Climat : six mois pour rebondir

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Durban a été un échec, mais la conférence Rio+20 qui aura lieu dans six mois peut être l'occasion d'un rebond dans la lutte contre le réchauffement climatique. La France et l'Europe, s'appuyant sur des initiatives locales, doivent préparer soigneusement ce sommet afin d'aboutir à des engagements contraignants.

En 1992, le sommet de Rio a lancé le paradigme d'une nouvelle gouvernance, non plus de concurrence entre États pour l'accès aux ressources, mais de coopération raisonnée vers un futur commun. Rio+20 - le sommet se tiendra du 20 au 22 juin 2012 - peut être l'émergence d'une nouvelle dynamique. Il s'agit de préparer une partition globale, et multilocale, pour les vingt prochaines années.

D'ici à juin, la configuration politique tout comme la nécessité de s'engager sur des objectifs concrets, précis et suivis nous inciteront à grouper dès maintenant toutes nos énergies, pour coconstruire des solutions opérationnelles. Aujourd'hui, le mode du rapport de force entre États n'est pas opportun pour lutter contre le changement climatique - c'est vers une logique de coopération, de solutions transverses et de transition vers une société économique et socialement plus responsable que nous devons aller. La crise économique nous y incite, mais nous y aide également, puisque les modèles financiers hégémoniques sont maintenant affaiblis, parfois toxiques, et doivent être repensés.

Il y a plus que jamais un déséquilibre Nord-Sud dans l'utilisation des ressources et la contribution au changement climatique, mais non dans la recherche des solutions. Éducation et entrepreneuriat ont permis de voir émerger des pistes, qu'il s'agisse de reforestation, d'accès à l'énergie, à l'eau et à l'alimentation. Dans un contexte de crise financière, ces solutions s'avèrent très pertinentes pour notre développement économique local. A contrario, certains instruments de compensation et de péréquation imaginés en 1992 sont devenus des outils spéculatifs - cela n'est pas sain et les pays pauvres s'en indignent légitimement.

J'en tire deux conclusions. La première est que nous devons rester humbles dans les négociations internationales, et venir avec des ébauches de solutions et une volonté de partage d'expériences. La seconde, c'est qu'il n'y a pas un sujet écologique, fardeau ou préoccupation de plus pour des économies en crise, mais au contraire que la transition des vingt prochaines années passe par un changement de paradigme économique. La crise financière nous incite à repenser notre modèle, via des innovations technologiques et sociétales adaptées.

Rio+20 peut, doit et va nous aider à faire émerger et développer des modèles plus sereins, à condition de nous y préparer dès aujourd'hui à l'échelle de la France. La question se pose notamment avec la réforme de la PAC et les outils territoriaux. Alimentation et choix agricoles, stratégie énergétique, pollutions... les sujets ne manquent pas où la préparation de Rio imprègne très fortement nos débats du premier semestre 2012. À l'échelle internationale, l'urgence financière ne doit pas nous faire occulter la nécessité d'une coopération accrue, concrète notamment, pour apporter une solution à l'extrême pauvreté. Nous sommes capables de mettre en oeuvre l'accès universel à une énergie propre et durable, mais aussi la sécurité alimentaire via le nexus eau-énergie-agriculture.

C'est pourquoi je souhaite qu'à Rio la France contribue à sceller un plan d'action global chiffré répondant aux trois questions clés : Qui ? Quand ? Comment ? Seuls des engagements contraignants sauront traduire notre volonté d'agir, au-delà des discours. Nous devons tenter d'obtenir un registre d'engagements, annexé à la déclaration finale, prônant le partage des tâches, l'objectif de résultat et le plan de financement. Pour que cela fasse sens, il faudra se doter d'un levier d'action coercitif, à même de matérialiser une sanction rapide, financière et juridique, vis-à-vis des acteurs de dommages écologiques majeurs. 2011 a malheureusement montré l'urgence de pallier les catastrophes industrielles en privilégiant enfin la sûreté à la rentabilité. Une intégration en amont des coûts directs et indirects (d'assurance notamment) liés au risque aurait permis d'éviter les catastrophes du golfe du Mexique, de Fukushima ou encore d'Ajka. Sûreté, risque, vulnérabilité et résilience sont des mots qui ont autant de sens à l'échelle locale que planétaire. Développons en France une acculturation et une maturité sur ces sujets avec tous les acteurs politiques, mais aussi économiques...

