Emploi partagé : un fauteuil pour deux, du travail pour tout le monde ?

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Ingrid Leddet, sociologue. DR
Ingrid Leddet, sociologue. DR (Crédits : Reuters)
Et si la solution au coût du chômage, à l'emploi des seniors, des jeunes, des femmes, c'était les postes partagés? La sociologue Ingrid Leddet n'a aucun doute sur la réponse...

Vivre, travailler, jouer en binôme ou en tandem, c'est presque la même chose. Quoique, sur un tandem, l'un pédale derrière l'autre. Celui de devant maîtrise la route, tandis que le deuxième lui fait confiance, sans visibilité. C'est pourquoi je préfère le terme de binôme qui désigne deux noms côte à côte sans position préférentielle ni rapport hiérarchique.

Le binôme a fait ses preuves

L'organisation en binôme se retrouve dans une grande variété d'activités humaines. En sport et aventure, par exemple, Charles Herdrich et son co-équipier Pierre-Marie Bazin viennent de traverser le détroit de Bering dans un canot à la rame. Le Free Handi's Trophy organise une compétition entre collaborateurs d'une même entreprise, en binômes handicapé/non handicapé. Dans le domaine des arts, nombreux sont ceux qui créent une œuvre ou écrivent un livre à deux.

En politique, les exemples se multiplient. Dans certains partis politiques, deux co-présidents ou co-secrétaires généraux se partagent les responsabilités. A l'Assemblée nationale, le groupe parlementaire EELV est dirigé par deux co-présidents, un homme et une femme. De même, les partis Verts des pays européens prévoient d'organiser des primaires européennes pour élire un binôme masculin-féminin en vue des futures élections européennes.

La nouvelle loi électorale sur les « binômes paritaires », qui sera appliquée aux prochaines élections locales, fait toujours grincer les dents des réfractaires à l'entrée des femmes sur la scène politique. Dernier exemple en date de binôme politique, les chefs du groupe démocrate-libéral et du groupe écologiste au Parlement européen se sont conjointement vus attribuer le titre de « leaders européens de l'année 2013 ».

Dans un tout autre registre, les duos de chanteurs francophones et anglophones qui cherchent par ce biais à s'assurer une carrière internationale. Et dans l'enseignement, il n'est pas rare que des maîtresses d'école se partagent une classe, l'une le matin, l'autre l'après-midi.

Un CDI pour deux

Dans les entreprises, le travail en binôme s'appelle normalement « partage de poste », ou « job sharing » en anglais. A ne pas confondre avec le travail en temps partagé qui consiste, essentiellement pour les cadres, à partager son temps de travail et son savoir-faire entre plusieurs entreprises, en qualité de salarié ou d'indépendant. Le système du « job sharing », quant à lui, permet à deux personnes de travailler à temps partiel sur un même poste. Deux collaborateurs peuvent ainsi partager non seulement un bureau et des dossiers, mais aussi et surtout des responsabilités à un haut niveau.

Les objectifs sont liés à un emploi à temps plein, ce qui permet notamment aux femmes de concilier vie de famille et vie professionnelle, sans être bloquées dans leur évolution de carrière par le redoutable « plafond de verre ». Mais cette formule en est encore à ses premiers balbutiements en France, contrairement aux pays anglo-saxons et scandinaves, aux Pays-Bas et à la Suisse, où des sociétés déjà spécialisées dans les nouvelles formes de travail, se sont lancées dans le recrutement de binômes.

La responsabilité de la fonction est partagée à égalité

Les binômes se proposent comme « un seul homme », avec un CV unique, à des employeurs prêts à prendre le risque de la nouveauté. Pourtant, si le binôme s'accorde pour travailler en symbiose, l'entreprise a tout à y gagner avec la gestion d'un seul poste en CDI à temps plein au lieu de deux demi-postes, une productivité accrue et une seule évaluation des résultats. La négociation du salaire est menée pour le poste unique, à pourvoir par les deux candidats, qui signent chacun un CDI à temps partiel. Que le temps entre les deux salariés soit réparti en deux jours et demi chacun par semaine ou en cinq demi-journées chacun, la responsabilité de la fonction est partagée à égalité.

Le dépassement éventuel du temps de travail de l'un des deux et le rééquilibrage des heures travaillées se règlent au sein du binôme. Un cas d'école : dans une société multinationale, un homme et une femme, collègues, travaillent à mi-temps sur le même poste. Ils gèrent une équipe composée d'une centaine de personnes et travaillent tous deux trois jours par semaine avec une journée en commun. Ils n'ont plus envie de changer car ils ont trouvé le moyen de concilier poste à responsabilités et vie de famille.

Un quart des hommes néerlandais travaillent à temps partiel

En interne aussi, le « job sharing » peut apporter une solution à l'entreprise qui cherche à réduire le turnover en gardant les salariés qui donnent satisfaction, mais qui préfèrent travailler à temps partiel pour des raisons familiales ou de choix personnel. Dans ce cas, il est préférable que le salarié cherche lui-même son partenaire au sein de l'entreprise. Le binôme a de meilleures chances de réussite si les partenaires ont déjà travaillé ensemble ou partagent la même culture d'entreprise.

En France, le retard des partages de poste est d'origine culturelle. Le temps partiel est traditionnellement considéré comme une contrainte et non comme un choix de société. Celui ou celle qui travaille à temps partiel est pénalisé dans son évolution de carrière et sa protection sociale. Aux Pays-Bas, 75% des femmes travaillent à temps partiel par rapport à 41% pour l'ensemble des pays européens et 23% aux Etats-Unis, mais les hommes néerlandais ne sont pas de reste puisque 23% travaillent à temps partiel, contre seulement 10% dans les autres pays occidentaux, et 9% s'arrangent pour accomplir un temps complet en quatre jours. Le terme de « daddy day » (la journée de papa), souvent le vendredi, est entré dans le vocabulaire courant de ce pays où, selon une députée néerlandaise, « la jeune génération est en train de transformer notre culture du temps partiel en force et non plus en faiblesse ».

Une vision française du travail obsolète

Imaginez en France des managers, des ingénieurs, des chirurgiens à mi-temps. Dans les entreprises comme dans les bureaux de l'administration, les espaces de travail seront moins nombreux que les salariés qui se croiseront dans les couloirs au gré de leur compromis entre vie professionnelle et vie privée. Les avantages du temps partiel s'appliquent aussi aux professions dont la pénibilité est élevée.

Le « job sharing » est une nouvelle forme de travail qui permet aux entreprises de trouver plus facilement des candidat(e)s dont le profil correspond à leurs critères de recrutement. Parmi les membres de l'Union Européenne, la France est le pays où l'on attache le plus d'importance au travail (68%), alors que la moyenne européenne est de 55%. Les pays où le travail a le moins d'importance sont l'Allemagne, les Pays-Bas et la Suède. Les deux tiers des Français placent le travail au deuxième rang après la famille, mais bien avant les amis et les loisirs, et encore plus loin devant la religion ou la politique.

Une solution au maintien des « seniors » dans la vie active

Mais, au vu des tendances dans la plupart des pays occidentaux, on pourrait affirmer que le concept même de temps partiel ou de temps complet est en passe de devenir obsolète en ce début du 21è siècle, et sera remplacé à plus ou moins court terme par une nouvelle conception du travail, plus humaine et mieux intégrée dans la vie de chacun.

Il serait temps que les partenaires sociaux français, en cette période de discussions sur l'organisation du travail et la qualité de vie au travail - ou la qualité de vie en général - prennent sérieusement en considération non seulement la réduction du temps de travail, mais aussi le partage de poste comme une solution à la diminution des indemnités de chômage et au maintien des « seniors » dans la vie active. Faire des heureux qui travaillent et réduire les dépenses publiques, n'est-ce pas là l'objectif de tout gouvernement ?

 

 

 

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Commentaires
a écrit le 14/09/2013 à 19:18 :
Partageons le travail : c'était l'idée de base du programme de la gauche de 1980. Chacun aurait ainis plus de temps libre. Tout le monde était d'accord ...
Partageons le salaire : là plus personne n'était d'accord !
On a donc trouvé une solution géniale : à moi le boulot et ses revenu, à toi le temps libre !
a écrit le 14/09/2013 à 15:37 :
Emploi partagé = galère et misère pour tous
a écrit le 13/09/2013 à 17:11 :
"La sociologue Ingrid Leddet n'a aucun doute sur la réponse", mais la sociologue devrait peut-être sortir du référentiel du fétichisme de la valeur théorisé par un certain nombre de ses collègues.
a écrit le 13/09/2013 à 15:27 :
Mais pourquoi donc donner la parole à cette dame? C'est ahurissant d?ineptie. Qu'elle se taise à jamais. Le travail est une valeur qui se cultive à plein temps. Les socialistes massacrent toutes les valeurs qu'ils approchent de près ou de loin.
a écrit le 13/09/2013 à 13:08 :
Ridicule, aucune valeur ajoutée. Les salaires en France ne sont pas mirobolants ; 1 poste pour deux cela signifie 1 paye pour deux. Trouver une entreprise ou même un Etat qui accepterait de doubler sa masse salariale en pariant sur un hypothétique effet d'expérience tout en augmentant ses coûts cachés est impossible, cela relève de la folie furieuse avec le niveau de charges que l'on doit supporter. C'est bien beau le temps partiel, mais si c'est juste pour rester chez soi à ne rien faire parce que l'on a pas les moyens de consommer, autant aller travailler à temps plein. Et quant bien même, aller, disons partage à 50/50 sur 2 emplois pour avoir un véritable salaire : si mes 2 jobs sont à 1 heure de RER l'un de l'autre ? Et comment gère-t-on les jobs à horaires incertains (pour les fonctionnaires dans administrations type justice, police, armées les personnes savent à quelle heure elles commencent, mais pas à quelle heure elles terminent et je ne parle même pas des cadres dans le privé) ? La solution ne serait donc applicable qu'à des emplois précaires non qualifiés et dans un même ressort géographique (le temps de trajet, c'est du temps de travail ! Pas encore ? Votez pour moi dans quelques années et ce sera le cas). Non franchement, cet article n'a pas été écrit par un être humain mais par un robot informatique qui a agrégé des informations disparates pour pondre un truc lisible mais complètement stupide. Si tel n'est pas le cas, alors Ingrid (l'auteur si vous êtes de droite et l'auteure si vous êtes de gauche ; blague) doit absolument partager son temps de travail avec un autre job où la gestion des concepts intellectuels, économiques et managériaux n'est pas requise.
a écrit le 13/09/2013 à 12:39 :
Mais oui, le temps partagé peut être une excellente solution pour les employeurs et administrations qui veulent partager leur frais, et pour les salariés qui veulent diversifier leurs parcours professionnels... à condition, si on ne peut vivre avec un demi-salaire, de trouver 2 emplois à 50 % ou 3 emplois totalisant 100 % ! Que l'administration nous montre l'exemple ?
a écrit le 13/09/2013 à 8:35 :
Puisque ça ne pose aucun problème de partager en 2, cette personne pourrait facilement penser à un partage à 3,4,5 ou 15. Qui a dit que le paradis n'existe pas?
a écrit le 12/09/2013 à 14:44 :
Article nul qui parle du travail partagé !Le salaire il est comment ,partagé aussi !Et quand on est toubib ou ingenieur à 5000 ? mois on peut partager le travail, le temps d'élever les enfanst pour le reprendre en totalité aprés surtout si le conjoint gagne à peu pret autant .Cet article est une insulte à tout ceux qui ont des salaires bas ou faibles.Je suis sur que cette personne à double salaire chez elle ,comme ça c'est bien donner, des leçons aux autres et ça se dit sociologue ........
a écrit le 12/09/2013 à 13:28 :
Article fort intérressant ! Il confirme à nouveau que nous avons un retard énorme dans l'organisation de notre pays et que les mentalités sont loin de changer...A moins qu'il y ait une vrai prise de conscience des jeunes générations !
"le travail c'est la santé" : il faudrait réfléchir sérieusement à ce propos. Les pays nordiques ont une avance énorme sur notre "vieux" pays enraciné d'idées "vieillotes".
A chacun de voir ....
a écrit le 12/09/2013 à 10:17 :
La réflexion est loin d'être inintéressante tant... On espère juste que cela ne donnera pas encore lieu à une loi hallucinante des socialistes qui seraient capable d'appliquer cette idée de manière unilatérale à toutes les entreprises. Ambiance 35 h.
a écrit le 12/09/2013 à 9:35 :
Cette personne invente ou découvre l'eau tiéde !! les emplois partagés existent déjà ...Quand Mac do ou la grande distrib annonce employer 50 ou 100 personnes cela ne représente que 8 équivalents temps plein dans le premier cas ....et si ce n'est pas des emplois partagés comment faut il les appeler ?
a écrit le 12/09/2013 à 9:12 :
C'est une marrante , la dame...!
a écrit le 12/09/2013 à 9:05 :
Un bateau va aux etats unis en 7 jours 7 bateaux iront en un jour
mon postier d'un petit village avait eu une idée semblable pour un village de 800 habitants au lieu de I postier il en prenait 3 comme il Y a 36.000 communes le chomage etait résorbé
C'etait l'epoque ou Mitterand jurait que lui vivant on ne depasserait pas le Million de chomeurs
Sic transit
a écrit le 12/09/2013 à 9:02 :
cette ahurie ne parle même pas du problème inhérent à sa solution à la noix ! DES REVENUS DIVISE PAR 2 !!!!
Réponse de le 12/09/2013 à 9:13 :
..déjà que les revenus actuels ne permettent pas de vivre décemment, bien souvent à survivre...alors un 1/2 salaire...LE TOP " !!!!!!!!
a écrit le 12/09/2013 à 8:46 :
C'est avec cette théorie malthusienne à la noix : le travail est un fromage qu'on partage, qu'on a fait les 35 heures qui ruinent peu à peu la France. Le travail, c'est de l'énergie. Et l'énergie, plus on en dépense, et plus on en a. Essayez de rentrer çà dans vos caboches, les rentiers du welfare !
a écrit le 12/09/2013 à 6:40 :
la tribune a visiblement du mal a payer des journalistes competents, ils ramassent maintenant les fonds de poubelles . Demander a une sociologue la recette contre le chomage, faut le faire ! (mm pas honte )
a écrit le 12/09/2013 à 5:26 :
encore une illuminée.
faudrait la mettre au travail, le vrai et dans quelques années lui reposer las mêmes questions.

En suivant son raisonnement, on va prendre 9 femmes pendant un mois, ça ira plus vite comme ça.
Du coup, on prend aussi 9 pères ?
a écrit le 12/09/2013 à 0:12 :
Pour les jobs d?exécution ça se fait déjà depuis plus d'un siècle (les 3x8, vous connaissez?), pour les travaux plus élaborés, c'est une autre affaire, le jour ou elle voudra se faire coiffer par tel coiffeur renommé, j'espère que celui-ci lui expliquera qu'il partage ses fonctions avec un petit nouveau et que c'est très bien comme ça et que ce sera le même prix. On verra si elle accepte. Quant aux travail des décisionnaires ça va être amusant s'ils ne sont pas d'accord. Elle est gentille la sociologue... Elle nous aura distrait 5 minutes.
a écrit le 11/09/2013 à 22:16 :
et une paye aussi pour deux....? !
a écrit le 11/09/2013 à 22:02 :
Le partage du travail est possible avec l'allocation d'un revenu de base complémentaire et inconditionnel, véritable dividende universel. A suivre sur mon blog:
http://alternative21.blog.lemonde.fr/presentation/le-revenu-de-base-un-nouveau-paradigme/
a écrit le 11/09/2013 à 21:16 :
Qu'en pensent les cumulards de la gauche "sociale"? Sont-ils prêts à partager leurs indemnités?
a écrit le 11/09/2013 à 21:10 :
MDR !
ou mort de peur !!
Emploi partagé : un fauteuil pour deux, du travail pour tout le monde?
ON nous refait le coup des 35h en PIRE
Réponse de le 12/09/2013 à 1:23 :
accrochez-vous, car pour le moment la France se paie toutes les conneries imaginables... Surtout si elles sont labellisées "made in France" :-)
a écrit le 11/09/2013 à 19:37 :
Elle n'a pas du beaucoup fréquenté le monde du travail...
Réponse de le 12/09/2013 à 9:15 :
et dire qu'on traite certains Français de "feignasses"....ma pauvre Dame!...Si vous saviez...!
a écrit le 11/09/2013 à 19:37 :
Encore un délire de sociologue.

Et puisque que le temps sera partiel, le salaire le sera aussi. Est ce que dans ce cas mon loyer, mes factures pourront être "partiellisées" ?
a écrit le 11/09/2013 à 18:55 :
"Le temps partiel est traditionnellement considéré comme une contrainte et non comme un choix de société". Amusant ! Madame Leddet semble ignorer où se situe cette contrainte : le salaire. Donnez à tous le même salaire pour un temps de travail divisé par deux et plus personne ne parlera de contrainte !
a écrit le 11/09/2013 à 18:12 :
Emplois partagés:encore une énième nouveauté cosmétique pour créer des emplois.Le nombre des ministres passera à 74,bonjour les dégats et tracas.Mauvaise idée!Et si on allait aux idées les plus simples, concoctées par les internautes du Tribune!
Réponse de le 12/09/2013 à 15:40 :
Dommage que la France ait pris un tel retard (rétrograde), apparemment les pays nordiques sont plus évolués depuis longtemps. Chez nous, les lois datent de Napoléon !
Les salaires sont certainement plus adaptés par rapport à nos " maigres " salaires ! sinon, l'idée de partage du travail serait intérressante pour certains, notamment pour mieux gérer les enfants qui "font les frais" de notre manque de disponibilité. A réfléchir !

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