Comment empêcher Google d'achever l'internet européen ?

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Gary Reback (c) DR
Gary Reback (c) DR (Crédits : DR)
Les propositions soumises par Google à la Commission européenne pour stopper ses pratiques controversées n’ont pas satisfait la plupart des participants en charge de les tester entre avril et juin 2013. Bon nombre d’acteurs du marché online dénoncent les impacts de ces abus sur la transparence, l’innovation et la croissance du marché, ainsi que la liberté du consommateur. Pour Gary Reback, juriste spécialiste des questions antitrust, la décision – imminente - que prendra le Commissaire européen à la Concurrence, Joaquin Almunia sera décisive et déterminante sur le développement futur du commerce sur internet en Europe.

Le Commissaire européen à la Concurrence, Joaquin Almunia est pressé par le temps. Son mandat arrivant bientôt à terme, M. Almunia doit maintenant décider s'il est opportun d'engager des poursuites judiciaires pour pratiques anticoncurrentielles contre Google, le géant américain de la recherche en ligne. Sa décision sera déterminante pour le succès ou l'échec de toute une génération d'entreprises européennes du secteur Internet.

La Direction générale de la concurrence enquête depuis plus de trois ans sur les activités de Google en Europe. Il y a quelques semaines, la Commission européenne a publié des « conclusions préliminaires », qualifiant Google « d'entreprise dominante » (plus 90% de parts de marché) qui abuserait potentiellement de sa position sur le marché.

Internet européen en crise

La Commission a estimé que le principal abus commis par Google consiste en la manipulation des résultats de recherche. Selon la Commission, Google met en avant les résultats de ses propres services (sites de recherche spécialisés pour trouver par exemple des produits à bas prix ou des entreprises locales) au dépend de ceux de ses concurrents français, allemands ou anglais.

Dans une déclaration, la Commission a fait part de ses inquiétudes concernant les pratiques de Google consistant à détourner les utilisateurs des sites et services concurrents les plus pertinents, diminuant par là même les incitations à l'innovation. Cela va même plus loin. Les pratiques de Google ont mis à mal les business plans de jeunes entreprises européennes, provoquant le licenciement d'employés qualifiés du secteur des technologies de l'information, la fermeture de centres de donnée, ainsi qu'une tendance générale à la réduction des investissements dans le secteur de l'internet en Europe.

Négocier plutôt que condamner? 

Lorsqu'une enquête a mis en évidence des pratiques similaires de la part de Microsoft, il y a plus de dix ans, le prédécesseur d'Almunia, Neelie Kroes, avait mis en place d'importantes mesures, aboutissant à plus de deux milliards d'euros d'amende, et poussant Microsoft à modifier ses pratiques.

Pourtant, malgré le succès de l'action musclée de Neelie Kroes, Almunia a adopté une approche différente avec Google. Il y a un peu plus d'un an, le Commissaire européen a entamé des négociations pour que Google propose volontairement des changements dans ses pratiques et puisse ainsi résoudre les accusations dont la société est l'objet. La Commission a récemment rendu publiques les propositions de Google. Ces propositions ont suscité une vague de critiques de la part d'entreprises européennes et d'associations de consommateurs. Tous considèrent que ces propositions ne permettent pas de réparer les dégâts causés par des années de pratiques anticoncurrentielles.

Alumnia a-t-il eu tort ?

Le mois dernier, faisant écho à de nombreuses critiques, M. Almunia a annoncé que les propositions de Google ne suffisaient pas à résoudre les inquiétudes de la Commission. Il a ajouté avoir adressé une lettre au Président de Google, « lui demandant de présenter de meilleures propositions ».

>> Lire aussi : Google va devoir prendre plus d'engagements devant la commission

Ses détracteurs estiment qu'Almunia aurait dû engager des poursuites bien plus tôt, et que les entreprises européennes du secteur internet ont subi des dommages irréparables pendant qu'il poursuivait ces négociations infructueuses. Par ailleurs, nombreux sont les détracteurs qui s'interrogent sur la raison pour laquelle M. Almunia a pris des dispositions si « arrangeantes » à l'égard d'une entreprise américaine en situation monopolistique, entreprise qui, par ailleurs, fait l'objet d'enquêtes dans plusieurs pays européens pour évasion fiscale et violation de la vie privée des internautes.

L'Europe a pris trop de retard

Les actions de Neelie Kroes contre Microsoft ont permis d'ouvrir le marché à une nouvelle génération d'entreprises du net, au premier rang desquelles figure Google. Les consommateurs européens ont bénéficié de cette nouvelle concurrence américaine, mais il était trop tard pour qu'une entreprise européenne puisse rattraper son retard par rapport à Microsoft, sur les technologies concernées. De la même manière, il est aujourd'hui trop tard pour que les entreprises européennes rattrapent leur retard sur Google en matière de recherche généraliste, quoi que fasse M. Almunia.

Toutefois, rien n'est encore joué en matière de recherche spécialisée. En France, en Allemagne et au Royaume-Uni, les marchés de recherches spécialisées fourmillent de concurrents européens en devenir - et notamment de sites qui se concentrent sur des produits et services à l'échelle locale ou nationale.

