Réduire la dette sans brader notre patrimoine

 |   |  735  mots
DR
DR (Crédits : dr)
Il faut cesser de brader notre patrimoine immobilier, culturel, naturel. Cette politique nous appauvrit sans résoudre la question de la dette. La vraie solution réside dans la remise en cause des passe-droits accordés aux plus puissants et la fin de l'irresponsabilité des responsables de catastrophes sanitaires.

Le sujet de la dette publique a envahi le débat politique. La course à l'échalote des mesures de rigueur est engagée dans le but de réduire les déficits et d'éviter à la France de perdre son AAA. Cependant, la question des déficits publics, et surtout des réponses à y apporter, paraît doublement mal posée.

D'une part, la question n'est pas tant celle de la dette que celle de l'évolution du patrimoine des Français. D'abord, la dette publique n'est pas seulement financière ; elle est aussi climatique et naturelle et ces dettes différentes rétroagissent les unes sur les autres (à ce sujet, voir le rapport de Nicholas Stern).

Il faut donc lier l'ensemble et trouver des solutions qui soient doublement positives. Ensuite, la question de la dette doit s'apprécier aussi en fonction de l'évolution du patrimoine global de l'État et des Français. Or, nous avons réalisé l'exploit de brader une partie de notre patrimoine sans nous désendetter. Malgré les rapports successifs de la Cour des comptes, notre patrimoine mobilier, immobilier, culturel, naturel, immatériel fait l'objet de dilapidation, dans des circonstances qui mériteraient une enquête pénale, bien souvent réclamée en vain par la Cour des comptes. Nous y perdons des biens rares qui font l'objet de plus-values considérables pour les acheteurs, et moins de 15% de ces sommes sont affectées à la réduction de la dette.

D'autre part, il faut cesser de s'attaquer aux effets, pour viser les causes. Certes, il faut mettre un terme à la situation actuelle. Mais celle-ci est le résultat de politiques délibérées d'accroissement de la dette et de réduction des recettes publiques, contrairement à la communication publique qui en a été faite : augmentation massive des dépenses fiscales, défiscalisation de fait des multinationales d'origine française (moins de 2 milliards d'euros d'impôts payés par les 36 entreprises privées du CAC 40, ayant pourtant réalisé 72 milliards d'euros de bénéfices avant impôts), manque à gagner de près de 6 milliards d'euros lors du renflouement des banques, coût des sommes payées par les contribuables pour éviter que la responsabilité financière des auteurs des catastrophes sanitaires ne soit engagée (plus de 20 milliards d'euros pour l'amiante et d'ores et déjà plus de 1,2 milliard pour le Mediator). Sans parler des scandales Crédit Lyonnais-Tapie (20 milliards d'euros) ou frégates de Taïwan (près de 700 millions d'euros). Il va de soi que tant que les décideurs politiques préféreront dépenser l'argent public plutôt que de laisser la justice faire son travail et condamner ceux qui doivent l'être, le tonneau des Danaïdes sera toujours percé.

Pour en sortir, il faut donc s'attaquer aux causes, faute de quoi les mesures de rigueur seront non seulement injustes et dangereuses pour l'économie, mais encore parfaitement inefficaces. Cinq pistes doivent être simultanément suivies :

- passer du court terme au long terme, par étapes : faire du patrimoine national et de son amélioration un enjeu majeur ;

- en finir avec l'irresponsabilité et l'impunité. Il est indispensable de permettre une évaluation objective des décisions, d'imposer une vision stratégique de gestion du patrimoine et de responsabiliser les décideurs ;

- rétablir la morale et à assurer la probité dans la gestion de l'Etat ; il est plus que temps de mettre un terme à des systèmes de malversation organisée dans le cadre de la gestion immobilière de l'Etat, parfaitement décrite par la Cour des comptes, de faire cesser les trafics d'influence dont les effets sont délétères pour les finances publiques ;

- respecter les fonds publics, c'est-à-dire rendre à l'impôt son caractère civique. Ceci passe par une gestion parcimonieuse des deniers publics et la lutte implacable contre toutes les fraudes ;

- revenir à l'intérêt économique du territoire et de l'emploi, pour rétablir l'équilibre budgétaire et renforcer le patrimoine collectif.

En définitive, la question de la dette, celle des déficits et celle du patrimoine renvoient à la liberté pour le peuple français de choisir son avenir et de le maîtriser. Il est une voie droite et claire qui avait été tracée par Pierre Mendès France en 1946 : lier la rigueur budgétaire, l'Etat providence et la moralité publique.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 20/11/2011 à 22:17 :
Pourquoi Mme Lepage ne se présente pas à la présidentielle, elle aurait plus de chance de redorer l'image d'une classe politique à court d'idées et de solutions et de réussir à redresser la barre. Car en gros en 2012 on a le choix entre Porcinet, le Nain hyperactif ou Eva Braun avec qui on va droit dans le mur.
Réponse de le 22/11/2011 à 8:46 :
sachez qu'elle est candidate! malheureusement les médias n'ont pas l'air de prendre en compte sa candidature...
a écrit le 20/11/2011 à 8:11 :
Madame Lepage , est égale a elle même !
Tout ce "beau" discours est de la pure communication politique !
C'est l'art de parler ne rien dire !
En fin de compte on voit bien que sur le fond, cette dame n'a rien à dire, et n'a aucune
idée !

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :