Le gaz de schiste va-t-il tuer la pétrochimie européenne ?

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Cécile Maisonneuve, directrice du Centre énergie de l'Ifri, souligne l'urgence d'une réaction européenne face à l'essor de la pétrochimie américaine, dopée par les gaz de schiste
Cécile Maisonneuve, directrice du Centre énergie de l'Ifri, souligne l'urgence d'une réaction européenne face à l'essor de la pétrochimie américaine, dopée par les gaz de schiste (Crédits : DR)
L'Institut français des relations internationales (Ifri) organise ce jeudi une conférence sur les gaz de schiste aux Etats-Unis. Leur essor va impacter lourdement la pétrochimie européenne. Par Cécile Maisonneuve, directrice du Centre Energie de l'Ifri.

Le débat sur les gaz de schiste se concentre souvent sur la dimension énergétique ou environnementale. La question de leur impact industriel est tout aussi majeure : le renouveau de l'industrie pétrochimique américaine en témoigne. Alors qu'à la fin de la décennie 2000, cette industrie semblait vouée au déclin, la révolution des gaz de schiste aux Etats-Unis change radicalement la donne. Le pays des nouvelles technologies voit renaître sur son sol une industrie traditionnelle qui bénéficie d'un choc de compétitivité massif.

Le gaz, une matière première pour la pétrochimie

Source d'énergie, le gaz est également la matière première fondamentale du secteur pétrochimique. Avec un prix du gaz divisé par trois entre 2008 et 2012, le développement des gaz de schiste a fait chuter les prix de l'énergie aux Etats-Unis et réduit significativement le coût de l'éthane, qui forme la matière première utilisée par la pétrochimie américaine. Alors qu'en 2005, le coût de production des matières premières pétrochimiques aux États-Unis était équivalent à celui de l'Europe, il était, en 2012, trois fois moins élevé.

 Les pétrochimistes américains voient leurs marges s'envoler

Les États-Unis sont devenus la deuxième région offrant les coûts en énergie et matières premières les plus bas au monde, juste derrière le Moyen-Orient. Non seulement, les pétrochimistes aux États-Unis voient leur marges commerciales s'envoler par rapport à leurs concurrents, mais des méga-projets de nouvelles capacités de production d'éthylène et de polyéthylène sont annoncés aux États-Unis, à tel point que l'on peut parler de relocalisation de l'industrie pétrochimique.

Le monde entier investit aux Etats-Unis

Et les investisseurs sont aussi bien américains qu'issus des pays émergents : saoudiens, indiens, brésiliens ou thaïlandais, les pétrochimistes du monde entier ont annoncé leur intention d'investir aux États-Unis. Si les projets annoncés voient le jour, les États-Unis vont devenir, avant la fin de la décennie, exportateurs nets de produits chimiques, éliminant le déficit commercial lié à l'importation croissante de produits pharmaceutiques.

La pétrochimie européenne en mauvaise posture

A l'opposé, la pétrochimie européenne se trouve dans une position difficile, entre une demande européenne atone, des coûts de l'énergie en hausse et un outil de production surcapacitaire et vieillissant. L'essor de la production américaine aggrave la crise et accélère les fermetures de sites en Europe. À terme,les pétrochimistes européens, déjà confrontés à la concurrence du Moyen-Orient, vont devoir affronter celle des produits Made in America, qui vont déferler sur le marché international après 2016-2017. Les produits américains vont concurrencer directement les produits à haute technicité dont l'Europe est actuellement le champion.

Aller vers de produits à plus forte valeur ajoutée

Prise en étau, la pétrochimie européenne se trouve ainsi confrontée à une nécessaire restructuration et adaptation de son outil de production en Europe. Adaptation qui passe par un redéploiement de leur production vers des produits plus innovants, à plus forte valeur ajoutée, moins intensifs en matière première énergie et moins émetteurs de CO2 (chimie verte, biochimie). Adaptation qui passe aussi par des investissements aux États-Unis pour profiter de la manne des gaz de schiste.

L'accord de libre échange, un atout supplémentaire pour les américains

Face à cette double concurrence du Moyen-Orient et des Etats-Unis, l'Europe doit réagir rapidement, plus encore dans la perspective de la conclusion d'un accord de libre-échange avec les Etats-Unis. Celui-ci devrait faciliter les échanges de produits chimiques entre les deux zones et permettre d'économiser 1,5 milliard d'euros par an de droits de douane selon le Conseil européen de l'industrie chimique (CEFIC). Mais il favorisera aussi l'importation de produits pétrochimiques américains si le différentiel de compétitivité reste aussi important entre les deux zones.

Une réponse européenne en ordre dispersé

Là est bien la question : jusqu'à quand le prix du gaz de schiste américain restera-t-il aussi bas et, quand il augmentera, dans quelle proportion ? Cette interrogation en entraîne immédiatement une autre : attendre la hausse du prix du gaz américain peut-il tenir lieu de stratégie à l'Europe qui dispose, elle aussi, de ressources en gaz de schiste ? Pour l'heure, les Européens répondent en ordre dispersé : Britanniques, Danois et Polonais sont décidés à exploiter leur ressource ; à l'opposé, la France s'interdit même d'explorer son sous-sol, laissant au département de l'énergie américain le soin de l'évaluer à partir d'échantillons et de données comparatives.

