Face à la crise économique devenue crise totale, la société civile reprend l'initiative

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L'époque n'est pas aux réjouissances. Une succession ininterrompue de scandales financiers et de corruption, de santé publique, environnementaux ou alimentaires suscite un malaise et une défiance qui s'étendent. Les conflits sociaux prennent l'aspect de luttes désespérées et sans issue, et les échéances électorales sont l'occasion de comportements hors normes. Pour François Leclerc, ancien conseiller de l'AFP, les initiatives qui se multiplient dans la société civile préfigurent ce qui pourrait être un nouveau paradigme de l'organisation sociale.

La crise n'est pas seulement financière, elle est devenue globale dans ses manifestations comme dans sa perception. Les banques ne sont pas désignées seules coupables, l'État ne joue plus le rôle qui lui est alloué face à une économie de marché porteuse de dysfonctionnements à répétition, avec toujours la même origine : l'argent, dont l'accumulation prend le pas sur toute autre considération.

Le sentiment d'insécurité s'est en conséquence élargi à de nouveaux domaines de la vie, rendant la société anxiogène. Le constat est partagé : l'avenir a cessé d'être porteur de promesses, aux vertus du progrès a succédé la prise de conscience de déséquilibres menaçants de toutes natures, qui s'accentuent : destruction de l'environnement, disproportion de la sphère financière par rapport à l'économie, distribution inégale de la richesse.

Le déphasage entre les institutions rigidifiées et l'innovation sociétale

Au besoin de changement, il n'est pas apporté de réponse satisfaisante. Dans la pratique, l'impuissance des dirigeants domine et leurs discours sont ressentis comme velléitaires. Partout, leurs indices de confiance chutent, tandis que des décisions majeures sont prises par des instances hors de portée et sans mandat électif.

La Banque centrale européenne, dont le rôle est déterminant et l'indépendance absolue érigée en principe, est le symbole de cette situation malsaine. Faut-il le rappeler, celle-ci résulte de la constatation que l'on ne peut pas faire confiance aux gouvernements ! La crise est désormais promise comme allant encore durer dix ans, mais la pensée économique dominante reste crispée sur ses recettes dogmatiques qui la prolongent jusqu'à on ne sait quand.

Des pratiques sociales novatrices apparaissent

Il y a malaise : les mesures libérales qui sont préconisées s'inscrivent dans la continuité de celles qui ont suscité une crise aux origines oubliées, comme s'il ne fallait pas s'y arrêter. Les mesures de régulation, toujours en chantier, n'ont comme objectif que de mieux maîtriser le prochain épisode, considéré comme inévitable, des régulateurs de plus en plus nombreux doutant que cela soit même possible.

La société est entrée dans une phase de recherche et d'innovations. De nouvelles logiques économiques sont élaborées (collaborative, circulaire, contributive...) afin de prendre à bras-le-corps les dysfonctionnements constatés. Des pratiques sociales novatrices apparaissent, qui s'en inspirent ou les préfigurent : mutualisations de moyens, prêts, échanges, recyclages, circuits courts de distribution, ateliers de production 3D...

La sphère des rapports non marchands s'est élargie

Sur Internet et avec le mouvement des licences libres la sphère des rapports non marchands s'est élargie, abolissant le principe sacré de la propriété. Chacun à leur manière, les réseaux sociaux et la vie associative traduisent le besoin de recréer un lien social et une convivialité raréfiés. Un courant profond mais naissant parcourt la société, ébauchant les contours flous d'un nouveau paradigme et témoignant d'aspirations partagées qui ne se reconnaissent pas dans une société dont le déclin est entamé. C'est toujours ainsi que les grands tournants s'annoncent, par petites touches annonciatrices - ou pas - d'un changement d'ampleur.

