Nucléaire iranien : M.Hollande, ne restez pas seul contre tous !

Par Ardavan Amir-Aslani  |   |  738  mots
François Hollande, seul opposant à un accord sur le nucléaire iranien semble ne pas avoir perçu le changement de régime en Iran. Par Ardavan Amir-Aslani, avocat et essayiste*

 Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République, M. François Hollande,

Vous tenant debout aux côtés du premier ministre d'Israël, la seule puissance nucléaire militaire du Moyen-Orient, qui de surcroit n'est ni signataire du Traité de non-prolifération ni de celui sur les armes chimiques, vous avez déclaré que la nucléarisation militaire de l'Iran est un danger pour l'humanité.

Seule la France n'est pas favorable à un accord

Nul ne doute qu'encore un nouveau pays qui accède à l'arme nucléaire n'est pas de bon augure pour la paix au Moyen-Orient, d'où l'importance des négociations qui vont reprendre le 20 novembre entre l'Iran et le groupe de 5+1. L'objet même de ces négociations est justement d'assurer que l'Iran ne se dote pas de cette arme.

Les négociations à venir cette semaine ne concernent que l'élaboration d'un accord intérimaire permettant aux parties, sur les mois à venir, de finaliser sa version définitive. La totalité des pays membres du conseil de sécurité dont les Etats-Unis, la Russie, la Chine et la Grande-Bretagne, à l'exception de la France, sont favorables à cet accord.

L'Iran a besoin d'un accord, les grandes puissances aussi

En échange d'un certain nombre d'engagements par l'Iran, engagements dont le principe même avait été jusqu'alors rejeté par ce pays, des aménagements minimes aux sanctions internationales sont prévus, notamment celui de permettre à l'Iran d'avoir un accès partiel à ses avoirs gelés à l'étranger. L'essentiel des sanctions, celles touchant au secteur pétrolier et bancaire resteront en place jusqu'à ce qu'un accord définitif soit signé.

Tant l'Iran que les grandes puissances ont besoin d'aboutir à un accord ne serait-ce que pour éviter la perspective d'une nouvelle guerre dans cette partie du monde déjà, hélas, suffisamment meurtrie. La nouvelle administration iranienne, élue dès le premier tour, à l'occasion d'élections qui ont vu 75% du corps électoral y participer, est elle-même confrontée à l'intérieur du pays à un camp du refus. L'échec éventuel de la rencontre prochaine du 20 novembre ne manquera pas d'affaiblir le Président iranien nouvellement élu et renforcera le camp de ceux qui espèrent continuer de profiter de l'ostracisme de l'Iran.

L'Iran change

La France, pays de l'humanisme et de la main tendue, ne saurait rester indifférente aux souffrances quotidiennes de 75 millions d'iraniens, privés de tout, dont des médicaments de première nécessité, du fait de ces mêmes sanctions. La diplomatie Française, ne peut continuer d'adopter la même attitude outragée à l'égard du Président actuel, modéré et pragmatique, qu'à l'égard de son prédécesseur devenu infréquentable.

L'Iran change et sa nouvelle administration, si elle ne devait personnifier ne serait-ce qu'une seule aspiration, représente la volonté de l'immense majorité des iraniens à sortir de l'isolement et de voir leur pays réintégrer sa juste place dans le concert des nations.

Une intransigeance dangereuse, qui risque de faire manquer une opportunité historique

Votre souhait d'assurer la finalité du Traité de non-prolifération est louable mais l'intransigeance de votre gouvernement à ce moment clé des négociations où la planète attend et espère un dénouement risque de faire manquer une opportunité historique. La politique étrangère de la France ne peut s'aligner sur celle des néoconservateurs israéliens, et des plus extrémistes saoudiens, fervents opposants au retour de l'Iran sur la scène diplomatique internationale.

Ne soyez pas "seul contre tous"

Ne soyez pas, « seul contre tous » vos partenaires européens, américains, russes et chinois, celui qui fasse que les négociations aboutissent à un échec du fait du blocage de la France.

Les conséquences d'un tel échec dépasseraient le cadre iranien et auraient un impact au-delà des frontières de ce pays.

La France n'en sortirait pas grandie. J'en appelle à l'âge d'or de la diplomatie française, l'époque où celle-ci savait œuvrer entre ses valeurs, sa position d'arbitre, de médiation internationale et ses intérêts géostratégiques.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République à ma très haute considération.

 

*Ardavan Amir Aslani est l'auteur de plusieurs ouvrages en géopolitique dont les plus récents sont :

-   Iran - Etats Unis, les amis de demain ou l'après Ahmadinejad, mai 2013

-   Iran - Israël, Juifs et Perses, février 2013