Sortir du nucléaire, un non-sens industriel !

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L'abandon du nucléaire ne peut s'envisager sans dégâts économiques et sociaux. Il amplifierait le processus de désindustrialisation de la France, que chacun entend pourtant combattre. Il signerait également une perte d'indépendance et un recul stratégique.

Comme il l'a clairement indiqué, François Hollande ne reprendra pas à son compte l'objectif de "sortie du nucléaire" que ses alliés écologistes le somment avec insistance d'adopter. Cela paraît d'autant plus exclu que, comme la plupart des responsables politiques, il s'inquiète de la désindustrialisation qui ronge l'économie française et proclame l'urgence de stopper ce processus. Or, sortir du nucléaire reviendrait à organiser le sabordage d'un des secteurs les plus vigoureux de l'industrie française et à amplifier dangereusement le processus même que l'on prétend combattre !

Le nucléaire en France, c'est 125.000 emplois directs, pour la plupart hautement qualifiés et relativement bien payés, et 410.000 emplois au total en tenant compte des emplois indirects et induits, soit 2 % de l'emploi dans le pays. On peut certes admettre que le développement des énergies renouvelables, se substituant partiellement au nucléaire, sera créateur d'emplois. Mais c'est une illusion de croire que ces énergies pourront compenser les postes supprimés et offrir du travail à tous les salariés "sortis" du nucléaire : le compte n'y sera pas, ni en termes quantitatifs ni en termes de qualification et de statut. Et que dire de la valeur ajoutée totale créée chaque année en France par l'industrie nucléaire, environ 33 milliards d'euros, soit 2 % du PIB : ce n'est pas impunément, sans dégâts économiques et sociaux, que l'on pourra ruiner un tel acquis, même si son détricotage est étalé sur quinze ou vingt ans.

Sortir du nucléaire, ce serait du même coup dévitaliser tout un tissu industriel fait de 450 PME, souvent dépositaires d'un savoir-faire irremplaçable. Parallèlement aux grands groupes comme EDF, Areva, le CEA (Commissariat à l'énergie atomique) ou GDF Suez, les activités nucléaires françaises sont assurées par ces réseaux d'entreprises de moindre dimension qui ne sont pas seulement des gisements d'emplois mais qui sont aussi des défricheurs dans leurs domaines de compétences. Les technologies ainsi mises au point irriguent beaucoup d'autres secteurs industriels et contribuent aux avancées en matière de robotique, de télémanipulation, de soudage, de génie mécanique, de microélectronique, de contrôles - non destructifs, etc. Renoncer au nucléaire serait se priver d'une force d'innovation qui profite à l'ensemble de l'économie nationale.

Le nucléaire, c'est aussi un des rares secteurs de haute technologie où la France fait la course en tête sur le plan mondial. Ce leadership ouvre à notre pays, pour les vingt ans qui viennent, de considérables opportunités à l'exportation : beaucoup de réacteurs arrivent en effet au terme de leur existence théorique. Ils seront, pour la plupart, soit prolongés, moyennant des opérations de rénovation, soit remplacés. Dans les deux cas, le secteur nucléaire français a la capacité de proposer son offre et de décrocher d'importants contrats. Il possède avec l'EPR (1.650 MWe) l'un des réacteurs les plus avancés aujourd'hui sur le marché mondial et avec l'ATMEA un réacteur tout aussi innovant dans des gammes de puissance inférieure (1.100 MWe). Ces capacités exportatrices doivent être d'autant plus cultivées que la vente d'un seul réacteur à l'étranger génère en France, durant les phases d'étude du projet et de construction, environ 1.200 emplois directs et quelque 3.700 au total en comptant les indirects et les induits. Dans la période actuelle, les exportations "nucléaires" rapportent au pays environ 6 milliards d'euros en moyenne chaque année. Le chiffre d'affaires futur peut s'envisager de façon encore plus optimiste.

Se priver délibérément d'un tel apport (dont nul n'imagine qu'il puisse être compensé par des exportations liées aux énergies éolienne ou solaire) serait une ineptie économique, un coup sévère porté à l'industrie française. La France de l'électricité expérimente depuis trente ans une situation remarquablement paradoxale : alors qu'elle est dépourvue de matières premières énergétiques, elle affiche dans le domaine électrique les trois grands atouts d'un pays abondamment pourvu en ces mêmes matières : sécurité d'approvisionnement, coûts raisonnables, capacités d'exportation ! C'est à l'industrie nucléaire qu'elle doit cette situation inespérée. Sortir du nucléaire renverrait la France à sa condition initiale de pays énergétiquement "dépourvu", obligé de s'adresser à l'extérieur pour fabriquer l'essentiel de son électricité. Une désindustrialisation qui s'analyserait aussi comme une perte d'indépendance et un recul stratégique.

