Ce que révèle "l'affaire" Reinhart-Rogoff sur le rôle des économistes

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Dani Rodrik. Copyright DR
Dani Rodrik. Copyright DR (Crédits : DR)
Dani Rodrik, professeur d'économie politique internationale à l'Université de Harvard, est l'auteur de "The Globalization Paradox: Democracy and the Future of the World Economy" et en français de "Nations et mondialisation : Les stratégies de développement dans un monde globalisé" (Editions La Découverte).

Quand les enjeux sont importants, il n'est pas surprenant que des adversaires politiques qui s'affrontent se servent de tous les soutiens qu'ils peuvent recueillir auprès des économistes et d'autres chercheurs. C'est ce qui s'est passé quand les politiciens conservateurs américains et des représentants de l'Union européenne se sont saisis des travaux de deux professeurs de Harvard - Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff - pour justifier leur soutien à l'austérité budgétaire.

Reinhart et Rogoff ont publié un article qui semblait indiquer que des niveaux de dette publique supérieurs à 90% du PIB entravent de manière significative la croissance économique. Trois économistes de l'Université du Massachusetts à Amherst ont alors entrepris ce que les universitaires sont habituellement censés faire : reproduire le travail de leurs collègues et le soumettre à la critique.

A part une erreur d'encodage relativement mineure, ils ont identifié certains choix méthodologiques dans l'étude originale de Reinhart et Rogoff qui mettaient en question la robustesse de leurs résultats. Le plus important, même si les niveaux d'endettement et la croissance restent corrélés négativement, est la mise en évidence que la preuve en faveur du seuil de 90% est en fait assez faible. Et, comme beaucoup l'ont indiqué, la corrélation elle-même pourrait être le résultat d'une faible croissance conduisant à un endettement élevé, plutôt que l'inverse.

Reinhart et Rogoff ont fortement contesté les accusations de nombreux commentateurs selon lesquels ils auraient accepté de participer, voire cherché à participer, à un jeu de tromperie politique. Ils ont défendu leurs méthodes empiriques et insisté sur le fait qu'il ne sont pas les faucons du déficit dépeints par leurs critiques.

La tempête qui en a résulté a assombri le processus salutaire d'examen rigoureux et de perfectionnement de la recherche économique. Reinhart et Rogoff ont rapidement reconnu l'erreur Excel qu'ils avaient commise. Des analyses ultérieures ont précisé la nature des données, leurs limites et ce que changeait aux résultats l'utilisation de méthodes alternatives d'analyse. En fin de compte, Reinhart et Rogoff n'étaient pas si éloignés de leurs critiques, que ce soit sur ce que les données démontraient ou les implications politiques qui en découlaient.

Ainsi, le bon côté de cette rixe, c'est qu'elle a montré que l'économie peut progresser selon les règles de la science. Peu importe la distance qui peut séparer leurs opinions politiques, les deux parties partagent un langage commun sur ce qui constitue une preuve et - pour la plupart - une approche commune pour résoudre les différends.

Le problème est ailleurs, dans la façon dont les économistes et leurs recherches sont utilisés dans le débat public. L'affaire Reinhart/Rogoff a été plus qu'une simple argutie académique. Parce que le seuil de 90% a fourni de l'eau au moulin politique, sa démolition ultérieure a également pris une signification politique plus large. Malgré leurs protestations, Reinhart et Rogoff ont été accusés de fournir une couverture scientifique à un ensemble de politiques à l'appui desquelles existaient, en fait, peu de preuves. Une leçon claire, c'est que nous avons besoin de meilleures règles pour gérer les liens entre les chercheurs et les décideurs économiques.

Une solution - qui ne fonctionnera pas - serait que les économistes tentent de deviner de quelle manière leurs idées seront utilisées ou mal utilisées dans le débat public et de nuancer leurs déclarations publiques en conséquence. Par exemple, Reinhart et Rogoff auraient pu minimiser leurs résultats - tels qu'ils étaient - afin d'empêcher qu'ils soient abusés par les faucons du déficit. Mais peu d'économistes sont suffisamment au fait de la chose politique que pour avoir une idée claire de la façon dont elle va se jouer.

En outre, quand les économistes ajustent leur message en fonction de leur audience, le résultat obtenu est le contraire de ce qui est recherché : ils perdent rapidement leur crédibilité.

Pensez à ce qui se passe dans le domaine du commerce international, où ce genre d'ajustement de la recherche est une pratique établie. Par crainte de renforcer les « barbares protectionnistes », les économistes du commerce ont tendance à exagérer les avantages du commerce et à minimiser ses coûts distributifs et autres. Dans la pratique, cela conduit souvent à ce que leurs arguments soient capturés par des groupes d'intérêt de l'autre côté - les multinationales qui cherchent à manipuler les règles du commerce à leur propre avantage. En conséquence, les économistes sont rarement considérés comme des intermédiaires honnêtes dans le débat public sur la mondialisation.

Pourtant, les économistes devraient être tout autant honnête quant au message de leur recherche que quant à la nature intrinsèquement provisoire de ce qui est considéré comme preuve dans leur profession. L'économie, contrairement aux sciences naturelles, fournit rarement des résultats clairs et sans appel. D'une part, tout raisonnement économique est contextuel, avec autant de conclusions que de potentielles circonstances du monde réel. Toutes les propositions économiques sont de type « if-then ». Par conséquent, déterminer quel remède est le mieux adapté à un contexte particulier est davantage un art plutôt qu'une science.

D'autre part, les preuves empiriques sont rarement suffisamment fiables pour régler de manière décisive une controverse caractérisée par une opinion profondément divisée. C'est particulièrement vrai en macroéconomie, bien sûr, où les données sont rares et sujettes à diverses interprétations.

Néanmoins, même en microéconomie, où il est parfois possible de produire des estimations empiriques précises grâce à des techniques de randomisation, les résultats doivent être extrapolés afin d'être appliqués à d'autres contextes. De nouvelles preuves économiques servent dans le meilleur des cas à pousser l'opinion - de ci, de là - de ceux qui acceptent d'avoir l'esprit ouvert.

Pour reprendre les mots mémorables de l'économiste en chef de la Banque mondiale, Kaushik Basu, « Une chose que les experts savent, et que les non-experts ignorent, c'est que l'étendue de leurs connaissances est plus limitée que ce que pensent les non-experts. » Les conséquences vont au-delà du simple fait de ne pas tirer de trop grandes conclusions de chaque résultat de recherche particulier. Les journalistes, les politiciens et le grand public ont tendance à attribuer plus d'autorité et de précision à ce que les économistes disent que ce avec quoi les économistes devraient se sentir vraiment à l'aise. Malheureusement, les économistes sont rarement humbles, surtout en public.

Il y a une autre chose que le public devrait savoir sur les économistes : c'est l'intelligence, pas la sagesse, qui fait progresser les carrières des économistes académiques. Les professeurs des meilleures universités se distinguent aujourd'hui non pour le déchiffrement du monde réel, mais pour l'imagination d'innovations théoriques ou le développement de preuves empiriques originales. Si ces compétences les rendent également des observateurs perspicaces des sociétés réelles et leur fournissent de bons jugements, il ne s'agit guère de leur raison d'être.

Traduit de l'anglais par Timothée Demont

Copyright: Project Syndicate, 2013.
www.project-syndicate.org

 

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Commentaires
a écrit le 18/05/2013 à 19:04 :
L'étude statistique, socle de leurs conclusions, avait comme par hasard oublié d'inclure 2 champions de l'endettement: les États-Unis et l'Australie. Sachant qu'ils concluent qu'un pays endetté à plus de 90% est.condamné,.je ne peux croire à une telle négligence car ces 2 pays sont les parfaits exemples du contraire.
Cette étude était parue dans un hors-série annuel qui a pour importante particularité de ne pas exiger de ses auteurs de fournir leurs données. Comme par hasard :).
Si on ajoute le fait que de nombreux économistes sont tout sauf objectifs quand il s'agit de défendre un point de vue, il suffit de voir les differents courants de pensé qui peuvent être en total contradiction.

