"Je ne crois pas à de vastes trafics parallèles de viande en Europe"

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L'affaire Findus a mis en lumière le marché de la viande transformée, un "minerai" au cheminement complexe. Jean-Paul Simier, spécialiste du commerce international de la viande nous en explique les grands circuits et enjeux actuels.

Le scandale de la viande de cheval, vendue par des distributeurs sous forme de produits transformés comme s'il s'agissait de viande de boeuf a mis en lumière la complexité des chaînes de production de ces matières premières. En moyenne, combien y a-t-il d'intermédiaires entre l'animal à l'assiette?

Jean-Paul Simier - Ce "minerai", cette matière première entrant dans la composition des plats préparés concerne au maximum 6 ou 10 intermédiaires, dont certains acteurs ne voient jamais le produit souvent vendu congelé. Cette viande vouée à être transformée, qu'elle soit vendue déjà hachée ou bien congelée, est très minoritaire dans les échanges.

Quels volumes les négociants indépendants de viande s'échangent-ils?

En général, cela va de quelques palettes de dizaines de kilos à des camions d'une tonne. Rarement plus. On est bien loin du temps où l'UE vidait ses frigos en remplissant des cargos de viande à destination de l'URSS à qui elle était vendue à bas prix.  A l'époque, des gens comme Jean-Baptiste Doumeng, surnommé le "Milliardaire rouge", ont pu faire fortune grâce à ces activités. Aujourd'hui, le marché est beaucoup plus segmenté et les quantités échangées à chaque transaction sont bien moins importantes.

Dans le cas de la viande composant les fameuses lasagnes vendues par Findus notamment, les soupçons se portent notamment sur des usines d'abattage en Roumanie. Le respect des normes est-il vraiment le même partout en Europe?

Normalement oui. Les derniers pays ayant intégrés l'UE sont obligés eux aussi de s'y soumettre, sinon ils seraient exclus du marché. Il y a par exemple des inspecteurs sanitaires indépendants dans tous les abattoirs. Au moindre doute sur une bête, elle est immédiatement sortie du circuit. De manière générale, puisqu'il s'agit d'un produit particulièrement complexe, tout le circuit est très codifié. Depuis 2004, le "paquet hygiène" rend d'ailleurs responsable  tous les acteurs de la chaîne. D'ailleurs, en matière de système normatif, l'Union européenne est l'un des plus exigeants au monde. On peut noter par exemple que pour l'ESB (Encéphalopathie spongiforme bovine, également appelée "maladie de la vache folle"[ndrl])), le taux de prévalence est 100 à 200 fois inférieur dans l'Union européenne qu'aux Etats-Unis où les contrôles sont moins drastiques.

Existe-t-il un marché parallèle de la viande?

Certes, la viande a toujours fait l'objet de trafics à plus ou moins grande échelle. On peut se souvenir de la pègre des années 1930 autours des abattoirs de Chicago ou des Yakusa au Japon. Des trafics ont aussi pu exister dans les années 1960 ou 1970 avec un commerce-troc où l'on pouvait s'échanger de la viande contre du pétrôle.  J'étudie le marché depuis plus de 25 ans et aujourd'hui, je ne pense pas que l'on puisse découvrir un vaste trafic parallèle de viande à l'échelle européenne! Maintenant, il peut y avoir des petits malins qui ré-étiquettent des emballages ou qui se sont laissés séduire par les différences de prix entre la viande de boeuf et la viande de cheval...

Le prix du boeuf a-t-il beaucoup augmenté ces dernières années?

Oui, les prix ont grimpé de 30% en deux ans essentiellement à cause d'un recul de la production. Nous sommes dans une phase de creux en Europe depuis six ans. De 8,2 millions de tonnes produits en 2006/2008, nous sommes passés à 7,6 millions en 2012. Cela s'explique par une baisse de la rentabilité avec des éleveurs découragés qui ne gagnent pas bien leur vie. Dans le même temps, la consommation intérieure a diminué de 7%. Mais, au niveau mondial, la demande à progressé dans certaines régions, notamment en Asie, où le goût pour la viande se développe en même temps que le niveau de vie s'élève. En Asie, manger de la viande bovine est devenu un facteur de distinction sociale. Aujourd'hui, le 4e ou 5e importateur mondial de viande bovine, c'est le Vietnam!

