"Il faut protéger les "pigeonneaux""

 |   |  812  mots
Philippe Dapsens. /Copyright Fondation Dauphine
Philippe Dapsens. /Copyright Fondation Dauphine
Philippe Dapsens est directeur de l'incubateur de l'Université Paris-Dauphine. A ce titre, il souligne la nécessité de ne pas dissuader l'esprit d'entreprise chez les jeunes créateurs, car il en va de l'avenir économique du pays.

En tant que directeur de l'incubateur de l'Université Paris-Dauphine, il me semble opportun de me faire le porte-parole de ces jeunes « incubés » qui ne sont pas explicitement représentés par la « jacquerie fiscale » lancée par les grands entrepreneurs du Net.

Cette onde de choc à consonance systémique, qui s'est propagée spontanément au-delà de toute récupération politique, révèle un profond malaise qui se creuse de plus en plus entre les politiques et les entrepreneurs.

Malgré le caractère récent du lancement de notre incubateur, j'ai pu mesurer, avec les autres membres du jury, la forte culture entrepreneuriale qui prévaut à Dauphine. C'est un vrai parcours du combattant qui attend pourtant les porteurs de projets désireux de pouvoir bénéficier d'une structure d'accueil comme celle de notre incubateur.

Après un long processus de sélection, nous permettant d'évaluer la solidité de leur business model et de leur business plan, le plus dur reste à faire pour les incubés : faire en sorte que l'idée qu'il porte soit vraiment innovante et puisse être pérenne dans le temps.

C'est bien mal jauger le profil psychologique de ces jeunes créateurs d'entreprises que de réduire leur seule ambition à la réalisation d'une consécration financière rapide. En effet, les motivations profondes d'un jeune entrepreneur sont beaucoup plus complexes, son désir d'innover, de créer de nouveaux produits, de sortir des modèles économiques standards, et les gènes propres à l 'entrepreneur sont les vrais moteurs qui le poussent à abandonner la sécurité financière d'un grand groupe pour une aventure entrepreneuriale semée d'embûches où l'on travaille soixante-dix heures par semaine sans être pour autant rémunéré de manière convenable.

A tire d'exemple, la première start-up que nous avons incubé, SPEAR, dont les trois fondateurs sont issus de Dauphine, HEC, et Centrale Paris, montre bien que le dénominateur commun de ces trois profils d'excellence est leur volonté de se regrouper autour d'un projet, en l'occurrence ici, réconcilier l'économie réelle et la finance solidaire. On est bien loin des succès story de la Silicon Valley, mais la menace d'une taxation démesurée sur les plus-values de cession à plus de 60% est bien évidemment contre-productive et briseuse de rêves.

Comment en effet concilier le choix de créer sa start-up et d'assumer les risques inhérent à cette vocation tout en gommant à terme la rémunération du risque? Pourquoi créer de la richesse et des emplois si demain pour un actionnaire productif, l'Etat confisque les 2/3 du fruit de leur travail, de leur investissement humain et financier?
 

Comment dès lors éviter la fuite de ces jeunes talents vers des horizons plus cléments à l'entrepreneuriat ?
Enfin, comment participer au « redressement productif » sans aider fiscalement le développement d'entreprises innovantes par les fonds d'amorçage, les fonds de capital-risque...

Il est donc impératif d'instaurer une fiscalité plus incitative afin de privilégier davantage les plus-values issues du travail et donc de favoriser l'éclosion de start-up qui est la seule voie possible face à la désindustrialisation que nous subissons depuis des décennies. Il faut donc, à l'inverse du PLF 2013, taxer le moins possible l'investissement risqué afin de favoriser la création de start-up, générateur des emplois de demain.

Malgré les propos apaisants du ministre Pierre Moscovici indiquant vouloir taxer la rente et non le risque , les deux amendements en gestation ne rassurent pas nos jeunes créateurs d'entreprise. A cet égard, je rejoins les propos tenus dans La Tribune par Philippe Botteri, d'Accel Parners, indiquant que les amendements proposés par Bercy « risquent d'affaiblir un écosystème en plein essor et générateur d'emploi ».

Cela concerne tant l'amendement qui porte sur une durée minimale de détention du capital par les fondateurs, obligés pourtant de se diluer pour rendre pérenne leur entreprise, que le second visant à instaurer une durée arbitraire de détention afin de bénéficier d'abattements fiscaux. Ces propositions de l'administration fiscale occultent complètement la réalité du monde entrepreneurial !

Ne construisons pas une nouvelle usine à gaz dans un monde où au contraire la flexibilité est le maître-mot. Ce n'est pas en taxant le futur par des mécanismes complexes et surannés que nos jeunes talents resteront en France pour créer des start-up. Il y a, à mon sens, une inférence, car ce sont les start-up qui, en créant de la richesse et des emplois, permettront, à terme, de nouvelles recettes fiscales.

La problématique visant à alourdir la taxation des plus-values de cession produit l'effet inverse. Il faut donc au contraire mettre en place une fiscalité plus incitative au nom du « redressement productif », car comment peut-on générer de la croissance sans entrepreneur et sans investisseur ?

