Grèce : les conséquences d'une sortie unilatérale de l'euro

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La crise politique en Grèce fait craindre une sortie de la Grèce de la Zone euro car de nombreux partis sont très hostiles aux mesures d'austérité imposées par la Troïka. Certains envisagent même une sortie de la zone euro et pourraient entrer au Parlement Grec. La difficulté de cette question tient au fait que l'on considère cette situation comme catastrophique alors qu'elle donne l'espoir d'un rebond.

En fait, il faut faire le distinguo ici entre les conséquences économiques négatives immédiates d'une sortie de la zone euro, et les conséquences positives à plus long terme. Il faut être aussi capable de comparer le coût pour les créanciers et citoyens européens, tel un puits sans fond, d'un maintien de la Grèce dans la zone euro, avec ce qu'il en couterait à la Grèce dans le cas hypothétique d'une sortie de la zone euro. Il n'est pas évident de dire que le premier sera forcément inférieur au second.

Dans le cas où elle reste dans la zone euro, les créanciers doivent être remboursés et chaque perte sous la forme d'une décote ou non est un coup dur pour le secteur bancaire exposé. Cette faillite déguisée car interne à la zone euro entraine la nécessité quasi permanente de recapitaliser les banques d'un coté et de faire bénéficier à la Grèce des prêts du Fonds Européen de la Stabilité Financière (FESF) de l'autre. Mais les prêts ne sont que de nouveaux prêts à rembourser. Lorsqu'il n'y a pas de croissance en face, le système est un cercle vicieux connu maintenant avec austérité, baisse des salaires, chômage, et creusement de l'endettement à la clé.

Dans le cas d'une sortie unilatérale de la zone euro, d'abord la Grèce créerait une nouvelle monnaie. La Grèce pourrait retrouver sa politique monétaire. Ensuite, certes la Grèce dévaluerait mais avant il faut qu'elle convertisse ses créances en Drachme (90% de la dette privée est sous droit national). Un peu comme en Argentine en 2001, il y aura à court terme une récession car la fermeture du marché des capitaux oblige à résorber immédiatement le déficit. L'économie étant mono spécialisée il faudra donc une forte dévaluation. Certains économistes estiment à 70% la dévaluation nécessaire. Dans ces conditions, l'inflation augmenterait et le revenu baisserait. Mais au bout de 6 mois, la situation pourrait s'améliorer très rapidement comme en Argentine. La monnaie serait de nouveau acceptée et l'inflation maîtrisée. La production repartirait assez rapidement. Une reprise des exportations dans le domaine touristique, agricole, fret, services liés au commerce permettrait de relancer la production grâce à la baisse du change. L'économie gagnerait en compétitivité par une voie offensive et non par la baisse des salaires (Michel Aglietta 2012).

Quelles en seraient les conséquences pour la zone euro ? L'essentiel des commentateurs évoque cette question sous le vocable de contagion ou risque systémique. Ici, le problème serait d'éviter la contagion, le risque d'illiquidité bancaire, et d'insolvabilité des Etats. Mais la contagion existe déjà au sein même de la zone euro, il suffit de voir l'évolution des spreads pour s'en convaincre. En revanche si la Grèce rétablit sa monnaie, la perte pour la Grèce est liée à la dette libellée en euro multipliée par la dépréciation. Mais si elle reste dans la zone euro, le coût est la valeur de l'aide à verser à la Grèce et rien ne dit que ce montant actualisé soit forcément inférieur à la dette libellée en euro multipliée par la dépréciation. De Plus, il n'existe pas d'Europe politique ce qui complique toujours davantage l'appel à la solidarité dans une région ou les taux de croissance avoisinent zéro et où aucune perspective réjouissante en termes de croissance n'est envisageable en Grèce. Ces trois derniers points alignés montrent que ces aides deviennent tout simplement de moins en moins crédibles. Certes, rien ne nous dit qu'elle ne fera pas défaut sur le restant de la dette en euro pour une partie, auxquels cas c'est un coût supplémentaire de sortie mais qui serait rapidement compensé par la relance à long terme des exportations. Une sortie de la zone euro pourrait donc être la meilleure solution.

