Fillon, un Schäuble français  ?

François Fillon a remporté un vote d'adhésion conservateur dimanche, lors de la primaire de la droite et du centre. Les Français voient-ils en lui un de Gaulle ou une Thatcher? Et si c'était plutôt un nouveau Wolfgang Schäuble?
Robert Jules

5 mn

Les électeurs de droite ont trouvé en la personne et le programme de l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy ce qu'ils attendaient : un conservatisme en matière de valeurs et un libéralisme en matière d'économie, qui soient clairement affirmés et assumés.
Les électeurs de droite ont trouvé en la personne et le programme de l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy ce qu'ils attendaient : un conservatisme en matière de valeurs et un libéralisme en matière d'économie, qui soient clairement affirmés et assumés. (Crédits : Reuters)

L'écrasante victoire (44,1%) de François Fillon au premier tour de l'élection de la primaire de la droite et du centre a surpris tout le monde. Outsider il y a quelques semaines, rival devenu crédible la semaine dernière, il a relégué loin derrière les favoris : Alain Juppé (28,6%) et Nicolas Sarkozy (20,6%).

Une telle performance ne peut s'expliquer que par une forte adhésion des électeurs de droite, qui ont trouvé en la personne et le programme de l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy ce qu'ils attendaient : un conservatisme en matière de valeurs et un libéralisme en matière d'économie, qui sont clairement affirmés et assumés.

Modèles trompeurs

Parmi les références qui l'ont inspirées,  François Fillon a régulièrement évoqué le Général de Gaulle, celui de 1958 et 1959, et il ne se disait pas hostile à une comparaison avec Margaret Thatcher. Pourtant, ces modèles sont trompeurs.

La comparaison avec le général de Gaulle, il est vrai, mixe une politique conservatrice en matière de mœurs (la censure s'exerce) et une ouverture libérale (libre-échange, fin du contrôle des changes, baisse des taxes douanières), notamment sous l'influence de l'économiste Jacques Rueff. Mais le rôle de l'Etat reste central, que ce soit en matière de politique monétaire (dévaluation) ou encore de contrôle des dépenses. Il existait aussi une volonté de collaborer avec les syndicats. En outre, nous n'étions pas alors dans une économie mondialisée où le commerce et la finance sont largement libéralisés, mais dans un cadre national où l'Etat était le pivot et le moteur de l'économie. Aujourd'hui, le gouvernement n'a plus la maîtrise de la monnaie - la BCE est indépendante pour fixer la politique de l'euro -, et nous sommes régis par des traités européens qui nous engagent.

Héritage chrétien

En revanche, François Fillon ne craint pas, comme de Gaulle, de se réclamer de l'héritage chrétien, notamment catholique, en ces temps postmodernes et relativistes. Il a d'ailleurs à plusieurs reprises évoqué le sort des chrétiens d'Orient. Il considère la famille comme un pilier de la société civile, ce qui a séduit les électeurs proches de « la manifestation pour tous ».

Enfin, comme de Gaulle, il défend l'indépendance de la France, face à l'alignement atlantiste de ses concurrents, justifiant certaines alliances au nom de l'intérêt du pays. Par exemple, discuter avec Vladimir Poutine si cela permet de mettre fin rapidement à la guerre en Syrie et d'éliminer Daech.

Quant à l'influence de Margaret Thatcher, elle réside surtout dans le courage politique qu'il faut pour imposer un programme économique qui se veut un véritable choc : augmentation de la durée hebdomadaire du travail de 35h à 39h, âge de départ à la retraite porté de 62 ans à 65 ans, fixation de quotas d'immigration, suppression de 500.000 emplois publics et réduction des dépenses publiques de 100 milliards sur l'ensemble du quinquennat, baisse des impôts pour les sociétés et les ménages. Bref, réduire le rôle de l'Etat et le coût de l'Etat-providence, la marque de fabrique du « thatchérisme ».

