Arrêtez de tirer sur le CICE !

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Bernard Cohen-Hadad, président de la Commission Financement des entreprises de la CGPME, ne comprend pas les polémiques autour du CICE, un outil selon lui indispensable dans les temps économiques troubles que nous vivons. | DR
Bernard Cohen-Hadad, président de la Commission Financement des entreprises de la CGPME, ne comprend pas les polémiques autour du CICE, un outil selon lui indispensable dans les temps économiques troubles que nous vivons. | DR (Crédits : DR)
Les critiques vont bon train contre le Crédit Impôt Compétitivité et Emploi (CICE), mis en place par le gouvernement le 1er janvier dernier. Pour Bernard Cohen-Hadad, Président de la Commission Financement de la CGPME, cette mesure est pourtant idéale pour baisser le coût du travail, et garder le cap sur l'emploi.

De quel défaut originel est coupable le Crédit Impôt Compétitivité Emploi (CICE) ? C'est la question que chaque entrepreneur à la recherche de financements, dans les territoires, est en droit de se poser tant ce dispositif récent, qui dispose d'une enveloppe de 20 milliards d'euros, semble ne pas répondre aux attentes d'une multitude de lobbies, acteurs économiques ou politiques.

Un dispositif pas si cher

On entend ou lit, à son sujet, le meilleur et le pire. En réalité, c'est simple, le Crédit Impôt Compétitivité Emploi bénéficie aux entreprises de toutes tailles - quel que soit leur mode d'exploitation et quelle que soit leur activité - qui emploient des salariés et qui sont imposées sur l'impôt sur les sociétés ou sur l'impôt sur le revenu d'après leur bénéfice réel.

Ce crédit d'impôt porte sur toutes les rémunérations versées aux salariés au cours d'une année civile et qui n'excèdent pas 2,5 fois le SMIC calculé sur la base de la durée légale du travail. Pour 2013, le taux du CICE est de 4%. Il est de 6% pour l'année 2014. Contrairement à ce que l'on dit ce crédit n'est pas cher. Les entreprises patrimoniales savent que se financer a un coût. Et du moment qu'elles trouvent des moyens, où est le drame ?

Reconnaître que TPE et PME ont besoin d'aide pour embaucher

Le CICE est un crédit pour aider les PME et non pas un encouragement à limiter l'augmentation des salaires. Évitons la démagogie. Ce que l'on peut craindre, comme à l'accoutumée, c'est que lorsque ce dispositif cessera, les lésés ne seront pas ceux qui l'ont combattu, pour ne rien proposer en échange, mais les entreprises qui en avaient réellement besoin, en ont bénéficié et l'ont utilisé comme un ballon d'oxygène.

Car le CICE a un objectif à moitié avoué : diminuer le coût du travail des entreprises, celles qui connaissent des difficultés ou qui sont fragiles. Et la plupart du temps, qui emploient une main d'œuvre peu ou pas qualifiée. On pense naturellement au commerce et à la petite industrie. Sans aucun doute le tabou est là. Encourager le CICE, c'est implicitement reconnaître que, sans soutien, compte tenu des charges sociales qui pèsent sur les entreprises en France, les TPE et les PME ne pourront pas embaucher ni étayer la dynamique de la relance.

La difficulté d'une baisse réelle du coût du travail

L'enjeu est donc de donner aux entreprises les moyens financiers pour l'emploi et d'y parvenir. En ce domaine il n'est pas de science exacte. Dès le début, les entrepreneurs ont souligné qu'ils auraient préféré des baisses de charges pour faire face à la réduction des marges et au durcissement des offres de financement. Même avec pour cible la reprise de l'emploi, Il ne fallait pas y compter.

Contre mauvaise fortune, c'est-à-dire compte-tenu du niveau de la dette publique, les organisations patronales ont marqué leur attention au projet sous bénéfice d'inventaire. A condition que toutes les entreprises des secteurs où l'emploi et l'activité sont en difficultés puissent en bénéficier immédiatement. Ainsi BPI France, a été chargée de monter en puissance pour mettre en place un dispositif de préfinancement.

Un dispositif efficace et rodé

Reconnaissons que, malgré des débuts de communication difficiles, ce qui pouvait apparaître compliqué est maintenant clair, efficace et rodé. Actuellement près de 11.000 entreprises en ont bénéficié. Les dossiers de préfinancement du CICE sont accessibles en ligne sur le web. Et, en 20 jours, on peut obtenir un apport de trésorerie pour un montant allant jusqu'à 85 % du financement anticipé du CICE.

