Demain, la France sera-t-elle "Gangnam style" ?

 |   |  732  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : <small>YouTube</small>)
Le succès planétaire de l'artiste Psy prouve que le Corée accède enfin à un niveau de notoriété digne de son statut de puissance émergente. C'est peut-être une chance pour la France car les deux pays sont incroyablement complémentaires et ont beaucoup à apprendre l'un de l'autre. Une tribune de François Assémat, directeur du Master Marchés Financiers (Groupe INSEEC).

"Hey Sexy Lady, Oppa Gangnam Style!" Qu'il vous ait agacé que vous ayez dansé dessus, ce refrain de l'été ne vous a sans doute pas laissé indifférent. Visionné un milliard de fois sur YouTube, le clip de l'artiste Psy révèle bien plus du soft power coréen que n'indique à première vue un contenu parfaitement calibré pour un large public. La vidéo est d'abord un petit bijou de réalisation: débutant par un hommage à Michael Jackson, elle sait flatter avec légèreté et brio l'ego du public américain, ce qui a pu contribuer à son succès foudroyant. Le reste est de la Pop acidulée à la chorégraphie millimétrée, mais n'en déplaise, il ne s'agit pas de K-Pop. La personnalisation du style et l'humour décalé se démarquent d'une K-Pop aseptisée et trop formatée.

Maîtrise de la communication planétaire via Internet et les réseaux sociaux

L'ensemble forme un tout cohérent qui assimile tous les codes de la culture de masse internationale et démontre une maîtrise de la communication planétaire via Internet et les réseaux sociaux. Car la Corée accède enfin via son « industrie culturelle » - avec Dramas et K-Pop comme étendards -, à un niveau de notoriété digne de son statut de puissance émergente. Longtemps cantonnée aux seconds rôles dans l'ombre de puissants voisins (Chine, Japon), elle a aussi subi leur domination et leur occupation. Ce pays neuf, qui s'est progressivement ouvert depuis 1953, s'est forgé dans l'adversité une identité « en creux » et a développé un syndrome de l'abandon favorisant sa cohésion nationale, mais faisant naître aussi une soif inextinguible de reconnaissance.

Cette reconnaissance, la Corée l'a souvent cherchée du coté de la France: de Park Geun-hye, la nouvelle Présidente de la République, qui a étudié à Paris, à Ban Ki-moon - qui parle français - toute une génération a cherché dans la France des repères culturels. La vague cinématographique coréenne (Hong Sang-soo, Kim Ki-duk, Bong Joon-ho) se réclame d'Aragon, de Marcel Duchamp, de Marguerite Duras, de Robert Bresson ou de Jean-Marc Rochette (Le Transperceneige). Or, ce qui frappe les observateurs de la Corée, c'est à quel point le pays regarde la France et à quel point la France l'ignore, multipliant même les petites vexations: de la reprise en main de l'enquête des « bébés congelés » par les autorités françaises, aux attentes déçues qu'a suscitée la nomination de Fleur Pellerin au ministère de l'économie numérique, la France n'a rien fait pour valoriser un pays qui lui a souvent témoigné de l'intérêt.
C'est aussi la thèse que soutient Hye-ri Ham, une journaliste coréenne qui a longtemps vécu en France (La France n'est pas la France, 2009).

La Corée, un empire de l'empirisme qui devrait inspirer la France

Pourtant, les deux pays ont beaucoup à apprendre l'un de l'autre car ils sont incroyablement complémentaires: là où la France excelle dans le formalisme théorique, en témoigne ses Médailles Fields et ses Grandes Écoles, la Corée est un empire de l'empirisme, résiliente - au sens premier du terme - et pragmatique. Longtemps taxée de « copiste du monde », elle a su monter en gamme pour proposer des solutions technologiques innovantes qui font aujourd'hui sa réputation.
A une France sans doute trop centrée sur elle-même, le pays du matin calme oppose un tropisme centrifuge: grand exportateur, elle est aussi l'un des pays qui envoie le plus d'étudiants à l'étranger.
Là où la France excelle à entretenir son patrimoine, la Corée n'a su ou n'a pu conserver les témoignages du passé: si vous cherchez un charmant petit village en Corée... vous n'en trouverez pas. Ou plutôt si, entièrement reconstruit au pied de barres d'immeubles en banlieue de Séoul !

La France a une chance à saisir: reconnaître comme un égal une Corée désormais émancipée et tournée vers l'avenir, longtemps éconduite mais qui n'est pas rancunière. Les deux pays ont des atouts complémentaires et une véritable synergie pourrait naître d'un rapprochement mutuel.

