Industrie française : vers une fabrique de l'excellence

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Jean Pierre Savare, président d'Oberthur Fiduciaire
Jean Pierre Savare, président d'Oberthur Fiduciaire
Douter de la capacité de notre pays à surmonter la crise, c'est occulter la capacité de résilience de l'industrie française. Pourtant, la confiance dans l'avenir de notre industrie s'érode. L'entrepreneur, tout autant que le politique, a un rôle fondamental à tenir. par Jean-Pierre Savare, président d'Oberthur Fiduciaire

L'industrie hexagonale est une vitrine du prestige de la France, au même titre que son histoire et sa culture : elle a vu naître de grands projets, de grands hommes, et de brillantes perspectives qu'aucun d'entre nous ne saurait nier. Pourtant, la crise et son cortège de mauvaises nouvelles pleuvent dans l'actualité, et rares sont les experts qui refusent encore de lire en l'avenir de la France une litanie de catastrophes économiques.

Des machines et des hommes

Notre histoire industrielle est une épopée certes technologique, mais aussi et avant tout, humaine. Il ne peut y avoir de création de richesse nationale durable sans le talent, l'intelligence et l'inventivité des femmes et des hommes de notre pays, ni sans leur adhésion à une vision partagée de leur avenir. Peut-être faudrait-il ?uvrer davantage, dans ces conditions, à apaiser les relations entre les forces motrices de la nation - travailleurs, entrepreneurs et politiques - et réconcilier l'humain avec l'économique. Dans notre vieille Europe, l'histoire d'une nation est inséparable de celle de son industrie. Et de ce point de vue, l'actuelle tendance britannique à la réindustrialisation constitue un cas d'école pour les partisans d'un renouveau industriel français.

Dans le contexte actuel cependant, notre plus redoutable adversaire n'est pas tant la conjoncture que notre propre pessimisme. La France néglige souvent son premier atout, à savoir son capital humain ; Celles et ceux qui ont bâti, au gré des crises comme des périodes fastes, le socle de son excellence ; qui se sont transmis, génération après génération, une dextérité et un sens de l'esthétisme et de la précision qui projettent bien au-delà des frontières les couleurs de la France. Ces femmes, ces hommes, ce sont les ouvriers, les ingénieurs, les designers, les entrepreneurs, et les nombreux stratèges qu'ils soient experts en droit, en finance ou en management. La France est forte d'un écosystème riche et vertueux dont les qualités humaines fondent notre réputation à l'international. L'industrie française a besoin de tous, sans exception.

Le risque d'un conformisme concurrentiel

Ce n'est donc en cédant ni aux sirènes de la délocalisation, ni au repli court-termiste sur l'entrée de gamme, que nous parviendrons à résister à la pression concurrentielle exercée par les pays émergents et à préserver le leadership industriel français. Bien au contraire, comme l'a démontré Louis Gallois dans son rapport en évoquant l'exemple allemand, l'adaptation de l'offre française aux marchés étrangers passera par sa montée en gamme. En effet, les Allemands ont maintenu un haut niveau d'investissement dans les déterminants hors-prix (R&D et qualité notamment). Et quant aux résultats, « l'insolente » performance de l'industrie automobile allemande parle d'elle-même.

A ceux qui objectent que l'écart technologique se réduit entre les pays occidentaux et les pays émergents, justifiant ainsi le déclassement qualitatif de l'offre française et, accessoirement, certaines délocalisations, rappelons qu'une bonne partie de ce rattrapage technologique s'explique aussi par les transferts de technologies que les entreprises françaises ont consenti pour conquérir certains marchés à l'étranger. A nous, par conséquent, de saisir la mesure des enjeux d'une économie fondée sur la connaissance afin de préserver notre leadership. Notre système d'enseignement supérieur et de recherche y contribue brillamment.

 
La formidable résilience de l'industrie

L'histoire de l'entreprise que je dirige conforte cette intuition: l'héritage industriel est un gage de maturité technologique et stratégique, et donc d'excellence. Lorsque son fondateur, François-Charles Oberthur, fonda en 1842 son imprimerie à Rennes, le berceau historique de l'entreprise, il était probablement loin d'imaginer qu'elle acquerrait cette identité qui fonde aujourd'hui sa renommée à l'international. Ou qu'après avoir failli disparaître, en 1984, elle devint l'un des leaders mondiaux de l'impression fiduciaire. Chez Oberthur la ligne de conduite fut la même au plus fort de la tempête : rester fidèle à son c?ur de métier tout en le configurant pour l'avenir. L'emploi industriel a donc toutes les raisons d'être conforté en France, à condition que nos entrepreneurs se dotent d'une vision stratégique claire, et des moyens humains de la concrétiser. L'effort d'innovation et de formation en est la clé de voûte.

La dimension politique du projet entrepreneurial

Généralement, entreprendre est une vocation individuelle qui se transforme au fil du temps en aventure collective. Elle est donc assortie d'une immense responsabilité, car les décisions qu'elle induit sont engageantes économiquement, mais aussi humainement. En cela, la responsabilité de l'entrepreneur se rapproche de celle du politique : il s'agit d'arbitrer dans l'intérêt collectif. Ce sens politique de l'entreprise conduit donc certains d'entre nous à considérer, non sans fondement, que l'entreprise est un trait d'union majeur entre l'Homme et la société. D'une certaine manière, l'entreprise canalise les aspirations individuelles pour en extraire un projet de « vivre ensemble ».

Dès lors, la notion de « responsabilité sociale » prend toute sa dimension. Sans elle, point d'adhésion au projet d'entreprise. Cette responsabilité commence par la fidélité du dirigeant au projet d'entreprise dans lequel ses salariés se sont engagés. Celui auquel, parfois, ils ont voué toute une carrière, développant une expertise, une habileté et une créativité qu'aucune délocalisation ne saurait compenser. Pour la plupart d'entre eux, le projet d'entreprise attribue un sens à leur engagement.

A l'inverse, une entreprise qui emploie l'humain comme seule variable d'ajustement trahit leur confiance, et affecte leur engagement. Il en est ainsi dans beaucoup d'entreprises qui n'entretiennent plus avec leurs dirigeants et actionnaires qu'un lien purement capitalistique. Aux yeux des salariés, pouvoir mettre un visage humain sur l'entreprise grâce à la continuité, l'implication et la solidarité du management sont les gages d'une gouvernance solide et des facteurs de légitimité. L'entreprise est une communauté de destin.

La fabrique de l'excellence : une responsabilité entrepreneuriale

La vitalité de notre industrie repose avant tout sur l'aptitude de ses hommes à développer le goût du perfectionnement, l'esprit d'initiative et le sens de la qualité. Le contexte de crise dans lequel est plongée l'industrie française impose donc de redéfinir le rôle de l'entrepreneur, face à une compétition intense mais surmontable. Ce rôle n'est plus seulement celui de gestionnaire, de décideur ou de porte-parole. S'y ajoute désormais celui celle du cultivateur de talents, à même de traduire une ambition partagée en vision stratégique de l'avenir. En d'autres termes, l'entreprise a besoin - plus que jamais -, de femmes et d'hommes capables de fixer un cap et d'affirmer leurs convictions et leurs projets dans un monde pourtant jalonné d'incertitudes.

Tant que les entrepreneurs français, ambassadeurs de l'industrie française, resteront fidèles à leur héritage et confiants dans leurs salariés, aucune crise ne déclassera l'identité française dans le concert des grandes nations industrielles, ni n'affectera l'attachement des Français à leur outil de travail. Selon un adage célèbre, « la vraie réussite est de laisser derrière soi, dans d'autres hommes, la conviction et la volonté de continuer. » Quelles perspectives souhaitons-nous léguer à nos enfants, sinon celles d'une nation fidèle à une histoire industrielle qu'elle continue d'écrire ?
 

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Commentaires
a écrit le 12/07/2013 à 12:15 :
le management french consiste à recruter le lèche cul typique au mépris de la qualité et des performances,
l'ambiance de travail pour ainsi dire atone, cache une sélection du personnel type "androide";
et comme pour beaucoup de boites, un patron salarié absent! aux bottes des actionnaires .
pas de syndicat......(on n'est pas en Allemagne!!)
on appelle ça "le capitalisme sauvage"
tchao! adios! et surtout basta!!