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 16/10/2012 à 16:12 :
L'auteur de cet article comprend les problèmes qui se posent aux entrepreneurs et les livre de manière juste, donc acerbe. Il a plus sa place au gouvernement que la plupart des guignols qui s'y succèdent.
a écrit le 16/10/2012 à 13:26 :
Cette opposition entre risque de l'entrepreneur/risque du salarié est incomprehensible (surtout avec 10 % de chomage) ; elle ne justifie pas que les salaires soient taxés largement à plus de 60 % et pas l'entrepreneur qui au travers de la fiscalité des plus values cherche l'optimisation fiscale d'un coup financier. Concernant les 70 heures par semaine, il y a plein de gens qui les font sans être entrepreneurs. Enfin, concernant le risque financier, de quoi parle t on exactement ? l'état subventionne énromément les jeunes entreprises (CIR, JEI, FCPI, FIP, etc). Une partie de la potentielle de la plus value est le résultat de ces financements ; sans parler du côut de la formation de nos jeunes talents créateur de start up pour lesquels (sauf rare exception-polytechnique et ENA) l'Etat n'a aucun retour sur investissement .... sauf l'impôt, que précisément les intéressés ne veulent pas payer. Ce combat est d'arrière garde. Faisons plutôt baisser les charges et les depenses.
a écrit le 16/10/2012 à 10:22 :
Excellent article.
a écrit le 16/10/2012 à 9:12 :
Cela n'a pas de sens. Comment justifier qu'un jeune créateur soit concerné par cette taxation. D'une part, il est tes simple à la création de monter une holding off qui délocalisera totalement la plus value de cession, d'autre part quel le jeune qui commence à travailler qui se préoccupe du montant de sa pension de retraite.
Dauphine, le niveau baisse !
Réponse de le 16/10/2012 à 9:26 :
Tout à fait d'accord. Cette lutte ne concerne que les investisseurs qui veulent faire un AR de trois ans max dans les société crées par de véritables entrepreneurs, pretextant les aider en leur donnant les moyens de se develloper, mais en fait en les obligeant à vendre leur entreprise au bout de trois ans et leur faisant perdre leur entreprise.
a écrit le 16/10/2012 à 8:20 :
Quand on est géré par des fonctionnaires pour qui le mot concurrence n'existe pas, qui ont une situation confortable et un avenir certain, comment voulez vous qu'il en soit autrement ! Demandez à nos ministres ce qu'ils savent de la vie d'une entreprise....
Réponse de le 16/10/2012 à 18:00 :
cher ami " rouge " je constate que votre pseudo ne vous empêche pas de trouver de assumer votre analyse sur ces fonctionnaires pour qui l'avenie est tracé et assuré par leurs avantages insolants et je vous suis reconnaissants de préciser ce point important pour comprendre pourquoi les initiatives personnelles et prometteuses d'emplois sont sacrifiées au dogme de l'ignorances des fonctionnaires responsables du déclin de l'"Aventure qu'est la création d'une entreprise. bien a vous et merci encore.
a écrit le 15/10/2012 à 23:42 :
Les politiques n'ont qu'un mot pour les entrepreneurs : l'innovation, la recherche !
J'ai fait un peu de recherche, sans grand succès c'est vrai. Mais pourquoi vouloir a tout prix cantonner l'entrepreneur a sa capacité à "innover". Si j'innove en Octobre 2012, je suis au paradis, et en octobre 2013, ce sera l'enfer si les politiques, eux, n'innovent pas dans les domaines socio-?conomiques.
a écrit le 15/10/2012 à 21:32 :
Quand le pigeonneau sera prêt et pourra s'envoler du nid, il ira manger du riz (en chine , ou en inde) en France il sait que le blé ce n'est pas pour lui.
Réponse de le 16/10/2012 à 8:21 :
Et il aura raison s'il veut survivre !
a écrit le 15/10/2012 à 20:24 :
les jeunes createurs, qui viennent de faire erasmus, comprennent qu'il vaut mieux creer une boite ailleurs, sauf si c'est pas rentable et qu'il ft bcp de subventions...
a écrit le 15/10/2012 à 18:58 :
Il n'y a qu'un moyen de favoriser l'émergence des pigeonneaux, c'est de baisser massivement les charges pour tout le monde, tant sur le travail que sur le capital. Ceci implique de baisser parallèlement les dépenses publiques tout aussi massivement.
Réponse de le 15/10/2012 à 19:13 :
il n'y a qu'a diviser les retraites par trois et ne plus rembourser les médicaments à partir de 65 ans
Réponse de le 15/10/2012 à 20:25 :
non, il voulait juste dire ' on va diviser votre rmi par trois', et pour les medicaments, fin de la cmu, vous ne serez plus rembourses plus que ceux qui cotisent...
Réponse de le 15/10/2012 à 22:15 :
Arrêtez de jouer le terroriste ! Les médicaments seront bien mieux remboursés par les assurances privées et les retraites bien plus élevées lorsqu'elles seront gérées par des fonds en concurrence.
a écrit le 15/10/2012 à 18:48 :
Pas du tout d'accord de protéger qui que ce soit, parce que cela veut dire créer des privilégiés par rapport à d'autres et des niches absolument incontrôlables. Ce qu'il faut, c'est créer des conditions économqiues favorables au développement et surtout arrêter le népotisme politique et les subventions (qui ne sont jamais que l'argent du contribuable). Une entreprise, c'est fait pour gagner de l'argent et si on a besoin d'être protégé, c'est parce que l'entreprise n'est pas viable par elle-même.
Réponse de le 15/10/2012 à 20:27 :
ce raisonnement n'est pas comprehensible par les enarques qui font les lois depuis 6 mois... quand ca va aller au tas on va rigoler
a écrit le 15/10/2012 à 17:52 :
le pigeonneau c'est très bon quand c'est farci... notre gouvernement l'a bien compris

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :