Entre la Chine et la Syrie, c'est une question de pétrole, pas de principe

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Jean-François Dufour, président de Chine-Analyse (c) DR
Jean-François Dufour, président de Chine-Analyse (c) DR (Crédits : DR)
La Chine est, avec la Russie, le plus puissant opposant à une intervention militaire étrangère contre le régime syrien. A la différence de Moscou, Beijing n’est pas motivé par des considérations d’influence politique, mais par la crainte d’effets déstabilisants sur le Golfe Persique, vital pour son approvisionnement pétrolier. Par Jean-François Dufour, qui dirige le cabinet DCA Chine-Analyse.

L'opposition manifestée par la Chine, au Conseil de sécurité de l'ONU, à une intervention militaire étrangère en Syrie, est officiellement motivée par la doctrine diplomatique de non-ingérence de la République populaire. Cependant, le véritable déterminant de la position chinoise n'est pas politique, mais économique. Et il ne concerne pas la situation en Syrie même ; mais ses répercussions possibles sur la stabilité d'une autre partie du Moyen-Orient.

Une région déterminante

Le risque d'une réaction de l'Iran, fortement impliqué dans la crise syrienne, notamment à l'encontre de son rival régional saoudien, constitue la principale crainte chinoise.

Malgré les efforts de Beijing, depuis vingt ans, pour diversifier ses approvisionnements pétroliers - de la Russie au Venezuela, en passant par l'Angola -, le Golfe Persique reste déterminant sur cette question, vitale pour le fonctionnement de l'économie chinoise.

En 2012, sur les 271 millions de tonnes de pétrole brut importées par la Chine, près de la moitié (130 millions de tonnes) sont venues de six pays (Arabie Saoudite, Oman, Iran, Irak, Koweït et Emirats Arabes Unis) riverains du Golfe Persique ou du Golfe d'Oman.

Dès lors, une crise susceptible de déstabiliser la région serait extrêmement préoccupante pour l'économie chinoise. Le pays est en effet dépendant de l'étranger pour 57% (en 2012) de sa consommation de pétrole, et pour le fonctionnement de l'immense système logistique qui soutient son activité industrielle.

>> Lire aussi : Une intervention en Syrie pourrait propulser le prix du pétrole à 150 $ le baril

Bientôt le premier importateur mondial de pétrole

Cette vulnérabilité d'aujourd'hui sera encore aggravée demain. Selon des prévisions de l'Energy Information Administration (EIA) américaine publiées en août, la Chine devrait passer devant les États-Unis, pour devenir le premier importateur de pétrole mondial, dès 2014. Les projections des autorités chinoises, comme d'observateurs étrangers, se rejoignent pour considérer que la dépendance aux importations pétrolières continuera à augmenter, pour atteindre près de 70% de ses besoins à l'horizon 2020.

Or le Moyen-Orient gardera un rôle déterminant dans la réponse à ces besoins chinois. PetroChina, le numéro un national de l'extraction, est notamment sur le point de devenir le premier opérateur pétrolier en Irak, avec son engagement sur le champ pétrolier géant de Qurna, après ceux de Rumaila et Halfaya.

Vers la fin de la non-intervention ?

Malgré les discours officiels, la crise syrienne, loin de conforter la doctrine de non-ingérence chinoise, devrait au contraire accélérer sa reconsidération par Beijing.

La Chine peut difficilement envisager de rester impuissante sur des questions étrangères devenues vitales pour le fonctionnement de son économie. Les partisans d'un renforcement de la capacité chinoise de projection de force à l'étranger y trouveront des arguments évidents.

Le premier porte-avions et le premier avion de combat embarqué chinois (tous deux reconfigurés à partir de modèles russes, en attendant des appareils de conception nationale), qui ont commencé cette année leurs tests opérationnels, pourraient préfigurer une flotte capable de sécuriser les approvisionnements énergétiques de la Chine, dans quelques années.

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a écrit le 09/09/2013 à 18:41 :
Les US appliquent à la lettre le dicton "diviser pour mieux régner".Il y a plus à gagner d'un Moyen-Orient instable que pacifié...D'où la guerre en Irak, en Lybie, en Syrie, les déstabilisations de pays comme l'Egypte, la Tunisie et les menaces en Iran. Un seule raison, la maîtrise du pétrole qui est le moteur de l'économie mondiale. La liste des morts au nom du pétrole n'a pas fini de s'allonger, et elle devrait même aller croissant, au rythme de la progression du prix du baril de brut. La malédiction du pétrole ne s'arrêtera qu'avec la dernière goutte de pétrole. Dans une cinquantaine d'années environ, le temps de faire quelques guerres et des dizaines de millions de morts. 9 milliards d'individus sur Terre ça fait beaucoup et on pourrait bien passer des dizaines aux centaines. Pour du pétrole et de l'essence pour nos voitures...
a écrit le 07/09/2013 à 10:01 :
un article très exact , néanmoins a la fin de l'article vous précisez l'impact militaire chinois qui va en progressant , premier porte avion .. ce n'est pas le dernier , déjà 3 autres sont prévus pour les prochaines années , le but chinois est vrai protéger ses approvisionnements pétroliers pour son industrie exportatrice , la chine se rend compte de sa vulnérabilité de dépendre des autres pour défendre ses propres intérêts économiques , d'ou le renforcement de sa marine et qui va en progression fulgurante , la chine deviendra dans une décennie a peine la seconde puissance militaire du monde et aura les memes objectifs que les USA , intervenir partout ou ses intérêts vitaux sont menacés quoi qu'il en coute .. une donne a intégrer d'urgence en europe
a écrit le 04/09/2013 à 19:15 :
Tres bon article, avec l'explosion de la production petroliere aux US lie au gaz de shiste, les americains devienent beaucoup moins dependant des pays du Golfe pour leurs besoin en energie a la difference de la Chine. Clairement, le principe de non-intervention devient intenable pour la Chine.
Réponse de le 09/09/2013 à 18:48 :
@pétrolepétrole
L'explosion des pétroles de schistes devrait engendrer une explosion encore plus importante sous forme de bulle si les prix du pétrole ne restent pas au-dessus de 120/130$ le baril. Pas bon pour l'économie mondiale. Quant à la bulle, la facture sera payée par les investisseurs, notamment les fonds de pension américain. Douloureux pour le futurs retraités US. C'est aussi ça la retraite par capitalisation.
a écrit le 03/09/2013 à 11:12 :
Ah bon? Et nous? Ce serait une question de principe? Lequel?
a écrit le 03/09/2013 à 6:04 :
Très bon article'enfin de l'info. Ça change des articles pseudo-politiques romans-photo que nous sortent les journaux comme le Monde ou le. Figaro.
a écrit le 02/09/2013 à 17:35 :
americain et francais ont les memes buts pratiques eux aussi que les totalitaires chinois et russes....il n 'est pas question de bonne intentions.le saviez vous pas mr le journaliste?
a écrit le 02/09/2013 à 14:14 :
Il me semble aussi que le Chine, comme la Russie, ne veulent pas que les occidentaux interviennent dans une guerre civile dans un pays dont le régime est aussi autoritaire que le leur. La Chine passe sous silence tous ses problèmes avec ses minorités (Tibet, Ouigour, etc) et par son opposition à l'intervention en Syrie, elle montre qu'elle n'acceptera pas de critiques sur la façon dont elle gèrera ses crises internes. Cet alliance politique Russie- Chine ne présage rien de bon pour le futur.

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