Il est clair pour moi que les économistes ne sont pas là pour fournir des preuves mais plutôt des sources d'inspiration déjà politisées.
a écrit le 18/05/2013 à 10:01 :
Très bel article d?épistémologie économique. Bravo, ça manque, dans la presse !
Réponse de le 18/05/2013 à 19:00 :
@Havoc Oui, vous avez raison de le souligner en ces termes.
a écrit le 17/05/2013 à 16:32 :
La situation économique mondiale actuelle dépasse largement la simple question d'un seuil d'endettement supérieur à 90%, la dette est irrattrapable. Nous sommes à l'orée d'un changement majeur qui s'imposera dès lors que la bulle mondiale aura éclaté. Le problème de fond, c'est que les économistes étant dépendants d'un système qui a vu le jour avec les révolutions industrielles, ils ne peuvent comprendre l'évolution actuelle du monde. C'est d'autant plus grave pour d'éventuelles conséquences politiques. Cependant, je veux croire que les libertés continueront de croître:
http://www.actudupouvoir.fr/la-fin-du-capitalisme-predite-par-marx-ou-schumpeter-naura-pas-lieu/
a écrit le 16/05/2013 à 23:24 :
Sur sa base l'économie c'est simple, les modèles et les théories fonctionnent.
Dire que la quantité vendu d'un produit est fonction de son prix de vente n'a rien d'ésotérique. On peu aussi évaluer les variations, c'est un peu plus compliqué, cela s'appelle "élasticité prix" mais c'est ok aussi. La science économique s'arrête là. Après il y a le Marketing c'est beaucoup plus subjectif, mais cela fait vendre. Ensuite il y a aussi "la combine", "la magouille", finalement les plats cuisinés "pur b?ufs" au cheval, question goût personne n'a vu la différence, mais c'était beaucoup plus rentable. C'est aussi la faute aux économistes ? La crise financière c'est pareil. Il faut savoir que les prêts immobiliers il y a les "primes" ce qui est le premier choix. Puis ceux qui sont douteux, peu fiables les "subprimes" le deuxième choix. Des petits malins ont transformés ces prêts "douteux" en produits financiers "primes" et les ont revendu avec de très gros bénéfices. Très astucieux, mais au final ... vous connaissez la suite. Il faudrait donc que les économistes anticipent les comportements égoïstes et prédateurs ? Oui il y a des modèles, mais c'est exact qu'ils sont moins fonctionnels que l'économie pure... :)
a écrit le 16/05/2013 à 17:13 :
Le résultat de l'erratum publié récemment montre des écarts plus que mineurs avec leur premiers travaux.
Pour quoi l'auteur dit le contraire ?

Sur l'échantillon Neo Zélandais, la prise en compte des données récentes continue de donner un impact de 2,9% à 2,5% de croissance au de la de 90% de dette. Mais pour l'ensemble des pays mondiaux cet impact reste de 2,8% à 1,8% de croissance au passage des 90% de dette publique.
La papier de Ash Pollin Herndon (APH) est lui aussi plein de contre vérités factuelles sur par exemple l'énoncé de data manquants pour certains pays. Sauf que les périodes manquantes sont toutes des périodes de croissance dans déficit publis et sans dette publique .. qui auraient du donc amplifier le résultat de R&R. Le plus drole est que ces auteurs voudraient faire dire un peu plus aux années d'après guerre comme si celles si étaient la marque d'une politique particulière autre que la reconstruction. .. non sens.
La seconde erreur patente est celle faite sur la Canada, où les auteurs font dire au papier de R&R de 2010 ce qu'il ne contient pas.
Troisième point les auteurs disposant de toutes les données et méthodologies se sont étrangement abstenus d'intégrer les données depuis 2009 (ce qu'ont fait R&R dans leur Erratum)... pour faire leur proche mise à jour.
Dernier point APH font parti d' une équipe du centre d'étude le PERI, sont ouvertement anti libéraux pro environnementaux.

La réponse de R&R est d'ailleurs assez marquante et non dénuée d'ironie au triste procès d'intention qui leur a été fait .... pas d'chance ce sont des Keynesiens pur sucre.
http://www.carmenreinhart.com/user_uploads/data/36_data.pdf
a écrit le 16/05/2013 à 16:43 :
L'origine de l'effondrement économique on le connait.Nous ne voulons pas remettre en cause ce qui a déclenché le process.A savoir des mécanismes ou outils financiers plus qu'hazardeux qui continuent à fonctionner de plus belle.Le train continue sa course folle dans la nuit sans frein,ça va bien finir par dérailler.Comme je ne veux pas finir sur une mauvaise note,je tiens à préciser que (http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/02/06/ce-qu-il-reste-de-la-reforme-bancaire-de-francois-hollande_1827317_823448.html) cette loi ne les inquiète pas le moins du monde. Interrogés par la commission des finances de l'Assemblée, le 30 janvier, sur le pourcentage de leurs activités qui serait concerné par la loi. "Cela représente entre 3 % et 5 % de nos activités de BFI [banque de financement et d'investissement], qui représentent elles-mêmes 15 % des revenus totaux de la banque", répond Frédéric Oudéa, patron de la Société générale. Soit 0,75 % des revenus de sa banque qui seraient impactés par la loi.En résumé la messe est dite,à vous relire pour commenter la prochaine crise.
Réponse de le 16/05/2013 à 17:26 :
Si vous pensez que la BFI -particulièrement en France- est responsable de la crise actuelle, vous vous mettez le doigt dans l'oeil jusqu'au coude. Le seul modèle qui s'est montré résilient est celui de la banque universelle donc l'adossement BFI/Banque de détail/Investissements en propre, le seul qui a provoqué la faille systémique est celui de la séparation. Mettre en avant un modèle de séparation des entités est juste une bêtise, pas dramatique en soi ceci dit mais absurde au sens de l'histoire récente. (les seules banques qui ont effectivement fait faillite Northern rock et Lehman étaient des pure players) Par ailleurs la mise en oeuvre de Bâle III est en train de scléroser le financement corporate en Europe. La dérégulation à marche forcée de la finance US à mis à mal l'économie mondiale et paradoxalement l'Europe est en train de se tirer une balle (3) dans le pied par un excès de régulation mal pensée. J'attends avec impatience CRD4 nous allons rire, mais les grincheux seront contents. Quand aux USA c'est une aubaine car ils ne comptent pas appliquer Bâle 3 de si tôt ce qui leur laisse quelques années de compétitivité hors prix d'avance sur la finance européenne qui se réduit comme peau de chagrin au profit de l'Asie et des USA avec tout ce que celà induit de migration capitalistique hors zone euro. Soyons rassurés tout de même si par malheur le train de la finance déraillait une fois de plus nous ferions tout de même partie de l'aventure mais sans avoir préalablement tâté du gateau. La gueule de bois mais sans la nuit d'ivresse.
Réponse de le 17/05/2013 à 10:45 :
Quelque soit le mode opératoire,les épargnants que nous sommes ,non pas à faire les frais des errements de tous ces crétins de banquiers qui ne contrôlent plus leurs systèmes bancaires soit disant trop complexe dixit Christine Lagarde en 2008.
Bale III c'est mort,la régulation financière ne peut fonctionner qu'à l'échelle mondiale.On n'allait pas arrêter les traficotages(shadow banking etc..),non mais ça va pas!!
Connais l?adversaire et surtout connais toi toi-même et tu seras invincible Sun Tzu
a écrit le 16/05/2013 à 16:38 :
En bref,l'économie est comme la météo:c'est le brouillard!
Réponse de le 16/05/2013 à 17:06 :
La météo est bien plus fiable.
L'économie n'est pas une science. Tout au plus une méthode d'analyse qui modélise le passé et qui nous manipule en prétendant prévoir le futur.
Réponse de le 16/05/2013 à 19:36 :
Je dirais plutôt que l'économie c'est comme l'astrologie, une pseudo science
Réponse de le 19/05/2013 à 9:22 :
@syfre Le trading haute fréquence c'est quoi? de la science,de l'astrologie,vous y comprenez peut-être pas grand chose (moi non plus),mais ceux qui sont au manche, savent parfaitement manipuler le marché à leur avantage à l'aide d'instruments modélisateurs fabriqué par leurs soins.
Pour tout renseignements complémentaires voir Me Blythe Masters chez JP Morgan.Cette charmante dame est intarissable sur les CDS entre autre.
a écrit le 16/05/2013 à 16:26 :
Point historique: au commencement l'économie s'appelait "commerce" puis au XVIeme et XVIIeme siecle le terme de "économie politique" car les penseurs comprennaient que le fait économique était indissociable de la société, du contexte en somme et impliquait un choix politique, d'organisation de la vie publique et des échanges plus particulièrement.

Par un habile changement de termes à compter du XIXeme, l'économie politique s'est mutée en "science politique" gagnant une crédibilité par le terme science et se protégeant ainsi de toute accusation d'idéologie. Le second effet pervers est qu'elle s'autorisait ainsi à considérer le fait économique comme autonome sans trop pousser la réflexion sur son impact sur le corps social majoritaire.

En bref, usurpation de l'aspect scientifiquet et déconnexion du fait social
Réponse de le 16/05/2013 à 17:07 :
Votre dernière phrase est une excellente synthèse. Je suis plus lapidaire: fumisterie!
a écrit le 16/05/2013 à 14:55 :
Une petite remarque sur la crédibilité des économistes.
Nombreux sont ceux qui ont essayé de développer des modèles informatiques du fonctionnement de l'économie, à ce jour personne n'a réussi à développer un programme qui rendent compte de l'évolution économique de façon fiable.
Les raisons : le nombre de paramètres est tel qu'on ne peut tous les estimer. De plus ces paramètres sont d'une volatilité telle que l'on ne peut les encadrer qu'avec des estimations à trop large pourcentage d'erreur. Ils sont encore soumis à l'humeur humaine difficilement maîtrisable (ex : les coups de folies de la bourse, dans un sens ou dans l'autre, dont bien souvent on ne connait pas trop l'origine.)
Bref tout prédicateur économique, quel qu'il soit, n'est qu'un charlatan qui lit dans une boule de cristal opaque et ébréchée.
A titre de comparaison, les prévisions météo qui sont pourtant d'une complexité telle qu'il y faut les plus puissants ordinateurs pour traiter les données assez rapidement, ne sont que broutilles devant la complexité des prévisions économiques.
Réponse de le 16/05/2013 à 16:08 :
C"est inexact, @contest, au contraire. Il est possible en macro-économie d'obtenir d'importants résultats avec relativement peu de moyens. La question est de savoir si on souhaite les dévoiler. Il s'agit pour les gouvernants d'une compétition double : contre les autres pays et contre leur population. Personne n'a intérêt a dévoiler ses cartes, comme dans un jeu. Par ailleurs les objectifs que vous imaginez sans les définir, c'est pourtant très important car ils sont différents pour nombre de gens, ne sont pas ceux du groupe dirigeant. Il s'agit alors pour lui d'affirmer aller dans la direction floue, puisque multiple dont vous rêvez, tout en continuant de poursuivre la voie qu'il souhaite. Il y a plusieurs sortes d'économistes, certains sont devenus des lobbyistes, certains sont des commentateurs experts, d'autres se calent depuis l'existant formé par le groupe dirigeant pour infléchir l'ineluctable en proposant des anticipations. Ces derniers n'ont pas le choix puisqu'il n'est pas question de créer un monde idéal. Ils sont avec les journalistes et quelques politiques indépendants s'il en existe, vos derniers défenseurs ! En même temps, Ils doivent gagner leur vie....
a écrit le 16/05/2013 à 14:31 :
