La compétitivité, clé de la croissance

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L'Allemagne ne pense pas seulement au redressement budgétaire. Elle a bien conscience qu'il faut renforcer la compétitivité de l'Europe pour regagner de la croissance. Le marché unique doit être étendu à de nouveaux champs, le budget européen revu en fonction de cet objectif de croissance à long terme.

La crise de la dette est devenue la crise de confiance la plus profonde que l'Union européenne ait jamais connue. Les citoyens et les investisseurs s'interrogent : l'Europe en fait-elle assez pour empêcher que la crise ne s'aggrave ? L'UE parviendra-t-elle à devenir une union de stabilité suffisamment vite ? En plaidant pour des conditions strictes de discipline budgétaire, en demandons-nous trop à nos partenaires, nous autres Allemands ? Négligeons-nous par là même la question de la croissance et de la compétitivité en Europe ?

Une chose est sûre : l'Europe souffre d'une propension à l'endettement qui s'est installée insidieusement au cours des décennies. Certains pays ont en outre beaucoup perdu de leur compétitivité pendant cette période. Combinés, ces deux facteurs pèsent sur notre action et compliquent la gestion de la crise. Grâce à efforts communs pour replacer les finances et l'économie de l'Europe sur des bases solides, nous sommes aujourd'hui sur la bonne voie pour la confiance des citoyens et des marchés. Le pacte budgétaire, en négociation ces jours-ci, fixera des règles contraignantes pour renforcer durablement la discipline. Mais cela ne représente qu'une partie de la tâche. Tous ces efforts pourraient être vains si nos économies nationales ne retrouvent pas la voie de la croissance durable. Le levier décisif sera l'amélioration de la compétitivité. Concentrons-nous sur son renforcement au lieu d'initier des plans de relance à court terme qui, tels des feux de paille, s'éteindront aussi vite qu'ils auront démarré.

Les mécanismes économiques sont simples : faute de croissance, la récession, la persistance du chômage, l'aggravation de la crise de la dette et, à plus long terme, une automarginalisation de l'Europe menacent. Mais ce sont également des raisons politiques qui expliquent pourquoi nous avons besoin de plus de croissance en Europe. Une économie saine offrant des perspectives de vie à tous les citoyens, telle est la base de la cohésion sociale et de l'acceptation par la société des réformes nécessaires. L'Europe doit enfin ôter les chaînes dans lesquelles elle s'est elle-même enferrée et développer l'énorme potentiel qui existe dans trois domaines.

Le marché unique : il doit être étendu à de nouveaux champs d'action. C'est notamment le cas dans les domaines de l'économie numérique et du commerce par Internet ainsi que de l'énergie, où une concurrence plus forte fera baisser les prix et renforcera la sécurité de l'approvisionnement, mais cela vaut aussi pour le renforcement des PME grâce à l'élimination des entraves bureaucratiques et à un meilleur accès au capital-risque. De nombreuses propositions de la Commission sont sur la table ; elles doivent être maintenant mises en oeuvre tambour battant. De manière générale, il conviendrait d'introduire un test de croissance pour la sélection des projets prioritaires et une procédure accélérée pour leur traitement par le Parlement. Un budget d'avenir : "Plus de compétitivité", tel doit être le leitmotiv des négociations sur le futur budget de l'UE. Nous devons investir là où nous pouvons le mieux favoriser la croissance durable. C'est pourquoi il faut soumettre la politique structurelle de l'UE à un examen critique. Un fonds de croissance européen devrait être créé, dans lequel les ressources inutilisées des fonds structurels seraient consacrées de manière ciblée à susciter de la croissance dans les pays en difficulté. Il faut concentrer le budget sur l'éducation, la recherche et l'innovation.

Le libre-échange : l'UE doit tout mettre en oeuvre pour conclure des accords de libre-échange avec les nouveaux et les anciens pôles de force mondiaux. C'est vrai des États-Unis mais aussi des négociations avec le Japon. Nous devons également conclure les négociations avec l'Inde, les États du Golfe et le Brésil le plus rapidement possible. Il appartient cependant aux États membres de créer eux-mêmes les principales conditions de leur croissance, grâce à des réformes ambitieuses du marché du travail, des systèmes de prévoyance vieillesse. Ce constat ne vaut pas seulement pour les États les plus touchés par la crise de la dette. C'est toujours lorsque les réformes sont accomplies avant la crise qu'elles s'avèrent particulièrement efficaces - et moins douloureuses.

Aussi favorable que soit sa situation actuelle, l'Allemagne ne pourra se passer d'un programme de réformes continu pour renforcer sa croissance et sa compétitivité. Et, nous autres, Allemands, devrions unir nos efforts à ceux de nos autres partenaires se trouvant dans une situation comparable et tout faire pour soutenir nos voisins en détresse dans leur difficile parcours. Selon certains, l'assainissement budgétaire et la croissance n'iraient pas de pair. Je ne suis pas de cet avis. Il est possible de combiner les deux : l'Allemagne et beaucoup de nos voisins nordiques et d'Europe de l'Est en ont apporté la preuve éclatante. Si nous parvenons à poser les bons jalons dès cette année, nous arriverons à trouver une issue durable à la crise.

