Faut-il créer une banque dédiée aux petites entreprises ?

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Par Patrick Baumann et Patrice Degris, du cabinet Degris-Baumann, conseil en stratégie et finance.

La crise financière à laquelle la France est confrontée au travers de l'euro a pour conséquence de réduire - en dépit des déclarations officielles qui se veulent rassurantes - les prêts de liquidités aux PMI-PME, notamment celles dont l'activité est industrielle ou de services liés. Les grands réseaux bancaires ont peur de dépôts de bilan en série, et commencent à supprimer les découverts bancaires ou les crédits de campagne, créant ainsi des problèmes de trésorerie à leurs clients.

Malheureusement, ces grandes banques sont toujours orientées prioritairement vers le métier de "banque d'affaires" et il est difficile de modifier du jour au lendemain leur mentalité et leur stratégie axée sur la spéculation pour laquelle elles veulent garder des capacités d'investissement.

En 2008, la résorption de la crise économique n'a été possible qu'à la suite d'une intervention massive de l'État, ce qui était en contradiction avec la doctrine de l'économie de marché "ultralibérale ". Le principe de la "realpolitik " oblige à reconnaître que, dans la situation actuelle, un grand nombre de mesures restent souvent à l'état de voeux pieux, et se pose la question de savoir s'il n'est pas opportun de créer une banque provisoirement publique dédiée exclusivement aux PMI-PME.

L'attitude actuelle des banques n'est pas dictée par un sentiment de malveillance, mais résulte d'une analyse de situation dont les points essentiels sont les suivants. L'étude d'un dossier de prêt d'un montant relativement faible a un coût fixe qui ne peut être amorti correctement ; la population des conseillers d'agence bancaire, souvent très jeunes, n'a pas été toujours suffisamment formée à l'analyse du "risk management " et ces personnels sont invités à recourir à des logiciels paramétrés à partir de données chiffrées, par secteur d'activité, engrangées par la Banque de France. La moyenne de ces ratios est souvent très éloignée des éléments qui caractérisent ces entreprises spécifiques. Cette difficulté récurrente du financement des PMI-PME est d'autant plus forte que les banquiers interpellés répondent qu'ils doivent se mettre en conformité avec les obligations de renforcer leurs fonds propres.

Cette situation préoccupante s'inscrit dans le cadre d'une distorsion de concurrence par laquelle les grandes entreprises peuvent faire appel à la BOURSE pour assurer leur financement, ou à leurs actionnaires pour souscrire à une augmentation de capital. Les PMI sont exclues de cette démarche, et cela les contraint à ne pouvoir se tourner que vers les banques de dépôt.

La solution proposée serait la création, à titre exceptionnel et temporaire, d'une banque publique adossée à la Caisse des dépôts et consignations (CDC). Celle-ci reprendrait le flambeau du défunt CEPME - très apprécié lorsqu'il a été créé, à l'issue des chocs pétroliers, par Jean-Pierre Fourcade, ministre de l'Economie et des Finances du président Valéry Giscard d'Estaing - qui prêtait très rapidement aux PMI-PME des sommes d'un montant relativement faible sur la base d'un dossier très simplifié (de 4 à 6 pages).

La réactivité et la promptitude à répondre aux besoins de financement du développement des PMI sont essentiel, car leur trésorerie ne bénéficie pas de réserve financière ; par ailleurs, elles doivent courageusement faire face à des retards de paiement ou à des étalements de commandes des grands donneurs d'ordres.

La nouvelle banque ainsi créée serait dirigée, dans un premier temps, par un conseil d'administration composé de députés et de sénateurs de toutes tendances pour lui donner une assise impartiale et une indépendance à l'égard des pouvoirs publics.

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