 

 par François Assémat, directeur du Master Marchés Financiers (Groupe INSEEC)

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 27/12/2012 à 8:04 :
J'écoute Gangnam Style dans ma Kia Cee'd SW tous les matins. ET JE M'ECLATE COMME UN OUF !
a écrit le 27/12/2012 à 7:31 :
Bien bel exemple d'arrogance franco francaise.
Les Coreens n'envient pas la France, pas plus que les Chinois ou les Japonais.
Ils ne la desirent plus mais sont plutot consternes et maintneant amuses de constater a quel point un pays aussi sur de lui fait autant preuve d'arrogance et d'ignorance du monde qui l'entoure.
Curieusement, la France serait le phare d'un monde qui l'envie mais qui ne la copie pas. Demandez-vous pourquoi.
Les realisateurs coreens qui s'sinspirent des auteurs francais, c'est a hurler de rire.

Pourquoi prendre exemple sur un pays qui fonce droit dans le mur ?
Réponse de le 27/12/2012 à 10:12 :
Je vis en Coree, je connais ce pays depuis 20 ans, la France y est tres respectee pour sa culture (litterature, cinema, mode de vie) comme pour sa technologie, et les affinites culturelles sont patentes, n'en deplaisent a ceux qui parlent sans savoir.
? ??
a écrit le 26/12/2012 à 23:20 :
La Coree est dynamique, creative et pas pleurnicharde, ils se donnent les moyens nous, nous sabordons... si je devais parier sur une reussite cela ne serait pas sur la France
Réponse de le 27/12/2012 à 7:31 :
Tout a fait
Réponse de le 27/12/2012 à 20:23 :
le problème des Français, est qu' ils vivent toujours sur la grandeur de leur passé. Certes, c' est un magnifique pays, certes , leur gastronomie est reconnue dans le monde entier, mais...quelle arrogance!

En Corée, les gens sont amicaux, ils s' intéressent à vous . Bien comme plutôt timides , ils vous sourient et saluent facilement .

Il y a une créativité énorme. Mais c' est vrai que le pays change très vite.
Comme partout, il y a des inégalités, mais quel pays n' en a pas ???

Le fait aussi qu' ils aient élu une femme à la tête du pays montre qu' ils avancent, et vite.

Mais nous, pendant ce temps..on fait quoi ? On pleure sur le péril jaune.
a écrit le 26/12/2012 à 19:03 :
Article troublant. Un mélange de culture et d'ignorance totale.
Là où vous êtes inspiré, c'est quand vous tentez d'ancrer le phénomène K-pop dans l'histoire récente du pays. Peu de journalistes se sont donné cette peine, comme on s'en aperçoit bien vite en écoutant les âneries des reportages de Canal +, TF1 et autres France Télévision sur le sujet. Pourtant, votre discours sur la K-pop ne sort pas pour autant des clichés sortis par ces mêmes journalistes.

Je cite : "Le reste est de la Pop acidulée à la chorégraphie millimétrée, mais n'en déplaise, il ne s'agit pas de K-Pop. La personnalisation du style et l'humour décalé se démarquent d'une K-Pop aseptisée et trop formatée."

Premièrement, que connaissez-vous de la K-pop ? Sur la musique de quels artistes avez-vous construit votre "jugement" ? Pouvez-vous d'ailleurs citer un seul nom d'artiste autre que Psy ?
Deuxièmement, Psy est en contrat depuis 2 ans avec l'une des plus grosses maisons de disques de l'industrie, YG Entertainement. Pour plus d'infos, un petit tour sur Wikipedia version anglaise vous renseignera. Quand on connaît un peu la production de cette boîte, on voit tout de suite que le clip de Psy porte la marque YG Entertainement (style visuel coloré, réalisation et montage percutants, originalité des situations). A ce titre, plusieurs artistes travaillant chez YG apparaissent dans le clip (à vous de deviner où ils sont, vous qui connaissez si bien la K-pop). D'autre part, même l'animateur TV le plus populaire du pays y fait plusieurs apparitions (l'homme en costume jaune). Bref, dire que Gangnam Style n'est pas de la K-pop est une ineptie. Psy a une personnalité, oui, mais il est loin d'être le seul.

Enfin, vous soulignez le rôle des réseaux sociaux dans un inter-titre, mais le développement de cette idée se limite à... un intertitre, justement, alors qu'il y a tellement de choses à dire sur le sujet ! Dommage.

Quant à vos considérations sur le patrimoine culturel coréen... Allez faire un tour à Séoul, visitez les palais Changdeok-gung et Gyeongbok-gung, superbement restaurés depuis les années 90. Certes le tourisme s'est développé ces 15 dernières années seulement, depuis que le pays est sorti de la pauvreté (et de la dictature). Mais avant de faire des comparaisons fumeuses avec la France (quel ethnocentrisme, je rêve!), tenez compte du fait que ce patrimoine a été en grande partie détruit au cours des multiples invasions qu'a connu le pays (un fait historique que vous le soulignez très bien dans l'article, c'est ça le pire!), notamment par les Japonais au début du 20e siècle.

