Jean-Louis Beffa : «Face à la Chine, priorité au producteur»

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Pour Jean-Louis Beffa, président d'honneur de Saint-Gobain et chairman de Lazard pour l'Asie, auteur avec Gerhard Cromme d'un rapport remarqué sur la politique industrielle, l'Europe doit changer de politique de concurrence et faire de l'énergie une priorité. Il appelle le gouvernement à changer d'attitude concernant l'exploitation du potentiel français non pas de gaz, mais d'huile de schiste.

C'est l'un des derniers « parrains » du capitalisme français. On le dit colbertiste, il se présente lui-même comme saint-simonien. L'ancien PDG de Saint-Gobain de 1986 à 2007, visiteur du soir de François Hollande et d'Arnaud Montebourg, était l'invité du club La Tribune-CCIP vendredi 7 juin, quelques heures avant de rendre visite à Pierre Moscovici à Bercy pour lui parler compétitivité et industrie. La semaine précédente, il rendait au président de la République ainsi qu'à Angela Merkel un rapport intitulé « Pour une nouvelle politique industrielle », coécrit avec son complice Gerhard Cromme, le président du conseil de surveillance du mastodonte allemand ThyssenKrupp. Un texte court dans lequel ils étrillent une fois de plus la politique de concurrence telle qu'elle est mise en ?uvre par la Commission européenne et appellent l'Europe à un sursaut pour baisser les coûts de l'énergie pour les entreprises. Verbatim.

 Vous dites qu'il faut réorienter les politiques européennes pour améliorer la compétitivité et la croissance. Dans quelle direction ?
Les politiques doivent se focaliser sur le commerce extérieur Je suis pour un modèle « industriel commercial ». Ce ne sont pas les métiers « régionaux » qui sont le plus touchés par la mondialisation, mais les métiers mondiaux. La montée des entreprises asiatiques représente une réelle menace pour notre compétitivité. Chez Saint-Gobain, j'ai choisi de me concentrer sur les secteurs où nous pouvions être leader, des métiers que ni Internet ni la montée des marchés chinois ne pourraient venir bouleverser. La recherche et développement en Chine n'est pas moins bonne qu'en France ou qu'aux États-Unis, leurs ingénieurs travaillent aussi bien que les nôtres. Simplement, la différence de salaire est colossale, quand les entreprises européennes croulent sous les contraintes de protection du consommateur. Il faut inverser la tendance, redonner la priorité au producteur, à l'entreprise.

 Les sanctions prises sur le photovoltaïque chinois marquent-elles le début d'un changement de la politique commerciale de la Commission européenne ?
Le protectionnisme amène toujours les représailles, c'est donc une arme à utiliser avec la plus grande prudence. La solution, c'est la compétitivité. Bruxelles pense que nous sommes encore dans un monde dans lequel les sociétés se battent avec des règles du jeu semblables, mais nous sommes dans une concurrence entre États, et chaque pays possède comme force de frappe ses champions nationaux. L'Europe et les États doivent soutenir leurs champions, des entreprises privées qu'il faut inciter à innover, des entreprises solides qu'il faut réorienter vers les métiers du futur, par exemple par des accords de recherche avec les start-up et les PME, plus créatives et innovantes, pour développer des projets crédibles à destination de l'exportation.

 L'État devrait donc intervenir davantage dans les décisions des entreprises ?
L'État ne sait pas gérer les entreprises, il doit avoir pour unique but d'être un État stratège, et fixer les conditions dans trois domaines essentiels. D'abord, la gouvernance, en mettant en place un modèle qui favorise l'actionnariat et les stratégies sur le long terme, pour ne pas laisser libre cours à la spéculation financière, qui fragilise les entreprises. Ensuite, l'innovation - avec le crédit impôt recherche, bien entendu -, mais aussi de grands programmes ambitieux pour les grosses entreprises. Enfin, il faut favoriser le dialogue social en invitant les syndicats au conseil d'administration. Les travailleurs de l'entreprise doivent connaître les réalités vécues de la concurrence. D'ailleurs, l'accord entre les syndicats réformistes et le patronat qui replace le dialogue social au sein de l'entreprise est la meilleure chose que ce gouvernement ait faite.

 Quels « grands programmes » d'innovation ?
L'innovation n'a pas été placée par la banque publique d'investissement au même niveau que l'investissement, et c'est particulièrement inquiétant, alors qu'elle intègre les fonctions de l'Agence de l'innovation industrielle, que j'ai dirigée. Il ne faut pas avoir d'a priori dans le domaine de l'innovation, je ne crois pas au modèle de la start-up qui va devenir Google, l'affaire Dailymotion nous en a d'ailleurs montré les limites. Si la créativité est chez les start-up, le développement commercial - et donc l'exportation - demeure la force des grands groupes. Ils doivent donc mettre en place des accords avec les PME et les start-up, qui profitent à la croissance du grand groupe mais aussi au développement des structures plus petites.