Que représentent les échanges de viande?

 On échange seulement 10% des viandes produites dans le monde parce que la viande est essentiellement consommée là où elle est produite. Hors UE, le commerce international de viande représente 150 milliards de dollars par an.

Qui sont les plus gros importateurs ?

Au sein de l'Union européenne, les pays échangent environ 2 millions de tonnes équivalent carcasse de viande par an. Les échanges sont surtout réalisés entre les pays membres, les importations venant de l'extérieur de ses frontières représentent moins de 5% de sa consommation. la France reste le premier producteur même si sa part se réduit, devant l'Allemagne. Hors UE, les échanges représentaient 350.000 tonnes l'an dernier. La Russie, les Etats-Unis et les Japons sont les plus gros importateurs. Ces derniers sont également  les deuxièmes plus gros exportateurs derrière le Japon, mais ils importent eux aussi le fameux "minerai" - principalement d'Australie et du Canada - pour fabriquer leurs hamburgers. Il faut noter que la viande fait l'objet de nombreuses mesures protectionnistes qui prennent la forme de mesures sanitaires. La Russie, qui a pourtant intégré l'OMC, en est un grand champion avec des protections sanitaires sur le porc européen ou la volaille américaine. La "ractopamine", un résidu médicamenteux, a ainsi servi de prétexte à une nouvelle fermeture sur les viandes provenant des Etats-Unis et du Canada. Depuis la chute du bloc communiste, la Russie essaie en effet de reconstruire son élevage. Il existe aussi des conflits entre le Brésil et la Chine, l'Argentine et les Etats-Unis, le Canada et les Etats-Unis.

L'Union européenne met-elle aussi en place des barrières douanières avec des motifs sanitaires?

Non. Mais elle n'est pas blanche comme neige. Après un conflit qui a duré 20 ans, l'Union européenne a ainsi été condamnée par l'OMC pour avoir bloqué les importations de viande hormonée produite aux Etats-Unis car il n'a pas été prouvé scientifiquement qu'elle était dangereuse pour la santé. Des exigences de traçabilité ont également été imposées au Brésil où 3.000 à 4.000 abattoirs ont été agréés, mais pour l'instant le pays n'a pas porté plainte à l'OMC. Les conflits se règlent aussi à l'amiable, comme dans le cas des mesures contre le poulet thaïlandais après la crise de la grippe aviaire qui ont été levées récemment. Avec l'affaire Findus, la Grande-Bretagne a failli arrêter toute importation de viande en provenance du continent. Mais elle n'a finalement pas osé.

Ce nouveau scandale pourrait-il donner lieu à de nouvelles restrictions sanitaires?

On en est encore loin. Les pays importateurs pourraient, dans le doute, imposer des embargos. Mais ils risqueraient d'être attaqués pour protectionnisme exagéré. Ce que l'on peut craindre, c'est plutôt une psychose.

Comment les crises sanitaires sont-elles ressenties sur le marché?

C'est surtout l'effet médiatique qui se fait sentir. La crise du concombre en 2011 a mis une pagaille incroyable sur le marché des fruits et légumes alors qu'il n'y avait aucun risque! La pire crise a été celle de l'ESB. Elle a complètement bouleversé le marché pendant plus de dix ans. Son impact se chiffre en milliards de dollars. Et on en ressent encore les effets.

* Jean-Paul Simier, directeur agroalimentaire au sein de l'agence Bretagne Developpement innovation rédige régulièrement des rapports sur le marché international de la viande.