Quant aux villages "reconstruits" que traitez par-dessus la jambe, je vous recommande de prendre le bus à Gangnam, justement, jusqu'à Suwon pour passer la journée au Korean Folk Village, une reconstitution somptueuse et gigantesque de village ancien, à côté duquel le village gaulois de Pleumeur Bodou fait simplement pitié. Ce n'est pas pour rien qu'il est aussi étendu : ce village sert de décor aux films et dramas se déroulant dans les temps anciens (récemment The Moon Embracing the Sun, drama somptueux visuellement et passionnant d'un point de vue scénaristique). Quant aux villages plus modestes qu'on peut voir dans la ville de Seoul (à Chungmuro, notamment), ils correspondent à un concept : ce sont des parcs de loisirs où les enfants peuvent faire gratuitement tout un tas d'activités traditionnelles (réaliser des masques de théâtre, s'initier à la caligraphie, etc.). Il s'agit justement de transmettre un patrimoine culturel !
Réponse de le 26/12/2012 à 23:25 :
"Certes le tourisme s'est développé ces 15 dernières années seulement, depuis que le pays est sorti de la pauvreté", Je suis alle la premiere fois en Coree en 1990 (22 ans) pour installer une usine siderurgique alors que la France deturisait les siennes et il n'y avait pas plus de pauvre qu'en France alors taisez vous au lieu de dire de telles sottises... Grace a internet tous les ignorants et sots de la terre peuvent s'exprimer .. quel merdier
Réponse de le 27/12/2012 à 10:10 :
on a transformé le web en une gigantesque latrine.Tout le monde se prends le droit de y
aller pisser et autre.Alors de quoi s'emerveiller?Ce nouveau messie de Seoul c'est une
expression de notre misère culturelle.Attendez mars avril et personne parlera plus de lui.
Réponse de le 27/12/2012 à 10:17 :
Je suis d'accord avec Elodie et moi je vis en Coree depuis 20 ans. Il reste un patrimoine culturel a qui sait se donner la peine de le decouvrir> C'est vous le plombier qui racontez des sottises et vous n'avez pas du beaucoup circuler en Coree.
a écrit le 26/12/2012 à 17:21 :
Du jour où j'ai commencé à voir des films et séries sud coréennes, j'en suis presque tombé fasciné par ce pays, tout semble naturellement clair, fluide, et des personnages toujours sensibles et attachants.
a écrit le 26/12/2012 à 14:15 :
De bons arguments. Les Coréens du Sud ont fait de leur pays un grand pays, ce sont de bons compétiteurs internationaux et ils maitrisent les technologies modernes. Je vote pour.
Réponse de le 29/12/2012 à 21:44 :
Ce qui est réellement troublant, c?est l?agressivité de certaines réactions face à une thèse (les coréens sont comme des amoureux déçus envers la France) qui est d?abord d?origine coréenne, comme le dit l?article à propos de l?ouvrage « La France n?est pas la France ».
« Si l?on veut s?en donner la peine » au-delà de Wikipedia, on peut en trouver la trace sur Internet et un entretien avec l?auteur : « Jusqu?à maintenant, c?est nous seulement qui avons aimé la France, c?est un amour non partagé. La Corée et la France ont établi les relations diplomatiques, il y a 120 ans, mais peu de choses ont changé depuis 1886. »

Il semble que certains ou certaines aient été piqués au vif dans leur amour immodéré de la K-Pop, et aient oublié la nécessaire modération de tout vrai dialogue, puisque « tout ce qui est excessif est insignifiant ». La démocratie Internet, anonyme et veule est passée par là sans doute.

Le comble est peut-être atteint avec Elodie1976 qui ? inconsciemment sans doute ? utilise les arguments de l?article (les reconstitutions de village) dans un raisonnement à rebours qui se retourne contre elle puisque tout ce qu?elle cite n?est justement que reconstitution ou parc de loisir?

Quant à la prétendue « arrogance » française: auto flagellation de ceux qui ne tentent sans doute rien et préfèrent prêter servilement le flanc à de nouveaux impérialismes: beaucoup plus confortable!
La France va très bien merci, c?est un pays d?ingénieurs et de culture. En doutiez-vous ?
Son lustre n?est pas passé, loin s?en faut: Cédric Villani (mathématiques), Jean-Marie Le Clézio (littérature), Albert Fert et Serge Haroche (physique), Yves Chauvin (chimie): chauvin, va !

L?article se veut un encouragement à la fraternisation entre deux grands pays complémentaires, et juste cela. C?est ce que l?on appelle « une tribune », une opinion, quoi ! Pas d?affolement !

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :