Et si les services nous aidaient à gagner la bataille pour l’industrie ?

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Xavier Quérat-Hément. DR
Xavier Quérat-Hément. DR (Crédits : DR)
Recréer de l'emploi industriel est une volonté forte de François Hollande. Pour Xavier Quérat-Hément, directeur qualité du groupe La Poste, cela n'arrivera pas sans le développement de services, leviers de la création d'emploi.

La semaine passée, le président François Hollande est intervenu pour annoncer «34 plans de bataille» pour défendre l'industrie. L'objectif : "Recréer les emplois industriels qui ont été détruits lors de la précédente décennie." On se réjouit de l'enthousiasme de cette politique volontariste. Pour autant, la réussite des "34 plans"  relève-elle de la seule logique industrielle ? Comment faire pour intégrer les services dans cette démarche et leur donner toute la place qu'ils méritent ?

Derrière le rideau des réussites industrielles

Les réussites comme Velib ou Autolib, Nespresso ou Apple, la mutation « copernicienne » d'entreprises comme IBM ou Xerox montrent que l'enjeu de la réussite industrielle tient dans le service. Derrière le rideau, chacune de ces réussites révèle une autre clé de la réussite industrielle : l'innovation technologique doit être enrichie par une véritable culture de l'innovation et du design de service. A cela s'ajoute un autre constat incontournable : le développement des services constitue aujourd'hui le levier majeur de création des emplois. Prenons en compte la révolution des services : il y a une véritable complémentarité entre industrie et service et toute opposition est devenue stérile comme nous l'avons souligné dans une note publiée à l'Institut Choiseul.  

Un monde de services

En 2011, la part de l'industrie dans la valeur ajoutée totale ne représenterait plus que 12,6% en France, alors qu'elle représente encore 26,2% en Allemagne. Si on compare avec le secteur des services, on constate que ceux-ci sont passés de 60% de la part du PIB allemand en 1989 à 73% en 2009, soit une progression de 22%. En France, pour la même période, la part des services n'a progressé que de 16% (source The World Bank Group). D'une manière générale, la part de l'industrie dans les deux pays ne cesse de baisser, alors que les services, eux, progressent. Mais la Révolution des services ne s'arrête pas aux frontières de l'Europe. La mondialisation des services est en route ! Ainsi, comme le souligne une étude du cabinet Oliver Wyman "La mondialisation des services est une révolution aussi remarquable que celle qui a touché l'industrie après 1973. Elle va déboucher sur une économie de l'immatériel, structurée sous la forme de réseaux mondiaux de services". On voit apparaître de nouveaux leaders et dans les dix années qui viennent des pays comme la Chine, l'Inde, le Brésil ou encore l'Afrique du Sud, auront rattrapé leur retard en la matière. On estime la valeur des services à 40 milliards d'euros de PIB dans les pays émergents dans les dix années à venir. Cela nous laisse donc dix années avant que ces «nouveaux concurrents» ne prennent le lead sur le marché mondial des services.

Multiplier les initiatives sectorielles

Comme l'a rappelé le président François Hollande "L'Etat n'a pas à se substituer à l'initiative privée car ce sont les industriels qui connaissent les marchés, les clients, les technologies. Il lui revient de définir un cadre, d'accompagner et de stimuler". Ces paroles pourraient tout à fait être transposées au secteur du service. On connaît les mesures à prendre pour aider ce dernier à se développer en France. La Commission permanente de concertation des services a insisté sur la nécessité d'adapter le droit du travail aux conditions des professionnels du secteur, de repenser la fiscalité, d'inciter l'emploi et d'améliorer la formation initiale (sait-on, par exemple, que les métiers de l'hôtellerie recherchent plus de 60.000 nouveaux emplois réservés aux débutants !) et continue....

Pour ce qui concerne maintenant les démarches volontaristes, il est impératif de se mettre au niveau de nos voisins européens. L'Allemagne, leader des services en Europe, a porté au niveau européen, une norme sur l'excellence du service et l'enchantement client rédigée initialement par les constructeurs auto (Porsche, Audi...). Il est essentiel également d'investir dans le design de service et l'innovation. La Finlande a investi 100 millions d'euros sur 6 ans pour soutenir tout type d'innovation de service. Le pouvoir politique peut beaucoup pour aider au développement du secteur.

