Le Bad-Godesberg de Manuel Valls

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Le mercredi 27 août 2014 fera date dans l'histoire des relations entre la gauche et les patrons.
Le mercredi 27 août 2014 fera date dans l'histoire des relations entre la gauche et les patrons. (Crédits : Reuters)
A l'Université d'été du Medef, la gauche social-démocrate a pris le pouvoir.

Il fallait oser... Et il l'a fait. En venant, pour la première fois à l'ouverture de l'Université d'été du MEDEF, dès le lendemain de la nomination de son second gouvernement, Manuel Valls a fait une véritable déclaration d'amour aux entreprises, et enterré sans états d'âme les derniers oripeaux du vieux socialisme à la française.

" Moi, j'aime l'entreprise !"... "la France a besoin de vous "... "Il est absurde de parler de cadeaux aux patrons"... "Les impôts ont trop augmenté ces dernières années pour les ménages et les entreprises. Ce n'est plus possible"...

Inutile de dire que son discours a été chaudement applaudi par les milliers de patrons venus de toute la France. "Bravo" s'est exclamé Pierre Gattaz, le président du MEDEF qui il y a quelques mois encore tirait à boulets rouges contre les incohérences et la procrastination de François Hollande.

Le 27 août fera date

Oubliés les sifflets qui avaient émaillé les interventions des ministres socialistes lors de la précédente Université d'été en 2013. Le mercredi 27 août 2014 fera date dans l'histoire des relations entre la gauche et les patrons. Nombreux étaient ceux qui saluaient en réaction "le Bad-Godesberg" qu'a imposé hier Manuel Valls à la gauche française, en référence à l'émancipation de la social-démocratie allemande en 1959 lors d'un congrès mythique dans la banlieue de Bonn.

Si "Bad-Godesberg" il y a dans le discours servi aux patrons, et dans la tête de Manuel Valls, celui-ci reste évidemment à confirmer dans les faits.

Énonçant un programme de réformes sans tabou pour accélérer et amplifier la mise en œuvre du pacte de responsabilité, le Premier ministre n'a pas fait dans la dentelle: confirmation des 40 milliards d'euros de baisse des impôts et surtout des charges patronales d'ici 2017, confirmation de la suppression de la C3S et de la baisse de l'impôt sur les sociétés (non chiffrée néanmoins), annonce d'une volonté de simplifier le code du travail en soulignant les excès de protection dont bénéficient les salariés en France, réouverture du dossier du niveau des seuils sociaux qui semblait enterré et promesse de libéralisation du travail du dimanche...

Les chefs d'entreprise présents n'en croyaient pas leurs oreilles tandis que celles des frondeurs du PS et de certains syndicats ont dû siffler.

Feu le parti socialiste

Pourtant, Manuel Valls qui sollicitera à nouveau la confiance des députés n'a pas paru inquiet le moins du monde de trouver une majorité pour soutenir cette accélération des réformes. Il leur a aussi adressé un message d'apaisement en prévenant que la France, dans un climat de croissance faible, était légitime à invoquer des "circonstances exceptionnelles" pour adapter le rythme de la réduction des déficits.

Le cap est ainsi tracé et la gauche française sort transformée de la crise politique qu'elle vient de traverser avec la mise à l'écart des rebelles du gouvernement conduits par Arnaud Montebourg. Il y aura bien un avant et un après cette rentrée 2014 qui a forcé le calendrier d'une clarification devenue inévitable à l'intérieur de la gauche.

La gauche social-démocrate (certains diront la "gauche libertarienne") est désormais au pouvoir et veut gouverner le pays dans la clarté et la cohérence sans plus se laisser perturber par son opposition interne.

En cela, on peut effectivement parler de Bad-Godesberg voire de disparition de feu le parti socialiste tel que nous l'avons connu. Il y a quelques années, un certain Manuel Valls plaidait d'ailleurs pour que le PS change de nom.

Une chose est sûre : le Premier ministre veut chercher un autre chemin pour gouverner en appelant les partenaires sociaux et les partis politiques à "s'unir sur l'essentiel". Un appel qui ressemble à une tentative d'ouverture au centre et un programme politique qui laisse peu de place à l'UMP pour se différencier.

Le discours de l'urgence

Mais dans son discours pro-entreprise, Manuel Valls a aussi appelé le patronat à s'engager pour agir avec "responsabilité, patriotisme et confiance dans l'avenir", sans prononcer le mot "contreparties" qui fâchait depuis l'annonce du Pacte de Responsabilité. Pas de donnant-donnant, mais l'attente d'un acte de foi des entreprises dont l'environnement fiscal et social sera, promet Manuel Valls, plus favorable et surtout plus stable dans l'avenir.

Le Premier ministre a ainsi rappelé aux entreprises qu'il leur échoit une part de l'effort pour simplifier l'environnement juridique français par exemple en regroupant des branches et en réduisant le nombre des conventions collectives. Façon de dire que la complexité de la sphère publique est parfois aussi du fait des employeurs privés eux mêmes, et qu'il leur incombe de faire le ménage dans leur propre camp.

Il faut donc le reconnaître. Jamais sans doute un discours aussi franc avait été tenu par un responsable politique, même issu de la droite, devant le patronat. Il peut paraître paradoxal qu'il vienne des rangs de la gauche, mais ce paradoxe n'est qu'apparent. C'est surtout le sentiment d'urgence et l'inquiétude face au déclin du pays qui commande ce changement d'état d'esprit et du logiciel économique du pouvoir qui joue, en cette rentrée 2014, son va-tout après deux ans de zig-zags.