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Commentaires
a écrit le 15/02/2013 à 2:36 :
On aurait bien tort de se focaliser sur la seule viande de boeuf... Par exemple, d'où vient la viande de porc que nous consommons en plat cuisinés et en salaisons ? [...] Et dans la foulée combien d'intermédiaires ? [...] Pour obtenir l'appellation "saucisson d'Ardèche", il faut (sauf erreur) 7% de viande d'origine ardéchoise ; quelle est donc aujourd'hui l'origine des autres 93% ?.
a écrit le 14/02/2013 à 16:57 :
Encore un qui nous prend pour des jambons
a écrit le 14/02/2013 à 15:05 :
Ce monsieur est soit très naïf, soit un vil menteur qui essaye de couvrir le secteur dans lequel il évolue.
Il devrait avoir honte de lui et se repentir une bonne fois pour toute.
a écrit le 14/02/2013 à 12:51 :
Mr Simier directeur agroalimentaire au sein de l'agence Bretagne Developpement innovation
La Bretagne ou l'on pratique l'élévage intensif des cochons avec les conséquences connues sur l'environnement local.

Je serais journaliste il m'aurait parru plus opportun d'interviewer un veterinaire travaillant pour les services sanitaires
a écrit le 14/02/2013 à 11:31 :
Avec la complicite des dirigeants europeens et leur monaie d'escroc.
a écrit le 13/02/2013 à 19:17 :
bla,bla,bla, manger tranquille, les couleuvres ont de plus en plus de mal à etre avalées.
a écrit le 13/02/2013 à 19:09 :
Vous n'y croyez pas ? Moi si, complètement, Bruxelles n'aime pas les contrôles, les étiquetages, les barrières, la loi du marché qu'ils disent, (ils sauvent quand même les banques, il y a des limites, mais on doit pas en parler)
Réponse de le 14/02/2013 à 10:29 :
Oui ! Produisons et mangeons français, il y aura beaucoup moins de "trafic" ! C'est pas dur : l'Europe, on n'en veut pas, on n'en veut plus ! OUT ! Dehors !
a écrit le 13/02/2013 à 15:57 :
Dit: comme ça Simier me fait penser à Pinochio....aujourd'hui extantion du problème en Uk..du porc dans le
boeuf..ou l'inverse . Les Musulmans et Israélites ne voient pas les choses comme lui.....corromput ? non,non
pas lui.....
a écrit le 13/02/2013 à 12:15 :
"En général, cela va de quelques palettes de dizaines de kilos à des camions d'une tonne. Rarement plus."... J'AI DÉJÀ LU DES BÊTISES.... mais là ... les records sont battus haut la main !!!!!
a écrit le 13/02/2013 à 11:05 :
"Je ne crois pas à de vastes trafics parallèles de viande en Europe".... ben .... il n'est au bout des surprises !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
a écrit le 13/02/2013 à 5:51 :
Cheval dire à tout le monde...na !
a écrit le 13/02/2013 à 3:39 :
On nous refait Tchernobyl ! Rassurez vous tout va bien.. dormez je le veux... Apparemment il y a aussi Picard?? ce serait-ils échanges leur carnet d'adresse? La Finance veut notre peau et nous attendons en tendant le cou... Nous sommes a vomir
a écrit le 13/02/2013 à 3:03 :
Les gens n'y croient plus.
a écrit le 13/02/2013 à 2:42 :
dont le refrain est " n'ayez^pas peur , c'est un cas isolé..." .
Le parolier des histoires de corrompus internationaux ne force pas dans l'originalité
puisque "tout le monde " a avantage qu'il en soit ainsi .
a écrit le 12/02/2013 à 23:58 :
C'est vrai, il n'y en avait pas non plus pour le lait frelaté à la dioxine ou pour le fromage pourri qui arrivait par camions entier dans la plus grande usine à fromage d'Europe (en Allemagne de mémoire). Pas besoin de complots. Les filières se mettent en place parce que certains sont faibles, vénaux et corrompus. Par contre que nos aimables fonctionnaires et bureaucrates européens aient détruit tout un pan de notre production locale au nom de la sécurité alimentaire qui ne s'est en rien améliorée à ce titre est un scandale. A quand une étude d'impact de ces législations liberticides? Jamais je suppose tant elles montreraient la réalité pour ce qu'elle est. Quant à nos députés européens, lequel a simplement émis l'idée de faire une telle étude qui est pourtant le B A BA de toute gestion?
a écrit le 12/02/2013 à 22:40 :