a écrit le 11/07/2013 à 14:33 :
Oui mais toute entreprise Bretonne ou Vendéenne est vouée à connaitre un destin mondial.
(ni Leclerc, Bolloré, mme Roux, les frères Guillemot ne vont me contredire).
Région agréable à vivre, à forte identité, l'instinct du travail à réaliser, culture chrétienne de gauche (jusqu'à cette année, mdr!).
Une chose m'a beaucoup étonné en cherchant autre chose, les bons résultats au bac se recouvrent grosso modo (sauf les régions ultra marines dont la Corse) avec les zones de plus faible chômage.
avec évidement devant Bretagne et pays de la loire.
Réponse de le 18/07/2013 à 14:14 :
oué c'est ça la bretagne est le paradis sur terre, c'est pour ça que les bretons la quittent par millions car ils n'y ont aucun avenir ni vie correcte !
a écrit le 11/07/2013 à 11:19 :
En France on a institutionnalisé le "savoir tout faire" : pourquoi payer 2 personnes spécialisées chacune dans leur domaine, alors qu'une seule peut faire l'affaire. Avec 2, 3 formations, selon nos chers patrons on peut faire d'un seul employé un hydraulicien, un mécano, un automaticien, un électricien on y ajoute un peu d'administratif et hop on se retrouve avec l'équation 1 employé + 1 employé = 4 employés. Tout bénef pour le patron et pour l'employé, ben... il a qu'à s'adapter à la dur loi du marché. J'ai pris l'exemple du technique mais rassurez vous, ça marche aussi dans d'autres domaines de compétences.
Réponse de le 11/07/2013 à 14:44 :
ce que ne réalise pas le patron, c'est effet fukujima, en réduisant son personnel technique à zéro il va augmenter son taux de pannes, de rebuts, les machines dureront moins longtemps, les pièces achetées neuves coûtent bien plus cher que les réparées et pas disponible.
au final il va perdre beaucoup plus d'argent qu'il en gagne.
Au technicien de se faire payer ce qu'il mérite, mais le Français malheureusement est casanier et le turn over ne marche pas sauf sur certaines industries un peu gore.
Comme un abbatoir de l'ouest obligé de donner 3000 euro par mois pour garder ses gars.
a écrit le 11/07/2013 à 9:41 :
Nous avons 3 000 000 de chomeurs, s ils creaient leur pme dans 2 ou 3 ans ils pourraient embaucher 2 ou 3 employés ce qui ferait 7 000 000 d emplois nous n avons pas assez de chomeurs pour y répondre il faudra donc faire venir 7 000 000 d immigrés mais 1 ou 2 ans avant pour qu ils puissent apprendre nos coutumes et s installer durablement. J arrete là !!!! n etant pas économiste j ai un peu honte de ce que j écris.
Réponse de le 20/07/2013 à 8:00 :
une tension sur le marché du travail tire les salaires vers le haut.. et oblige à s'orienter vers les productions à grosses plus value au contraire le chomage alimenté en permanence par l'immigration tire les salaires vers le bas et fait rester la france dans une production style " made in france...... de qualité " plus moyenne" qui est en concurrence avec les nouvelles puissances....
a écrit le 11/07/2013 à 8:57 :
Le monde du travail a laissé mourir des talents et des savoirs faire. Il y maintenant pénurie d compétences dans beaucoup de domaines.Inutile de vouloir faire monter haut la pyramide si la base n'est pas solide. Une vision globale s'impose d'elle même. Une "solidarité" entre les acteurs aussi. Les " trente glorieuses" ont traversées les océans. Le projet Européen doit avancer mais pas comme ça...Nous ne jouons pas tous avec les mêmes cartes. La France naïvement a "laisser faire" l'Allemagne l'a joué presso. Ce projet de libre échange avec les USA est une catastrophe a venir; Laissons les Américains se dépatouiller avec leur Dollars qui ne vaux rien sauf sa capacité a servir de monnaie d'échange. Imaginons que l'Euro prenne cette place...
a écrit le 11/07/2013 à 7:02 :
Le problème de la France c'est de vouloir copier l'Allemagne et son industrie...Il serait beaucoup plus facile et beaucoup moins coûteux de créer des jobs dans les services et ceux ci seraient non délocalisables. Or, depuis plusieurs années, on fait tout pour détruire les jobs dans les services !
L'industrie ne sera plus ce qu'elle a été durant les 30 glorieuses et avant. L'avenir n'est plus là. L'avenir est dans les services, l'impression 3D à la demande etc. C'est ça la révolution !
Réponse de le 11/07/2013 à 15:27 :
Justement non. Le problème de la France c'est d'avoir pensé que l'avenir se trouvait dans les services et d'avoir progressivement délaissé son industrie. Les services ne sont pas délocalisables, mais ils sont surtout non exportables et pourvoyeurs d'emplois non qualifiés. Je vous invite à lire l'ouvrage de Patrick Artus sur ce sujet: "La France sans ses usines."
Réponse de le 12/07/2013 à 11:59 :
Les services pas exportables ??? Vous voulez dire qu'avec le développement des technologies de l'information, c'est au contraire ce qui est le plus exportable. Pour beaucoup de pays, les services sont une source majeure de richesse voire LA principe source : services financiers (Angleterre, Suisse, Luxembourg...), services informatiques (Inde), services téléphoniques (Maroc)...
a écrit le 10/07/2013 à 20:27 :
C'est un publireportage?
a écrit le 10/07/2013 à 20:26 :
C'est un publireportage?

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