Evénements sportifs : une vraie guerre économique

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Ce qui se passe dans la formule 1, qui déserte les circuits européens, est révélateur d'un mouvement : les grands événements sportifs ont de plus en plus lieu hors d'Europe. Au-delà du sport, l'enjeu économique, mais aussi réputationnel et diplomatique, est majeur.

Les déclarations de Bernie Ecclestone, condamnant l'Europe de la formule 1 à un effacement progressif au profit de nouvelles terres de conquête, confirment une tendance lourde. L'Europe disparaît progressivement des cartes et des agendas des événements sportifs de niveau mondial. Certes, les prochains Jeux olympiques (JO) d'été auront lieu à Londres et il nous reste notamment les principaux championnats de football, les grands tours cyclistes et les courses au large.

Mais l'amorce d'un déplacement durable des grandes compétitions sportives internationales vers les nouveaux territoires gagnants de la mondialisation économique se poursuit. La France peine, elle aussi. Son échec récent sur la candidature pour l'organisation des JO d'hiver souligne ce mouvement de fond. Le monde change, les pays émergents, leurs médias et leurs puissances nouvelles mais aussi les appétits commerciaux des marques mondiales transforment progressivement la géographie et l'agenda mondial du sport. Nous devrions regarder ces déplacements au moins aussi précisément que nous tentons de corriger les difficultés de victoires industrielles et commerciales cette fois sur les marchés internationaux des infrastructures et des services en matière de rail, de nucléaire, de défense pour ne citer que ces derniers. Il s'agit d'enjeux qui possèdent en commun la capacité de créer de la richesse directe et indirecte, du capital matériel et immatériel, et de conforter notre pays dans son potentiel de puissance et de diplomatie douces.

Le classement du magazine « Monocle », qui faisait de nous le champion de l'influence de l'opinion publique mondiale l'année passée, nous place en troisième position cette année, derrière les États-Unis et la Grande-Bretagne mais devant l'Allemagne. Notre diplomatie éducationnelle et culturelle est reconnue et redoutée. Notre création et nos industries culturelles s'imposent sur les différents marchés planétaires. L'influence de la France, c'est aussi la richesse et l'attractivité de son patrimoine, la variété, l'authenticité et la qualité de sa nature. La gastronomie, sa tradition célébrée récemment par l'Unesco et ses produits, la mode, ses créateurs et ses marques, créent un mix encore plus performant qui s'exporte et attire.

Mais dans le « mainstream » planétaire, la place grandissante conquise par les enjeux sportifs doit nous interpeller. Elle l'est en particulier pour les populations majeures des pays émergents : la jeunesse qui n'a pas le même imaginaire ni la même mémoire que ses parents et qui demain va constituer à la fois les élites et le marché de ces pays.

En ces temps de crises financière et économique, l'Europe attaquée par ses concurrents et les marchés peine à s'inscrire dans une dynamique de conquête sur le terrain des événements sportifs. Asie, Moyen-Orient, Russie, Brésil, ce qui apparaissait comme une diversification, un rééquilibrage, tourne à une forme nouvelle de délocalisation.

Comme si nous étions collectivement, et la France en tête, devenus incapables de nous imposer. Il y a là évidemment un enjeu économique mais aussi « réputationnel » et diplomatique.

Il nous reste à innover, à inventer de nouvelles compétitions. Tour de France, Coupe européenne de football, Vendée Globe, formule 1... sont nés ici. Nos territoires et leurs gouvernements locaux doivent prendre le leadership de cette nouvelle aventure. Nos entreprises doivent s'associer et s'engager durablement dans cette reconquête de l'agenda sportif. Le « sports branding » est devenu, tant pour les territoires que pour les entreprises, un enjeu économique et réputationnel sans peu d'équivalent.

La relation entre le sport et les territoires illustre sans concession les changements d'échelle de notre temps. Frictions entre mondialisation et identité locale, tensions entre individuel et collectif, tout business et aspiration pour des modèles plus respectueux de l'homme et de son environnement... Autant d'éléments qui impactent et illustrent la volonté du territoire et l'expression de son destin. Dans un contexte local et global en mutation, la « marque France » a besoin d'une stratégie d'influence et de conquête en matière sportive. La nouvelle guerre des territoires ne nous en laisse pas le choix. C'est ce positionnement, cette affirmation du mythe français dans un monde en équilibre instable, qui les transformera en autant d'atouts contemporains, en autant de leviers de croissance. Leviers dont nous avons bien besoin !

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a écrit le 28/12/2011 à 8:49 :
Ces soit-disant "sports" sont comme tous le reste, vampirisés par la Finance. Par ailleurs ils nécessitent de coûteux investissements dont personne ne veut vraiment mesurer le retour, se doutant bien d'un bilan négatif, voir désastreux (on sait très bien qu'aucun des Jeux Olympiques, hormis ceux de Pékin en 2008 n'a rapporté plus qu'il n'a coûté, demandez au Grecs !). Alors qu'ils se barrent à l'autre bout de la planète, çà ne pourra qu'améliorer nos finances.
Par ailleurs, j'attends de voir avec impatience les JO 2012 de Londres (et pas sur le plan sportif !) et surtout de savoir ce que çà va coûter/rapporter et qui va payer (je sens qu'on va se marrer !).
Réponse de le 30/12/2011 à 13:43 :
Cher photoscope Vancouver et ses jo sont un excellent exemple de réussite économique dont je vous incite à nourrir votre réflexion et la liste est longue, très longue des compétitions bénéficiaires et je ne parle que des retours directs. À votre dispo pour les éléments ! Jc
Réponse de le 30/12/2011 à 13:46 :
Cher photoscope vous devriez rechercher le cas de Vancouver qui illustre une réussite absolue pour ses jo. La liste des réussites est torses longue et je ne parle que de retours directs ! À votre dispos pour vous livrer les éléments de preuve ! Jc
a écrit le 28/12/2011 à 2:18 :
Je dois dire que cet article est surprenant à plus d'un titre:
le ton, d'abord, très doctoral et affirmatif, sans apporter trop d'arguments à l'appui de ses thèses. Le passage sur la force de l'influence française dans le monde est à ce titre déroutant, et assez comique ( bien qu'empreint d'un patriotisme vibrant un peu puéril).
La Sorbonne est assurément l'université la mieux placée pour constater que les étudiants étrangers de bon niveau et possédant un cursus sérieux n'y viennent quasiment plus.
Ce fait me semble beaucoup plus inquiétant que la désertion des courses de F1, qui sont au sport ce que le disc-jockey est au pianiste de concert : un peu de sport, beaucoup de frime et d'arrangements en coulisse.

