Essai de psychanalyse du patrimoine présidentiel

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Quel sens donner à la déclaration de patrimoine de François Hollande? Un financier s'est penché sur ce que possède le président, et sur ce qu'il a choisi de ne pas posséder...

« Dis-moi ce que tu possèdes, je te dirai qui tu es ». Cette maxime de Goethe, mâtinée de marxisme primaire, trouve, depuis peu, à s'appliquer à nos Présidents de la République. La transparence, comme la langue d'Esope, est la meilleure et la pire des choses. En toute hypothèse, depuis la loi du 11 mars 1988, elle est constitutive d'une de nos valeurs républicaines. Ainsi nos Présidents doivent-ils désormais nous éclairer sur l'état de leur patrimoine. Cette obligation s'inscrit dans une logique légitime, quoique fort limitée dans sa mise en ?uvre, de lutte contre la corruption. Elle tend également à satisfaire la curiosité, très française, « des petits contre les gros ». Elle constitue enfin une opportunité d'observer - avec le sourire, au c?ur de l'été, et la plus grande déférence - ce que nous révèle un patrimoine, partiellement dévoilé, de son illustre détenteur.

Un Président 'normal' se devait de partager le goût de ses concitoyens pour la Pierre. En pratique, le patrimoine présidentiel témoigne même d'une prédilection extrême pour l'immobilier, constitutif, par le jeu naturel de ses passifs, de 125% de l'actif net déclaré (pour une norme inférieure à 70%).

Tropisme pour le sud

Quant aux actifs détenus - à Mougins (800.000 euros) et Cannes -, ils illustrent un tropisme pour le Sud. Leur valorisation soulève les plus naturelles interrogations. En l'absence de tout 'droit d'inventaire' et en application du respect dû au souverain, dans un pays de tradition royaliste et catholique, il reste à souligner la remarquable évolution depuis 2007 de la valeur de la maison de Mougins. Sa compagne de l'époque - ci-devant candidate à la présidence de la République - l'avait, en effet, valorisée globalement à 270.000 euros. Une telle progression ne vaut-elle pas en soi quitus ? L'analyse du patrimoine de notre Président est surtout remarquable par ses absences. Ainsi son patrimoine est-il dépourvu de toute action, voire même obligation, d'entreprises françaises (cotées ou non cotées). La légitime croyance dans leur capacité de créer de la valeur et de porter les couleurs de la France dans notre « redressement productif » ne saurait être mieux illustrée.

Sauf « espérances », au sens bourgeois du terme, l'absence de tout actif correspondant à la préparation d'une retraite par capitalisation ne manque pas également de surprendre. Une certitude dans la pérennité du versement des pensions publiques ne pourrait être mieux avérée. Ponctuellement, l'acquisition récente d'un droit viager à siéger au Conseil Constitutionnel justifie pleinement un pari patrimonial jusqu'alors audacieux. Le patrimoine présidentiel illustre même savoureusement ses slogans de campagne -« l'ennemi, c'est la Finance ». Ainsi ses passifs déclarés (pour 255.000 euros) correspondent-ils, pour plus de 67 %, à des prêts familiaux et donc, seulement marginalement, à des financements bancaires classiques ! L'absence de tout objet d'art, bijoux, pierres précieuses... apparente enfin son patrimoine à celui d'un ancien Premier ministre dont il fut si proche et qui se définissait comme « un austère qui se marre ».

Une vie dévouée au service public

La non détention d'un quelconque véhicule terrestre témoigne plus simplement d'une vie entièrement vouée au service public et à des fonctions électives, mieux : exécutives. Une dernière absence illustre les limites de la transparence à la française. La déclaration, en effet, ne mentionne pas : « la fraction de (la) nue-propriété du bien immobilier de Cannes (qui) relève, selon les règles de l'ISF, du patrimoine de l'usufruitier » (sic). Fort logiquement, les montants en jeu ne sont pas mentionnés. Il reste qu'une telle assertion ne manque pas de surprendre. La logique de la loi est d'éclairer nos concitoyens sur la valeur du patrimoine présidentiel, à la veille de son entrée en fonction, indépendamment de ses modalités de détention. Ainsi le renvoi à des règles d'assiette de l'ISF paraît-il parfaitement inopérant. Il témoigne simplement des marges de progrès de notre démocratie en matière de transparence et de contrôle, judiciaires ou démocratiques, des déclarations de nos élus.

Dans une approche, naturellement, purement facétieuse, les premières orientations du nouveau quinquennat, en matière de fiscalité patrimoniale, paraissent même découler d'un pur déterminisme avec le patrimoine observé. Ainsi est-il probable que le seuil de déclenchement de l'ISF - au terme de la remise à plat de cet impôt au courant de l'automne - ne redescende pas en dessous de son montant actuel (1.300.000 euros), sauf à frapper, contre toute justice, un patrimoine net déclaré de  941.000 euros !

Sublimer les intérêts présidentiels

Quant à la fiscalité des valeurs mobilières, elle devrait continuer à se dégrader en l'absence de toute détention présidentielle, au bénéfice d'une appétence accrue pour les seuls livrets bancaires détenus d'ores et déjà promis à un 'avenir radieux' (avec un doublement annoncé du montant autorisé des versements dans les livrets A). Selon « la même souriante cohérence », les plus-values immobilières pourraient - comme à contre-courant d'un alourdissement de la fiscalité applicable au patrimoine et à ses revenus - connaître un allégement par une réduction du délai de détention nécessaire à leur exonération (de 30 à 22 ans) ! Naturellement, notre nouveau Président ne saurait manquer de 'sublimer' ses intérêts. Ainsi est-il loisible d'espérer une prise de conscience de la nécessité de renforcer les fonds propres de nos entreprises pour un financement sain et pérenne de notre développement économique. La loi de finances pour 2013 ne reste-t-elle pas à écrire, même si son brouillon actuel ne porte pas encore à l'optimisme ?


 

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a écrit le 07/09/2012 à 21:15 :
Pauvre Flamby !! La maison de Mougins estimée 900000? en 2007 a baissé de 100000?
alors que tout l'immobilier a flambé ces 5 dernières années . Tout ce qui est en nu propriété ne vaut pas un cachou .!!! De plus le pauvre vivant en concubinage et en colocation chez Madame n'a pas droit à la CAF pour aider au paiement du loyer !! Il était grand temps que le changement arrive ,pour réparer ce genre d'injustice .C'est à pleurer !!
a écrit le 07/09/2012 à 17:07 :
Afin d'éviter tout conflit d'intérêt, il me semble normal que F. Hollande se soit séparé, s'il en avait, de toutes les actions en bourse qu'il détenait. Pour moi c'est de la déontologie de base. Si Montebourg détenait des actions Renault, que dirait-on sur son traitement du dossier concurrent PSA ?
a écrit le 06/09/2012 à 16:10 :
Notre président F. HOLLANDE à ce que je sache n'a pas fait l'acquisition de son patrimoine pendant son mandat et chercher si sa maison de Mougins à pris ou n'a pas pris de valeur
et le dernier des soucis de ceux qui l'on élu.
Réponse de le 07/09/2012 à 0:02 :
Une des problématique du " changement c est maintenant " est de déterminer si les promesses électorales effectuées sont sincÚres . L analyse de la pertinence de la déclaration du patrimoine constitue une approche parmi d autres .
En l occurence les biais soulignés semblent autoriser pour le moins une interrogation
L absence mentionnée de valorisation des actifs détenues en nue propriété ne manque pas d interpeller
Une hiérarque socialiste n à t elle pas soulignée que quand il y a du flou il y a un loup
a écrit le 06/09/2012 à 10:39 :
Il est vrai que posséder des actions dans un pays qui privilégie depuis toujours la rente relève du sacerdoce et surtout d'un profond changement de mentalité.
a écrit le 05/09/2012 à 18:15 :
"Le Canard enchaîné"avait enquêté en 2007 sur la valeur de "la bicoque des Hollande " à Mougins (domaine gardé et très chic Saint Basile) et avait conclu qu'elle valait 900 000 euros. Comment a-t-elle pu perdre de la valeur en 5 ans ????
Réponse de le 05/09/2012 à 21:59 :
Seule la valeur déclarée aura pris de la " valeur " au cours des cinq derniÚres années pour tendre vers la réalité .

Cette valorisation ne traduit-elle pas en soi un 'progrÚs' de nos pratiques démocratiques en matiÚre de transparence. Le " changement , c'est maintenant ".
Réponse de le 05/09/2012 à 22:52 :
L'absence de toute action française dans le patrimoine présidentiel devrait conduire notre ministre du " redressement productif" à suggérer à son détenteur quelques souscriptions en l'absence même de tout délit d'initiés
Réponse de le 06/09/2012 à 8:27 :
Il serait intéressant mais sans doute gènant de faire une étude au niveau de la déclaration ISF. Tout concubinage notoire impose une déclaration commune et là il semble qu'il y aurait une grosse surprise. Mais Mme n'ayant apparament pas divorcé fait peut être cause comune avec son mari.
Réponse de le 06/09/2012 à 15:11 :
Très pertinente remarque. je finissais par avoir un doute sur la validité de mes informations mais il est clair que l'ISF s'applique au patrimoine des 2 concubins. Et ils ont suffisamment dit qu'ils ne voulaient pas de l'Elysée préférant vivre "chez Mme"
Réponse de le 07/09/2012 à 14:12 :
En tout cas, ils n'auront pas de contrôle fiscal eux.
Réponse de le 05/11/2013 à 22:44 :
verbiage

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