Devant le sentiment d'impuissance laissé par Durban, il est urgent que l'Europe et la France arrivent de manière préparée et ambitieuse à Rio+20. Il nous reste six mois pour avancer, en mettant en avant l'action des territoires et en proposant des mesures nationales, européennes et internationales à la hauteur des enjeux. Il est nécessaire, et plus que jamais au vu des résultats de Durban, de fixer des objectifs à horizon 2025. Mais ceux-ci ne prendront tout leur sens que par un plan d'action structuré sur les cinq à six prochaines années, auquel le Sénat aura à coeur de participer, dès aujourd'hui.

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a écrit le 17/12/2011 à 14:39 :
Le CO2 émis par la planète en 2010 est en augmentation de 5.5%. Autant dire que si nous continuons dans cette progression, le CO2 émis dans 10 ans en 2020, risque d'être le double de celui de 2010. Deux causes concomitantes. D'une part, l'accroissement exponentielde la population de la planète et d'autre part l'augmentation du niveau de vie dans les pays émergents et notamment en Chine où la progression des obèses explose comme le tour de taille des Chinois. Pour réduire le CO2, il convient donc de mener deux campagnes au niveau de la planète. D'abord faire campagne pour un enfant au plus par femme et deuxièmement faire campagne pour une alimentation pauvre en graisses animales et en viande rouge. En agissant sur ces deux leviers, les problèmes environnementaux avec le CO2, les problèmes de santé cardiovasculaire seront réduits de manière significative comme par enchantement. En dehors de cela, point de salut. Le problème est que les politiques analphabètes qui se réunissaient à Durban sont incapables de comprendre un tel plan d'action. FL/ ingénieur, diplômé en économie.
Réponse de le 17/12/2011 à 15:01 :
En France, nous avons une personnalité politique remarquable par son professionnalisme qui n'est malheureusement pas écouté à cause du vacarme orchestré par les analphabètes, il s'agit de M. Yves Cochet.
a écrit le 16/12/2011 à 9:30 :
La réalité est qu'une centrale thermique à charbon est mise en service chaque semaine en Chine soit 50 centrales par an pour fabriquer toute les productions mondiales. La 2eme réalité est que les augmentations de CO2 sont en constantes progressions et toutes ces réunions n'ont servi à rien et ne serviront à rien hier aujourd hui demain si ce n'est aux participants de produire un peu plus de CO2
Réponse de le 16/12/2011 à 15:22 :
Comme il est facile de se défausser sur les chinois pour ne pas voir que la France à raté le virage de l'efficacité énergétique et celui des énergies renouvelables déconcentrées, à l'inverse de nos voisins européens.

L'article le dit clairement: il faut prendre à bras le corps le tryptique eau / alimentation / énergie, avancer maintenant chez nous vers une société plus sobre, sortir des solutions dinosaures (le nucléaire, un réseau trop centralisé, des bâtiments énergivores...) sur lesquelles on a eu 30 ans d'obstination et d'arrogance française.

Et surtout, mettre fin aux rumeurs sur le méchant chinois là ou on peut agir, ici et maintenant. La Chine consacre plus de 10 milliards d'euros par an à la recherche sur les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique.
a écrit le 16/12/2011 à 9:22 :
Tout ça est du saupoudrage ! 1 centrale thermique à charbon ouvre par semaine en Chine soit environ 50 centrales de plus rien que dans ce pays, les émanations de CO2 SONT en constantes augmentations. Allez les bobos continuez à acheter des jouets et des jeux electroniques 96% sont fabriqués en Asie. Alors vos réunions internationales ne font qu'augmenter les transports des participants et du CO2 Bien sûr !!!

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