parce qu'il fait malheureusement partie, et pour longtemps, d'un monde sous haute tension.
Dans la cartographie des risques mondiaux établie par le World Economic Forum pour 2013(2), le terrorisme était pourtant passé au second rang des préoccupations, derrière les enjeux climatiques, après une fin d'année 2012 marquée aux États-Unis par les dégâts du cyclone Sandy. L'intervention de la France au Mali, décidée dans l'urgence par François Hollande le 11 janvier, et le carnage de la prise d'otage qui a suivi dans le complexe gazier d'In Amenas, dans le Sahara algérien, ont brutalement révélé au monde stupéfait que les risques géopolitiques sont en train de s'étendre à l'Afrique. Avec 37 civils étrangers tués, de huit nationalités différentes, la répression sanglante par l'armée algérienne de cette prise d'otages est la pire catastrophe de ce type jamais connue en temps de paix par des entreprises privées (BP et Statoil, en joint-venture avec le groupe algérien Sonatrach). Même si on peut comprendre les raisons qui ont conduit le gouvernement algérien à une riposte aussi violente, cela aura forcément des conséquences radicales sur les projets d'investissement des entreprises qui ne peuvent pas laisser leurs ingénieurs se faire enlever ou tuer sans réagir, même s'il s'agit d'une région stratégique pour ses ressources en énergie.
Avec la tragédie d'In Amenas, le conflit du Nord Mali s'est de facto mondialisé. Le problème n'est plus seulement le rétablissement de l'intégrité d'un petit pays sans grand enjeu stratégique et dont, à part la France, l'Europe se désintéresse.
Ce qui est en jeu avec le Mali va bien au-delà de la stabilité d'une région déshéritée, le Sahel. C'est la paix, dans un continent qui va connaître dans les quarante prochaines années la plus forte poussée démographique (2 milliards d'habitants au sud du Sahara en 2050) et dont l'entrée dans la mondialisation risque d'être bloquée ou retardée par la multiplication de conflits locaux ou régionaux menés par des groupes mafieux s'abritant derrière le paravent de l'islamisme. La France, pour l'instant encore bien seule, doit se préparer à un long conflit, dont les conséquences à long terme restent difficiles à anticiper. On ne peut exclure qu'en faisant monter le risque algérien, notre principal fournisseur en gaz, cette nouvelle guerre contre le terrorisme ne conduise François Hollande à changer de position sur l'exploitation des gaz et pétrole de schiste situés dans notre sous-sol.
La guerre à l'extérieur de nos frontières, mais aussi la guerre, économique et sociale, à l'intérieur. C'est que, à l'heure où on célèbre à Berlin avec faste les cinquante ans du Traité de l'Élysée, l'Allemagne attend aussi de la France qu'elle fasse ses devoirs à l'intérieur comme elle fait son devoir à l'extérieur. Berlin a certes salué l'accord du 11 janvier signé par les partenaires sociaux comme un pas en avant vers son modèle de démocratie sociale, mais espère plus, beaucoup plus, de réformes de la part de la France pour sécuriser la pacification de la zone euro, aujourd'hui portée à bout de bras par la crédibilité allemande.
Pour le soldat Hollande, 2013 s'annonce donc comme autant de pièges à désamorcer : baisser vraiment la dépense publique, sans fâcher les fonctionnaires ; réformer les retraites « dans la justice » sans se mettre à dos les retraités ni les entreprises ; faire adopter par les députés une loi proche de l'accord sur l'emploi tout en remettant la CGT et FO, non signataires, dans le jeu social. S'il y réussit, Hollande n'aura pas démérité et aura au moins réussi à réarmer le pays pour qu'il profi te mieux de la reprise économique attendue au second semestre.
_______

(1) Retrouvez nos informations sur Davos 2013
(2) « Global Risks 2013 », téléchargeable

Article paru dans La Tribune hebdomadaire N°33 du 25 au 31 janvier 2013
 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :