Vers une aggravation de la crise boursière

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Pourquoi faut-il craindre une aggravation de la crise financière et donc boursière ? Pour répondre à cette question, il faut remonter au « tsunami boursier » de l'année 2008, où près de la moitié de la richesse mondiale capitalisée sur les marchés d'actions a été détruite. Et voir ce qui a changé...

Il est désormais unanimement admis que cette crise majeure a été la résultante de l'utilisation abusive des effets de levier en matière d'investissement, depuis trente ans. En fait, après les Trente Glorieuses d'après guerre, il y a eu encore trente années de croissance, mais celles-ci ont été principalement financées à crédit. Ce recours au crédit a été généralisé et excessif pour tous les acteurs :- les ménages (aux États-Unis on a même prêté à des ménages que l'on savait insolvables) ;- les entreprises (dans les pays anglo-saxons toujours, avec la pratique de l'OBO - Owner Buy Out -qui consiste pour une entreprise à emprunter l'équivalent de sa valeur, afin d'investir puissamment sur les marchés notamment) ;- les banques, qui ont considérablement développé leurs propres investissements à crédit et la pratique des ventes à découvert sur les marchés financiers ;- Les États, qui recourent à l'emprunt (par l'émission d'obligations) non plus pour investir, mais pour fonctionner ou parfois seulement pour payer leurs dettes.
Or, le crédit consiste à prendre immédiatement la richesse de demain (en anticipant sur des revenus futurs). Évidemment, si ces recettes futures ne se fabriquent pas, c'est la panique !

2008, année de la panique et de la récession

C'est exactement ce qu'il s'est passé en 2008. L'économie mondiale a connu un moment de récession - moment de respiration normal dans une économie de marché. Sauf que la puissance de la récession face à l'importance de l'endettement a généré une panique : la peur du spectre de la crise de 1929. Cette panique, par un flux de ventes généralisées, a entraîné une baisse considérable des cours (de 50 % en moyenne), générant le désastre boursier que nous avons connu partout dans le monde. Nous avons alors redécouvert que les établissements financiers (les banques et les compagnies d'assurances) pouvaient faire faillite comme toute entreprise et que notre économie financiarisée à outrance était en fin de compte devenue très fragile et systémique (c'est-à-dire qu'un établissement ou un État qui fait défaut peut entraîner les autres). Nous avons donc aussi redécouvert que les États pouvaient se retrouver en difficulté, voire en faillite.
Pour y voir plus clair sur la situation d'aujourd'hui, nous pouvons faire l'état des lieux de ce qui a été fait depuis 2008 dans le but de lutter contre les dysfonctionnements d'un système économique et financier dont on perdait le contrôle, car c'est bien de cela dont il s'agit : la perte de contrôle.
Dès 2008, il a été mis en place des relations très coopératives entre les banques centrales et le système financier. En d'autres termes, la Réserve fédérale des États-Unis (FED) et la Banque centrale européenne (BCE) ont injecté des milliards de liquidités en prêtant aux banques à des taux proches de zéro. Une bonne partie de cet argent fabriqué de toutes pièces (en somme, une masse monétaire sans fondement puisque sans richesse en contrepartie) a été replacée sur les marchés financiers, d'où la remontée des cours.
En Europe, la scission entre les banques de crédit et celles d'investissement est en cours pour éviter les abus d'hier. Aux États-Unis, non ! La récession qui dure en Europe ne nous aide pas à résorber l'endettement des États membres (qui a doublé entre 2008 et 2012). Donc des politiques d'austérité ont été mises en place (salaires bloqués ou diminués, augmentation de la pression fiscale...).

L'illusion du redressement des Etats-Unis

Aux États-Unis, en apparence, la situation serait meilleure, avec des indices économiques encourageants. Mais en réalité, l'endettement fédéral a doublé depuis 2008 (15 milliards de dollars) ; le chômage aussi, plongeant un tiers de la population en dessous du seuil de pauvreté ; l'immobilier ancien (qui a été le déclencheur de la crise avec les « subprimes ») n'arrive toujours pas à s'écouler ; et malgré la baisse du dollar de 30 %, la balance commerciale américaine atteint un niveau de déficit historiquement haut.
On constate, avec cet inventaire, que les mesures qui ont été prises sont en réalité « des interventions de pompiers » certainement nécessaires, mais les mesures qui viendraient embellir l'avenir n'ont pas été mises en place. Ainsi, même si notre système de croissance et de développement d'hier (fondé sur le crédit) ne fonctionne plus, en cinq ans, nous avons doublé l'endettement étatique, sans mettre en place les réformes nécessaires.
L'Europe perdure ainsi dans sa crise d'adolescence et, pire encore, l'illusion du redressement des États-Unis va bientôt s'effondrer sous le poids de sa dette et des dollars artificiels (ceux mis sur le marché par milliards, sans vraie richesse en contrepartie). Pourtant les cours du Dow Jones sont revenus à ceux d'avant la crise, un peu comme si tout était rentré dans l'ordre, tandis que l'on observe que les cours des valeurs européennes sont, eux, restés à -30 % en moyenne.

