Hollande, la présidence effacée

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D'abord brouillée, la présidence Hollande est en train de s'effacer. Faute de scénario elyséen. Par Jean Christophe Gallien, professeur associé à l’Université de Paris 1 la Sorbonne

La triste affaire dite Léonarda, après d'autres cas, vient explorer les difficultés de l'Élysée à maîtriser certaines situations de communication. Nous pourrions parler de situations de gouvernement, tant communication et gouvernement sont, quel que soit l'étage institutionnel et plus largement quelle que soit la responsabilité publique ou privée, totalement intégrés ou consubstantielles l'une de l'autre.

Une difficulté devenue structurelle

Mais comment une situation banale peut-elle dégénérer à ce point en farce nationale et internationale. Pour vous en convaincre, lisez la presse et regardez les médias audiovisuels européens et au delà ! Certes, il n'y a pas de gouvernement sans crise, et on gouverne désormais dans la crise, mais là, nous sommes au cœur d'une difficulté devenue structurelle.

Une présidence qui s'efface

La présidence Hollande se voulait normale, simple et accessible.Incertaine elle s'est trop rapidement brouillée. Elle est en train de s'effacer. Point de guide, de moins en moins de chef, crédibilité attaquée, légitimité bagarrée, … confiance ajournée. Un an et demi après sa victoire, on ne trouve pas vraiment de code génétique à l'expérience Hollande. On attend encore un exercice présidentiel à la fois libéré et maîtrisé, local et global, populaire et incarné, ouvert et agissant.

 Le Président, on doit le détester ou l'aimer

On le sait désormais, la marque politique Hollande sera pour plus tard. Pourtant dans nos démocraties, comme pour une marque, le Président, on doit le détester ou l'aimer. Son expression doit faire rêver des fans ou inquiéter des adversaires, loin de cette indifférence qui frappe cette présidence et, au delà, notre pays dans son expression internationale. Le Président doit avoir des cibles, les "impacter", les fidéliser et les développer sans cesse. Ne pas trop lire de sondages qui l'éloignent, tout autant que le Château et sa cour, de ses publics réels.

Y'a-t-il des scénaristes à l'Élysée? Un scénario?

Le faible capital politique crée par la victoire de 2012 ne pouvait seul nourrir l'espoir d'une conversation durable et confiante avec les français au delà de la courte transition estivale. Il fallait que les scénaristes de l'Elysée nous livrent des séquences à dévorer épisodes après épisodes. Mais y-a-il des scénaristes à l'Elysée ? Et même osons la question : y-a-t-il un scénario ?

Dans la série de François Hollande, il y a beaucoup trop de bruits, des séquences sans contrôle qui s'entrechoquent, une équipe qui comporte trop d'acteurs, jusqu'aux second rôles, voire même des figurants qui veulent occuper tout l'écran. Alors que la star elle-même semble se chercher, parfois même se cacher, épisode après épisodes, les ambitions personnelles se saisissent de la moindre miette d'opportunité d'existence médiatique et politique. Dans l'affaire Léonarda, sa compagne, certains de ses ministres, de nombreux membres de son parti, ses alliés politiques … les paroles furent rapides, nombreuses, et totalement affranchies.

Un tempo non maîtrisé

Trop d'acteurs donc mais pas ou pas assez de scénaristes, et pas de scénario lisible pour les citoyens. D'hésitations en arrogances et dispersions, le tempo de l'intrique nationale n'est pas maîtrisé et plus personne ne comprends la narration présidentielle.

Comment faire pour sortir de cette impasse, tenter de faire rêver les supporters et de faire peur aux adversaires, et surtout se relier à nouveau au pays et au Monde réel ?

Présidentialiser...

