"La zone euro, une fabrique à crises Made in Germany"

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Michel Santi, économiste
Michel Santi, économiste
Michel Santi est l'auteur de "Splendeurs et misères du libéralisme", ouvrage dans lequel il s'interroge sur les raisons de la crise qui secoue l'Europe. Dans cette chronique, il revient sur la crise chypriote, symbole de ce qu'est la zone euro selon lui : une fabrique à crises Made in Germany.

Les péripéties chypriotes achèvent de démontrer la réalité nouvelle qui prévaut dans l'Union européenne. A savoir que, dans cet univers dominé par les égoïsmes nationaux, par le carriérisme et par la technocratie bruxelloises, rien n'avance et il n'est strictement pas possible de progresser sans crise. La bureaucratie et l'inertie européennes, conjuguées aux petits calculs des dirigeants respectifs de chaque pays membre, ne peuvent en effet se mouvoir que sous le couperet des marchés financiers et sous la pression médiatique intense. Tant pis s'il faut à cet effet générer des crises superflues. Comme tout le monde sait désormais que l'Union ne sera pas démembrée et qu'elle sera préservée, les acteurs principaux (c'est-à-dire l'Allemagne) exploitent habilement ces défauts structurels, tout en usant du levier de la menace - voire du chantage - afin de parvenir à leurs fins. D'où le refus catégorique de soutenir la petite Chypre sans confiscation de ses dépôts bancaires.

Seuls en effet les spectres d'une montée en puissance de la crise financière avec son lot de liquéfaction boursière, de faillites bancaires et, à la clé, d'aggravation d'un chômage déjà insoutenable, se révèlent de fait efficaces. Car seules ces menaces peuvent faire passer auprès des populations sinistrées la pilule très amère de l'austérité. A cet égard, le narratif chypriote illustre parfaitement ce mode de fonctionnement. Ce storytelling masque une réalité difficilement avouable aux citoyens européens. Pourtant, l'histoire officielle du sang et des larmes, l'implosion annoncée des marchés dont on nous explique qu'elle ravagerait l'économie réelle, la disparition cataclysmique de la monnaie unique, dissimulent de plus en plus mal le tout puissant lobby de nations qui tirent les ficelles et qui est évidemment dirigé par l'Allemagne.

Le mirage des deux modèles européens

Et que l'on arrête de nous servir l'éternel rengaine du »choc de deux modèles européens ». De cette Europe de la Méditerranée ayant consommé sans compter (y compris force produits allemands) face à cette Europe du nord qui vieillit et qui est donc en toute logique obsédée par la préservation de son épargne. Non! Le continent ne se meut plus désormais que sur une partition concoctée outre-Rhin qui cherche à nous transformer en machine à exporter globale. Lequel rouleau compresseur - dont le but ultime est d'uniformiser l'Europe - ne peut avancer de manière décisive que sous la pression d'évènements dramatiques. Voilà pourquoi une péripétie survenant dans le plus petit pays de l'Europe (représentant moins de 1% du P.I.B. de l'Union) se transforme en mélodrame mettant en cause les fondements mêmes de l'euro. Voilà qui explique qu'un évènement mineur se doive de faire monter la sauce médiatique. Si j' étais le ministre des finances européen, je me joindrais à coup sûr à ce psychodrame et vous annoncerais immanquablement des évènements graves si vous ne persévérez pas dans une rigueur qui est notre seule issue. Après Chypre, n'y a-t-il effectivement pas la...Slovénie qui est susceptible de nous emporter ?

C'est à cette fabrique à crises « Made in Germany » que l'on doit l'intensité sans précédent des « crises des dettes souveraines » comme de ses répliques passées et à venir. C'est grâce à elle que la très mal-nommée Banque centrale européenne regarde ailleurs pendant que le taux de chômage touche plus d'un jeune sur deux dans certains pays du « Club Med », qui se sont malencontreusement trop inspirés de la cigale. En étouffant la solidarité et en attisant les égoïsmes, l'imperium allemand pose les jalons de conflagrations identitaires et sociales en Europe.

*Michel Santi est un économiste franco-suisse qui conseille des banques centrales de pays émergents. Il est membre du World Economic Forum, de l'IFRI et est membre fondateur de l'O.N.G. « Finance Watch ». Il est aussi l'auteur de l'ouvrage "Splendeurs et misères du libéralisme"

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a écrit le 08/04/2013 à 10:11 :
l'Allemagne va finir par bouger..... vente de voiture neuves en mars, - 17%
a écrit le 08/04/2013 à 9:38 :
Encore un article dans lequel tout est faux.
Prenons la supposée "rigueur" en Europe.
Comment peut on parler de rigueur en France par exemple lorsque l'état obèse dépense 80 Milliards de plus que ce qu'il gagne? Moi j'appelle ça de la gabegie et de la dépense incontrolée....
Et puis au lieu de faire porter le chapeau aux allemands, regardons plutôt comment ces pays en faillite on été gérés pendant des années : corruption, marché noir, impôts non perçus, élites corrompues et se reproduisant de génération en génération...
Il est là le vrai problème, et pas dans la pression vertueuse qu'exerce l'Allemagne.
L'Allemagne est un bouc émissaire facile pour des états qui ont fait n'importe quoi pendant des années.
a écrit le 08/04/2013 à 9:07 :
Cela ne nous aide pas dans la crise qui s'annonce. Quand l'enfant est entrain de se noyer on ne demande pas à qui est la faute, on saute dans la rivière et on le sauve.
En 1959 un nouveau FF valait 1 DM. A l'introduction de l'Euro, 1 FF valait 0,27 DM. La France a toujours devaluer sa monnaie pour faire face à un manque de compétitivité de son industrie. Les deux pays n'ont rien à faire dans une même monnaie, ne parlons pas de pays comme l'Espagne ou la Grèce. Arretons la polémique, regardons les réalités en face et que chacun balaye devant sa porte. Il faut revenir à nos monnaies nationales Surtout, restons amis.
a écrit le 07/04/2013 à 12:13 :
un truc assez révélateur ... en Allemagne "on aime pas les familles" ... en France des "familles" font des gosses pour avoir des sous .... je ne vois pas de juste milieu ... hélas !
a écrit le 07/04/2013 à 12:07 :
pour l'Allemagne ce séparer d'un pays de la zone euro ... c'est se séparer de sa créance tout simplement ... ayant vécu là bas ... ce n'est pas, pas, pas, pas du tout dans la mentalité Allemande !!!!!!!!!!!!!!!


pmxr

ps : de l'argent ... j'en ai perdu "à l?insu de mon plein gré "
a écrit le 07/04/2013 à 0:20 :
Ah, il est fort le gars, mais bon sang mais c'est bien sûr c'est de la faute à l'Allemagne!!!
a écrit le 06/04/2013 à 22:59 :
@Klausito: tout à fait d'accord avec votre présentation de la situation actuelle, de plus, il ne faudra pas négliger à l'avenir de donner une (bonne) leçon à l'Allemagne pour avoir que l'Europe était a priori destinée à l'aider à se relever de ses errements passés et non pas à nous imposer à tous son "ordolibéralisme" totalement désuet...Enfin, nous verrons après leurs élections de cette année...
a écrit le 06/04/2013 à 20:28 :
il y aura toujours des cigales et des fourmis quoi qu on en dise , notre pays a toujours été en déficit depuis une quarantaine d années on ne peut croire que c est par la faute d un seul individu que l on en est arrivé au terminus actuel, ni qu un seul individu pourrait nous sortir du pétrin dans lequel on s est foutu....
a écrit le 06/04/2013 à 18:07 :
>Le continent ne se meut plus désormais que sur une partition concoctée outre-Rhin qui cherche à nous transformer en machine à exporter globale.

