"Plus vite, plus haut, plus fort : refaire de la croissance un jeu collectif"

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Copyright Reuters (Crédits : Thomas Gogny pour La Tribune)
La présidente et le directeur secteur public de GE France plaident ici pour une coopération plus harmonieuse entre entreprises privées et État qui devront aussi donner davantage d'espace à la réflexion collective sur le long terme.

Lors des Jeux Olympiques, les athlètes savaient que leurs performances ne peuvent les mener « plus vite, plus haut, plus fort », sans un travail collectif et une collaboration étroite et fructueuse avec leurs coéquipiers ou leur entraîneur. Les entreprises, les marchés et le secteur public ont besoin plus que jamais de retrouver cet esprit d'équipe. Depuis 2007, le secteur public a absorbé les chocs des subprimes, de la récession ou de la crise de l'Euro, et les Etats ont alourdi leurs propres difficultés financières. De leur côté, les entreprises affrontent le tarissement de leurs financements, le ralentissement de la demande, l'effet d'image lié aux abus de certains, et s'apprêtent à subir des hausses de prélèvements significatives. Les citoyens, notamment les plus jeunes, souffrent du chômage et des incertitudes qui planent sur leur pouvoir d'achat.

Chacun pourrait chercher à résoudre ses difficultés au détriment des autres, mais il n'y aura pas de croissance sans un nouveau pacte de confiance entre citoyens, entreprises et Etats. C'est à l'étude de cette alliance que nous nous sommes consacrés[1], partant d'un constat simple : la croissance vient des entreprises, et pour se développer elles ont besoin d'une demande solide, de disposer de facteurs de production adaptés (capital, ressources humaines, équipements, énergie,...) mais également des « catalyseurs de croissance » que sont une réglementation adaptée et des services publics aux entreprises de qualité. La principale conclusion de cette étude, c'est que les Etats doivent pleinement assumer ce dernier rôle. Pour cela, les services publics (emploi, éducation, recherche,...) doivent être pilotés et évalués en fonction de la valeur qu'ils apportent aux usagers, citoyens ou entreprises. En effet, le secteur public pèse en Europe plus de 50% du PIB et régule l'activité de la seconde moitié. La concurrence du marché unique européen a renforcé l'efficacité des services privés, mais pour les services publics, généralement en monopole, c'est l'évaluation du service et le benchmark entre pays qui auraient dû jouer ce rôle. Or les initiatives qui ont partiellement joué ce rôle, comme Pisa pour l'éducation ou Shanghai pour la recherche, sont venues d'ailleurs, comme si le projet de croissance européen avait oublié la moitié du PIB !

Les entreprises doivent également accepter la critique et assumer leur rôle en contribuant à ce débat, pour aider à identifier les goulots d'étranglement auxquels elles sont soumises, et les leviers de croissance réalistes - c'est-à-dire ne nécessitant pas d'augmentation des impôts ou de la dette nette. Enfin, les grandes entreprises ont su faire bénéficier leurs partenaires de gains de productivité en travaillant avec eux pour optimiser leurs processus et réduire les gaspillages. Elargir ces démarches à l'Etat pourrait aider à rendre ce dernier plus productif.
Entreprises et Etats doivent aussi donner plus de place au long terme. Or si les premières disposent généralement de processus stratégiques et de directions en charge de la stratégie, les seconds ont vu s'affaiblir leurs capacités à prévoir et à investir. L'anticipation des besoins de l'économie est critique pour organiser des services que comme l'éducation. Pourtant, les études montrent que, sauf inflexion, nous aurons dans dix ans trop de demandeurs d'emplois peu qualifiés, et pas assez de salariés qualifiés.
Donner plus de place au long terme, c'est également investir. Les entreprises le feront dès que la demande et leur taux de marge le permettront. Le secteur public doit le faire dès à présent : la part des investissements dans ses dépenses est en Europe inférieure à celle des Etats-Unis. A l'heure où certains plaident pour repousser des économies sur les dépenses courantes au prétexte de ne pas affaiblir la croissance, c'est exactement le contraire qu'il faudrait faire : maîtriser les dépenses courantes autant que possible, et augmenter au besoin les investissements pour en lisser l'effet sur la croissance !
Contrer la crise financière a été une performance individuelle des Etats, telle une course de 50 mètres engagée contre l'effondrement du système financier. Le retour durable de la croissance tiendra davantage du sport d'équipe : pour que les entreprises aient l'envie et la possibilité de trouver des opportunités de croissance, elles auront besoin que s'installe un jeu collectif qui conduise aux réformes qui leur donneront accès à la demande, aux facteurs de production et aux « catalyseurs de croissance » qui leur font défaut actuellement. Aligner les états européens sur cette stratégie constitue un élément clef de ce défi collectif, mais ce n'est qu'à cette condition que l'équipe d'Europe retrouvera les chemins de la croissance « plus vite, plus haut, plus fort ».