Les économistes sont devenus des lobbyistes parfois malgré eux. Ils ne sont cités par la presse d'influence que si leur discours correspond à ce que l'on veut entendre. Le plus bel exemple est Keynes servant de serpillère à la politique expansioniste anglo-américaine. Il est rare que les aspects macro-économiques soient débatus comme ceux d'un processus portant à projet. On colle soudain un tampon "scientifique" sur des travaux, après les avoir financés, pour agir ensuite sous cette couverture. Je tente sur ce fil de La Tribune de montrer que quelques éléments économiques simples (en apparence) induisent des effets certains qui produisent des modifications économiques importantes. Mais l'on préfère y voir quelque divination au lieu de reconnaître une science économique étayée par des options en terme de choix. La mathématique nous montre en effet que rien n'échappe au choix des paramètres et qu'elle même est constituée d'une multitude de choix. Il n'y a donc rien d'absolument exact mais une probabilité qui peut nous guider sérieusement. Les thèses de Reinhart/Rogoff sont fausses, on le sait, elle sont même puériles. Comment vouloir comparer des pays si disparates ? Pourquoi ne pas dire que le déficit est en réalité du crédit ? Ce crédit que les nations s'accordent est fortement lié à leur capacité d'une part de créer des actifs tangibles et probants mais aussi relatif pour chaque segment d'application aux crédit relatif des autres nations dans les strates concernées. Donner un plafond revient à vouloir créer un dogme pour que les nations qui souhaitent se développer ne puissent pas le faire,: Des pays comme l'Inde, ceux d'Afrique ou d'Orient. Car ce chiffre dogmatique ne s'appliquerait pas aux même masses : D'un côté des pays matures, constitués, qui consentiraient à ralentir un peu, de l'autre des zones entières qui ne pourraient plus avancer. On retrouve ici la "folie" toute rationnelle des 3% en Europe. Mais le plus gros écart est l'écart monétaire dans le monde. En simplifiant il va de 1 à 100 sans raison autre que des paramètres obscurs posés un beau jour on ne sait comment par des économistes. Cette distorsion correspond à la plus grosse bulle admise qui, si elle était rectifiée mettrait fortement à mal la théorie du crédit/déficit de 90% faisant qu'elle tirerait contre son camp ! Car ce sujet des parités monétaires est bien sur la table. La connaissance économique a progressé dans les esprits. Nos amis et leur thèse font alors figure d'apprentis sorciers !
a écrit le 16/05/2013 à 13:26 :
"Ils ont défendu leurs méthodes empiriques"...Depuis le temps que je dis que l'économie c'est du niveau de la boule de cristal.
a écrit le 16/05/2013 à 13:01 :
C'était plus facile pour nos politiques d'adopter la théorie de Reinhart et Rogoff, et ça leur donnent une excuse toute trouvée. On ne change rien, on continue à se gaver et on fait croire que tout va pour le mieux sans faire d'effort, plutôt que d'entamer des mesures difficiles et contreignante qui rendent impopulaire pour une prochaine élection. ça marche d'ailleur vu que FH s'est fait élire. D'ailleur, dans 4 ans je me présente aussi et je ferais des promesses encre plus énormes au Français, j'aurais mes chances lol?
a écrit le 16/05/2013 à 12:57 :
Merci pour ce tres bel article. juste un point pour appuyer ce qui est dit: Locke don't la pensee inonda comme peu son siècle et bien au dela etait aussi un home juste, et peut etre est ce d'abord cette qualite qui lui donna son aura?
a écrit le 16/05/2013 à 12:34 :
C'est quand même assez triste que des économistes renomés de Harvard publient un article explosif avec des conclusions pour le moins poussives, surtout dans un climat politique extrêmement partisan.