L'objectif n'est pas idiot en soi. C'est dans les pays émergents que se situent les nouveaux débouchés possibles de l'économie européenne, pas sur les marchés intérieurs. Le problème, c'est que ce n'est pas l'Allemagne qui va définir la stratégie économique qui permettrait à la France, la Grèce, l'Espagne, l'Italie... d'exporter à Moscou ou à Pékin. Ces pays-là n'ont pas une tradition de savoir faire exportateur aussi ancienne que celle de l'Allemagne. La rigueur marche Outre-Rhin parce qu'elle est au service du savoir exporter germanique. Contrairement au discours germanique, elle ne suffit pas à elle seule à redresser les pays européens en difficulté. La solution? L'émergence d'hommes politiques qui auraient une stratégie permettant de brancher les autres pays européens sur la croissance des émergents. Dans le cas français, on ne saura jamais si DSK aurait pu être cette homme-là.
a écrit le 06/04/2013 à 16:36 :
Tout à fait d accord avec Snoopy 87 on a aussi accepté plusieurs pays dans la communauté alors qu ils n avaient pas à y rentrer ( Grèce, Chypre etc...) les paradis fiscaux à l intérieur même de la communauté nous grugent par divers procédés + ou - à la limite de la moralité (que l on pense aux grandes compagnies qui y sont installées pour ne pas payer leur juste part d impot dans les pays où ils operent) avec la complicité réelle de la plupart des grandes banques qui prennent des risques effroyables avec des effets de levier considérables et ceci avec l argent de nos économies que nous avons encore l inconscience de leur laisser....quand ils gagnent leur paris insensés c est pour eux et quand ils perdent (CDS , bourse...) on est doublement perdants 1. notre capital économie est parti en fumée 2. avec la complicité tacite des politiques ils nous le font repayer une 2e fois puisque l etat nous augmente les impots et diminue nos avantages sociaux et par la même notre qualité de vie
Bref pourquoi voudriez vous que cela change à moins qu une grande masse de citoyens se reveille enfin pour EXIGER un retour REEL de la véritable démocratie et REPRIMER les abus non seulement des politiques mais aussi des banquiers qui semblent s entendre à merveille comme larrons en foire....
Peut-être est il utopique de demander une certaine moralité à ces gens là, mais si on ne peut leur faire confiance ne resterait que des controles supplémentaires efficaces (style tels que ceux qui sont en vigueur en Norvege Suede) pas pour brimer davantage le peuple ( on l est déja tellement... mais au contraire pour dissuader les élus de malversations les plus diverses...
ou l anarchie ou chacun grenouillerait à qui mieux mieux puisque chacun saurait qu en haut lieu, au lieu de prêcher et proner le bon exemple hypocritement ce serait eux qui en profiteraient et abuseraient le plus...avec révolution à la clef...
a écrit le 06/04/2013 à 13:05 :
> Les péripéties chypriotes achèvent de démontrer la réalité nouvelle qui prévaut dans l'Union européenne. A savoir que, dans cet univers dominé par les égoïsmes nationaux

En même temps, on voit mal des pays comme le Luxembourg ou le Royaume-Uni (via la City et ses accords avec les ex-colonies britanniques) tirer un trait ce qui fait leur prospérité.

Malheureusement, comme pour la fin des hydrocarbures, il faudra sans doute attendre de rentrer dans le mur pour que les gouvernements changent enfin de politique.
a écrit le 06/04/2013 à 12:31 :
Les économistes !!! "Always wrong never in doubt ". Écouter les économistes, est l'une des manières les plus sûres et les plus radicales de se ruiner, les autres étant le jeu et, pour certains, les dames....
a écrit le 06/04/2013 à 12:07 :
les choses ne sont pas noires ou blanches .... l?Allemagne est en excédant commercial (bonne chose) .... cherche à travers de sa politique également à protéger le capital .... pour les pays "cigales " (dont la France) ... l'inflation est la seule solution de se sortir du mauvais pas ... mais... mais il faut aussi des réformes en profondeurs .... on ne peut pas vivre à crédit éternellement ! ... la gouvernement Français (qui n'en a plus pour longtemps) continu dans cette voie Hélas ... plus de fonction publique etc ... celon mon point de vue les deux cotés ont tort (le petit Nicolas s'est servit de l'euro pour endetter la France)!