Prendre des mesures pour préserver son patrimoine...

En Europe et aussi dans le monde anglo-saxon, la situation porte en elle une forte probabilité de faillites bancaires et aussi de compagnies d'assurance. Ce phénomène a déjà commencé en 2011 et pourrait bien s'accélérer dès cette année avec comme toile de fond, d'une part, la crise des dettes souveraines qui impacte massivement les établissements financiers et, d'autre part, la désillusion qui viendra des États-Unis dans les prochains mois, avec son cortège de banques en difficulté.
Dans un tel contexte de risque, il s'avère certainement prudent de prendre des mesures pour préserver son patrimoine, en bon père de famille. Il ne faut pas hésiter à protéger ses portefeuilles de valeurs mobilières et plus généralement tous ses actifs financiers afin de pouvoir mieux rebondir en sortie de crise et saisir des opportunités qui ne manqueront pas de se présenter.
En attendant, il faut bien choisir ses banques, ses compagnies d'assurance et privilégier les solutions d'investissement patrimonial sécurisé par des établissements dont on peut valider la solvabilité.

Capitalisation boursière en millions de dollars
1995 17000
2003 31000
2007 50000
2008 27000
2011 47000

 

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a écrit le 27/06/2012 à 0:24 :
On marche sur la tête quoi.Je me pose une question: qui contrôle les comptes des banques? vu l'état de corruption dans lequel on vit et la monnaie virtuelle! j'imagine qu'il est très facile de faire n'importe quoi.Cette économie ne peut pas fonctionner, elle est beaucoup trop orientée, elle ne sert que les ultra riches et pousse les autres au suicide.La société rêvée en somme, je rappelle que l'on est censé vivre ensemble, pas s'entre-tuer économiquement ou autre.
a écrit le 23/06/2012 à 23:49 :
En pleine tempête financière, le mieux est de maîtriser ses budgets c'est la seule façon de ne prendre aucun risque en attendant l'accalmie . La croissance viendra si le terrain
ensemencé le permet.
Réponse de le 24/06/2012 à 22:15 :
En effet, Good. S'endetter est faire confiance en l'avenir...
a écrit le 23/06/2012 à 23:43 :
heureusement que Keynes et FDR étaient pas des experts comptables!
a écrit le 23/06/2012 à 21:45 :
vous avez raison nous vivont au dessous de nos moyen le reveil vas etre dur+++++++ pardon a nos enfants et petits enfants moi je préfère mourir j'ai honte pauvre planete elle etait si belle.
a écrit le 23/06/2012 à 16:50 :
La majorité des commentaires sont inutilement alarmistes. L' Europe rencontre des difficultés, toutefois l'euro n'est pas menacé et pourrait même remonter dans quelques mois. La situation est plus inquiétante du coté US. Des banques seront malmenées, y compris en Europe, certaines pourront être reprises d'autres nationalisées. Pour la majorité des pays de l'UE pas de raison de se précipiter au guichet et faire du cash. Restez sur des produits qui offre la sûreté et la disponibilité. La situation de la Grèce n'est pas comparable avec la France. Les Grecs qui ont un système fiscal dérisoire ont déjà connu la faillite au XIXème siècle. Au cours des dernières années ils ont vidé les banques de leur pays pour placer 1,2 à 1,5 en équivalence pib dans les banques Suisse et dans d'autres pays d'Europe du Nord, en Angleterre... En clair ils ont sabordé leur économie en démontrant au passage leur peu d'intérêt et de confiance pour l'UE et la monnaie commune. Les prêts à la Grèce (400 milliard ?) sont à haut risque pour les créanciers (banques et contribuables UE), tant ce pays est livré à la corruption et à l'anarchie.
a écrit le 23/06/2012 à 15:21 :
Les risques de défaut des pays développés sont surévalués. Aux EU, une bête TVA de 10% suffirait à rembourser la dette fédérale en 20 ans. En France, la réduction des dépenses publiques de moins de 10% suffirait à rembourser la dette publique accumulée en une dizaine d'années. Il ne manque plus que la volonté politique.
Réponse de le 24/06/2012 à 22:14 :
Bonne idée, "Volonté". Début 2009, l'Allemagne a calculé qu'en supprimant l'évasion fiscale, son budget serait équilibré en 1,5 an...
Réponse de le 29/06/2012 à 11:51 :
Yvan : Mais cela fait 13 ans qu'ils ont une politique de rigueur... contrairement à la France
a écrit le 22/06/2012 à 19:21 :
tant que l'on continuera à appeler les spéculateurs des investisseurs on restera à la merci de ceux ci
Réponse de le 23/06/2012 à 8:36 :
Très juste, Dav. Il est d'ailleurs amusant qu'un article commence par décrire une chute de la "première" économie mondiale (alors que la Zone Euro est largement plus riche), puis finisse par : il faut tout faire pour continuer par la suite. Là, c'est ce que l'on appelle de la super-économie : soit, ne prendre en compte NI l'aspect géo-politique, NI l'aspect sociologique. C'est donc la même vue de l'esprit que le business as usual actuel. Bonne crise à cet auteur, en passant.
Réponse de le 23/06/2012 à 15:14 :
Qu'est-ce qui différencie un spéculateur d'un investisseur ? On se le demande encore....
Réponse de le 24/06/2012 à 22:12 :
Anticiper : lorsqu'il n'est plus possible de faire le tri entre le bon grain et l'ivraie, le bon grain subit aussi les conséquences. Voyez donc les causes de la crise actuelle et vous verrez que vous avez aussi était embarqué "à l'insu de votre plein gré". Soit, manipulé comme un lapin de 6 semaines.
a écrit le 22/06/2012 à 17:51 :
> En fait, après les Trente Glorieuses d'après guerre, il y a eu encore trente années de croissance, mais celles-ci ont été principalement financées à crédit