Parallèlement, des réflexions sont approfondies, des mécanismes sont démontés pour être remontés autrement, dans les domaines les plus variés : énergie et environnement, santé et éducation, fiscalité, ou encore chômage, retraites et partage du travail en général... à chaque fois qu'il est fait état de contraintes incontournables pour justifier un choix qui ne peut être refusé. Des mesures « non conventionnelles » se précisent, à l'image de celles que prennent les banques centrales quand toutes les autres ont échoué. Elles s'appuient sur les connaissances et les expériences acquises au sein de la société civile, qui trouve ainsi une voie exemplaire pour s'exprimer - ni en tant qu'électeur, ni comme consommateur - refondant cette citoyenneté dont il est fait grand cas mais en définitive peu d'usage. Instituant les prémices d'une sorte de version moderne et informelle des États Généraux. Il n'est opposé à cette perspective créatrice qu'une pauvre théorie, dont l'image la plus proche est celle du culbuto, selon laquelle tout redeviendra comme avant. Mais le réalisme a changé de camp, l'utopie est passée dans celui du conservatisme.

Le marché n'assure pas la meilleure allocation possible des ressources

Dérangeante, une même question traverse toutes les problématiques : celle de la rareté, et donc celle du partage. Le partage des ressources de la planète, dont nous mesurons mieux la finitude et qui est porteuse de conflits annoncés, celui du travail, dans nos sociétés au chômage « structurel » établi et aux emplois perdus que l'on ne retrouvera pas en raison des progrès technologiques, et enfin celui d'une richesse qui ne cesse d'être de plus en plus inégalement distribuée. C'est le moins que l'on puisse dire : dans aucun de ces trois cas de figure le marché ne se révèle être à l'origine de la meilleure allocation possible des ressources, celle qui a pour but de favoriser le bien-être, la seule raison d'être de l'activité économique.

Le procès de l'État et de ses vices n'étant plus à faire, par quels autres mécanismes pourrait-elle être optimisée ? L'enjeu sous-jacent est de donner à la démocratie - la souveraineté du peuple - un moyen de s'exercer en accord avec l'époque, ses exigences et sa complexité. En déprofessionnalisant la politique, qui est devenue une caricature, en l'élargissant là où elle n'a pas eu jusqu'à maintenant droit de cité : le fonctionnement de l'économie. En la généralisant au niveau local comme à l'échelle mondiale, plutôt qu'en se remettant à l'État ou au marché, ces démiurges auxquels il a été donné leur chance, avec les résultats que l'on sait. Une nouvelle génération d'institutions démocratiques serait appelée à succéder à celles qui ont été créées aux lendemains des Première et Seconde Guerres mondiales.

La nécessaire réforme du système monétaire international

Pour ne pas s'arrêter en si bon chemin, une réforme d'un système monétaire international - qui n'est pas davantage immuable - pourrait l'accompagner, ainsi qu'une réflexion approfondie sur les modèles de développement, afin de généraliser les réflexions engagées, puis interrompues, sur la mesure de la richesse et par voie de conséquence sur la croissance. Le luxe qui consisterait à en faire l'économie est-il dans nos moyens ?