Ni l'un ... ni l'autre .... de l'autre coté de la barrière est loin de tous reproche(s) !
Réponse de le 06/04/2013 à 15:29 :
un excédent commercial n'est pas forcément bon : il peut traduire une déprime de la demande interne
Réponse de le 06/04/2013 à 16:29 :
Sur le blog de Jacques Sapir,
http://russeurope.hypotheses.org/1102
l?Euro et l?outrance
a écrit le 06/04/2013 à 10:37 :
Finalement l'Allemagne génère soit un rejet épidermique chez les anti-libéraux soit une idolâtrie chez les pros. Il n'est jamais bon pour un pays qui se veut leader de devenir un enjeu idéologique, l'Allemagne pour des raisons historique encore moins qu'un autre. Si la crise dure, quel sentiment l'emportera chez les indécis ? La question est de savoir si les crispations idéologiques augmentent ou s?apaisent.
a écrit le 06/04/2013 à 5:29 :
Continuer à dépenser au-dessus de ses moyens et persevérer dans le surendettement et ensuite taper sur l'allemagne. Grande leçon d'économie... Bravo M.Santi ...
Réponse de le 08/04/2013 à 11:48 :
Il semble que vous confondez la dette d'un état et la dette d'un ménage (ou d'une entreprise). Il faut se méfier des analogies hatives. Il faut notamment réfléchir a la question suivante: y a t-il une quelconque raison théorique qu 'un état emprunte sur le marché financier? Une autre question liée a la première: Comment se fait-il que lamonnaire soit crée par les banques privées?
a écrit le 06/04/2013 à 1:57 :
.. pour éviter ces crises? Que l'Allemagne transfère chaque année 12 % de son PIB aux autres pays de la zone, puisque tel est l'ampleur des montants qui, selon plusieurs études seraient nécessaires pour compenser les déséquilibres de la zone? Il ne le dit pas (et pour cause, c'est politiquement infaisable). On est bien avancés.
Réponse de le 06/04/2013 à 14:59 :
C'est tout à fait ça. Ceux qui rêvent d'une Europe fédérale soit, ignorent ce que cela signifie pour les pays du nord (transferts massifs financiers vers les pays du sud), soit le savent mais préfèrent botter en touche. Dans les deux cas, il est plus facile d'accabler l'Allemagne dans ses choix de pas vouloir payer pour les pays du sud et de vouloir conserver son modèle économique que de remettre en cause les choix politiques des précédents et actuel gouvernements qui ont ratifié, rappelons-le ici, tous les traités européens. Si l'on ne veut plus subir les conséquences des règles du jeu qu'on s'est nous-mêmes imposés à une époque, alors il est temps d'admettre enfin qu'il faut quitter le jeu.
a écrit le 05/04/2013 à 21:49 :
Dès qu'un papier est griffé "Santi", on tombe sur une prose lénifiante, une circonvolution stérile... Je préfère encore relire VICO, WEBER, LE BON voire FUKUYAMA et beaucoup d'autres, pour tenter de comprendre le monde tel qu'il a été, tel qu'il est et tel qu'il sera probablement encore dans mille ans ! Comme l'a dit un certain Michel GODET - sans être sûr qu'il en soit l'auteur - : "Le monde change mais les comportements se reproduisent" Et sur ce registre, les peuples d'Europe et d'ailleurs vivent chacun dans leur "Monde" respectif. Le "Monde commun" que les Santi et consorts voient en suspens n'est alors que celui des babouins ; or dans ce monde, il n'y a qu'un babouin voire un groupe de babouin en haut du rocher, les autres sont au sol...
a écrit le 05/04/2013 à 21:05 :
sans doute mais
1 les allemands ont fait des efforts considérables pour etre efficaces a tous les niveaux(+en tenant compte de la réunification)
2 l'Europe ce sont des traités : ils ont été négociés et signés par l'ensemble des états : rien n'oblige les états a les signer
3 il faut bien des règles de fonctionnement avec la monnaie unique. ces règles sont contraignantes mais elles relèvent en partie du bon sens : on ne pas vivre tout le temps a
crédit !!
4 un certain nombre de pays (dont la France) trichent + ou - ouvertement avec la réalité
est ce que c'est aux fourmis de payer en permanence pour les cigales ??
5 il est tjs facile de voir les défauts des autres, commençons donc par balayer devant notre porte. le moment est bien choisi pour un grand coup de balai a commencer par les banques et les 'élites' qui nous gouvernent pour qui les gains personnles passent avant ceux de la communauté.
Réponse de le 06/04/2013 à 8:59 :
Tellement obnubilés par leur efficacité qu'ils en oublient de se reproduire
Réponse de le 06/04/2013 à 23:32 :
Ha ha. La belle affaire. En France on fait beaucoup d'enfants. Quelle belle preuve de savoir faire. Dommage que faire beaucoup d'enfant est en general considere comme une caracteristique du tiers monde. Dommage aussi pour votre argumentation que en Italie ou en Grece on fasse encore moins d'enfants qu'en allemagne et ce depuis bien longtemps et en Espagne guere plus. Alors!?
a écrit le 05/04/2013 à 19:31 :
Est ce que ce Monsieur Santi a un jour dirigé quelque chose dans sa vie. Vous savez ce ne sont pas les docteurs ni les agrégés qui font tourner les TPE! Qu'il reste dans sa bibliothèque et qu'il ne pollue pas les cerveaux de ceux qui l'écoutent.
Réponse de le 05/04/2013 à 22:20 :
Bon en meme temps on peut diriger une TPE et etre très con, c'est pas incompatible.
a écrit le 05/04/2013 à 19:30 :
Ce monsieur, anti libérale convaincu et collectiviste dans l?âme, n'argumente pas, il déverse sa propagande étatiste, qui accuse toujours les autres de leurs propres incompétences. Le socialisme et le conservatisme apportent toujours la ruine des peuples au nom de l'égalité et du tout état, avec ses mafias.
Réponse de le 06/04/2013 à 10:57 :
Les propos de libre constituent un cas d'école de propagande sans aucune argumentation. Il parle donc parfaitement de ce qu'il connait bien !

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