Dans l'apparition de la dette publique, quid de la privatisation de la monnaie et des baisses d'impôts dont on bénéficié les plus riches depuis trente ans?

Comment se fait-il que l'Etat, prêteur en dernier ressort, ne puisse plus créer de la monnaie comme le fait la BCE? Et encore plus fort, dans le cas de l'Euroland, comment se fait-il que les Etats ne puissent pas emprunter directement auprès de la BCE, et à un taux inférieur, plutôt que de passer par des banques commerciales qui touchent leur com' au passage... alors que c'est bien l'Etat qui leur vient en aide quand elles menacent de faire faillite?

> Nous avons donc aussi redécouvert que les États pouvaient se retrouver en difficulté, voire en faillite.

Non, la faillitte est réservés à un agent privé. Un Etat ne fait pas faillite, il peut "juste" faire défaut sur sa dette. Que l'on sache, la Russie, l'Argentine ou l'Islande existent toujours.

> l'endettement fédéral a doublé depuis 2008 (15 milliards de dollars)

Il manque bien sûr trois zéros. Limite en passe d'être à nouveau atteinte. On verra ce que feront les Républicains...

> Dans un tel contexte de risque, il s'avère certainement prudent de prendre des mesures pour préserver son patrimoine, en bon père de famille. Il ne faut pas hésiter à protéger ses portefeuilles de valeurs mobilières et plus généralement tous ses actifs financiers afin de pouvoir mieux rebondir en sortie de crise et saisir des opportunités qui ne manqueront pas de se présenter.