BPI France a même préfinancé des montants de moins 950 € pour soutenir des TPE. Le sait-on ? Quant aux entrepreneurs de TPE ou PME qui ne veulent pas passer à côté de cette facilité, en cas de bug, ils peuvent se faire assister de leur expert-comptable ou faire appel à leur agence bancaire.

Les entreprises fragiles ne séduisent pas les banques

Encore faut-il que les agences bancaires jouent le jeu. Sur le papier, les banques font partie du dispositif et le proposent à leur client. Tout semble organisé et bien huilé. Ombres au tableau, le CICE les indiffère ; la motivation dépend des réseaux, de la relation banque-PME et des politiques commerciales des établissements financiers.

Chacun sait que certains réseaux ne voient pas d'intérêt à un dispositif qui intéresse une clientèle d'entreprises fragiles, conjoncturellement en difficulté, en attente de crédit de trésorerie ou en besoins de fonds de roulement, qu'ils ne souhaitent pas forcément aider.

Quant aux entreprises en bonne santé, elles n'ont aucun problème de financement, le préfinancement n'est pas leur préoccupation. D'autant que pour conserver cette clientèle d'entreprises rentable, les banques mettent à leur disposition une panoplie des prêts classiques à des taux très compétitifs ou bien ouvre les robinets du crédit contractuel. Malheureusement ce n'est pas la situation que vivent la majorité des entreprises patrimoniales.

Le racket : la concurrence des temps de crise

C'est pourquoi, dans la situation économique et financière dans laquelle nous vivons, qui connait actuellement un pic de TPE en difficultés, la concurrence prend souvent la forme d'un racket ou d'une pression sur les commandes et sur les marges. Le CICE, appliqué dès 2013, devient alors une vraie opportunité.

C'est pour ces raisons qu'il faut laisser ce dispositif s'installer dans les mentalités et dans la durée. Tout mettre en œuvre pour y orienter les entreprises qui en ont vraiment besoin. Et veiller à ce qu'elles ne se fassent pas voler ce droit à un appel d'air. Enfin, arrêtons de coller notre nez sur les statistiques et de penser que c'est l'effet de masse qui justifie une utilité sociétale dans les régions.

 

Lire aussi : Le CICE ne sert à rien pour les TPE !

 

*Bernard COHEN-HADAD est Président du Think Tank Etienne Marcel et Président de la Commission Financement des entreprises de la CGPME. Retrouvez toute ses actualités sur son blog.

 