Thatcher n'a pas réformé la sécurité sociale

Or, si la « Dame de fer » a incontestablement libéralisé l'économie, elle n'a pas réduit les dépenses sociales : par exemple, si elle a baissé les indemnités chômage, elle a augmenté les pensions d'invalidité. La sécurité sociale n'a pas été réformée. Que ce soit en matière d'emploi, de santé, d'éducation, les dépenses publiques ont finalement plutôt augmenté. Quand à la vie sociale, on était loin du « régime fasciste » hurlé par les Sex Pistols, même si les inégalités ont augmenté durant son règne.

En fait, ce n'est ni dans le passé, ni outre-Manche, qu'il faut aller chercher l'exemple le plus proche de François Fillon mais outre Rhin. Et ce n'est pas tant Angela Merkel - qui a annoncé briguer un quatrième mandat - que son ministre des Finances, Wolgang Schäuble. Ce dernier, qui représente l'aile conservatrice de la CDU, le parti de la démocratie chrétienne allemande, n'hésite pas à revendiquer les racines chrétiennes qui fondent l'Europe, et la nécessité de perpétuer cet héritage. Confronté à la montée d'un parti sur sa droite, la CDU d'Angela Merkel doit se montrer attentive à ces positions.

L'ordolibéralisme

Surtout, il est partisan d'une ligne économique « orthodoxe » qui prône l'équilibre budgétaire, car il ne peut y avoir selon lui de croissance économique solide sans la réduction préalable de la dette publique et des déficits budgétaires. Bref, il est le défenseur d'une politique qualifiée « d'austérité », que nombre de Français pensent nécessaire pour relancer l'activité et réduire le chômage.

Si, en 2017, François Fillon était élu en France et Angela Merkel réélue en Allemagne, nul doute que l'axe franco-allemand redeviendra le moteur européen, mais son essence sera l'ordolibéralisme.

Robert Jules

5 mn

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Commentaires 23
à écrit le 22/11/2016 à 17:25
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Pour les temps à venir cela serait une excellente chose. La France a besoin de se redresser, dans tous les sens du terme.

à écrit le 22/11/2016 à 13:11
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Nous n' avons pas besoin d' un Schauble pour la France, nous a vons tout ce qui faut à la maison avec François ASSELINEAU, pourquoi aller chercher chez l" apothicaire du pays voisin ailleurs ce que nous avons de mieux à la mais...

à écrit le 22/11/2016 à 11:49
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Et encore un,totalement incompétent et qui n'est même pas aller voir ce que fait vraiment SCHAUBLE. Contrairement à M. FILLON, SCHAUBLE n'a jamais commencé par faire des baisses massives d'impôts qui vont faire des trous énormes dans le budget. C'...

à écrit le 22/11/2016 à 11:42
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Et encore un,totalement incompétent et qui n'est même pas aller voir ce que vfait vraiment SCHAUBLE. Contrairement à M. FILLON, SCHAUBLE n'a jamais commencé par faire des baisses massives d'impôts qui vont faire des trous énormes dans le budget. C...

à écrit le 22/11/2016 à 9:13
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Le problème pour la France consiste à harmoniser sa fiscalité avec celle de l'Allemagne, tout au moins pour les entreprises.

à écrit le 21/11/2016 à 20:29
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C'est pas comme si on le voyait pas depuis des lustres le bonhomme et dernièrement comme premier sinistre. Il fait vraiment être amnésique pour imaginer qu il a va faire le quart de ce qu il annonce et notamment comme son ancien boss d'envoyer bouler...

à écrit le 21/11/2016 à 18:11
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Concernant Vladimir Poutine il faut éviter de délirer. C'est l'homme du KGB, nostalgique de l'URSS, qui fait la guerre militaire (car il fait aussi la guerre froide à l'Occident) à la Tchétchénie, à la Géorgie, à l'Ukraine, à la Syrie où il ne fait q...