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Commentaires
a écrit le 28/08/2014 à 10:59 :
Bad-Godesberg... = la montagne du mauvais Dieu... toute l'histoire de la gauche française...
a écrit le 28/08/2014 à 9:49 :
Deux erreurs à corriger :
ligne 1 : Il la fait => Il l'a fait
l 17 : à boulets rouge => à boulets rouges / à boulet rouge, au choix
l 22 : le Bad-Godesberg qu'à imposé... => qu'a imposé
Ce message s'autodétruira lorsque ces erreurs auront été corrigées.
Réponse de le 28/08/2014 à 10:48 :
Nos si bons journalistes .....
a écrit le 28/08/2014 à 9:18 :
Bad Godesberg était en 1959 : le PS n'a que 55 ans de retard !!! Entre temps il y a eu le programme de Berlin 30 ans plus tard et le programme de Schroeder début les années 2000
Au PS il n'y a pas d'éléphants mais des dinosaures .Evolution lente .
Réponse de le 29/08/2014 à 4:06 :
Et Bad-Godesberg etait un congres du SPD, ou ils se sont tous mis d'accord. Valls a l'air un peu seul dans son initiative.. On ne sent pas un enthousiasme clair parmi les dinosaures, qui vont se depecher de se demarquer et de rencherir a gauche pour tenter de garder quelques electeurs.
a écrit le 28/08/2014 à 8:18 :
Suite 2. Les cotisations de retraite doivent être réparties sur le travail et sur l'énergie en fonction des gains de productivité.
Réponse de le 28/08/2014 à 14:05 :
à @gépé à condition que ce ne soit pas ceux qui gèrent qui ramassent la moitié du budget comme actuellement .
a écrit le 28/08/2014 à 8:14 :
Suite. L'énergie remplace le travail en assurant des gains de productivité; il est normal que l'énergie prenne en charge les cotisations de retraite affectées au travail que l'énergie remplace.
Réponse de le 29/08/2014 à 4:12 :
Z'est une idee formidable ! Schnell, achevez vite votre industrie avec idees loufoques. Za va tuer vite fait ze qui reste encore en France. Zurtout ne reformez pas, taxez, taxez, taxez votre appareil productif.
a écrit le 28/08/2014 à 8:08 :
Les réformes continuent dans le secteur marchand pour réduire le coût du travail mais ceux qui ruinent notre pays les parlementaires, les fonctionnaires et territoriaux, les administrations publiques en doublons ou sans utilités, les entreprises publiques à la gestion calamiteuses, etc, aucune réforme en vue pour réduire l'endettement. Ainsi va la monarchie et ses vassaux qui enfoncent la France dans son déclin...
a écrit le 28/08/2014 à 7:05 :
Il ne reste plus qu'à proposer le financement des retraites par une taxe sur l'énergie. Qui le fera?
a écrit le 28/08/2014 à 0:09 :
Le PS pense qu'il est bon de caresser certain dans le sens du poil, et d'ignorer le peuple qui vous a élu, on a vu ce que cela a donné en Grèce, le parti est passé de 45% à 4% des voix !
Réponse de le 28/08/2014 à 2:15 :
Si les politiciens francais commencent a prendre les bonnes decisions en se moquant d'etre reelu ou pas, on aura fait un progres majeur dans ce pays. Schroeder a pris les bonnes decisions et a mis le SPD au trou pour au moins 10 ans. C'est un hero. Caresser les electeurs dans le sens du poil au mepris de la realite economique est un calcul a tres court terme.
Réponse de le 28/08/2014 à 8:02 :
Je ne suis pas de gauche mais l'orientation me séduit et tant pis pour 2017. C'est ça le courage.
Réponse de le 28/08/2014 à 9:07 :
Mais ce que vous proposer 'et alors?' c'est bien la fin de la démocratie, non? Les électeurs sont nul, ils comprennent pas l'économie, ils faut les flouer pour être élu, puis faire un programme économique autre, par ailleurs décidé à Bruxelles ?
a écrit le 28/08/2014 à 0:02 :
Certains font venir des vrais comiques comme Gad Elmaleh ou Franck Dubosc à leurs conventions d'entreprises, d'autres visiblement se satisfont de voir venir d'excellents comédiens que sont nos politiciens ... Un gouvernement qui restitue la seule journée de carence maladie qu'ont les fonctionnaire (alors que tout le secteur privé en a 3) est un gouvernement qui ne réformera jamais rien. Ils ont repoussé la décision sur la SNCM ont tremblé devant les intermittents à Avignon et on nous fait croire qu'il va y avoir du changement ?? Peut-être qu'on arrivera plus du tout a vivre comme le dit si bien le commentaire de @moi, ci dessous ...
a écrit le 27/08/2014 à 23:33 :
Paroles et paroles et encore des paroles .... et que des paroles !!! et toujours des paroles .... et que des paroles
Messieurs du gouvernement ... Pensez aux citoyens Français qui ont du mal à vivre !!!
Échangez votre "train de vie" avec ceux qui gagnent que le SMIC ... ensuite vous serez peut être capable de prendre des décisions concrètes ... et encore j'en doute !!!! car vous n'avez jamais connu "la vraie vie" et vous ne savez ce que c'est que de compter centimes et centimes pour arriver à boucler les fins de mois !!!
Réponse de le 28/08/2014 à 13:32 :
Un gouvernement n'est pas la pour s'occuper des besoins personnels de chacun mais de gérer l'intérêt general. Si les gouvernements successifs de ces 30 dernières années avaient travailles sur le bien-être collectif de la nation au lieu d'intérêts catégoriels et corporatistes, nous serions en meilleure posture.
Désolé que vous ayez a compter vos centimes mais ca n'est pas en ramenant tout le monde a votre niveau que cela va améliorer la situation des autres 60 millions de français...
a écrit le 27/08/2014 à 23:04 :
j'ai plutôt la nette impression qu'on a un train de retard.... et se même si on a encore du mal à l'entendre, ce que Walls appelle de ces voeux.... est un modèle à bout de souffle, vu l'état du monde actuellement... et qu'il serait plus intelligent, hormis le fait qu'il faille faire des réformes en France.... de repenser la mondialisation

je crains que l'on ne se fasse des illusions.....
a écrit le 27/08/2014 à 22:54 :
Que celle citée par Nostradamus se prépare , bientôt classe vaincue n'aura autre choix ! que de remettre les clés de la cité !
a écrit le 27/08/2014 à 22:46 :
Heu... je ne suis qu'un spectateur de la politique, mais je n'ai pas oublié que Mr Valls n'a réalisé que 5% des voix aux primaires socialistes et que Mr Hollande n'a pas été élu sur un programme social-libéral...