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Commentaires
a écrit le 17/10/2013 à 17:12 :
Pas de CICE pour une entreprise sortie d 'un redressement judiciaire et en plan d'apurement, avec 15 salariés répondant aux critères d'attribution cela ferait du bien...
a écrit le 17/10/2013 à 15:42 :
@ l'auteur: vous oubliez de mentionner un fait plus qu'important.C'est que le CICE est programmé pour disparaitre dès 2015 !! quid des embauches réalisées grâce à lui ? Dans le doute ,du coup ,on s?abstiendra ,vous m'en voulez pas ?.... il est même plus qu'alarmant que vous n'en parliez pas d'ailleurs....
a écrit le 17/10/2013 à 8:55 :
Fantastique ce discours. L'état nous a piqué 100 milliards d'euros supplémentaire en charges diverses et variées et nous devrions applaudir parce qu'ils vont nous rendre 20 milliards... Et les 80 milliards qui manquent, qui c'est qui les a payés???
le cice est une connerie de plus. Je prend un exemple, nos voisins suisses (je suis à 1 heure de geneve). Nous bossons 35h par semaine avec 11 semaines de vacances par an. De l'autre coté, c'est 42 heures par semaine et 2 semaines de vacances par an. Au final, un salarié suisse bosse 1 jour de plus par semaine qu'un français, en 1 mois c'est une semaine complete de plus, et en 1 année, il a bossé 9 semaines de plus qu'un français. Et on s'étonne que les suisses soient les leaders de la compétitivité et que nous plongions dans les profondeurs du classement... Simplement revenir à la semaine de 39h pour tous, c'est 45 milliards d'? de résultat net supplémentaire pour l'état et les entreprises... CQFD...
Réponse de le 17/10/2013 à 12:13 :
11 semaines de vacances par an ? Vous rigolez !
Quant à la durée hebdomadaire de travail, les allemands travaillent moins que nous !
Réponse de le 17/10/2013 à 15:46 :
@sacoince: les Suisse c'est 4 semaines minimum les congés payés ! Et question jours fériés c'est comme en France !
a écrit le 16/10/2013 à 21:08 :
il faudrait expliquer à l'auteur de cet article que lorsqu'un organisme public ponctionne une entreprise c'est pour dire : "nous secteur public nous utiliserons mieux cet argent pour le développement économique que vous dans votre entreprise pour financer vos investissements" . donc ça n'a aucun sens de prélever des charges pour les redistribuer sauf à pouvoir dire que c'est l'Etat qui "donne" et le maintenir artificiellement au centre du jeu en niant le rôle de l'entrepreneur. Mais qu'un représentant de la CGPME ne comprenne rien aux entreprises est amusant mais ne m'étonne finalement pas tant que cela, puisque les syndicats font partie du système politique actuel.
a écrit le 16/10/2013 à 20:08 :
C'est une usine à gaz, donc une trappe à temps et à énergie, donc à productivité. L'économie administrée cela ne marche pas, trop peu, trop lent, trop archaïque, toujours en retard.
a écrit le 16/10/2013 à 19:45 :
Halte aux usines à gaz ! Baissez les charges sociales, c'est tout...
a écrit le 16/10/2013 à 19:19 :
Le CICE c'est l'astuce politique qu'a trouvé FH pour faire de la TVA sociale sans le dire. Donc oui il faut décharger le travail en France et oui ça se financera par des impôts pesant sur les personnes physiques. FH l'a parfaitement compris comme d'autres. Après il faut habiller tout ça pour le vendre politiquement c'est tout...
a écrit le 16/10/2013 à 19:19 :
de toute facon, si le cice ne plait pas aux entreprises, l'etat peut toujours le supprimer... c'est 20 milliards d'euros d'economiser pour l'etat mais je crois que les premiers qui hurleraient contre la suppression du cice seraient precisement ceux qui critiquent ce dispositif aujourd hui.
a écrit le 16/10/2013 à 18:41 :
pour info impossible d'en profiter en phase de comblement de passif...
a écrit le 16/10/2013 à 16:51 :
Le CICE c'est comme le CIR Crédit d?Impôts Recherche, ce sont des usines à gaz approximatives brouillonnes bricolage des énarques et des sciences po ... bricolages qui coutent plus cher qu'ils ne rapportent aux PME qui doivent avoir recours à des Experts comptables, des consultants divers et variés pour les mettre en oeuvre et ensuite à des Avocats pour se défendre dans les redressements fiscaux "garantis" ... L'on comprends mieux pourquoi les députés UMP et UDI se sont inventés une Loi pour devenir avocats lorsque les électeurs les virent aux élection !!!
Réponse de le 16/10/2013 à 18:41 :
CICE + CIR = 26 milliards. Si comme vous le dites, ces dispositifs coûtent plus chers qu'ils ne rapportent, sous entendu les entreprises doivent dépenser 26 milliards en frais d'avocats pour comprendre le fonctionnement de 2 crédits d'impôts, c'est que les chefs d'entreprises dont vous parlez sont de véritables incompétents. Heureusement, le CIR a chaque année d'avantage de succès, ce qui prouve que vous avez tord.
Réponse de le 16/10/2013 à 21:28 :
L'évidence, c'est que le CIR n'a en rien empêché la désindustrialisation massive .... L'évidence, c'est que le CIR n'a en rien empêché la France de sombrer lamentablement 64ème mondiale en terme d'efficacité de l'innovation et 27ème européenne [classement INSEAD OMPI] ... pas glorieux pour les machins trucs bidules inventés par les bras cassés la Sarkologie et conservés aggravés par les bras cassés de la Hollanderie ... le CICE c'est un autre bazar inutile et stupide, rien de plus. Amen.
Réponse de le 17/10/2013 à 12:19 :
@Evidence. Une autre statistique met la France à la troisième place mondiale dans le classement des 200 premières sociétés innovantes !
a écrit le 16/10/2013 à 16:48 :
Le CICE sera comme le CIR.
Il ne bénéficiera à 90 pour cent qu'aux très très très grosses entreprises.
Les TPE, PME etc. n'en verront rien.
Réponse de le 16/10/2013 à 20:50 :
Pour obtenir une avance de trésorerie du CICE les rémunérations doivent être certifiées par un cabinet comptable ou par une union patronale... Alors que tous les mois vous déclarez et payez à l'URSSAF vos charges. Dans mon cas et pour ma PME je n'ai pas de cabinet comptable. Alors je patiente!!!

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