 L'énergie est l'un des enjeux de la compétitivité industrielle. Que faire pour la dynamiser ?
Il y a deux choses à faire en matière d'énergie, moins coûteuses et plus efficaces que ce que propose le ministère de Delphine Batho actuellement. Il faut maintenir le développement de l'énergie nucléaire et développer non pas le gaz de schiste, comme on l'entend souvent, mais l'huile de schiste, dont le prix de revient - comme pour le pétrole - laisse espérer une marge potentielle beaucoup plus importante que dans le domaine du gaz. Il faut d'urgence mettre en place un démonstrateur pour décider si l'on peut exploiter cette huile dans des conditions convenables. Je suis très réticent aux énergies intermittentes, qui demandent des structures de subvention excessivement chères. Les Allemands peuvent se le permettre, mais la France n'en a pas les moyens.

 Quel rôle peut jouer l'Allemagne dans la reprise de la croissance française ?
La France, seule, est dépassée. Mais l'Allemagne, seule, ne se suffit pas, c'est pour cela qu'elle paiera pour l'Europe. Alors bien sûr, ce n'est jamais drôle de faire des choses communes avec les Allemands. On s'ennuie terriblement avec eux, et nous sommes condamnés à être d'accord à la fin. Avec les Anglais, on s'amuse, mais en définitive on ne trouve jamais de terrain d'entente. Alors laissons les Anglais aider les riches de la planète, et concentrons-nous sur la relation avec l'Allemagne. Il est nécessaire que la France et l'Allemagne harmonisent leur fiscalité et leur droit du travail, ainsi les erreurs françaises seront limitées. L'Allemagne est un instrument de régulation de la raison française.

 Qu'apporterait un accord de libre échange UE - États-Unis ?
L'intérêt de la France y est faible. Le commerce entre l'Union européenne et les États-Unis est déjà vif, et cet accord n'a d'intérêt que pour les États-Unis, pour attaquer les dispositions françaises dans les domaines agricole et culturel. La France et l'Union européenne feraient mieux de tenter de franchir les barrières du protectionnisme asiatique, c'est là que pourrait se trouver la croissance...


 

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a écrit le 27/06/2013 à 9:14 :
la croissance viendras des accords commerciaux avec tout les pays mais il faut ne plus etre dependant de lenergie chere ont peut diminue le gout de l enrergie en france et en europes par DEUX par les nouvelles ernergies.. investir aujourd hui c est gagne demain... il faut aussi fabrique et produire sufissament les produits que nous exportons aujourd hui ex le miel mais il y a tellement de produit qe l on pourrais produire que l ont peut recree des milliers d emploies si l on recance la liste de ces produits???
a écrit le 18/06/2013 à 17:21 :
Il faut être résistant pour lire un tissu pareil d'inepties. Le saintsimonisme est une idéologie anticatholique comme son nom ne l'indique pas qui vise à donner le pouvoir total à une élite supérieure. Ces principes combattus par les catholiques selon lesquels tous les hommes sont égaux et doivent être éduqués pareillement s'il est possible. De fait dans cette France en évolution (S.S. est mort en 1825) ceux qui étaient éduqués voulaient s'emparer du pouvoir avant que tous le soient, réclamant leur part. Il s'agit d'une idéologie de la pire espèce dont on voit malheureusement les dégâts dans l'application qu'elle a de nos jours : une gabegie des élites qui puisent dans la caisse sans vergogne sans que l'on ne puisse rien dire ... ou si peu. Une fausse démocratie possible car les valeurs ont été noyées. Indigne théorie et indignes porteurs.
Réponse de le 19/06/2013 à 10:36 :
Corso, votre catholicisme vous aveugle. Certainement anticatholique, il milite pour supprimer l'obscurantisme religieux et la domination des privilégiés. Saint Simon, n'en était pas moins pour instaurer une société basée sur le mérite et la science, et l'industrie. Relisez, ou lisez quelques écrits pour vous rafraîchir la mémoire. Il a même écrit sur un "nouveau christianisme". Sans être d'accord avec lui, je pense que vous le critiquez sans le connaitre. Par ailleurs, si les catholiques pensent que "tous les hommes sont égaux", ils continuent d'oublier les femmes, qu'ils considèrent moins égales, et ils ont souvent douté de la qualité d'homme pour les indiens par exemple, ou les africains. Surtout à l'époque de Saint Simon.
a écrit le 18/06/2013 à 12:53 :
Le terme de colbertisme souligne la part plus importante de l'intervention de l'État dans l'économie en comparaison des autres pays occidentaux. Colbert fait paver et éclairer Paris, embellit la ville de quais, de places publiques, de portes triomphales (Portes St-Denis et St-Martin). On lui doit aussi la colonnade du Louvre et le jardin des Tuileries.
a écrit le 18/06/2013 à 11:22 :
Balayer d'une remarque, le développement des petites entreprises, type Google, qui deviennent des modèles économiques mondiaux, est pour le moins léger, et certainement une grosse erreur. La production ne se limite pas à l'industrie. Le développement du tissus des pme, 'start-up' ça fait mieux, es absolument indispensable à notre économie. L'absorption et l'étouffement des start-up par les mastodontes français est la grosse erreur économique des dernières décennies. Le développement d'un SAP en France, est impossible. L'exemple de Dailymotion est révélateur du manque de vision des investisseurs locaux et de l'ambiance de manque de confiance général, public et privé, dans le développement rapide des PME. C'est un comble qu'il soit pris comme exemple comme mauvais exemple de développement. Face aux pays aux ingénieurs compétents, mais "conventionnels" à bas coût, c'est de ce type d'entreprise, innovante et en rupture technologique que peut venir le renouvellement et le développement de notre production. On a encore un modèle de fonctionnement imaginatif, il faut en profiter, sinon, on passera sous le rouleau compresseur de l'efficacité connue et pas chère.
Réponse de le 18/06/2013 à 12:34 :
Je suis d'accord avec vous. Mr Beffa ne comprend pas grand chose aux start-up. Il ne voit donc pas que de très petites mais prometteuses entreprises, en particulier aux Etats-Unis, sont devenues des mastodontes quelques années plus tard ? Cécité incroyable et dramatique. Tout le mal français est là, des petites entreprises avec beaucoup de talent mais peu d'argent sont absorbées par des grosses avec beaucoup d'argent mais peu de talent et finissent par se dissoudre sans rien donner d'intéressant. Le gouvernement serait bien avisé de ne pas écouter les avis de ces soi-disant spécialistes auto-proclamés.
Réponse de le 18/06/2013 à 14:14 :
@Janegolt, Désolé mais vous n'êtes pas complètement dans le vrai.