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Commentaires
a écrit le 08/07/2013 à 11:06 :
Ce phénomène (mondial) de reprise en main des enjeux par la société civile est décrit dans le bouquin : "Un million de révolutions tranquilles", écrit par la journaliste Bénédicte Manier.
a écrit le 10/06/2013 à 21:53 :
Amusant, voire effrayant, ces commentaires qui montrent comment vous "le peuple", avez peur des chgts.
a Monsieur "55 ans de crise" : le probleme par rapport a "avant" cher monsieur c'est que tous les indicateurs sont au rouge et que l'humanité n'a plus le tps de ne rien faire. les avancées technologiques depuis app 150 ans ont été trop rapides comparés à notre capacité d'adaptation. L'humain est immature, preuve en est Les applications technologiques qui sont d'abord et avant tout utilisées dans l'armement, alors que ce pourrait etre pour le bien de tous (nanotechs par exple). l'humain reprendra le pouvoir, que cela vous plaise ou non.
a écrit le 01/06/2013 à 6:10 :
J'ai fait condamner définitivement plusieurs sociétés civiles devant les tribunaux français, je suis très fier de moi.
a écrit le 31/05/2013 à 21:29 :
article du style "bla-bla boys band"...
Verbiage débilitant pour faire voir qu'il a fait des études sérieuses ce monsieur...
Heureusement, il est Français... ça calme un peu le jeu, car un Français qui parle sciences économiques, ça fait rire la galerie internationale...
Comédien va !
Réponse de le 01/06/2013 à 8:27 :
Vous avez raison "ça fait rire la galerie internationale" votre commentaire sans queue ni tête. Vous voulez jouer à la personne qui vit ou travaille pour la presse internationale vous baratinez et n'argumentez pas. Où alors vous êtes l'enfant caché de Guillaume Roquette.
a écrit le 31/05/2013 à 18:58 :
Hé alors ? C'est ce qu'on a envie de lui repondre .C'est le cris desespéré de quelqu'un qui croyait que la crise allait faire effondrer completement la société, et que de ses cendres,renaitrait une nouvelle société conforme à ses voeux.Malheureusement c'est pas ce qui se passe et le gros de la crise est derriere nous ,et va nous rendre beaucoup plus fort demain .La derniere crise de cette ampleur c'était pas 1929 ,84 ans quand meme ! Faut il rappeller à ce personnage qui s'y croit qu'en 1993 ,il y avait 3 millions de chomeurs et plus de 11 % de la population active ? Il s'est passé quoi les années qui ont suivies ?
a écrit le 31/05/2013 à 17:17 :
Après avoir lu cet article, je suis très perplexe. Beaucoup de verbiage et de poncifs. Où cela nous mènera-t-il de supprimer le marché et de dé-professionnaliser la politique en l'élargissant à l'économie ? Vers une démocratie participative ? Vers une démocratie populaire ? Vers une dictature de l'opinion ? Vers une nouvelle forme de féodalisme ? Vers l'anarchie ? Ce qui est sûr c'est que les détenteurs du pouvoir politique et financier ne se laisseront certainement pas dépouiller sans résister et d'autres chercheront à prendre leur place dès qu'elle sera libérée.
a écrit le 31/05/2013 à 17:17 :
Cet article commence comme un constat légitime des dysfonctionnement, pardon, il faudrait dire des scandales honteux des élites financières des riches des dirigeants. L'article décrit le perte de confiance ( ce n'est pas nouveau) des population envers les élites dirigeantes, élues ou non. Mais ce constat ne sert à rien, ça fait des décennies que les nouveaux chiens de garde nous bassinent avec ça. Ensuite l'article poursuit avec l'espoir naissant des initiatives du marché, de l'autorégulation des peuples qui inventent des nouveaux modes de fonctionnement, des monnaies locales, des synergies des regroupements. Nous pourrions fraire le même constat en disant que les peuples des banlieues et des campagnent s'échangent des boutons de culotte pour organiser une collaboration associative, apprendre à cuisiner des rats crevés à 8 dans un 50 m² sans chauffage. C'est vrai c'est génial la pauvreté les peuples vont enfin retrouver un sens à leur vie. Et puis le travail c'est la santé, à 5? / H ou à 1 ? de l'heure ça coute le papier d'une fiche de paye. Alors qu'il est plus simple de faire du bénévolat pour rester intégré à la société et ne pas s'isoler quand on est chômeur. J'ai été chômeur, aujourd'hui je suis un petit employeur. Et je pleure du discours ambiant, d'une fédération supra nationale qui ruine mon pays parce que les leader des partis voyous nous ont vendus aux banques pour que les riches aspirent le fruit de notre travail, quand on en a un. Donc merci de la part de M AZOR de garde de présenter l'article comme anti-conventionnel au départ pour donner la recette de la pauvreté bien etudiée, astucieusement emballée en Kit chez IKEA.
a écrit le 31/05/2013 à 16:37 :
La 5 éme république est née de la crise et depuis la France va de crise en crise. Crise de la jeunesse, crise du pétrole, crise de la guerre au moyen orient, crise de l'informatique, crise de la robotique, crise du numérique, crise du chômage de masse, etc. Toujours plus de citoyens éduqués dans tous les pays du monde accélère le progrès technique et social. Il oblige les citoyens et les institutions citoyennes à s'adapter, à prendre des risques collectifs dans l'incertitude.
Où est le problème? C'est totalement banal.

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