Et elle attend de pouvoir bénéficier des importations de gaz de schiste américain pour son approvisionnement énergétique, gommant totalement la dimension industrielle - d'aucuns diraient de « redressement productif » - du débat.

Un attentisme risqué

L'attentisme est risqué. La pétrochimie est un secteur clé de l'économie européenne. Au-delà, c'est toute l'industrie qui est concernée : les produits pétrochimiques - plastiques et autres dérivés - irriguent une grande part de l'industrie manufacturière.L'état du secteur pétrochimique est un précurseur de la bonne ou mauvaise santé de l'économie d'une région et un indicateur clé du dynamisme de la production industrielle et de sa compétitivité à venir.

L'étude dans son intégralité: Sylvie Cornot-Grandolphe, Impact du développement des gaz de schiste aux Etats-Unis sur la pétrochimie européenne

 

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a écrit le 22/11/2013 à 11:50 :
Cela va surtout affecter l'Allemagne. Je ne vois pas trop pourquoi on devrait saloper notre territoire et des ressources en eau précieuses afin de suivre les USA... voire vendre une matière première qui sera valorisée par ce voisin qui redevient un peu trop arrogant.

Si la faible densité de population des USA leur permet de jouer cette carte de rendre des zones stériles contre bénéfices immédiats, en Europe cela parait infiniment moins opportun et je doute que l'on arrive à extraire ce gaz proprement un jour et sans trop de perte (élément très important vu sa capacité effet de serre bien plus grande que le CO2) vu là ou il est logé.

Surtout que le gaz n'est pas le principal problème actuellement, mais bel et bien les hydrocarbures liquides.
a écrit le 22/11/2013 à 10:06 :
"mais des méga-projets de nouvelles capacités de production d'éthylène et de polyéthylène".
Pour continuer à fabriquer des sacs et des emballages plastiques, des chaussures, des jouets, des bibelots ...et tout un tas d'accessoires dont finalement nous n'avons pas besoin, qui encombrent les décharges, coûtent un bras pour être recyclés, et in fine polluent terres et océans...
a écrit le 21/11/2013 à 12:13 :
moi écolo ,je ne suis pas comme la gauche.La gauche c'est être pour ceux qui sont contre.Moi non ,je suis pour contre ceux qui sont pour.Et entre les pour et les contre on forme un beau gouvernement n'est ce pas?
a écrit le 21/11/2013 à 10:13 :
Le gaz de schiste va surtout detruire la nature dans son enssemble et propager le cancer.
a écrit le 20/11/2013 à 18:12 :
Pour détruire l'idéologie de( vert de peur), on peut faire fonctionner des centrales atomiques après adaptation au gaz de schiste tout en décontaminant la central de ces produits radioactifs ce qui résoudrait certaines fermetures annoncée et ne poserait plus problème à nos voisins outre-rhin. Egalement ! ceci sera extrêmement rentable et s'imposera de toute façon.
Réponse de le 21/11/2013 à 21:01 :
L'idéologie n'est pas du côté des écologistes au sens large.