En France, il nous apparaît évident qu'un secteur tel que le tourisme, par exemple, aurait besoin d'une mobilisation générale de tous les acteurs autour du savoir accueillir et de l'esprit de service... Multiplions les initiatives sectorielles : prix du design de service du Groupe La Poste, les Prix de l'Innovation de la Ville de Paris et bientôt les trophées de La Fête des Services et continuons de nous mobiliser au travers de la Commission Nationale des services, du Groupement des professions de services ou encore de la Marque France et de France 2020. Sans aucun doute le message finira par être entendu des politiques.

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Commentaires
a écrit le 20/09/2013 à 9:43 :
N'en déplaisent aux vieux grincheux qui nous écrivent depuis le 19 ème siècle, la croissance économique ne se fera plus sur des biens matériels qui génèrent déchets et pollution. Dans le domaine matériel il faut tendre vers une économie circulaire. Dans le domaine immatériel, rien ne nous y contraint, même si on est en droit de s'interroger sur le sens de tout cela.
a écrit le 20/09/2013 à 6:11 :
Les services c'est quoi?: Ce sont des bourgeois qui se payent des esclaves, De plus, dans un futur proche cela sera le rôle des robots donc ce ne sont pas des métiers d'avenir.. Par contre travailler dans la robotique, oui..
a écrit le 19/09/2013 à 22:44 :
Sans industrie pas de service. Cqfd
Réponse de le 20/09/2013 à 16:11 :
Sans service, pas d'industrie.
a écrit le 19/09/2013 à 19:00 :
"Gagner la bataille..." : Parce que on est en guerre ? Il y a alors beaucoup de collabo chez nos leader. Personnellement, j'ai pas besoin de devenir riche, et encore moins de participer à l'émergence de milliardaires chinois... Il ira se battre tout seul le monsieur !
a écrit le 19/09/2013 à 15:11 :
Et si ma tante en avait?
le service ne produit pas grand chose de concret même si il est incontournable..
a écrit le 19/09/2013 à 14:45 :
Déjà que c'est NOUS tous qui maintenons l' "industrie" bancaire à bout de bras par nos impôts... Vous êtes hors sujet : le service n'a aucune valeur ajoutée, il n'est qu'un transfert d'argent. La seule industrie à valeur ajoutée est la réelle production.
Réponse de le 19/09/2013 à 15:48 :
100% D'accord. Les services non obligatoires, on s'en passe ( ie le tourisme ), et pour le service "obligatoire" ménage jardinage bricolage. On y fera appel lorsque notre Gain Horaire ( Salaire net sur lequel je déduis les innombrables impôts / taxes diverses et variées ) sera supérieur au cout horaire d'une personne m'apportant le service. C'est aussi simple que ca.
Réponse de le 19/09/2013 à 18:13 :
Pour ce que rapporte, par exemple le service à "la personne", pour celle qui l'effectue : un véritable SCANDALE !! précarité à tout crin ! de quoi déprimer grave, une misère, et l'on en passe !!!!
Réponse de le 20/09/2013 à 0:17 :
Tout à fait d' accord avec Yvan et Fred l' industrie et l' agriculture produisent de la richesse, les services la consomme.Désolé M Quérat mais personnellement je crois que vous semblait pas bien comprendre à la vraie économie d' un pays.Vous êtes un brillant et pur produit des grandes écoles françaises et c' est bien ça le pire à mes yeux . La France s' écroule un peu plus chaque jours au fur et à mesure que notre industrie disparait avec la caution de nos politiques d' hier et d' aujourd'hui.Une fois notre industrie liquidé on pourra toujours pleurer , implorer le social disparu , qui payera les services? on devra alors crever de faim ou manger dans la main de la chine mais ce sera à la baguette!
Alors oui à plus de service , pour faire tourner le système au mieux si et seulement si plus d' industrie.Pour le moment on ne pas s ' en offrir plus et c' est certainement dommage! Je comprends dans votre discours vous voulez vendre des services aux autres ça tien la route mais le gain sera franchement maigre à mes yeux pour combler la désindustrialisation.Nous sommes plus dans une logique de commerce équitable, on est dans un guerre commerciale et pour le moment en jouant le libre échange libéral on perd des plumes!

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