De l’impopularité des réformes

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Philippe Mabille, rédacteur en chef adjoint / DR
Philippe Mabille, rédacteur en chef adjoint / DR (Crédits : DR)
De tous les arguments mis en avant par Standard & Poor’s pour justifier sa deuxième dégradation de la notation de la dette de la France, le plus intéressant est celui de la paralysie du politique. Initiés avec l’affaire des « Pigeons », les reculs successifs de François Hollande sur la fiscalité, des plus-values des entrepreneurs jusqu’à la suspension de l’écotaxe, ont fini par atteindre un des éléments constitutifs de la – jusqu’ici – bonne réputation de notre pays": sa capacité à lever l’impôt pour faire face à ses engagements financiers.

Il y a bien entendu une certaine exagération à voir dans la fronde fiscale actuelle un soulèvement, voire une « insurrection » - le mot a été employé dans certains médias.

Mais, à voir la multiplication des « bonnets », les « rouges » bretons passant à l'« orange » (les centres équestres, contre la hausse de TVA), au « vert » (les transports, contre la même hausse de TVA), ou au « jaune » (qui défendent la liberté de choix des complémentaires santé), il y a bien une extension du domaine de la lutte fiscale à des pans entiers de l'économie.

Même les artisans, notamment ceux du bâtiment, menacent d'une « grève de l'impôt », pour la première fois depuis le mouvement des années post-68. Un an après le vote de la hausse de la TVA pour financer le choc de compétitivité, celle du taux réduit qui passe de 7% à 10% alimente une jacquerie déclenchée par le saut en arrière sur l'écotaxe.

Un réel danger

Avec 2.000 milliards d'euros de dettes, la France est vulnérable : une hausse de 1 point du taux auquel emprunte l'État représente, à terme, près de 20 milliards d'euros de charges d'intérêt supplémentaires. De quoi effacer d'un trait de plume tous les efforts - encore modestes - pour reprendre la maîtrise de la dérive de l'endettement de l'État.

Ce n'est pas encore la Grèce, bien sûr, mais la situation actuelle ne fait que rejeter un peu plus la France dans le camp des pays du sud de l'Europe, en tout cas du point de vue allemand. Face à cette situation, François Hollande fait le dos rond. Sa conférence de presse semestrielle a été repoussée à décembre, le temps que les esprits se calment et que le gouvernement reprenne la main de la concertation, domaine dans lequel il a péché au moins par omission.

Le temps aussi d'achever l'examen du budget et de penser à une nouvelle étape du « quinquennat inversé » qu'avait théorisé le candidat Hollande pendant sa campagne. Car, il faut le reconnaître, le chef de l'État avait affiché la couleur dès 2012 : deux ans d'efforts pour reprendre la maîtrise de l'endettement, suivis de trois années de « redistribution » des fruits de ces e!orts.

L'idée, séduisante, était de réconcilier la gauche avec l'esprit de responsabilité et d'installer sa capacité à gouverner dans la durée. Le résultat n'est pas celui escompté. Les deux années d'efforts vont devoir être prolongées, car au choc fiscal de 2012-2014 va succéder, si l'on en croit les réponses faites par le gouvernement aux critiques de la Commission de Bruxelles, un choc sur les dépenses publiques pour tenir les engagements de réduction des déficits sous les 3"% en 2015.

Une impopularité promise à durer

Si François Hollande a commencé par le plus facile, ce qui ne veut pas dire le plus aisé à imposer - la hausse des prélèvements, d'abord sur les riches, mais, très vite ensuite, sur les ménages moyens et modestes -, il va désormais devoir entrer dans le dur de la reconfiguration de l'État.

Jusqu'ici, la politique budgétaire a consisté à poursuivre la politique du rabot initiée sous Nicolas Sarkozy : 1% de moins sur le budget de tous les ministères non prioritaires. Cela ne suffira pas pour tenir l'engagement de réduire de 60 milliards d'euros le niveau des dépenses publiques au long du quinquennat.

Le temps des réformes vraiment impopulaires arrive donc. Jusqu'ici, le pouvoir a pratiqué l'évitement, comme pour la réforme des retraites, financière mais pas du tout structurelle. Réforme rejetée au Sénat par la droite et la gauche unanimes pour des raisons opposées. L'espoir était de maintenir la paix sociale en attendant que la chance soit au rendez-vous, avec une reprise suffisamment forte pour relancer l'emploi.

Rétablir l'aura du gouvernement avec un simple remaniement ?

Le pari n'est pas encore perdu d'une inversion de la courbe du chômage au tournant de 2014, grâce à la politique des emplois aidés. Mais, pas plus qu'aux États-Unis, on ne peut compter en France sur une croissance riche en emplois parce que les entreprises n'en ont pas fini avec la recherche de gains de productivité.

Quant à l'espoir d'une France apaisée, il est en train de s'évanouir dans la fumée des portiques écotaxes qui brûlent. Le plus grave dans la situation actuelle, c'est que c'est l'image du président de la République, garant de l'autorité de l'État, qui est atteinte. La rétablir nécessitera bien plus qu'un simple remaniement du gouvernement.

À droite, on se prend à rêver (éveillé) du scénario d'un 1997 inversé, avec une dissolution qui la ferait revenir aux a!aires et accomplir dans le cadre d'une cohabitation le travail que semble incapable de réaliser la majorité actuelle.

François Hollande, qui célèbre avec le centenaire de 1914 les riches heures de l'Union sacrée lors de la Grande Guerre, a peut-être en tête une autre référence historique": celle de 1983, lorsque François Mitterrand décida d'assumer l'impopularité d'une politique de rigueur avec un nouveau et très jeune Premier ministre, Laurent Fabius. Certes, celle-ci déboucha sur un retour éphémère d'une droite libérale au pouvoir. Mais, en 1988, c'est bien Mitterrand, redevenu populaire, qui fut réélu à l'Élysée ?

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Commentaires
a écrit le 18/11/2013 à 18:12 :
Excellent angle de vue prospectif, comme déjà beaucoup d’autres !
a écrit le 17/11/2013 à 11:14 :
syndicats professionnels ... et ouvriers ... partis politiques, n'arrivent même pas à prendre le train marche ... ce qui est révélateur de la situation !
a écrit le 17/11/2013 à 11:10 :
changement notoire la contestation vient des gens qui bossent !!!!!!!!!!
a écrit le 17/11/2013 à 11:09 :
Les membres du gouvernement doivent êtres dans une bulle ... ne voient ce qui se passe !
a écrit le 17/11/2013 à 10:58 :
il rêve debout cet économiste FH est incapable de baisser les dépenses, on le saurait, il a été incapable de monter la productivité, il est incapable de gouverner dans l'intérêt du pays, il s'entoure d'incapables, c'est clair pour 80% des gens
Il écrit "pas plus qu'aux États-Unis, on ne peut compter sur une croissance riche en emplois parce que les entreprises n'en ont pas fini avec la recherche de gains productivité." évidemment non, à la différence des USA la France est totalement réactionnaire : non aux énergies nouvelles (gaz et pétrole de schiste dont le pays est riche) non aux avancées scientifiques de la génétique (qui aiderait notre agriculture jadis en très productive) non au brevets européens, non à tout, FH est suicidaire pour le pays
a écrit le 16/11/2013 à 16:08 :
Il n'est pas certain que la baisse des dépenses soit plus impopulaire que la hausse des impôts. Simplement ça dépendra des dépenses choisies. Si comme je le crois le gouvernement accélèrera plutôt la baisse des dépenses d'achats externes et subventions, les français ne diront rien...C'est plutôt le MEDEF qui réagira.
a écrit le 16/11/2013 à 1:07 :
La seule réforme qui aurait fait l'unanimité (sauf les syndicats égocentriques) aurait été l’instauration de la "TVA sociale" et la finance mondiale n'y aurai vu rien a redire pour nous y aider!
Réponse de le 17/11/2013 à 12:32 :
Oui tout a fait , nous pouvons mettre en place la dites TVA sociale sans avoir a augmenter la TVA, par la simple suppression des cotisations et la concurrence, les entrées de TVA serons bien supérieur par l'augmentation de la consommation!
Réponse de le 17/11/2013 à 13:19 :
On nous parle a tord d'augmentation de taux pour compenser le transfert, alors que c'est le montant prélevé qui compte pour remplacer les cotisations! La simple baisse des prix et la concurrence ne pourrons qu'augmenter la consommation d'un coté, et la recherche par la finance de placement ne pourront qu'augmenter l'investissement et ainsi la baisse du chômage, engendrant un cercle virtuel!
a écrit le 15/11/2013 à 18:33 :
A droite comme à gauche, il ne faut plus se faire d'illusions: ce sont les fondements même de notre démocratie qui sont ébranlés. C'est la struture de notre représentation nationale qui est contestée (le non-debat sur l'existence même du Senat). C'est l'organisation territoriale qui est rejettée. Le choix pseudo démocratique est de continuer comme avant l'alternance politique. Ce n'est plus de cela qu'il doit être question, si l'on veut continuer à croire que l'on est en démocratie..
a écrit le 15/11/2013 à 14:38 :
Notre "monarque" se croit toujours à la cour de Versailles avec ses valets et courtisans, inconscient de la misère du peuple écrasé par les impôts.La fronde gronde et croît dans les chaumières !
a écrit le 15/11/2013 à 14:13 :
Notre "monarque" se croit toujours à la cour de Versailles avec ses valets et courtisans, inconscient de la misère du peuple écrasé par les impôts.La fronde gronde et croît dans les chaumières !

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