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Commentaires
a écrit le 28/11/2011 à 10:17 :
"Sortir du nucléaire, un non-sen économique". Il y a quelque chose qui ne va pas. La France se désindustrialise depuis 25 ans, à commencer par les industries lourdes et polluantes, généralement grandes consommatrices d'électricité, ça continue, et pourtant notre besoin d'électricité est de plus en plus important. On nous a parlé d'économie d'énergie, mais il semble que ça n'ait pas fait l'affaire d'EDF qui a poussé à la roue pour que la consommation augmente. Bénéfices des actionnaires et cours de Bourse devaient passer certainement avant les économies. Alors on voudrait nous prendre pour des c..s qu'on ne s'y prendrait pas autrement.
a écrit le 22/11/2011 à 8:28 :
Encore une fois on ne parle pas, ou si peu, de la filière "sels fondus" basée sur le thorium: "http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9acteur_nucl%C3%A9aire_%C3%A0_sels_fondus".
De toute manière il faudra d'une manière ou d'une autre diminuer nos consommations énergétiques de toutes natures et probablement revoir nos modèles économiques du "toujours plus".
a écrit le 22/11/2011 à 7:28 :
Sur un plan purement comptable et financier, M. Sorin a raison. Sur un plan biologique, il signe la fin prochaine de la vie sur Terre avec les radiations, l'émission de gaz radioactifs nocifs et dangereux et surtout le stockage grandissant de plutonium dont il suffit d'un microgramme pour tuer un humain.
a écrit le 22/11/2011 à 4:32 :
rester dans le nucleaire c est de la pure folie , faire passer l argument interes economique avant l interes vital ! quel heritage cet homme veut il laisser a c est enfants nous somment a la veille de bouleversement climatique ! qui peu prevoir la securite dans ce moment la !
a écrit le 21/11/2011 à 11:32 :
Belle démonstration de lobbying ! Comment affirmer une indépendance énergétique avec le nucléaire alors que nous sommes tributaires des importations d'uranium...
Le nucléaire, c'est le passé, sans parler des risques, ni des coûts pharaoniques (recyclage des centrales), ni de l'héritage transmis des déchets...Ces hommes (comme F. Sorin) engagent notre avenir. Je propose de nous souvenir de leurs noms et de leur responsabilité lorsque nous serons dans le "mur".
Réponse de le 22/11/2011 à 8:10 :
de plus, le nombre de pays producteurs est assez restreint et un de nos plus gros fournisseur est le Niger, bien connu pour sa stabilité politique :-)))
a écrit le 14/11/2011 à 16:30 :
Le secteur de l'energie atomique est surtout un des derniers bastions industriel de pointe de la France,un secteurs ou nous sommes performants.
Les écologistes veulent suprimer tout cette branche économique en l'interdisant politiquement...
le danger de ces installations est comparable à certains épisodes de catastrophes naturelles qui se produisent sans que l'on puissent apparemment les prévoir,il n'y a qu'à voir ce qui se passent en Thaïlande...
Pour qui oeuvrent donc ces insensés avec de telles idées?
Réponse de le 22/11/2011 à 8:11 :
en fait , la vraie solution est de vendre des centrales et du mox à des pays éloignés, pour faire du business sans prendre trop de risques :-)))
Réponse de le 31/01/2012 à 16:28 :
Les insensés qui fabriquent des réacteurs trop chers dont personne ne veut. Principalement parce qu'une centrale sûre est une centrale non rentable.
Le chiffre d'affaire d'Areva est en train de plonger, et seul un endettement français pourrait sauver la filière. Pourquoi l'investissement dans les énergies vertes apporteraient moins à la France que le nucléaire ? Il y a autant sinon plus de potentiel de développement, et pas à la clé de problème de pollution ni de morale.

Voulez-vous savoir comment nos amis économistes font pour arbitrer entre rentabilité et sécurité nucléaire ? Rien que l'idée qu'il y a des gens qui sont en train de trouver un compromis pour pouvoir vendre des EPR invendables me fait froid dans le dos.
a écrit le 14/11/2011 à 14:32 :
C'est tout de meme 80% de l'electricité produite en France.
Ca permet d'avoir une électricité pas trop cher aidant à la compétitivité d'un certain nombres d'entreprises.
Et c'est un domaine ou on exporte notre savoir faire (ou notre électricité).
Et des domaines qui permettent de minimiser le déficit de notre balance commerciale, il n'y en a pas tant que ca en France... (pour rappel deficit commercial = chomage et appauvrissement du pays)

Et si on arrète le nucléaire, on le remplace par le charbon (comme vont le faire les allemands). Ca fait beaucoup plus de mort (dans les mines de charbon) et ca participe au réchauffement climatique. Il n'y a pas trop d'alternatives... (à moins que vous acceptiez de couper votre télé et vos lampes et de manger froid les soirs ou il n'y a pas de vent)
a écrit le 13/11/2011 à 20:56 :
Le nucléaire, c'est comme le France, le Concorde ou le Rafale, une belle technologie, une gloire tardive dont plus personne ne veut. Passons vite à autre chose, pour rester dans l'avenir.
Réponse de le 14/11/2011 à 16:37 :
Pour passer à autre chose,il faut une autre technologie qui propose une pareille productivité,le solaire n'est pas viable dans l'hémisphère nord et les éoliennes consomment plus de ressources qu'elles n'en produisent en moyenne sur leur durée de vie.
L'Allemagne importe massivement du gaz de Russie pour faire tourner les centrales électriques,c'est la seule solution pour eux,malgré toutes les ressources d'électricité vertes...
Réponse de le 21/11/2011 à 22:26 :
le solaire n'est pas viable dans l'hémisphère nord et les éoliennes consomment plus de ressources qu'elles n'en produisent en moyenne sur leur durée de vie.

Des chiffres, s'il vous plait !!!! ce que vous annoncer est faux.....Le solaire est rentable même en allemagne du nord

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