Dernier espoir

Si on leur donne une chance réelle d'être bien référencées dans les résultats de recherches sur Google, ces entreprises peuvent mettre en place ce dont rêvent les pouvoirs publics européens : des marchés transnationaux efficaces, qui respectent et promeuvent les cultures et traditions européennes.

Il s'agit là du meilleur et du dernier espoir pour que l'Europe occupe une place de premier rang dans la nouvelle économie. Mais si M. Almunia ne réussit pas à prendre des mesures décisives pour mettre fin aux pratiques anticoncurrentielles de Google, ce sera bien le géant américain et non ses concurrents européens émergents qui contrôleront le futur du commerce européen.

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a écrit le 05/09/2013 à 18:10 :
Google n'est pas une menace pour l'internet européen. Son business model est déjà dépassé et l'on ne voit pas ce que l'entreprise pourrait acheter pour relever le défit. En effet cet intermédiaire qu'est internet ne produit pas de biens, il peut casser des situations existantes pour en placer d'autres, un brassage rapide qui trouvera son terme. Amazon par contre a le bon plan : celui de s'être transformé en épicier avec une marque ombrelle. Microsoft de son côté vend du logiciel et du service et passera bientôt par des ultra-terminaux pour compléter son emprise. Facebook se transformera peut-être en "Adecco" sur le marché du travail mais Google ne pourra devenir publicitaire ni producteur de fictions, le créneau est déjà occupé largement et il est désormais trop tard pour lui pour faire épicier. Quelle est donc la défense française face à cette déferlantes numérique ? Elle consiste en deux points : Etre fort sur les services et le commerce tels la banque et l'assurance ou encore les utilities de l'énergie pour que ces produits ne puissent être vendus par d'autres sur internet. Nos entreprises y sont les premières mondiales. Puis le frais et la chaîne fournisseur/distributeur dans nos supermarchés. Les clients choisiront un flux où ils trouveront le maximum d'avantage et cette barrière est indépassable. Les carottes ne sont pas cuites, elles sauveront les entreprises du pays. On s'amuse, c'est pourtant sérieux. Enfin le second point est constitué par la "norme" les connexions qui passent en partie par nos satellites et que les opérateurs français codent. Détenir la norme revient à détenir le marché si un bloc substantiel "d'épicier" existe en complément. Elle s'échangera outre-atlantique avec un seul acteur : Microsoft. Google aura alors un mal de chien à aboyer.
a écrit le 05/09/2013 à 17:47 :
il ne fera rien. Il n'a pas été mis en place pour ça, au contraire. Il suffit de regarder les actes et non l'enfumage permanent.
a écrit le 05/09/2013 à 16:38 :
Je viens de découvrir une belle alternative à Google qui s'appelle Qwant. C'est un moteur de recherche français qui respecte la vie privée de ses utilisateurs ! On ne doit pas baisser les bras et soutenir les initiatives françaises/européennes comme celle-ci.
Réponse de le 08/09/2013 à 11:28 :
Je vais essayer pour voir ! et peut-être l'utiliser alternativement, voire exclusivement.
Le non respect de la vie privée me ulcère. C'est pas demain que je vais multiplier les objets connectés. Un seul, fixe, suffit.
Réponse de le 08/09/2013 à 13:59 :
Il est louable de changer de Moteur de recherche pour soutenir l'Europe, mais ça ne peut être pérenne que si la qualité est au rendez-vous. Pour Qwant, croyez-moi c'est un choix valable. On constate très vite que les recherches sont de très bonne qualité.
a écrit le 05/09/2013 à 15:32 :
la fermeture de centres de donnée,
Plusieurs centres pour une seule donnée ??????
a écrit le 05/09/2013 à 15:10 :
Je soupçonne les Etats-Unis d'avoir menacé de représailles massives la Commission en cas de remise en cause du monopole Goggol.
a écrit le 05/09/2013 à 14:38 :
Si on veut pas avoir les résultats de Google, il suffit de ne pas chercher sur Google. Il est normal qu'il propose d'abord leurs services de recherches.
Si vous allez chez Renault, ils vous proposeront du Renault.
Réponse de le 05/09/2013 à 16:33 :
Mais Renault n'est pas un monopole avec 95% de parts de marché. Si vous étiez vendeur de pneus et qu'un seul fabriquant avait 95% de parts de marché, il serait régulé. Vous allez me répondre que personne ne force à faire ses recherches sur google, comme personne ne force à envoyer son courrier par la Poste, ou à voyager avec la SNCF, et pourtant ils sont régulés.
Réponse de le 08/09/2013 à 10:05 :
Contrairement à la Poste et la SNCF qui sont de vrais monopoles, vous n'avez que l'embarras du choix pour effectuer (gratuitement) une recherche sur Internet :
Google, Yahoo, Bing, Qwant, Lycos...
Réponse de le 08/09/2013 à 19:00 :
et vous n'avez que l'embarras du choix pour envoyer vos colis par Fedex, Ups, et prendre votre voiture, un car ou l'avion plutôt que le train ! la vie est un peu plus compliquée, les vrais clients de Google sont les annonceurs et notamment les commerçans électroniques qui no'nt pas d'autres choix s'ils veulent toucher 95% du marché que d'annoncer sur Google. Maintenant ils peuvent aussi annoncer sur Yahoo, Bing etc...et se concentrer sur 5% du marché. pas sur qu'ils survivent longtemps.

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