Certes, avant tout, il faut des résultats tangibles. Il faut aussi d'urgence présidentialiser en proposant une nouvelle forme présidentielle adaptée au quinquennat et à la crise. Un véritable Grand frère qui s'engage plutôt que le remake du petit Père de la nation. Parler, guider, dresser la perspective et le tempo des séquences et incarner la - seule - direction en laissant le reste au gouvernement. Un gouvernement dirigé, discipliné, des ministres qui agissent, concentrés sur leur tache propre et qui gouvernent leurs administrations, au service du seul intérêt général du pays. Un gouvernement à resserrer aussi comme la majorité et son parti autour de l'action et qui doit suspendre le débat permanent.

... et internationaliser

François Hollande doit aussi davantage internationaliser sa présidence et pas seulement par le bruissement global non maîtrisé des affaires françaises. Dans ce monde qui bouge, qui se repolitise, avec l'affirmation de nouveaux leaders et de nouvelles puissances, il doit rapidement parvenir à incarner et consolider sa dimension globale pour porter la marque France. Enfin François Hollande doit territorialiser sa conversation. Il doit renouer un dialogue authentique et identitaire avec toute la France des territoires et réinvestir le lien entre temps citoyen et temps du projet pour tenter de créer la confiance.*

Jean Christophe Gallien, Président de j c g a, membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

 