Sans vouloir épiloguer sur l'affaissement général de la France et sur ses raisons, je ne comprends pas quel retour d'influence pourrait nous procurer la "relocalisation " en Europe d'événements sportifs qui ne prennent leur sens que s'ils sont mondiaux.
Rappelons-nous les couleurs des anneaux olympiques, et cessons de rêver à une hégémonie qui a perdu tout sens.
Réponse de le 30/12/2011 à 13:55 :
Cher Jak, les universités françaises que vous décriez accueillent en fait beaucoup d'étudiants étrangers et notamment des bricks sans qu'il s'agisse de jeunes gens de seconde zone. Je vous invite à vous rendre dans ses amphis et autres salles pour le vérifier au delà des statistiques. Convenant l'influence et le sports branding des territoires vous devriez nourrir votre réflexion des travaux menés depuis de longues années à travers la planète sur les impacts et les leviers de la sort diplomate et nous en reparlerons. À votre dispo pour vous livrer les dates. Cordialement jo
a écrit le 27/12/2011 à 11:35 :
La Formule 1 ce n'est plus du sport, c'est du show.
De plus la F1 déserte l'Europe principalement à cause de l'interdiction de faire de la publicité sur les cigarettes.
L'auteur de cet article tire un peu vite des conclusions!!!
Réponse de le 27/12/2011 à 16:05 :
Bob les cartes bougent comme celles des populations ou de la richesse. Vous avez raison d'affirmer que pour partie il s'agit des interdictions cigarette et alcool selon les pays mais c'est un petit aspect d'un ensemble plus complexe. Et la F1 n'est pas seule en cause : JO, Coupe du Monde, ... le mouvement suit celui du Monde. Le sport suit, il ne précède pas. Il peut résister.
a écrit le 27/12/2011 à 10:37 :
excellente nouvelle.plus de fonds publics pour le sport professionel!
a écrit le 27/12/2011 à 10:29 :
Houla l'article repose sur un évènement, la Formule 1 et on en tire une généralité pour tous les autres sports. Déjà la F1 se porte très mal en Europe, voir des courses de voiture se jouer dans les stands au changement de pneu, c'est pas hyper intéressant... Le spectateur de TF1 a finit par comprendre qu'on le prenait pour un gogo. De plus c'est une vitrine techno pour les constructeurs. Etant donné que le marché européen auto est plus que mature, autant aller essayer de vendre ces attractions à l'étranger. Seulement ça ne marche pas, le grand prix de Dubai est désert, celui en Inde une catastrophe. Regardez, la F1 est une catastrophe aussi aux US alors qu'ils sont fan de voiture (Indi nascar Champcar) Ce serait bien de le préciser. Il aurait été bien que l'auteur de l'article se rende compte aussi qu'en dépit de l'argent déversé, chaque pays conserve ses traditions sportives. Regardez les US: foot us, basket, baseball, GB: foot, rugby, cricket, Japon: Judo, Sumotori Inde cricket, Thailande boxe. Enfin bref article superficiel plein de généralité et d?approximation. Note finale pour cet article 6/20
Réponse de le 27/12/2011 à 16:06 :
Toto, il ne s'agit pas de superficialité mais de travaux menés sur les sports transnationaux et dans une perspective d'influence. Les cartes bougent comme celles des populations ou de la richesse. Vous avez raison d'affirmer que les champs géographiques et culturels de nombreux sports locaux demeurent. Comme demeurent les éléments des patrimoines identitaires gastronomiques ou linguistiques par exemple. Mais plus on sort des frontières et moins le sport et ses événements se localisent. Au mieux ils sont GloCaux. Au pire ils s'évadent totalement de leur local. ET quand vous parlez de traditions sportives, la Premier League, par exemple, n'a d'anglaise que le nom et la géographie de jeu, le reste des présidents, aux joueurs et passant par les revenus ... sont globaux. Nous pourrions pousser plus loin sur les sports US. je vous livre un vieux texte sur la Premier League http://archives.lesechos.fr/archives/2008/PremiumSport/04/03/300254663.htm
a écrit le 27/12/2011 à 7:12 :
Mais ces grandes manifestations ne nous appartiennent pas ! L'essentiel est de participer et de briller
a écrit le 27/12/2011 à 6:51 :
Depuis la fameuse rencontre de ping-pong sous Nixon et Mao entre pongistes US et Chinois, les événements sportifs portés par le culte de l'image, de l'exploit, alimentés par l'argent des "circuits" et des clubs, sont devenus des faits dignes des anciennes "conférences" ou "congrès" du XIXè. Il est urgent de créer des événements à l'échelle de l'Europe, même si les Britanniques veulent rester à part
Réponse de le 27/12/2011 à 16:06 :
Vous avez raison EUROPEENS

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