"Présidentielle française : un espoir pour l'Europe ? "

Par Joseph Leddet, directeur du cabinet Contacts, spécialiste du marché des changes et des taux d'intérêt. Il publie le bimensuel la « Gazette des Changes » depuis une douzaine d'années.  |   |  798  mots
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L'effort que les deux derniers présidents de droite n'auront pas été capables de réaliser en 17 ans de mandat, à savoir une politique de grands projets européens en vue de souder les pays membres, un président de gauche saura-t-il lui donner un nouveau souffle ? Ce serait pour le plus grand bien de notre continent.

Contrairement aux pronostics d'économistes de droite largement incompétents pour comprendre les ressorts des marchés financiers, l'élection de François Hollande a été favorablement saluée par la Bourse, avec un indice CAC 40 en hausse de 1,60% lundi 7 mai. L'arrivée au pouvoir de ce nouveau président provoque en fait le frémissement d'un espoir de changement, d'une autre politique plus cohérente et plus lisible, tant pour la France que pour l'Europe ; alors que la construction européenne s'est révélée largement hors des préoccupations tant de M. Chirac que de M. Sarkozy - sauf pour ce dernier à emboiter le pas à Mme Merkel pour diviser l'Union et enfoncer les pays du Sud dans la crise - M. Hollande propose lui, au niveau de l'Union européenne, un véritable projet de développement collectif, notamment sur le plan énergétique. L'effort que les deux derniers présidents de droite n'auront pas été capables de réaliser en 17 ans de mandat, à savoir une politique de grands projets européens en vue de souder les pays membres, peut-être un président de gauche saura-t-il lui redonner un nouveau souffle, pour le plus grand bien de notre Continent ...

Banque centrale européenne : de l'urgence de la mettre enfin au service de l'Europe

Ainsi que nous le rabâchons depuis des années, à la faveur de la crise financière, nous avons pu constater -et ce dès la fin 2007- que la Banque centrale européenne était au service exclusif du secteur bancaire, lui fournissant depuis maintenant près de cinq ans des milliers de milliards d'euros, sous forme « d'open bar financier » permanent et illimité.
A côté de cela, « que dalle » pour soutenir les Etats en difficulté, au premier rang desquels la Grèce, alors qu'en décembre 2009 il aurait suffi d'un simple coup de fil du chef-cambiste de la BCE aux patrons de salles de marchés de quelques grandes banques internationales pour stopper dans l'oeuf la spéculation, menée par deux ou trois fonds d'investissement internationaux contre la dette grecque, notamment via le marché des CDS* ; à cet égard, M. Trichet porte une lourde responsabilité devant l'Histoire, et s'il existait un Tribunal pénal financier international, il mériterait d'y être traduit pour faute grave, voire pour non-assistance à nation en danger ...

Mais on ne refait pas le passé ; à présent il faut se tourner vers l'avenir, et mettre au plus vite la BCE au service de l'Europe et de ses Etats-membres, en supprimant de ses statuts cette règle imbécile -défendue bec et ongles par l'Allemagne- lui interdisant d'acheter de la dette des Etats-membres, sous prétexte que cela risquerait de provoquer de l'inflation : quelle stupidité ! Monsieur Hollande, nous comptons sur vous pour convaincre les 15 autres pays de la zone « euro » de s'associer avec vous contre l'Allemagne en faveur d'une telle indispensable réforme ! Conclusion : comme la BCE est la Rolls Royce des banques centrales, il est vraiment idiot que ses propriétaires la laissent rouiller au garage sans en profiter ...

Secteur bancaire : pour une réforme radicale de son mode d'action

En tant qu'ancien cadre supérieur de banque, je ne vais pas jeter la pierre à un secteur où j'ai vécu une passionnante expérience professionnelle il y a une vingtaine d'années ; simplement, il me semble qu'aujourd'hui les établissements bancaires sont enserrés, voire paralysés dans un carcan de règles prudentielles qui leur interdit de prêter l'argent comme autrefois dans des conditions normales aux entreprises, spécialement aux PME, les incitant à replacer le gros des sommes gigantesques fournies par la BCE auprès de la même BCE, et ce à un taux inférieur à celui que celle-ci le leur facture !

Pour contrer un tel dysfonctionnement, une idée à creuser pourrait être de transformer les banques commerciales en courtiers financiers, qui transmettraient sous forme de prêts ou de subventions aux PME l'argent émis par la Banque centrale, et ce selon des règles précises définies par les pouvoirs publics (idem pour les particuliers) ; et la Banque de France servirait naturellement de relais entre la BCE et les banques commerciales nationales pour organiser et mettre en oeuvre ce système dans notre pays. L'argent n'apparaitrait plus alors au bilan des banques, il ne leur appartiendrait plus, elles deviendraient des courtiers financiers, avec bien évidement un rôle actif dans la distribution des subventions et des prêts, et dans le recouvrement de ces derniers. Idée stupide sans doute, mais quand même prônée par le seul savant français à avoir obtenu le prix Nobel d'économie, à savoir M. Maurice Allais ...

* CDS : Credit default swaps, produit dérivé destiné à assurer contre le risque de défaut d'un émetteur obligataire.