Aussi, dans l'article la distinction entre intelligence et sagesse faite est plutôt la distinction entre être malin et intelligent. L'intelligence ne se trompe pas sur les grandes lignes.
a écrit le 16/05/2013 à 11:52 :
ce qui manque surtout à notre époque c'est que les gens réfléchissent par eux memes
a écrit le 16/05/2013 à 11:17 :
Le livre Le Cygne Noir de Taleb donne un éclairage complémentaire sur les raisons du succès et de la fragilité des théories économiques.
Réponse de le 16/05/2013 à 12:04 :
Oui, cependant il n'a rien inventé, le mathématicien Benoit Mandelbrot avait démontré dans les anées 60 que les occurences des anomalies de marchés "systémiques" étaient bien plus probables que ne le prédisaient les algorythmes alors en place. Il avait réalisé une modélisation fractale qui démontrait implacablement que le risque d'apparition de ce que l'on nomme aujourd'hui les "Cygnes noirs" se présentait plusieurs fois par décénnies alors qu'il était admis que cela pouvait arriver une fois tous les 30 ans. on l'a prié de retourner à ses bouquins. La théorie économique est de fait devenue très empirique et s'appuie beaucoup sur le passé pour envisager l'avenir. Modélisation, algorythmes, etc.. sauf que le passé n'a jamais ressemblé à notre présent en terme de technologies, d'équilibres internationaux, de démographie, de volumes transactionnels, de complexité des produits financiers, d'interconnexions des économies de la planète. Les personnes les moins bien placées aujourd'hui pour effectuer des prévisions économiques sont les économistes eux-mêmes. Ils n'ont pas de vision, ils regardent derrière pour appréhender demain. 1992 en termes de flux et d'enjeux économiques c'est la préhistoire. Ces gens là appartiennent au passé. La seule vraie question est, de quoi les économies auront t'elles massivement besoin et envie demain ? Matières premières, pétrole, nourriture, loisirs. La communication c'est déjà has been, le marché est mature; la suite sera guidée par des tensions géostratégiques et géopolitiques sur la Ressource qui deviendront majeures jusqu'à envisager le conflit le vrai pas à l'OMC... Bienvenue dans les prémices de la démondialisation.
Réponse de le 16/05/2013 à 12:47 :
@Sun Tzu Oui, vous avez raison c'est Mandelbrot qui a ouvert la voie et posé les bases théoriques. J'ai lu en partie, les deux, mais pour une première lecture je conseille Taleb. C'est lui qui m'a donné l'envie de découvrir plus en détail les travaux de Mandelbrot. Avant je ne connaissais que les figures géométriques. Concernant votre conclusion, c'est une possibilité. La gouvernance mondiale actuelle nous dirige vers d'autres crises et des tensions qui peuvent aboutir au résultat que vous décrivez.
Réponse de le 16/05/2013 à 16:51 :
Le mythe de la gouvernance mondiale chère à Jacques Attali,question qui gouvernera
ce machin ?.Avec l'expérience que nous avons de la Zone euro,cela nous promets un beau spectacle à venir.
Réponse de le 16/05/2013 à 18:03 :
@Kirk La "gouvernance mondiale" dans mon commentaire de 12:47 désignait l'ensemble des gouvernements, institutions, conseils, ... existants. Je ne suis ni habilité ni qualifié pour défendre la thèse de J. Attali.
a écrit le 16/05/2013 à 11:10 :
Enfin un article lucide sur les capacités de la "science" économique, les intérêts de ses acteurs, et les limites de son utilisation. Le retour d'une pensée politique autonome, non liée à des pseudos preuves économiques, mais aux aspirations des populations est absolument nécessaire. Un premier but pourrait être de rendre les états le plus indépendants possible des grands acteurs financiers par la suppression quasi complète des dettes publiques, sauf pour son activité à court terme, par la sortie de l'état des activités économiques, et par un pouvoir législatif et fiscal plus fort sur les activités des multinationales, donc une coopération internationale nettement plus renforcée.

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