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Commentaires
a écrit le 30/08/2012 à 15:29 :
Enfin un essai de perspective et de prospective !

" Maîtriser les dépenses courantes autant que possible, et augmenter au besoin les investissements pour en lisser l'effet sur la croissance ! "

L'augmentation des investissements n'a d'intérêt que s'il débouche sur une augmentation de la production dans des secteurs à bonne valeur ajoutée dont la consommation mondiale est encore porteuse pour l'économie française.

Il faut donc lier investissement et production ainsi que investissement et commercialisation au niveau mondial.

Les outils existent : ce sont les pôles de compétitivité !
Mais on n'a pas fixé clairement leur feuille de route pour sortir de la crise. Il faut viser la conquête de parts de marché mondiales. Et l'Allemagne peut nous y aider ...

Enfin on peut aussi investir les dépenses courantes ( emplois aidés par exemple ) s'ils se font dans ce cadre des pôles de compétitivité. Car en plus de leur utilité sociale indéniable, ils auront là et là seulement une vraie utilité économique.

Belle démarche pleine de bon sens ... économique.

Bien à vous

http://apicelleria.overblog.com
a écrit le 30/08/2012 à 15:23 :
Enfin un essai de perspective et de prospective !

" Maîtriser les dépenses courantes autant que possible, et augmenter au besoin les investissements pour en lisser l'effet sur la croissance ! "

L'augmentation des investissements n'a d'intérêt que s'il débouche sur une augmentation de la production dans des secteurs à bonne valeur ajoutée dont la consommation mondiale est encore porteuse pour l'économie française.

Il faut donc lier investissement et production ainsi que investissement et commercialisation au niveau mondial.

Les outils existent : ce sont les pôles de compétitivité !
Mais on n'a pas fixé clairement leur feuille de route pour sortir de la crise. Il faut viser la conquête de parts de marché mondiales. Et l'Allemagne peut nous y aider ...

Enfin on peut aussi investir les dépenses courantes ( emplois aidés par exemple ) s'ils se font dans ce cadre des pôles de compétitivité. Car en plus de leur utilité sociale indéniable, ils auront là et là seulement une vraie utilité économique.

Belle démarche pleine de bon sens ... économique.