Ce n'est pas parce qu'une frange minoritaire fait un discours que le PS a changé. Car oui, malgré ce que semble penser notre journaliste, le PS n'est pas devenu du jour au lendemain social-démocrate, il reste très "vieux PS" car sa base électorale l'est encore très largement... d'ailleurs le PS vient de perdre aujourd'hui les élections de 2017 (si tant est qu'il avait encore une chance) sauf énorme surprise...
a écrit le 27/08/2014 à 21:11 :
Le dernier partie de gauche d'Europe à devenir pragmatique! Tout simplement. Bravo M. Valls!
Réponse de le 27/08/2014 à 21:59 :
Si les électeurs avaient su, FH n'aurait jamais été élu. Le PS a maintenant le PASOK (en grec : ΠΑ.ΣΟ.Κ) comme destiné.
Réponse de le 27/08/2014 à 22:46 :
Le premier 1er Ministre français à oser une telle provocation du Peuple de France. Hollande et Valls vont devoir assumer les conséquences gravissime de leur inconséquence.
Réponse de le 27/08/2014 à 23:13 :
Si les électeurs avaient su, FH n'aurait jamais été élu. Le PS a maintenant le PASOK (en grec : ΠΑ.ΣΟ.Κ) comme destiné.
Réponse de le 28/08/2014 à 0:06 :
Si les électeurs avaient su, FH n'aurait jamais été élu. Le PS va avoir maintenant le PASOK comme destiné.
a écrit le 27/08/2014 à 20:49 :
que de paroles et de promesses qui ne verront le jour qu"en 2017 .... en Hollande-stadt, sans doute?? ...mais il sera trop tard.
a écrit le 27/08/2014 à 20:31 :
Il faudrait relire vos classiques. La social-démocratie, même en Suède voire en Allemagne n'a jamais signifié ce que vous appelez de vos vœux.
Social libéral est un oxymore mais je ne vous ferai pas l'affront de vous en donnez la définition . Quant à prétendre que les socialistes français ne se seraient pas encore convertis à l'économie de marché, vous ressortez là un poncif qui illustre soit votre inculture socio-politique ou votre mauvaise fois, voire les 2...
Vous faites penser à ces hystériques qui feignaient de s'affoler de l'arrivée des chars soviétiques quand Mitterand est arrivé au pouvoir.
Cette politique de l'offre dont vous nous rabâchez les oreilles n'est que le faux nez d'un nouveau hold up de la finance. Une véritable politique de l'offre pourrait, certes marcher si la France disposait encore d'un tissus industriel et d'entrepreneurs dignes de ce nom (et non de rentiers) et s'il y avait une demande en face, par exemple si l'Allemagne acceptait de transformer ces excédents commerciaux en hausse de la demande domestique, ce qui pour l'heure est loin d'être gagné...
Réponse de le 27/08/2014 à 21:01 :
Social-libéral un oxymore, pas tant que ça si on veut bien prendre en compte la véritable définition de "libéral".
Réponse de le 27/08/2014 à 21:12 :
alors.... que signifie "social-democratie"???? et quelle est la définition de "social-liberal"??? les socialistes et l'économie de marché...? convertis c'est un bien grand mot !!! et vous... qui etes vous?
a écrit le 27/08/2014 à 20:02 :
Chemin inverse
A l'Université d'été du Medef, la gauche social-démocrate a pris le pouvoir.
A l'assemblée Nationale, la gauche social-démocrate va perdre le pouvoir.
a écrit le 27/08/2014 à 19:55 :
Enfin une lueur d'espoir.
Réponse de le 27/08/2014 à 20:08 :
Enfin, comme vous dîtes !

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