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Commentaires
a écrit le 01/06/2012 à 7:31 :
"les Allemands, champions de l'austérité?"
En Allemagne il y a le Hartz IV, il y a la Grundsicherung, il y a la Aufstockung et d'autres Soziale Leistungen pour les familles nécessiteuses.
Une austérité comme celle de l'Allemagne serait un rêve pour beaucoup de pays non seulement du Tiers Monde mais aussi pour des pays de l'Union économique et monétaire.
On pourrait croire, à lire les articles, que le salut est dans une course effrénée au dumping sociale.
En fait le problème est dans les déséquilibre des balances commerciales.
On en viens à se demander si la méthode que l'Argentine essaye de mettre en place (permis d'importer seulement contre exportations équivalentes) ne serait pas le meilleur moyen pour éviter justement ce dumping sociale!
Cette course à la compétitivité va dans certains pays jusqu'à une sorte d'esclavage. (Inde, Afganistan et d'autres où le travail des enfants, 12 heures par jour et six ou même 7 jours par semaine, est monnaie courante)
A cause des moyens de production modernes tout le monde ne peut être gagnant, la production et l'offre dépassent de loin les besoins mais surtout les moyens disponibles de payement, ce qui conduit à un dumping des prix et donc des salaires qui n'en sont pas. Un pays hautement industrialisé tel que l'Allemagne serait en mesure à lui seul de couvrir les besoins de toute l'Union Monétaire. Il faut donc des règles dissuasives contre les excédents permanents (Ex. Allemagne 17 Milliards d'Euro PAR MOIS depuis une quinzaine d'années).
Qui dit excédent dit forcement déficit! Ce qui nous conduit tout droit au surendettement de certains pays.
P.S. L'age réel de départ en retraite est le même en Allemagne qu'en Grèce et l'on travaille plus d'heures par an en Bulgarie qu'en Allemagne.
a écrit le 01/06/2012 à 7:26 :
En Allemagne il y a le Hartz IV, il y a la Grundsicherung, il y a la Aufstockung et d'autres Soziale Leistungen pour les familles nécessiteuses.
Une austérité comme celle de l'Allemagne serait un rêve pour beaucoup de pays non seulement du Tiers Monde mais aussi pour des pays de l'Union économique et monétaire.
On pourrait croire, à lire les articles, que le salut est dans une course effrénée au dumping sociale.
En fait le problème est dans les déséquilibre des balances commerciales.
On en viens à se demander si la méthode que l'Argentine essaye de mettre en place (permis d'importer seulement contre exportations équivalentes) ne serait pas le meilleur moyen pour éviter justement ce dumping sociale!
Cette course à la compétitivité va dans certains pays jusqu'à une sorte d'esclavage. (Inde, Afganistan et d'autres où le travail des enfants, 12 heures par jour et six ou même 7 jours par semaine, est monnaie courante)
A cause des moyens de production modernes tout le monde ne peut être gagnant, la production et l'offre dépassent de loin les besoins mais surtout les moyens disponibles de payement, ce qui conduit à un dumping des prix et donc des salaires qui n'en sont pas. Un pays hautement industrialisé tel que l'Allemagne serait en mesure à lui seul de couvrir les besoins de toute l'Union Monétaire. Il faut donc des règles dissuasives contre les excédents permanents (Ex. Allemagne 17 Milliards d'Euro PAR MOIS depuis une quinzaine d'années).
Qui dit excédent dit forcement déficit! Ce qui nous conduit tout droit au surendettement de certains pays.
P.S. l'age réel du départ en retraite est , contrairement à la theorie, le même en Allemagne et en Grèce et les Bulgares travaillen plus d'heures par an que les Allemands!
a écrit le 28/01/2012 à 9:19 :
Charabia difficilement compréhensible destiné à masquer une réalité:De même que la Grèce a menti sur son niveau d'endettement lors de son entrée dans l'euro, l'Allemagne a menti sur son niveau de compétitivité, de telle sorte que la parité DM/euro était beaucoup trop basse. Entre 1993 et 2000 l'industrie allemande s'est imbriquée dans l'économie des pays d'Europe centrale pour réaliser un gain de compétitivité de l'ordre de 20%. Et depuis la création de l'euro la position géographique unique de l'Allemagne lui permet d'améliorer constamment cette compétitivité au point d'évincer à terme le reste de l'industrie européenne. Faut pas être un grand prévisionniste pour imaginer l'issue d'une telle évolution.
a écrit le 27/01/2012 à 9:57 :
In fine c'est le particulier qui par sa consommation génère la croissance. Pour consommer, le particulier a besoin d'avoir confiance et surtout d'évoluer dans un cadre fiscal simple maîtrisable par tous.
C'est pour cette raison qu'il faudrait au niveau européen remplacer tous les impôts directs par un impôt unique national et progressif sur la croissance annuelle du patrimoine et un impôt unique local sur le lieu d'habitation
www.julienlefort.canalblog.com
a écrit le 26/01/2012 à 17:15 :
La compétitivité via l'abaissement des coûts de main d'oeuvre au niveau d'une zone homogène (UE) n'a aucun intérêt. La productivité passe... , mais la compétitivité au niveau global n'est qu'exacerbation de la compétition au sens concurrence d'accès aux ressources et n'offre pas d'amélioration générale du bien-être. Juste une réalocation des revenus pour... Le premier à appliquer cette mesure est gagnant, le dernier fait perdre tout le monde. Bref du gagnant-perdant genre "économie de pillage".

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