Plaidoyer contre tous les faux-monnayeurs

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Copyright Reuters (Crédits : Patrick Sordoillet)
Olivier Berruyer est actuaire, animateur du blog www.les-crises.fr, auteur du livre "Stop ! Tirons les leçons de la crise" (Editions Yves Michel).

Il faut croire que nous boirons le calice jusqu'à la lie. Rien ne nous aura été épargné dans cette crise, toutes les absurdités auront été avancées. Désormais, les mêmes qui, depuis plus de trois ans, réalisent des analyses et des prévisions qui se révèlent fausses à longueur de temps, sont convaincus d'avoir trouvé la pierre philosophale : la monétisation - alias la planche à billets - qu'on nous présente comme étant de nature à "rassurer les marchés ". Tout comme le plan à 1.000 milliards d'euros du 27 octobre devait le faire - ce qui les a calmés exactement deux jours... Cela fait cinq siècles que certains s'imaginent qu'il est possible de créer de la richesse en imprimant du papier. Cela fait cinq siècles que cela se termine mal.

On en appelle aux exemples de monétisation aux Etats-Unis ou en Angleterre, comme on en appelait en 2007 au bel exemple des "subprimes" aux Etats-Unis à importer d'urgence... D'ailleurs, les marchés n'achètent pratiquement plus de dette américaine ou anglaise, ce qui oblige à ces monétisations, preuve qu'elles ne rassurent personne... Comment imaginer rassurer un prêteur en cherchant à le rembourser en monnaie de singe ? Appréciera-t-il de voir remplacer une probabilité de défaut par la quasi-certitude de l'inflation ? Illusion.

Vouloir agir ainsi, à rebours des traités européens, c'est probablement se préparer à mettre à bas les dernières institutions financières solides de la planète : la BCE et l'euro.

La crise actuelle des dettes publiques ne menace en rien l'euro. A quelques soubresauts bancaires près, maîtrisables, seule l'épargne des prêteurs obligataires était menacée. Menacée par le risque de tout prêt : le non-remboursement, risque pour lequel le prêteur est rémunéré par un taux d'intérêt. Et on ne peut être rémunéré pour un risque, et se défausser quand le risque se matérialise.

Notre problème est de solvabilité, pas de liquidité. La dette publique n'est rien d'autre qu'un différé d'impôt, qui sera acquitté d'une façon ou d'une autre. Et l'engrenage actuel va probablement entraîner la fuite des prêteurs, et obliger à solder les comptes extrêmement rapidement - car il va se révéler que l'austérité ne marche pas, il est trop tard. Il n'y a que quatre grands types d'issue. La première, non viable donc illusoire, consisterait à gagner du temps en continuant la folle cavalerie en rajoutant de la dette à la dette (FMI, eurobonds, MES...). La deuxième serait de lever massivement des impôts sur le patrimoine pour rembourser - inimaginable. La troisième consisterait à sortir la planche à billets pour monétiser la dette. Cela se terminera probablement par des impressions massives (la France aura besoin de lever environ 400 milliards d'euros d'emprunts nouveaux en 2012), et une inflation ou une fuite envers la monnaie qui le sera tout autant. La dernière, classique mais taboue, consiste à réaliser un défaut partiel pour restructurer la dette, en protégeant totalement l'épargne de 90% de la population.

Nous n'avons pas besoin de nouveaux traités, nous avons simplement besoin d'argent, et comme tout surendetté, on ne nous le prêtera pas. Il faudrait faire preuve de courage et de lucidité, en admettant que nous sommes dans la situation des pays sud-américains des années 1980, puis en négociant un défaut sur une partie de cette dette. On préfère avancer des pseudo-solutions visant à faire croire que nous pourrions rembourser sans que cela ne coûte rien à personne, au risque de mettre l'économie à genoux. Keynes parlait de l'inflation qui "euthanasierait les rentiers". Mais le financiarisme actuel est prêt à euthanasier les salariés et les entreprises pour protéger une partie de l'épargne des rentiers et, ce faisant, il finira par euthanasier tout le monde par hyperinflation. La monnaie est la base du contrat social, et elle n'a pas à être altérée pour essayer de sauver des prêteurs inconséquents. Ne sacrifions pas notre avenir au passé : il est encore temps de sauver notre monnaie. Et si, cette fois, nous essayions plutôt le bon sens ?

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a écrit le 12/12/2011 à 19:04 :
A quel moment l'europe a parlé de monétiser sa dette ?
a écrit le 09/12/2011 à 23:02 :
On en appelle plutôt aux exemples des trentes glorieuses .. Pourquoi faire le choix d'un titre aussi provocateur ? Les Banques commerciales mériteraient moins cette appellation de "faux-monnayeurs" qu'une banque centrale traditionnelle ? "négocier un défaut sur une partie de cette dette", c'est à dire ? En menant une politique libérale ? Ou en prenant l'exemple de l'Equateur de Correa ?
a écrit le 09/12/2011 à 15:48 :
"Ne sacrifions pas notre avenir au passé : il est encore temps de sauver notre monnaie. Et si, cette fois, nous essayions plutôt le bon sens ?"
Très bien pour le "bon sens", mais n'y a-t-il pas quelque chose de paradoxal dans cette conclusion? Car à vous lire, on a quatre solutions:
- ajouter de la dette à la dette: pas viable
- imposer lourdement le patrimoine des citoyens européens : inacceptable
- faire tourner la planche à billet : cela créera de l'inflation
- faire -partiellement- défaut sur la dette : tabou, mais disons...pragmatique (enfin à mon avis)

Mais est-il possible de faire défaut sur ces dettes sans faire voler en éclats la monnaie qu'on voudrait sauver?

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