Glasnost, perestroïka et Confucius

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Philippe Mabille, directeur adjoint de la rédaction
Philippe Mabille, directeur adjoint de la rédaction (Crédits : Albert Caen)

À peine présentées et déjà contestées par le tout nouveau Haut Conseil des Finances publiques, qui fait la preuve de son indépendance, les nouvelles prévisions économiques de la France ne sont pas brillantes : 0,1% cette année, 1,2% en 2014 et 2% sur 2015-2017, ce sont pourtant des prévisions volontaristes. Un mensonge de plus? Avec une ironie amère, l'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac a reconnu récemment qu'il savait que l'objectif d'un déficit ramené à 3% en 2013 ne serait pas tenu. Le jugement ne tardera pas puisque, mi-mai, Bruxelles évaluera la nouvelle programmation des finances publiques de la France. Ces prévisions sont à l'évidence très optimistes. La France est à l'arrêt, en récession selon le FMI, et traverse une triple crise économique, morale et politique dont on ne voit pas l'issue. Tout en admettant la nécessité de nouvelles hausses d'impôts (6 milliards au moins, peut-être 10 milliards si la conjoncture ne se redresse pas) pour ramener à la fin de 2014 le déficit public sous les 3% du PIB, le gouvernement maintient donc le cap de la rigueur sur les dépenses, même si celles-ci ne vont refluer que très lentement : après un pic à 56,9% du PIB, elles seraient encore au niveau record de 56,4% l'an prochain, tandis que le taux des prélèvements obligatoire culminera à 45,5% de la richesse nationale. Un record!

LE DÉBAT SUR LA RIGUEUR assimilée à l'austérité empoisonne l'atmosphère à gauche où l'autorité du président de la République est de plus en plus contestée à sa gauche. Outre la bronca des salariés de PSA Aulnay qui ont investi le dernier conseil national du PS, obligeant le Premier ministre à fuir par la petite porte, le dernier épisode en date est le coup d'éclat de quatre ministres (Montebourg, Taubira, Hamon et Duflot) réclamant un tournant de la relance, sous couvert d'une critique de la rigueur européenne. Signe des craquements de la majorité, 30 députés socialistes n'ont pas voté (cinq ont même voté contre) le projet de loi de sécurisation de l'emploi issu de l'accord signé entre le patronat et les syndicats, le 11 janvier dernier. Accord qui fait pourtant partie, comme nous le dit Louis Gallois, du pacte de compétitivité et de croissance.

FRANÇOIS HOLLANDE a-t-il encore une majorité pour poursuivre son travail de redressement? Après l'opération « Glasnost » (transparence en russe, référence à l'URSS de Gorbatchev) à laquelle l'a contraint l'affaire Cahuzac, le chef de l'État va devoir engager maintenant la « perestroïka » (rénovation) pour redonner de l'élan à son quinquennat. Côté Glasnost, on verra bien mercredi prochain avec le projet de loi de « moralisation de la vie publique » si les députés socialistes et les autres sont prêts, ou pas, à subir le même sort que les ministres. Il n'y a pas que la transparence des patrimoines et la prévention des conflits d'intérêts en jeu. Il faut mettre fin à ces curiosités françaises que sont les indemnités de frais de mandats opaques, la distribution clientéliste de la fameuse réserve parlementaire, et surtout le cumul des mandats. On voit bien que les premiers à donner des leçons à leur ancien collègue Cahuzac renâclent à s'appliquer à eux-mêmes la « part de clarté » qu'exigent les citoyens.

ENGAGER LA PERESTROÏKA est tout aussi indispensable. François Hollande n'a pas achevé son travail de rénovation du logiciel socialiste. On a bien compris que le chef de l'État est favorable à un socialisme de l'ore, seul moyen d'inverser la courbe du chômage en réconciliant la gauche et l'entreprise. À défaut d'en convaincre la majorité socialiste, le président pourrait être tenté d'ouvrir son jeu au centre. À crise politique, réponse politique. François Hollande entre plus vite qu'il ne le pensait, poussé par les circonstances, dans un tournant de son quinquennat. Celui-ci ne consiste pas à sortir d'une rigueur imaginaire, mais de la paralysie qui plombe son quinquennat. Ayant atteint un record d'impopularité pour un président de la Ve République, François Hollande ne court pas grand risque à donner un grand coup de pied du fond de la piscine.
Pour renverser la table, il lui faudra peut-être sacrifier son Premier ministre, dont la fonction est aussi de servir de fusible. Un nouveau gouvernement resserré en mai, impossible d'imaginer que le locataire de l'Élysée n'y pense pas. François Hollande profitera sans aucun doute de son premier voyage en Chine, jeudi et vendredi prochains, pour faire avancer sa réflexion. Puisse sa visite au pays de Confucius lui donner quelques inspirations. Osons lui suggérer deux citations du grand penseur chinois : « Je ne cherche pas à connaître les réponses. Je cherche à comprendre les questions ». Et, particulièrement utile à la « boîte à outils » de François Hollande : « L'ouvrier qui veut bien faire son travail doit commencer par aiguiser ses instruments. »

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Commentaires
a écrit le 31/10/2013 à 10:38 :
Petite précision, Arthur De Greef et Dennis Kudla s’étaient bien affrontés mais en junior au troisième tour de l’US Open 2009 et l’Américain s’était imposé en trois sets. Mais bon, c’était dans une autre vie pour eux et ça n’aura pas d’influence sur le match d’aujourd’hui.
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a écrit le 24/04/2013 à 8:42 :
L'affaire Cahusac , ( dont la morgue manifestée durant les mensonges devant la représentation dite nationale semblent plutôt montrer que le pouvoir était au moins d'accord ) ne m'a pas fait changer mon point de vue sur ces politiques incapables qui nous ruinent et au contraire s'engraissent majoritairement sur notre dos !! Ce vote récent sur la loi sur le mariage pour tous est une victoire à la Pyrrhus , dont on doit regretter l'absence de solution concrète sur l'emploi etc etc
a écrit le 19/04/2013 à 18:19 :
"rénovation du logiciel socialiste." Mais c'est de logiciel qu'il faut changer ! Au minimum pour un social-démocrate sinon pus libéral, vu la gravité du chômage en ce moment !

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