Bien à vous
a écrit le 28/08/2012 à 17:32 :
Objectif de Jeff Inmelt : occuper 50% du marché. Parallèlement Suez désinvestit : 28 milliards EUR de redevances transférés à Londres l'an dernier.
a écrit le 24/08/2012 à 14:55 :
Très bonne analyse. Mais l'occupant de l'Elysée en tiendra-t-il compte ? Il préfère rester entre ancien socialistes parachutés du Cac40, à des diners payés par nos impôts... Envoyons le en stage dans une multinationale !
Réponse de le 12/09/2012 à 18:51 :
Cette dame et son mari ministre n'avait pas honte de prendre un appartement de 600m2 aux frais du citoyen, alors ses analyses et conseils mieux vaut s en méfier!!!
Dans le genre :"Faites ce que je ne m applique pas à moi m^me !"
a écrit le 24/08/2012 à 11:12 :
Je pense que les politiques et les administrations ne saisissent pas trés bien les attentes du monde de l'entreprise .Pour les politiques s'afficher avec des chefs d'entreprises et quelques paroles incantatoires suffisent à l'affaire .Pour les administrations leur raison d'exister n'est pas d'aider les entreprises à résoudre les difficultés qui entravent leur développement mais au contraire soit au mieux de s'en désinteresser soit carrement d'y faire obstacle .
a écrit le 24/08/2012 à 10:52 :
Une croissance a 2 ou X% ne veut rien dire si les fruits de cette richesse ne profitent qu a certaines categories socio professionnelles. Il y a des pauvres en chine, en russie, en france et meme en allemagne, ....
a écrit le 24/08/2012 à 10:21 :
lamentable - cette dame parle comme une bureaucrate (qu'elle est) pas comme un entrepreneur. La connivance de la clique à la tête de l'Etat et des grosses entreprises exposées au grand jour et sans pudeur !
a écrit le 24/08/2012 à 10:13 :
Croissance à l'infini!
Tout le monde veut de la croissance, moi aussi. Mais comment faire? Nous vivons sur le planète Terre et ses ressources s'épuisent de jour en jour. Il faut commencer à apprendre à vivre dans une toujours difficile jusqu'au moment où la vie sur terre s'éteint car les ressources sont de plus en plus rares.
a écrit le 24/08/2012 à 6:39 :
plus vite:travaux réalisés en un mois.plus haut:le duplex a été percé avec l'appartement du dessus.plus fort:le plancher a été renforcé avec du marbre précieux.mme gaymard est une experte qui essaye d'appliquer a l'économie les recettes appliquées pour son appartement de fonction
Réponse de le 24/08/2012 à 10:36 :
C'est vraiment bas comme attaque... Quel rapport avec le fond de l'article ? La France est-elle devenu un pays si sectaire que tout débat de fond doive être ramené au niveau des caniveau ?
a écrit le 23/08/2012 à 16:58 :
Pourquoi toujours vouloir de la croissance ???!!!
Les même personnes, dirigeants, têtes pensantes, qui nous ont menées aux crises récentes (00, 08, ...), nous bassinnent encore avec la croissance !!!!
Quand adviendra-t-il le temps on l'ont comprendra que vendre des happy meals avec des jouets made in china, que boire 1.5L de coca dans une bouteille en plastique, et stimuler les vente de ce type de produits nous menera à la croissance économique (et donc de l'amélioration de notre condition de vie ...), passe par l'auto-destrution de notre environnement..... Et je suis loin d'être ecolo, mais soyons censé... 7milliards de voitures, 7 milliards de maisons etc n'est pas possible ....
Réponse de le 23/08/2012 à 18:39 :
Suivons votre logique jusqu'au bout... Apres tout, 7 milliards de personnes, est-ce possible? Y-a-t-il un seuil limite?
Réponse de le 23/08/2012 à 20:23 :
Le mythe de la croissance infinie, pepetuelle et vertueuse qui est en fait pour enrichir la caste supérieure, ce mythe vendu par cette elite est caduque, la populasse s'en rend compte finalement aujourd'hui
Réponse de le 23/08/2012 à 22:44 :
Ce que nous vivons, ou plutôt subissons, est peut être le signe que le temps de la croissance infini est clos et qu'il faut réfléchir à d'autres postulats.
Pourquoi s'acharner sur un système à bout de souffle qui n'arrive plus qu'à accroître la souffrance d'une majorité de gens pour le bénéfice d'une caste de plus en plus réduite?
Réponse de le 24/08/2012 à 0:49 :
Les élites ont intérêts à faire durer le plus possible... y compris jusque dans le ravin.
Réponse de le 28/08/2012 à 14:04 :
Quand la populasse se rendra-t-elle compte que sa demande constante de biens de consommations (scooter pour le fils citadine pour la fille berline pour le père mac do une fois par semaine vacances au club med). Dès que la courbe de salaire augmente les exigences augmentent ! Le modèle sociétal actuel n'est pas le fait de bureaucrates dégénérés mais bien d'une mouvance générale!
a écrit le 23/08/2012 à 16:51 :
C'est vrai que pour ce qui est de mêler intérêts privés et fonds publics, Clara Gaymard est une experte. Pour rappel je vous conseille de vous reporter à "l'affaire Gaymard" qui date de février 2005, et avait conduit à la démission d'Hervé Gaymard ( époux de Clara) du gouvernement Raffarin.
Profiter des largesses de l'Etat français sur le dos des contribuables, semble bien une spécialité de ce couple, d'excellents communicants.
a écrit le 23/08/2012 à 16:41 :
Bon, il est amusant d'entendre Clara Gaymard plaider pour le jeu collectif français depuis son poste dans une entreprise américaine. Mais l'on sait que le personnage a des valeurs qui ne sont pas vaines. Il faut tout de même que les éditorialistes considèrent une fois au moins le potentiel immédiat (1-10 ans) de croissance. S'il n'existe pas ou bien est faible, tous les procédés du monde n'y pourront rien... or, c'est le cas ! Nos pays matures ont fait le plein et la nouveauté ne peut représenter qu'une faible part; les autres pays du monde demandent une production basique en adéquation avec leur niveau de développement. Il doit être cohérent avec le devoir d'emploi. Nous sommes dans un monde régressif pour une bonne période. Pour être efficace toute réflexion économique doit d'abord l'admettre et en quantifier le format. Je sais que ce paramètre ne fait pas partie de la structure d'études d'aucune de nos grandes écoles et c'est là leur immense défaut. Clara et son chic type se livrent donc à une divagation aussi sympatique qu'inappropriée, ils ne sont pas les seuls.

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