Un café avec... Paul Adamson, directeur de The Centre

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Chaque univers politique a ses icônes. Paul Adamson est à l'univers bruxellois un mélange de ce qu' Alain Minc et Jacques Séguela sont au microcosme parisien. Ni intriguant à la façon du premier ou clinquant à la manière du second, il allie cependant comme eux l'art du conseil au sens du réseau et de la communication et mérite certainement sa place au panthéon des hommes d'influence. Un "passeur" de la politique européenne par excellence, comme le Blogeurope se propose d'en faire les portraits dans cette série.

Confortablement enfoncé dans son fauteuil, dans un des salons transformés en galerie de peinture de son "think-do tank" bruxellois, il porte sur le petit monde bruxellois le regard amusé et presqu'attendri de ceux dont la biographie se confond avec cet étrange microcosme. "Il n'y a plus tellement de vieux comme moi", s'amuse-t-il.

Cela fait 28 ans que "Paul" arpente le quartier européen. Mais, tient-il à préciser, il n'est plus un pur lobbyiste. Cette aventure-là appartient à son passé. Elle lui a toutefois permis de réaliser son rêve : "communiquer" l'Europe au-délà de la "bulle bruxelloise" et créer un "forum" où l'on cause aussi bien des problèmes de développement, que de la situation politique en Colombie ou, évidemment, des élections européennes.

Ce luxe de pouvoir faire "ce qu'il veut", il le doit au succès de sa boutique de consultant, créée à une époque où personne ne croyait que le Marché commun deviendrait plus qu'une machine à distribuer des subventions agricoles et à négocier au GATT la libéralisation du commerce mondial. Ses clients sont alors pour la plupart britanniques et américains. Il leur explique le formidable potentiel du marché unique. L'ère Delors lui donne raison.

En 1998, il vend BSMG au groupe de

public relations

Weber Shandwick. "Je voulais faire autre chose que le lobbying classique". Son cabinet réalise  l'époque 3 millions d'euros de chiffre d'affaires par an... Il devra toutefois être patient avant de reprendre sa liberté : son contrat prévoit qu'il reste 5 ans chez WS. Pendant cette transition, il crée "E! Sharp", un bimensuel anglophone auquel contribuent quelques "pointures" comme l'éditeur vedette du Financial Times Philip Stephens ou encore le politologue et spécialiste des relations transatlantiques Philip H. Gordon, devenu en janvier Secrétaire d'Etat adjoint en charge des affaires européennes dans l'administration Obama. A cette époque, il imagine le concept de "The Centre", à la fois forum et cabinet de conseil. Avec Martin Porter, son alter ego, il hisse son drapeau en 2003 sur l'avenue Marnix, littéralement à l'entrée du quartier européen. "Le magazine me coûtait la peau des fesses. Il fallait aussi faire du commercial", dit-il.

Parfait francophone, le patron "si british" de The Centre n'hésite pas railler ses compatriotes. Ainsi dit-il de Tony Blair, qu'il connaît bien et dont il ne manque pas une occasion de défendre les convictions européennes, qu' "il parle très correctement le français... pour un Britannique". Trop prudent ou simplement trop sage, pour afficher des convictions fédéralistes, il préfère constater que si l'Europe est en crise, elle continue à se construire. "Bien sûr, c'est plus

boring

que dans les années Delors. L'achèvement et la mise en oeuvre du marché intérieur, ce ne sont pas des choses très exitantes, mais tout de même très importantes". A ses yeux, les deux grands sujets de la prochaine mandature sont la nouvelle stratégie de Lisbonne, "Lisbonne 2.0 avec une dimension verte beaucoup plus importante", et l'émergence d'un "visage externe" de l'Europe si le traité de Lisbonne entre finalement en vigueur.

Imagine-t-il un second mandat de José Manuel Barroso, actuel président de la Commission européenne, différent du premier? Là encore, c'est le sens de la mesure qui l'emporte. "Il y deux écoles de pensée sur Barroso. D'un côté, il y a ceux qui croient qu'il va rester sous la tutelle des grands Etats, par prudence et par sens politique. De l'autre, ceux qui estiment que parce que ce sera son dernier mandat, il va en faire plus parce qu'il n'aura plus de compte à rendre." Et lui, que pense-t-il? "En réalité on est entre les deux. La Commission fait plein de choses. Demandez à Neelie Kroes! Les gens aiment voir le monde en noir et blanc". Lui goûte plutôt ses nuances.

Il s'attend quoiqu'il en soit à un après-scrutin animé. "Ce sera un vrai vacarme, un peu le bordel. Tout le monde va vouloir se faire entendre". Cela tombe bien, faire s'entendre les gens, c'est un peu sa vocation. "Il va falloir trouver des idées, des astuces et des services pour que ces gens puissent discuter calmement des choses. Pas des grand-messe de 200 personnes". Il rêve de "créer des communautés" de gens autour de champs politiques à défricher comme la défense européenne. "Là, il y a un rôle pour les consultants". Que les futurs députés et commissaires soient avertis : ils sont attendus.

F.A.

Retrouvez notre précédent post de la série des "passeurs" bruxellois consacré à

Philippe Blanchard, chef du bureau de Brunswick Group.

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