Credit crunch, le dernier tabou européen

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Qui aurait dit qu'un jour la Commission européenne se ferait l'avocate du livret A pour financer des infrastructures sociales ou qu'elle s'interrogerait sur les risques de la fair value, autrement dit la comptabilisation des actifs financiers à la valeur de marché ? Eh bien, ce moment est apparemment venu.

DANS LE LIVRE VERT SUR LE FINANCEMENT à long terme de l'économie que la Commission a publié le 25 mars, l'expression credit crunch reste taboue. Mais l'Europe n'en a pas moins un sérieux problème de financement de ses investissements. Tel est l'aveu manifeste de la Banque centrale européenne quand elle justifie ses interventions sur les marchés de la dette des États pour cause d'engorgement des « canaux de transmission de la politique monétaire ». Par là, il faut entendre que les taux de refinancement historiquement bas faits aux banques ne sont pas répercutés sur le marché du crédit. Les Espagnols, Italiens et autres « Méridionaux » en savent quelque chose. Les règles de liquidité qui s'imposeront un jour ou l'autre aux banques - même si elles ont réussi à convaincre les banquiers centraux et les régulateurs de retarder leur entrée en vigueur - réduisent inexorablement leur appétence pour les engagements de long terme, typiquement les financements d'infrastructures. Bruxelles se demande en substance comment drainer la richesse des Européens, autrement dit leur épargne, vers l'investissement productif et propose d'explorer toutes les voies possibles pour faire revenir le fioul monétaire dans le moteur économique par une voie autre que celle du crédit bancaire. Les investisseurs institutionnels, assureurs et autres fonds de pension sont une piste. Moyennant quoi on songe à revoir les règles dites « solvabilité II » dans le secteur de l'assurance alors qu'elles ne sont même pas encore en application. Les marchés ? Actuellement, seulement 15% des dettes des entreprises sont levées sous la forme d'obligations privées. Le capital-risque reste embryonnaire, d'autant que les marges des bourses de valeurs ont été laminées par la libéralisation des marchés, qui a laissé glisser le gros des marchés d'actions des marchés organisés vers... les banques.

À PRÉSENT, BRUXELLES S'INTERROGE. La bien nommée fair value, autrement dit l'inscription des actifs financiers à leur valeur de marché dans le bilan des acteurs financiers, a fait diminuer la part des actions - financement par excellence des entreprises dans leur portefeuille. Elle peut, reconnaît Bruxelles, « nuire à la stabilité et au financement à long terme ». Sans en avoir l'air, ce Livre vert sur le financement de l'économie a tout d'une remise en question des principales options réglementaires adoptées depuis quinze ans. Comme quoi la crise finit par avoir raison des plus solides tabous. Mais admettre que pendant de longues années le système financier n'a pas permis de faire les bons arbitrages entre sécurité et risque, créant ici des bulles d'actifs immobiliers ou autres et ailleurs une pénurie de crédit, est une chose. Trouver le moyen d'y remédier en est une autre.

EST-IL VRAIMENT POSSIBLE d'investir à long terme en pleine phase de deleveraging (désendettement) forcé des institutions financières et des États ? On veut bien croire qu'avec une fiscalité plus intelligente et une meilleure utilisation des moyens publics il soit possible de faire mieux. Mais avec près de 90 % de dettes sur le PIB, l'Europe reste bel et bien enkystée dans une crise du crédit sans précédent. Actuellement, seule l'Allemagne, créancier par excellence, est à même de faire les investissements nécessaires à son Energiewende, son tournant énergétique. L'excès de crédit a tué le crédit. Ce n'est qu'en touchant à la fortune des créanciers que l'on pourra retrouver des marges de manoeuvre. Mais ce tabou-là reste, plus de quatre années après le début de la crise, encore tenace.