Que faire quand les banques menacent de faire faillite? Stocker du riz et des armes en prévision d'une situation à la South Central Los Angeles 1991?
a écrit le 22/06/2012 à 15:53 :
"la scission entre les banques de crédit et celles d'investissement est en cours" ...
Comme cela prendra des lustres et ne se fera peut-être jamais, il reste à ouvrir de nouveaux établissements bancaires (dépôts et crédits exclusivement) interdits de "casino". Je m'y précipiterai.
Le problème c'est que même la Poste et la Caisse d'Epargne et la Caisse des dépôts se font piller par l'Etat ...
Réponse de le 22/06/2012 à 17:23 :
On a tord de simplifier la situation en disant : banque d'investissement = casino très risqué et banque de détail = activité sans risque.
Si on regarde le Crédit Agricole, en ce moment ses difficultés viennent de sa filiale en Grèce (Emporiki) qui est une banque de détail. La banque de détail peut être risquée si on prête à des acteurs non solvables, et elle présente par nature un risque puisque l'on prête sur de longues durées en se refinançant à taux courts.
Il n'y a pas consensus chez les chercheurs en finance pour dire que la séparation entre banque de détail et d'investissement améliorerait la sécurité du système. La diversification peut rendre une banque plus solide, d'ailleurs on observe que les faillites bancaires ont touché surtout des établissements non diversifiés (d'une part pas mal de banques de détail régionales aux US par ex et d'autre part une banque d'investissement : Lehman). Bref les politiques aiment nous faire croire qu'ils font quelque chose en demandant la séparation des activités bancaires, mais rien ne prouve que cela diminue les risques !
Réponse de le 22/06/2012 à 18:19 :
regardez comment fonctionnentles asiatques : la tontine. Ils n'empruntent jamais aux banques mais s'autofinancent. Beaucoup de cash en circulation donc pas de frais banquaires. Et le nombre de restos prouve que ça marche !
a écrit le 22/06/2012 à 15:33 :
Le système financier est mort, tout le reste c'est du blabla, pour qu'une génération de vieux qui ont tout bouffé depuis reagan, ne soit pas inquiéter jusqu'à leur mort et, après eux le déluge ! wait and see...
a écrit le 22/06/2012 à 10:27 :
Je vous cite "En attendant, il faut bien choisir ses banques, ses compagnies d'assurance et privilégier les solutions d'investissement patrimonial sécurisé par des établissements dont on peut valider la solvabilité."
Pouvez-vous donner des exemples?
Cordialement.
a écrit le 21/06/2012 à 23:45 :
Merci pour cet article, il faudrait bien que les citoyens s'organisent afin de faire valoir que le système dysfonctionne!
a écrit le 21/06/2012 à 23:04 :
Imaginez la situation: un tiers des américains sous le seuil de pauvreté et le déficit public à combler le tout avec une flat growth... tout ça pour quoi? Pour 4 maisons qu'on ne pouvait pas se payer et tout le monde paye...
a écrit le 21/06/2012 à 22:48 :
Corrigez moi si je me trompe, mais ça me rappelle Thornton, l'instigateur de la banque d'Angleterre à l'époque des guerres révolutionnaires. Il disait qu'il fallait aligner une production de billets sur de l'or. Combien d'or à la BCE en caisse? Il disait aussi que le crédit était une question de confiance...
a écrit le 21/06/2012 à 22:17 :
"L'illusion du redressement des Etats-Unis

Aux États-Unis, en apparence, la situation serait meilleure, avec des indices économiques encourageants. Mais en réalité, l'endettement fédéral a doublé depuis 2008 (15 milliards de dollars) "

Ce n'est pas 15 milliards mais 15 MILLE milliards.

Merci de corriger dans l'article, sinon on peut croire que l'endettement excessif des USA n'est qu'une vue de l'esprit ;-)
a écrit le 21/06/2012 à 22:00 :
Pour une fois et enfin c'est parfaitement clair. Merci.
a écrit le 21/06/2012 à 21:50 :
enfin une analyse objective de la situation , fini de bourrer le mou des francais par les frasques du couple présidentielle , en lisant entre les lignes du dernier paragraphe , il faut courir vider ses comptes bancaires pour placer son argent dans des valeurs sûres . l'or physique par exemple sauf qu'il en a presque plus a vendre ou sous son matelas ... bientot le bank run en France
a écrit le 21/06/2012 à 21:38 :
l'endettement américain a doublé depuis 2008 (15 milliards de dollars)
en fait il s'agit de 1500, relisez vous. 15 milliards c'est ce que va devoir trouver Hollande pour avoir l'air moins stupide et ce n'est pas gagné.
Réponse de le 21/06/2012 à 22:15 :
pas 1500 mais 15000 milliards.
Réponse de le 21/06/2012 à 22:15 :
15000 milliards
a écrit le 21/06/2012 à 19:35 :
On est foutu turlututu.............
Réponse de le 23/06/2012 à 12:36 :
On est pas si foutu que ça puisque les stations de sports d'hiver battent leurs records de fréquentation chaque année et que l'on enregistre jusqu'à 25 ans de liste d'attente pour avoir une place dans certains ports français...(et pour des bateaux sans cesse plus grosse et plus chère)
Réponse de le 23/06/2012 à 17:18 :
c'est l'Etat qui est endetté pas les français
Réponse de le 23/06/2012 à 19:28 :
Non, ce sont les banques qui sont endettées (tous les dépôts des clients sont du passif , donc des dettes, mais c'est en même temps "de la monnaie")
Les entreprises ont également un dette (3 fois la dette de l'Etat, sauf erreur...)

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