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Commentaires
a écrit le 25/10/2013 à 19:02 :
Si on veut du changement, malheureusement on ne l'aura ni avec l'UMP ni avec le PS, alors tant pis, ce sera le FN, même si on doit sombrer.
En qq décennies la France est devenue n'importe quoi, dans tous les domaines !
Réponse de le 25/10/2013 à 21:11 :
@tom: Permettez-moi de vous faire la même réponse que celle faite à @faillitetotale ci-dessous. De mon point de vue, la correction des dysfonctionnements que nous constatons et qui nous exaspèrent, doit passer par un renouveau démocratique et non par une aventure politique, sociétale et économique hasardeuse.
a écrit le 25/10/2013 à 17:38 :
Il est pas mal votre article mais finalement on ne comprend pas bien ce qu'il doit faire ce pauvre homme !
a écrit le 25/10/2013 à 17:23 :
A force de faire le grand écart entre le dire socialiste et la gouvernance libérale , le pantalon craque et il n y a qu au cirque que cela fait rire.
Réponse de le 25/10/2013 à 18:11 :
@Le paysan: Vous parlez de son régime alimentaire ? :-)))
Réponse de le 25/10/2013 à 19:14 :
@Cerise; Amusant ... mais réponse inadéquate . Et il est vrai , que tout le monde s accorde à dire qu ayant oublié son régime initial , sa stature se modifie et qui le trouvait aimable , le découvre indésirable. Votre avis ?? .
Réponse de le 25/10/2013 à 20:42 :
@Le paysan: Aucun avis, j'analyse son parcours politique au même titre qu'une évaluation professionnelle. Si j'ai fait allusion, par plaisanterie, à son régime alimentaire c'est pour vous indiquer que, de mon point de vue et dans son cas précis, la notion de gouvernance LIBÉRALE concerne essentiellement ce domaine. Pour le reste, sa gouvernance est confuse, mêlant diverses postures et arbitrages qui ne suivent jusqu'à présent, aucune ligne politique claire mis à part celle dictée par les échéances électorales.
Réponse de le 25/10/2013 à 22:03 :
@Cerise . Votre analyse toujours faussée par votre déni , du bien pensant . C est un libéral tant que vous ne l admettrez pas vous ne comprendrez pas son parcours et sa confusion n est qu apparente ,et parfois voulant faire social il ne découvre que la petitesse de sa com..
Réponse de le 26/10/2013 à 7:51 :
@Le paysan Nos analyses divergent car vous considérez que "social" et "libéral" sont antinomiques et moi je considère qu'ils sont réconciliables. Quant à l'actuelle politique de François Hollande, si je devais choisir un seul qualificatif, ce qui n'est pas simple, je choisirais ni "social" ni "libéral" mais "colbertiste". A titre de comparaison, sa politique intérieure est bien plus proche de celle de l'ancien Labour d'Harold Wilson que celle plus récente du New Labour de Tony Blair. Le paradoxe c'est qu'elle s'inscrit dans une Europe à prédominance conservatrice, libérale et fédéraliste. Manifestement, la capacité de synthèse de François Hollande atteint ses limites.
Réponse de le 26/10/2013 à 8:46 :
@Cerise . Pour réconcilier social et libéral il faut avoir fait le constat qu ils ne s aiment pas. Qui explore ce chemin , je ne sais pas .Mais pour l instant aucune contrainte sur les dérives du libéral n est avancée. Le colbertisme à servi la nation grand est son mérite mais il y a un mais ; l état était fort. Bruxelles et ses directives envahissantes sont de nature libérale il faut les rejeter sinon votre reve ne verra pas le jour, je m avance peut etre un peu en parlant de votre reve veuillez me pardonner. Pour finir il ne faut pas que social soit synonyme de charité.
Réponse de le 26/10/2013 à 9:51 :
@Le paysan La troisième voie, sociale libérale, a été pratiquée par des hommes politiques tels que Tony Blair et Bill Clinton. Aujourd'hui en France; elle n'est plus qu'un lointain et éphémère souvenir ou une curiosité exotique, mais au niveau de l'Europe, elle est vivace et elle nuance l'image que vous avez de la politique européenne. Mon rêve s'articule autour du renouveau et du progrès démocratique car une seule pensée ne peut animer à elle seule toute l'Europe. Pour finir comme vous sur le social et la charité, je soulignerais simplement leur vertu, respectivement sur le plan collectif pour l'un et sur le plan individuel pour l'autre.
Réponse de le 26/10/2013 à 13:10 :
@Cerise . Le capitalisme d état était suffisant pour répondre à vos deux espoirs et le colbertisme y avait sa place, pourquoi nous nous en sommes éloigné ? Ma réponse le libéralisme va de pair avec la cupidité , il faut s en débarrasser .
Réponse de le 26/10/2013 à 14:28 :
@Le paysan: Le libéralisme est beaucoup plus efficace que le capitalisme d'Etat pour apporter une élévation globale du niveau de vie, du progrès, de l'innovation, du renouvellement des talents et des opportunités. Je préfère relever continuellement le niveau de vie médian et stimuler les ambitions même au prix d'un accroissement des inégalités, plutôt que tout l'inverse, à l'image des régimes collectivistes. Quant à la cupidité c'est un trait de caractère individuel qui peut se manifester dans toute forme d'organisation politique, aucune n'est immunisée, elle dépend des individus et elle peut varier dans le temps pour un même individu.
Réponse de le 26/10/2013 à 15:00 :