Il serait dommage que "l'affaire Fibdus" masque le problème des trafics des "traders" internationaux en produits alimentaires.
a écrit le 12/02/2013 à 22:25 :
J'ai lu cet apm que l'abattoir Roumain avait vendu du cheval car on lui avait commandé du cheval. Il y a eu étiquetage sauvage ensuite à un niveau ou autre, en cours de transport ??
Comme ceux qui achètent du vin quelconque et le mettent dans des bouteilles avec de prestigieuses étiquettes.
a écrit le 12/02/2013 à 21:43 :
c'est le consommateur lui-même qui va les imposer : il suffit tout simplement qu'il ne touche plus au produit.
Chaque fois que la filière panique on nous raconte les mêmes idioties et rien ne change.
Là, la filière va se battre pour éviter encore et encore que l'on ne soit informés de la provenance exacte de tous les produits que nous consommons. Exit les crevettes d'océanie ou le boeuf européen. Cela permet tous les mélanges.
a écrit le 12/02/2013 à 21:05 :
Tout ceci me donne envie de manger du cheval, j'en ai jamais mangé....
Réponse de le 12/02/2013 à 22:10 :
@jeff: tu fais sans doute alors partie de la très petite minorité de gens qui sont absolument certains de ce qu'ils mangent :-)
Réponse de le 12/02/2013 à 22:55 :
Testing.... une bavette...;)
a écrit le 12/02/2013 à 20:12 :
La fraude qui vient d'être dévoilée sur la vente de viande de cheval révèle la complexité des marchés dans leur distribution ; autant que la lutte sans merci que se livrent les protagonistes de l'industrie agroalimentaire. Le haut trading ne fera qu'amplifier cette lutte.
Dans cette affaire aux multiples intermédiaires, la société Spanghero semble être mise en cause dans son secteur d'activité. Nous devons faire preuve d'une extrême vigilance, et mener une enquête en profondeur, afin de connaître les raisons de l'organisation de cette fraude, mais aussi tous les facteurs réunis.
Il se pourrait bien que celle qui apparaît comme coupable, soit en réalité victime d'une concurrence. Les marchés sont âprement disputés ; il serait donc tentant d'organiser un scandale afin de récupérer tout un secteur d'activité et de ne plus l'avoir en partage. Telle est déjà la logique du marché. Regrouper, canaliser la consommation afin d'obtenir un circuit très rentable ; dans une chaîne de distribution la plus réduite possible.
Ainsi, alors que l'opinion publique s'émeut de la tromperie sur la viande. Les spéculateurs ont misé sur un scandale pour réorganiser cette chaîne. Ce cheminement très plausible reste du domaine de l'hypothèse.
Plus plausible parce que les fraudes alimentaires de ces dernières années se sont appuyées sur le manque de résultats pour organiser des activités qui n'ont éclaté qu'avec l'apparition de maladies. lorsqu'un profit devient suffisamment rentable, plus aucun industriel ne se risque à perdre son acquis par des petites manoeuvres qui n'ont d'effet qu'à très court terme. Ce ne sont pas les services de contrôle des états qu'il faut craindre, c'est la surveillance de la concurrence.
La création d'entreprises écran, et tout changement de statuts doit éveiller les soupçons. Une société qui traite de l'intermédiaire et qui change de mains n'a aucun intérêt a conserver son ancien nom, puisqu'elle ne ressort pas dans l'image de marque. Cet état de fait ne peut servir que de paravent, dans u acte de haute spéculation ; celui du rachat des entreprise, de la réorientation décidée par la finance.
a écrit le 12/02/2013 à 19:39 :
Avec cette affirmation...Hum, pas s'engager à parier! en tant que consommateurs, on a rien à dire, chacun fait son petit traffic derrière notre dos, donc, nulle confiance !
Réponse de le 12/02/2013 à 20:37 :
pas confiance , je crois qu'il faut etre vigilent et acheter de la viande chez un boucher (que l'on connait par la qualite de la viande bien FRANCAISE) et également- pour les poissons etc....; ADIEU les plats surgelés cuisines et meme peut etre les conserves : raviolis etc -
a écrit le 12/02/2013 à 19:11 :
oui ça sent un peu la foutaise

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