Emily, les lobbies et... les commissaires pantoufleurs

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(Crédits : DR)
Année électorale, 2014 sera aussi celle du grand mercato européen qui marque traditionnellement la fin du mandat des institutions. Tous les cinq ans, c'est la même histoire : la plupart des commissaires européens, une bordée de députés et des centaines de collaborateurs se retrouvent « sur le marché » où nombre d'entre eux sont recrutés par les professionnels du lobbying, quand ils ne créent pas eux-mêmes leur officine.

Cette « circulation » qui fait partie du fonctionnement organique de l'Union pourrait bien devenir un peu plus visible l'année prochaine, si la nouvelle médiatrice, Emily O'Reilly, tient ses promesses. En Irlande, où elle a occupé la même fonction, cette ancienne journaliste s'est bâti une redoutable réputation. Arrivée en septembre à la tête de ce petit service chargé d'« enquêter sur des cas de mauvaise administration », elle annonce qu'elle aura « une approche maximaliste » de son job.

ELLE PASSERA UN PREMIER TEST D'ICI À LA FIN DE L'ANNÉE avec l'affaire la plus emblématique du pantouflage « made in Europe » : celui de l'ancien patron du service juridique de la Commission européenne, autrement dit l'un des fonctionnaires les plus puissants de Bruxelles.

Michel Petite, qui a rejoint en 2008 le cabinet Clifford Chance - où depuis il « conseille » activement des industriels du tabac et de la défense -, a en effet été reconduit à la fin de 2012 comme membre du... comité d'éthique chargé de rendre des avis sur le pantouflage des commissaires. Début 2013, plusieurs ONG ont saisi le médiateur pour faire annuler cette nomination qui constitue, selon elles, un cas manifeste de conflit d'intérêts.

L'AFFAIRE A PRIS UN TOUR PARTICULIÈREMENT SAVOUREUX avec le « Dalli Gate », qui a abouti à la démission forcée d'un commissaire à la Santé soupçonné d'avoir tenté de soutirer 50 millions d'euros à Swedish Tobacco en contrepartie d'un adoucissement des règles sur le tabac à chiquer.

Or, qui l'industriel suédois a-t-il envoyé se plaindre auprès de la secrétaire générale de la Commission européenne de cette tentative présumée (encore non élucidée) d'extorsion ? Son conseil, Michel Petite.

Emily O'Reilly a le choix entre trois options : obtenir de la Commission qu'elle traite cette affaire « volontairement » ; proposer une « solution amicale » - c'est le terme consacré ! - ; ou sortir l'arme atomique, autrement dit faire une recommandation qui sera ensuite envoyée au Parlement européen. Sur les plus de 450 plaintes reçues chaque année, pas plus d'une quinzaine font l'objet d'un tel rapport.

Le prédécesseur d'Emily O'Reilly a fait classer la plainte « confidentielle », autrement dit le résultat de l'enquête est censé ne pas être rendu public. Mais on peut compter sur les plaignants, parmi lesquels l'ONG Corporate Europe Observatory, pour assurer une certaine publicité aux résultats de ces investigations.

INTERROGÉE SUR LES PRATIQUES BRUXELLOISES DES « REVOLVING DOORS », la médiatrice n'hésite pas à parler de « problème de culture ».

« Les conflits d'intérêts ne sont simplement pas vus ici. Les gens ne les perçoivent pas comme ça », disait-elle récemment lors d'un entretien avec La Tribune.

D'ici à la fin de l'année, elle doit publier une enquête générale sur les conflits d'intérêts dans les institutions.

« Il y a des règles et des mécanismes très stricts pour prévenir les conflits d'intérêts », argue un porte-parole de la Commission, qui ne publie aucune donnée chiffrée sur le pantouflage. « Les gens doivent continuer à gagner leur vie pour payer leurs factures et les crédits immobiliers et nourrir leur famille », ajoute-t-on.

Emily O'Reilly voit les choses différemment. « Il y a conflit d'intérêts quand vous utilisez vos connaissances d'"insider" à votre propre profit en allant travailler pour un lobby », dit-elle. D'ailleurs, l'essentiel n'est pas tant la définition que « la manière dont le citoyen européen moyen voit les choses ».

Le débat est loin d'être clos.

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Commentaires
a écrit le 12/11/2013 à 21:03 :
"Conflit d'intérêt" est un mot délicat pour couvrir ce qui s'appelle en fait:
CORRUPTION ou CHANTAGE, délits lourdement condamnés !
a écrit le 03/11/2013 à 10:36 :
Vous êtes sûrs pour la photo ?...
Réponse de le 13/11/2013 à 18:26 :
c'est la photo de Florence Autret

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