à écrit le 21/11/2016 à 17:49
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Comparé à Schaüble, c'est à dire l'un des responsables du nouveau miracle économique allemand... la référence est plutôt flatteuse.

le 21/11/2016 à 19:08
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Miracle économique allemand ? Avec 6,7 millions de personnes payées 450 euros par moi ? Avec une précarité galopante ? Avec plus de pauvres qu'"en France ? Avec un déficit d'investissements publics de 117 milliard d'euros ? Avec une qualité de produi...

le 21/11/2016 à 20:24
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Merkel et donc Schauble doivent tout à Schroder et ses lois Hartz. Depuis, mis à part la sortie du nucléaire sur une espèce de coup de tête, on ne distingue strictement aucun plan à long terme. C est juste de la gestion.

le 21/11/2016 à 22:52
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@@bruno : c'est déjà très bien lors d'une alternance de ne pas remettre en cause les bonnes décisions de la précédente équipe, comme les lois Hartz. Hollande n'a pas eu cette continuité pourtant indispensable, en remettant en cause la TVA sociale (il...

à écrit le 21/11/2016 à 17:47
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Fillon est un séguiniste, c'est dire qu'il n'est pas follement libéral. Par contre comme beaucoup de français il a pris conscience de la folle spirale des déficits et de la dette où on est entrés il y a 35 ans et qui, année après année, nous rapproch...

le 21/11/2016 à 19:12
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Fillon, c'est 660 milliards d'euros de déficit public justement, de 2007 à 2012. Il a été le plus flambeur des premiers ministres de la Ve République. Qui peut imaginer le général de Gaulle laisser creuser un déficit public de 660 milliards de défici...

à écrit le 21/11/2016 à 17:06
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"il est le défenseur d'une politique qualifiée « d'austérité », que nombre de Français pensent nécessaire pour relancer l'activité et réduire le chômage". C'est normal puisque son électorat n'est pas concerné par cette austérité, moyenne des salai...

le 21/11/2016 à 18:28
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Hier beaucoup de votant gagnent largement moins et on tous voter pour lui pour seulement éliminer Sarkozy... Mission réussie: dimanche prochain je prévoit un vote largement moins massif !!!!

le 22/11/2016 à 15:06
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Réponse de @ lachose "Hier beaucoup de votant gagnent largement moins " Dans ce cas, on appel cela le syndrome du larbin : Chez un individu, le syndrome du larbin est un comportement pathologique visant à prendre systématiquement la défense ...

à écrit le 21/11/2016 à 16:37
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Schaübler plutôt que Thatcher ? Bien vu et bien argumenté.

à écrit le 21/11/2016 à 16:19
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Je dirais plutôt que c'est le Schröder des réformes HartzIV. Réformes difficiles mais payantes pour la compétitivité du pays

le 21/11/2016 à 17:53
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C'est cela : compétitivité lourdement payante pour les autres pays de l'euroland

le 22/11/2016 à 8:44
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Ce n'est pas la faute de l'Allemagne si au moment où, pour redresser sa compétitivité, l'Allemagne mettait en place la réforme Hartz IV, la France mettait en application la loi Aubry des 35 heures dans l'objectif évident de dégrader la sienne de plus...

le 22/11/2016 à 11:42
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Décidément l'approche des élections vous rend idéologue (et un peu obtus...) mon cher bruno. Vous êtes plus pertinent sur le Brexit... Ce que vous dites est factuellement faux. Les lois Hartz sont mises en place entre 2003 et 2005 et les 35H en 20...

le 22/11/2016 à 16:21
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Pour Bruno-bd qui a des problèmes avec l'histoire : Quand les lois AUBRY (35 h contre baisses de charrges, il ne faut pas oublier), nous avons obtenu un déficit public de 1.6 % du PIB en 2001. Alors que l'ALLEMAGNE était à 2.4 %. (Et nous avions un...

à écrit le 21/11/2016 à 15:53
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L'influence de Thatcher courageuse ? Elle n'a fait qu'obéir aux marchés financiers, je ne vois là aucun courage, à moins que suivre ce soit du courage actuellement... Son fils travaillant chez UBS, on se doute que c'est pas l'évasion fiscale ...

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