Quand vous voyez Yahoo ou google dépensaient des milliards de dollars pour des applications, il n'ont aucunement l'intention de développer la PME, ils veulent seulement acheter la technologie afin de l'intégrer sur des modules déjà existants.
Dire que des grandes entreprises n'ont pas de talent, c'est un peu fort de café. On ne parvient pas au CAC 40 avec des imbéciles incompétents. Les gens qui fondent une PME sont pour beaucoup des entrepreneurs. Ils crééent la technologie, la revende et monte une autre boîte
a écrit le 18/06/2013 à 11:17 :
Il ne remarque que la planète est un élément fini, la croissance ad vitam aeternam est un leurre.
Réponse de le 18/06/2013 à 11:53 :
Et la croissance de l'économie immatérielle ? De l'économie de la connaissance ? Peut être a t'elle une fin dans votre esprit, mais ne le généralisez pas svp. De plus, savez-vous que la réorientation de la production vers une moindre exploitation de l?environnent nécessitera une forte croissance pour permettre cet investissement ? Ne confondez pas croissance et production / exploitation de la planète. Ce sont deux choses distinctes.
Réponse de le 18/06/2013 à 15:27 :
L'économie dite immatérielle ne l'est pas. Les ordinateurs et Internet exigent énormément d'énergie et de matériaux rares. Et les producteurs dans ce domaine ont des besoins matériels. La croissance dite immatérielle ne se fait pas sans impact matériel.
a écrit le 18/06/2013 à 11:04 :
Ces dix dernières années , la chine nous a marché sur les pieds en imposant sa loi. Nous sommes devenus l'europe paillasson. C'est simple il suffit de ne plus être l'europe paillasson.
a écrit le 18/06/2013 à 11:02 :
Bon expose.
a écrit le 18/06/2013 à 10:39 :
Rien de bien nouveau dans tout cela. Je remarque en outre une contradiction : si les scientifiques et les ingénieurs chinois ont autant de capacité d'innovation que nous, ce dont je ne doute pas, à quoi serviront nos innovations à nous qui seront de toute façon trop chères par rapport aux leurs ? La solution, ce n'est donc pas la compétitivité mais le protectionnisme !
Réponse de le 18/06/2013 à 11:21 :
C'est là que vous vous trompez. Le problème n'est pas le protectionnisme, mais l?innovation l'investissement et le productivité qui permettent de surmonter notre coût élevé du travail. C'est de cette manière que de nombreux pays occidentaux ont une balance commerciale positive avec la Chine, sans protectionnisme. Le protectionnisme ne pousse pas un pays à innover, mais seulement à vivre sur ses anciennes rentes, ce qui ne dure qu'un temps avant qu'il ne soit dépassé par ceux qui ont fait le choix d'avancer.

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