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Commentaires
a écrit le 12/04/2013 à 16:18 :
j'ai du mal à bien comprendre le fond de l'article,puisque non averti des paradigmes qui régissent les univers bancaires et financiers dans des systèmes monétaires dont ils ne maitrisent pas les finalités .
alors plus que des solutions globales ou universelles qui seront peu applicables et régulièrement détournées,ne vaut-il pas mieux segmenter les domaines par nature et spécialiser les contributions afférentes propres à répondre aux besoins ?
Par exemple, le financement privé de la construction de logements est-il traité avec efficacité (réponse à la demande,coût d'intervention, garantie de service) par les banques privées généralistes ?
Est-il logique que le refinancement des banques auprès de la BCE bénéficie d'un taux très bas unique sans contrepartie d'engagement d'usage sur l'utilisation des fonds et les volumes concernés ?
La BCE ne devrait-elle pas différencier ses taux et volumes de prêts en fonction domaines d'activité des banques (financements auprès des particuliers, auprès des entreprises, opérations financières sur les marchés pour tiers et pour compte propre ) ?
Bien sûr l'identification et la gestion séparée d'activités n'est pas la plus souhaitée par les banques, mais cette disposition favoriserait la transparence sur leurs bilans et donc la confiance des clients; elle stimulerait aussi par l'effet d'une plus grande concurrence le développement d'une politique de l'offre plus diversifiée et en phase avec les attentes du marché .
a écrit le 05/04/2013 à 3:28 :
Les règles que les banques devront respecter (réglementation Bâle 3) va obliger les banques à diviser par 2 la taille de leurs bilans... Traduction : non seulement arrêter de prêter, mais encore revendre à d'autre des portefeuilles entiers de prêts existants. Et entre autres, le crédit long terme est le premier menacé, dont le crédit immobilier
a écrit le 04/04/2013 à 21:14 :
" Ce n'est qu'en touchant à la fortune des créanciers que l'on pourra retrouver des marges de man?uvre"
quelqu'un pourrait expliciter cette formule pour un non économiste ?
article intéressant mais un peu mystérieux !
merci
Réponse de le 06/04/2013 à 14:31 :
Pour comprendre cet article, il faut revenir sur ce qu'est la monnaie au 21 ième siècle.
Lorsque vous empruntez de l'argent, la banque doit posséder 10% de la somme, le reste est créé par la banque. C'est ce qu l'on appelle l'argent dette. Donc pas de dette, pas d'argent. (ou seulement10% des sommes en circulation).
A cet argent dette dit scripturale (jeu d'écriture) (par opposition au fiduciaire (les 10%) il faut ajouter les assurances ou produit dérivés (CDS (Credit default swap) en anglo-saxon, ça fait plus riche et ça permet aux experts de le rester et accessoirement de vendre n'importe quoi à ceux qui n'y comprennent rien (c'est fait pour). Vous ajoutez à ça le marché des changes (pas les couche culotte, les fluctuation entre les monnaies).
Au total vous obtenez ( approximativement, essayer de trouver l?information exact par vous même, c'est plus que difficile)
- 100 000 Milliard de dollar pour le pib mondial annuel. (L'économie réelle)
- 100 000 Milliard de dollar d?encours de prêt (10% réel + 90% de création ex nihilo des banques (création pure)
- 500 000 Milliard de dollar de CDS
- 500 000 Milliard de dollar du marché des Change.

Donc pour revenir à votre question, 12 fois le Pib mondial de fausse monnaie.
La monnaie de vaut donc plus rien (Remplacer monnaie par confiance, c'est la même chose)
Comme l'argent, c'est de la dette (à 90%) si vous avez besoin d'argent, il faut faire encore plus de dette (donc réduire la confiance, qu n'est plus très élevé en ce moment). Alors on fait quoi ? (en général dans cette situation on fait la guerre pour récupérer de la valeur à l'étranger et ainsi valider sa monnaie)
Dans cet article , on vous propose de détruire de la monnaie, c'est à dire de "spolier" les épargnants (économie réelle) pour augmenter la confiance dans la création monétaire privée (les banques, donc la dette).

Voilà, voilà, cette solution n'en est pas une, pas plus, ni moins que tout autre,parce que il n'y en a tout simplement pas.


a écrit le 04/04/2013 à 15:33 :
excellent article
mais le credit ne se developpe que par et avec la confiance, pas par une confiscation, une nationalidsation ou des banques aux mains des politiques
pour avoir l argent des banques, il faut et il suffit d'etre credible.
si quelqu'un a une solution en se passant de l'argent des banques, qu'il leve le doigt, il sera president de la republique en 15 secondes!
donc, dans le monde reel, il faut plaire aux banques
pour etre credibles, organisons le pays comme une machine a produire: c'est pas sexy, mais c'est une vraie solution.
commençons par enseigner le gout de l'effort, par élire des gens sérieux ne faisant pas rever avec des promesses intenables, par mettre les employeurs sur un piedestal social- ce sont eux les sauveurs, et en arretant de proner le "toujours moins cher" si cher à la grande distribution et notamment MELeclerc - que l'etat choisisse dans ses appels d'offres le "deuxieme moins cher" plutot que "le moins disant": en donnant l'exemple, il redonnera la priorité à la qualité.*
si on s'y met tous, on est sur d'y arriver. mais j'ai l'impression qu'on est 10 à 15% du pays a etre pret a faire le moindre effort.
a écrit le 04/04/2013 à 10:59 :
Le Probleme de l economie Francaise vient pour 90% des Francais>>> Pour que l economie reprenne il faut tourner l epargne et l investissement vers l entreprise, or le Francais tres moyen ne voit que par la "rente" il refuse tout risque, il veut bien preter mais il veut etre sur de recuperer sa mise+ interet..... Les Anglo-saxon, les Asiatiques... voient a long terme il sont capables s ils croient au projet de poser direct du cash sur la table....... Voila pourquoi eux avance et nous reculons, on prefere la Pierre bien dure... On aura jamais de Apple, Facebook, Google..... Car au depart les "resultats futurs" de ces boites etaient plus qu incertain et AUCUN Francais n aurait prete a petit Mark a pein sorti de l ecole par exemple
Réponse de le 04/04/2013 à 13:19 :
Oui ben le problème c'est que le français qui songe à acheter des actions et assimilés à l'impression qu'il va mettre le doigt dans une machine totalement au service de la Finance, trading à haute fréquence, shadow banking & Cie, à la fiscalité de plus en plus lourde et non stable, tout çà au profit d'entreprises qui ne songent qu'à le foutre à la porte et à délocaliser dans des pays lointains où ils finiront par se faire dépouiller de leur technologie ! Impression exagérée ? En tout cas, c'est évident qu'il va préférer l'immobilier et le Livret A pour tenter de sauvegarder ses économies !
Réponse de le 04/04/2013 à 16:33 :
Oui bien sur...Donc la France n avancera plus jamais! Inverstir en bourse d une ce n est pas "filer de cash et laisser" ca se suit regulierement, d autre part ca n est pas du court terme c est sur 5 ans voir plus (d ailleurs les courbes actions sur le long terme sont largement au dessus du rendement de votre pierre sauf que le petit francais moyen ne voit que les crises et chutes des cours....)
Ensuite les plus gros financeurs de Start Up au USA ce sont les universite type MIT, Harvard.... via des fonds "données" par d ancien eleves des ces meme universite, ou des fondations>>> Vous presentez votre projet et si vous les avez convaincu eh bien ils vous font un cheque.... Partant de la avec des idees comme la votre c est ca qui fait partir les entreprises et delocaliser: l'argent appel l argent, comme les innovants ne trouvent pas ou peu de financement en europe bah ils se barrent!!!! et que nous reste t il?? L automobile a saturation, la siderugie en crise qui survit depuis 40 ans....... mais continuez quand vous aurez fait de la France une jachere economique digne de la grece, de l Espagne, du Portugal d aujourd hui eh bien vous pleurerez sur le non financemet des retraites, de la secu.....
a écrit le 04/04/2013 à 10:43 :
Après l'aventure des 100 jours qui avait vidé les caisses de l'état en 1815, a été créée la caisse des dépôts et consignations dont le but était de sanctuariser l'épargne des français. Le livret A en fut le symbole créé en 1818.
Il s'agit bien d'interdire à l'état de puiser dans l'épargne des français, autrement dit à la CDC de financer l'état.
Le mal des banques tient plus au financement de l'éphémère (opérations de marché et obligations d'état) au détriment des investissements économiques à long terme. Cela a été formalisé dès 1815. Cela a été fait.
a écrit le 04/04/2013 à 10:32 :
"Par là, il faut entendre que les taux de refinancement historiquement bas faits aux banques ne sont pas répercutés sur le marché du crédit."


Le problème il est là ! les banques profitent de taux bas mais ne répercutent pas dans ses offres l'avantage qu'elles ont acquis
Réponse de le 04/04/2013 à 10:46 :
Stranger, vous n'expliquer pas que c'est une conséquence directe de Bâle III. Ne pouvant plus prêter autant, elles sont obligées de prendre une marge plus forte sur chaque prêt...
a écrit le 04/04/2013 à 9:35 :
les états européens se désendettent ? première nouvelle. Dans les annonces gouvernementales surement, dans les faits c'est tout l'inverse ....
a écrit le 04/04/2013 à 9:11 :
la fair value c'est de la conn..., ca sert a rien de deprecier ou d'apprecier des actifs a la nanoseconde, ni pour des banques, ni pour des entreprises industrielles
a écrit le 04/04/2013 à 8:41 :
Et la boucle sera bouclée, un énorme pas en arriÚre pour l'humanité. Ca n'arrivera pas car plus qu'un tabou, aucun peuple n'est prêt à accepter de se transformer en esclave car c'est bien cela dont il s'agit. Le manque de reaction dans l'opinion public marque la complexité de la manoeuvre mais quand les citoyens europeens auront compris qu'on souhaite leur saisir une partie de leur epargne pour l'injecter où il y en a besoin, on assistera à l'une des plus grandes débandades que le monde n'est jamais connu.

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