A quand un vrai débat sur les énergies renouvelables ?

Le choix du tout-nucléaire est incompatible avec le respect de l'environnement. Les candidats à la présidentielle devraient traiter sérieusement le thème du changement de modèle énergétique et s'engager en faveur des énergies renouvelables. Taxer les énergies fossiles permettrait de financer la transition.
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Alors que les candidats à l'élection présidentielle présentent leurs projets, le thème de la stratégie énergétique de la France n'est pas traité avec sérieux dans les débats. Certes, la campagne s'inscrit au coeur d'une crise sociale et économique forte, mais la crise environnementale sans précédent que nous connaissons n'en reste pas moins d'actualité. Éluder cette question en 2012 serait un échec politique ayant de graves conséquences économiques et environnementales.

Il est temps pour la France de choisir un avenir énergétique en rupture avec son modèle actuel, dont les fondations seront naturellement l'autonomie énergétique, la pertinence économique et le respect de l'environnement. Le tout-nucléaire ne peut pas être la réponse à ces exigences, pour des raisons économiques, mais aussi de sécurité et d'impact environnemental. À elles seules, les énergies vertes ne peuvent pas à ce jour constituer une solution exclusive, du fait de leur coût de production encore élevé et de leur intermittence de fonctionnement. Mais ces deux voies ne sont pas incompatibles et la France peut encore développer avec les énergies vertes le relais de croissance de son leadership nucléaire actuel.

Mais encore faut-il qu'il y ait une véritable volonté politique pour cela. En effet, un changement de modèle nécessite une politique courageuse, engagée sur des objectifs à long terme et qui assume une augmentation par ailleurs inéluctable du prix de l'énergie. En premier lieu, la France devra se donner les moyens de respecter l'engagement qu'elle a pris d'atteindre 23% d'énergies vertes dans sa consommation d'énergie finale à l'horizon 2020. Ce ne sera pas le cas si nous continuons de brider le développement du solaire à 500 mégawatts (MW) par an et de l'éolien terrestre à 500 turbines par an. Le déploiement de capacités éoliennes offshore ne le permettra pas non plus, car elles ne seront pas opérationnelles d'ici à 2020.

Un geste symbolique consisterait à rehausser cet objectif à 25%, démontrant ainsi une véritable volonté de changement dans notre politique énergétique. Car il ne s'agit là que d'une étape à la construction d'un "mix" énergétique équilibré et diversifié qu'il serait pertinent de compléter par un objectif à 2030 de 35 à 40%. Cela se traduirait par un développement du solaire et de l'éolien terrestre d'au moins 1.500 et 2.000 MW par an.

Pour atteindre ces objectifs, il conviendra en second lieu de reconstruire le modèle de soutien au développement des énergies vertes. Une solution consiste à passer d'un schéma qui fait reposer directement le coût du développement des énergies vertes sur le consommateur final (via la contribution au service public de l'électricité) à un modèle basé sur une taxation directe des énergies polluantes (nucléaire et énergies fossiles) permettant le financement des énergies renouvelables. C'est d'ailleurs ce type de solution qui est en place en Allemagne ou au Royaume-Uni. Ce nouveau modèle gagnerait en transparence (en intégrant dans leur coût les externalités négatives des énergies traditionnelles), en efficacité (en encourageant directement les opérateurs à produire davantage d'énergies renouvelables) et en équité (en cessant de présenter artificiellement les énergies vertes comme un simple surcoût par rapport à un prix de référence sous-évalué des énergies traditionnelles).

Ainsi réformé, ce modèle pourra attirer, comme chez nos voisins, les capitaux privés nécessaires au développement de cette filière. En effet, le secteur des énergies renouvelables est considéré dans de nombreux pays comme résilient à la crise économique, dès lors que son cadre réglementaire est simple et stable. Le développement ambitieux des énergies vertes s'accompagnera nécessairement d'une hausse du prix de l'énergie qui permettra de rajeunir nos capacités de production, d'améliorer notre impact environnemental mais aussi de développer une filière industrielle, constituée non seulement de grands groupes mais également de PME, créatrices d'emplois locaux, capables d'innover et d'exporter.

Notre approche actuelle centrée sur le nucléaire ne permet en rien d'éviter une inflation sensible des tarifs de l'énergie, compte tenu de la vétusté du parc nécessitant des investissements lourds et de l'incertitude concernant le coût de réalisation des EPR, comme l'illustre l'exemple de Flamanville. Menée avec courage, bon sens et célérité, cette politique donnerait à la France un élan décisif dans un secteur stratégique au plan mondial. Elle aurait aussi le mérite de rendre tangible une réalité : celle qui fait de l'énergie une denrée de plus en plus précieuse qui exige qu'on enseigne aux générations futures à l'économiser.

Le développement d'un tel modèle peut prendre du temps. C'est pourquoi, il est vital que ce débat soit une composante centrale de la campagne.

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Commentaires 3
à écrit le 16/11/2011 à 10:31
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Evoquer un débat de cette importance sans mentionner la biomasse (bois énergie, méthanisation, bio fuels), sans mentionner la géothermie ni les économies d'énergie, c'est tomber dans le piège des lobbies qui de fait nous gouvernent !

à écrit le 14/11/2011 à 23:57
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http://blog.mitsch.be L?éolien est le symbole du changement... juste un symbole ? Le citoyen est concerné au premier plan par le développement éolien, qu?il soit consommateur ou riverain. Il ignore pourtant les enjeux économiques réels qu?il laisse...

à écrit le 14/11/2011 à 14:59
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Je suis sceptique sur la réflexion des énergies dites renouvelables, mais aussi sur les énergies fossiles, et nucléaires. En fait, la rentabilisation des énergies augmentera avec le temps, mais la population n'arrêtera jamais d'augmenter, et nous sav...

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