@Cerise. Vous préférez relevé le niveau médian sous entendu pour les autres aussi ; sinon c est l esclavage pour ceux qui n y sont pas. Citez donc un pays libéral ou tout cela se réalise , et ou l état n est pas maitre de son taux de change, recoive des directives de pays soi disant amis est concurrents à la fois ou ses frontières ne sont pas fermées et sous controles ou les arrivants ont les memes droits que les résidants .
Réponse de le 26/10/2013 à 16:36 :
@Le Paysan: Aucun pays n'est 100% libéral, mais de là à se débarrasser du libéralisme comme vous le préconisiez, il y a de la marge. Chacun des États au sein des USA est assez proche de la configuration que vous évoquez, même si au sens strict ces États ne sont pas des pays, mais constituent une fédération. En fait, votre dernière intervention pose en filigrane plein de questions pertinentes et complexes liées à la souveraineté de la France, à la monnaie unique, au fonctionnement des institutions européennes, aux frontières, à la citoyenneté, aux règles de concurrence, etc ... etc ... etc ... qui dépassent largement le simple débat entre étatisme et libéralisme.
Réponse de le 26/10/2013 à 17:01 :
@Cerise . Quand l état ne s occupe plus de ces questions nous sommes dans un système ultra libéral s en accommoder et faire croire que le social peut y etre défendu est un déni de compréhension économique , regardez le medef il réclame toujours plus : le chantage , la prévérication des syndicats tout est bon .........pour qui ?.......
Réponse de le 26/10/2013 à 18:00 :
@Le paysan: Nous sommes revenu à la case départ d'une autre discussion datant déjà de plusieurs jours. Les dirigeants nationaux participent au Conseil européen et prennent les décisions qui s'appliquent ensuite aux pays membres. La Commission est mandatée par le Conseil pour veiller à la bonne application. Les pays conservent beaucoup de latitude dans leurs choix fiscaux et budgétaires et la part du social est très significative, en particulier en France. Les partenaires sociaux défendent prioritairement les intérêts de leurs affiliés au sens large. Ce n'est pas parce qu'un syndicat patronal réclame toujours plus qu'il obtiendra satisfaction au motif du libéralisme.
Réponse de le 26/10/2013 à 19:17 :
@Cerise . Vous etes en politique et défendez votre avenir assez honnêtement mais vos convictions sont viciées par un déni issu d une position dominante que vous ne voulez pas abandonner , ni remettre en cause . On peut comprendre d autant que la vérité est très subjective.
Réponse de le 26/10/2013 à 20:31 :
@Le paysan: Non je ne suis aucunement en politique. J'ai adopté une démarche citoyenne qui plaide pour un renouveau démocratique (cf. mes autres commentaires plus loin). J'exprime aussi mon opinion personnelle mais elle est accessoire et susceptible d'évoluer. L'essentiel n'est pas d'imposer une vision de la société mais de tirer des enseignements de nos échanges qui permettront à chacun de mieux comprendre la vision de l'autre et de progresser dans sa propre réflexion pour peut-être un jour, converger vers une position consensuelle.
a écrit le 25/10/2013 à 13:39 :
La goutte d'eau, 15,5 % rétroactif sur Assurances,PEL... avec date d'application... le mois dernier !!!! Mon vote bascule du PS au FN.
Réponse de le 25/10/2013 à 15:21 :
Votre vote vous appartient mais une goutte d'eau justifie-t-elle de jeter le bébé avec l'eau du bain ? Ne vaudrait-il pas mieux militer dès aujourd'hui pour un renouveau démocratique sans attendre la prochaine élection ? La gouvernance de la France est médiocre car le fonctionnement de notre démocratie a été détourné au profit d'une caste de rentiers de la politique et cela concerne tous les partis en lice depuis plusieurs décennies. Pour ma part, je considère qu'un vote extrême est un remède pire que le mal.
Réponse de le 25/10/2013 à 19:10 :
@cerise
+1
Je partage votre vision
Réponse de le 26/10/2013 à 17:16 :
@cerise analyses interessantes , mais que proposez vous concretement ?
Réponse de le 26/10/2013 à 20:00 :
@tahiti6 Une démocratie saine assure un renouvellement régulier de la classe politique avec une bonne représentativité de la société. Dans d'autres pays, il est admis qu'un fonctionnaire démissionne de la fonction publique lorsqu'il se présente à une élection, qu'un candidat battu se retire de la politique, qu'un élu effectue un nombre limité de mandats avant de retourner dans la vie active, que le cumul des mandats est interdit, que les citoyens ont accès aux informations permettant de contrôler et d'évaluer, etc ... Concrètement, il faut que chacun se mobilise pour convaincre les autres citoyens et les militants de base des partis politiques du bien fondé d'un renouveau démocratique. Aux prochaines élections municipales, il faudrait idéalement, de façon apolitique, écarter ou faire battre tous les candidats qui seraient manifestement en contradiction avec les bases élémentaires de démocratie et l'annoncer publiquement et préalablement.
a écrit le 25/10/2013 à 13:15 :
Je m'impatientais de vous lire, cher Monsieur Gallien. Jusqu'à présent c'est la Présidence des 5 P : procrastination, pétaudière, prestidigitation, pantalonnade et poudrière. Puissiez-vous obtenir l'écoute de la Présidence.

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