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Commentaires
a écrit le 19/05/2012 à 20:10 :
Il oubli juste la perte de credidibilite totale de la zone euro .Et que ce passerait t il sur les marchés?:) ,n y aurait t il pas de risque de retrait massif au Portugal et Espagne?...:) en plus des pertes financières titanesque et inchiffrable évidemment(la les spreads augmenterait vraiment)
Ça sonnerait à coup sur la fin de l euro à moyen terme!evident:)Et la nous serions à quel point le terme d austérité à un sens...
a écrit le 18/05/2012 à 19:04 :
Pascal de Lima, économiste et enseignant à Sciences- ésotériques.... il faut qu'il apprenne encore !!!
a écrit le 18/05/2012 à 18:59 :
.... et la marmotte met le chocolat dans le papier d'aluminium .... ! Je ne crois pas au père Noël !
a écrit le 16/05/2012 à 19:34 :
Imaginons un seul instant que les Grecs refusent de rembourser leur dette. Que se passerait-il?
a écrit le 16/05/2012 à 17:01 :
Le pire pour les GRECS serait de rester à l'Euro car ils seront loin de pouvoir redresser
leur économie, par contre ils pourraient très bien se retrouver dans la faillite de toutes les institutions consécutifs aux prêts phénoménaux octroyés par l'Europe.
a écrit le 16/05/2012 à 13:12 :
en 2010 la Grèce avait l'âge de départ à la retraite le plus bas de la zone Euro et le budget militaire le plus élevé en %. des fois faut pas chercher très loin...et pour la monnaie le secteur du tourisme peut faire des promos en euros autant qu'en drachme. pour l'euro fort les grècques vendent en euros ça devrait les arranger. pour la vente de fret et commerce maritime par contre je ne sais pas ds quel monnaie ils vendent ? le dollar probablement. quelle stratégie ont les commerces ds cette situation? ce qui est positif avec la grèce c'est qu'ils n'auront jamais de pbl de chauffage ou de vacances pour aller voir la mer.
a écrit le 16/05/2012 à 12:29 :
En tout cas, je pense que l'Europe ce devrait être tout où rien. Puisqu'on a déjà commencé le processus depuis quelques décennies maintenant, je pense qu'il est grand temps de creuser l'intégration Européenne, de cesser de croire que l'Europe est un tiroir caisse, et aller au delà de l'économique pur. Je crois en une Europe politique, sociale, écologique, armée contre les adversaires mondiaux, comme notre meilleur bouclier contre les effets néfastes de la mondialisation. Je pense que l'Europe devrait davantage être impliquée, que nous devrions travailler en commun sur de nombreux dossiers, déléguer la gestion de secteurs dont les investissements se font sur le long terme comme l'Energie, les Transports, les Télécommunications et l'Education, à la main de l'Europe et commencer à se sentir autant Européen que Français, Allemand, Espagnol ou Grec. Mais là, je m'éloigne du sujet ;)
a écrit le 16/05/2012 à 12:23 :
Si la Grèce était sortie de l'euro dès le début Marie, je pense qu'aujourd'hui il n'y aurait plus de Grèce; la guerre civile, l'inflation, les pénuries bien plus graves... la situation actuelle ne serait qu'une version adoucie de la catastrophe qu'aurait eu a endurer le pays. Réfléchissez donc, Si la Grèce ne s'en sort déjà pas au sein de l'Europe, vous croyez vraiment que sa brillante situation, tant agricole qu'industrielle ou tertiaire, lui aurait permis de faire face à la jungle de l'économie internationale et ses prédateurs ? Croyez-vous que la France elle-même puisse y faire face ? J'appelle ça de la naïveté.
a écrit le 15/05/2012 à 19:32 :
Enfin des paroles raisonnables !

Si la grèce était sorti de l'euro dès le début elle n'en serait pas là et nous non plus !! n'oublions pas que nos gouvernants UMPS pro européens ont emprunté et qu'il nous faudra rembourser une dette supplémentaire
a écrit le 15/05/2012 à 19:11 :
@: Jean-Christophe: Quelle classe Chrichi le com!

Il y aura peut-être dévaluation au début de sa sortie et l'état post-posera le remboursement des créanciers une fois que celle-ci redevienne acceptable!
a écrit le 15/05/2012 à 18:28 :
"... mais avant il faut qu'elle convertisse ses créances en Drachme (...)"
Peut-on réellement imaginer que ces créanciers acceptent d'être remboursés en monnaie de singe ?

Réponse de le 16/05/2012 à 13:02 :
Auront-ils le choix? D'ailleurs si l'UE, la BCE, le FMI s'acharnent à soigner le malade mourant, c'est plus pour protéger leurs intérêts de créancier. Ceci-dit, tout économiste sérieux sait que la Grèce ne va jamais rembourser sa dette. C'est acquis, c'est définitif. Inutile de continuer à verser l'argent dont on ne verra plus la couleur.
a écrit le 15/05/2012 à 18:18 :
Dans le cas d'une sortie unilatérale de la zone euro de la Grèce un précédent serait crée que d'autres pays seraient obligé inévitablement de suivre.
Au bout de quelques années il ne resteraient que un noyau dur au tour de l'Allemagne et le reste serait obligé de se regrouper en partie autour de la France et en partie autour de l'Angleterre.
Le bût de l'UE qui était d'assurer la paix en Europe serait ainsi caduc.

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