Le dogme dominant est bien celui des énergies fossiles, ne nous trompons pas de débat
a écrit le 20/11/2013 à 17:41 :
comment les allemands faisaient ils ....durant la seconde guerre mondiale ???
a écrit le 20/11/2013 à 17:31 :
wai .... mais nous on a en France le gaz de SCHIT ! Dans les banlieues !!!!
a écrit le 20/11/2013 à 17:11 :
le gaz de schiste va surtout detruire la nature, polluer la terre,et multiplier les cancers.
Réponse de le 20/11/2013 à 18:51 :
Pas plus que le charbon et la lignite qui fait un retour en force en Europe et notamment en Allemagne du fait de la fermeture des centrales nucléaires et des subventions accordées par le gouvernement Allemand à la production électrique issu de la lignite et du charbon national.
Les Allemands émettent 9,1 tonnes de CO2 par habitant contre 5,6 par habitant en France.
Entre la lignite et le gaz de schiste, je choisi le gaz les écolos chosassent la lignite et voient les émissions de Co2 augmenter.
a écrit le 20/11/2013 à 16:36 :
Le principe de précaution qui semble guider la France dans bien des cas n'est autre que petits calculs politiques sordides, lâcheté et paresse intellectuelle. Les Français en acceptant ces diktat venu d'un passé idéologique désuet, mettent en danger l'avenir de leur pays. Ils ont oublié que depuis Hegel on sait que les civilisations sont mortelles.
Réponse de le 20/11/2013 à 21:15 :
Trop fort l 'argumentaire!
Réponse de le 21/11/2013 à 13:49 :
à @Phidias votre explication est correcte et correspond à l'idéologie dominante .
Réponse de le 22/11/2013 à 13:00 :
Tout à fait d'accord avec Phidias.
J'ajoute que outre la négation de l'intérêt économique de la nation, l'attitude idéologique en la matère à des conséquences catastrophiques sur la perception de l'attractivité de la France en matière d'investissement et de perspectives. En d'autres termes, elle donne l'image d'un pays sans avenir qui ne peut que nous maintenir dans la crise, la récession et le chômage même en cas d'amélioration de la situation économique mondiale.
Réponse de le 22/11/2013 à 13:03 :
Tout à fait d'accord avec Phidias.
J'ajoute que outre la négation de l'intérêt économique de la nation, l'attitude idéologique en la matère à des conséquences catastrophiques sur la perception de l'attractivité de la France en matière d'investissement et de perspectives. En d'autres termes, elle donne l'image d'un pays sans avenir qui ne peut que nous maintenir dans la crise, la récession et le chômage même en cas d'amélioration de la situation économique mondiale.
a écrit le 20/11/2013 à 13:47 :
quel beau visage agréable ! mes hormones en frémissent ! nonobstant le Gaz de schiste est une chance pour la France et va s'imposer en ces temps de disette et certainement la fin de la pétrochimie lourde très polluante .
a écrit le 20/11/2013 à 13:35 :
Petit rappel : pétrochimie = pollution = poison. L'urgence n'est pas de soutenir la pétrochimie mais d'imaginer/concevoir des palliatifs écologiquement neutres sur notre environnement.
a écrit le 20/11/2013 à 13:15 :
Il faudrait faire une analyse plus fine secteur par secteur et perspectives par perspectives car la seule exploitation du gaz de schiste sous forme d'énergie en Europe n'apporte pas un avantage significatif et le différentiel de part les situations respectives est très important avec les Etats-Unis. Il y a par ailleurs un long délai dans l'exploitation et l'adaptation des entreprises concernées. Sous forme d'énergie c'est sans guère d'intérêt en Europe. Les subventions aux fossiles et nucléaire y sont encore bien supérieures aux renouvelables. Le biogaz est très sous exploité et en retard en France par exemple. Sous d'autres formes là aussi les avantages ne sont pas évidents ni très nombreux et c'est au cas par cas. Le recyclage est en outre encore très en retard en Europe dans les domaines des plastiques pvc etc. La chimie verte est par contre un très important secteur d'avenir dans de multiples applications et retombées et son développement et avancées satisfaisants actuellement pourraient être en partie contrarié par un gaz de schiste par nature temporaire donc ne faire que prendre du retard dans des domaines d'avenir et de pointe au profit de secteurs assez rapidement passés et plus classiques. Il y a en outre assez de pays européens qui font le choix du gaz de schiste pour ne pas forcément les suivre en France et il n'y a pas lieu d'espérer une délocalisation depuis les Etats-Unis où les coûts resteront inférieurs. Bref mis à part le lobbying généraliste et régulier habituel que l'on peut comprendre de la part de certaines industries on aimerait des études indépendantes détaillées secteur par secteur, perspectives par perspectives, pays par pays etc pour la pétrochimie, les engrais etc pour avoir un bilan détaillé exact car il y a sans doute d'autres choix sans doute parfois un peu plus compliqués à court terme et encore mais bien plus bénéfiques et intelligents à long terme et comme souvent.
a écrit le 20/11/2013 à 12:56 :
heu...
cecile mas dit non...
heu...
a écrit le 20/11/2013 à 12:52 :
Là également, et surtout, les allemands ont ZERO. Primo ils ne veulent pas de nucléaire, secundo le charbon c'est le rejet dans l'atmosphère de quantité de C02 et de soufre, tertio même s'ils ont un peu d'avance concernant les énergies renouvelables, les investissements sont encore très loin de couvrir les besoins actuels et futurs. Donc quoi? Les investissements PUBLICS ET PRIVES dans la production et les infrastructures d'énergie globalement compétitive sur toute la chaine (ce qui peut correspondre à un mix) doivent être gigantesques, afin de permettre aux européens de l'UE et surtout de l'UEM d'être autonomes ou même exportateurs, et afin de bénficier de la sécurité de notre approvisionnement assorti d'un coût à moyen long terme compétitif. Pendant ce temps là les allemands font comme si leur modèle actuel pouvait durer indéfiniment avec en plus un euro largement surévalué qui finira par les coulera un jour comme il nous coule aujourd'hui nous les pays du Sud. Cet égoïsme, ce manque de vision, cette absence de sens stratégique des allemands est une aberration, alors même que l'Europe et notamment l'UE croule sous les chômage de masse et voit ses positions, c'est à dire celle de ses citoyens pas celle de ses multinationales, enfin pas toutes, ou pas encore, se détériorer chaque jour un peu plus
Réponse de le 20/11/2013 à 13:23 :
Visiblement pas une très bonne connaissance des techniques développées en Allemagne et notamment au Japon entre autres. C'est bien de faire une analyse shématique à court terme mais les allemands sont plutôt des planificateurs et essayez de vous placer dans une perspective 10 à 15 ans avec l'ensemble des techniques développées, vous allez voir qu'ils ne sont pas aussi bêtes ni nuls qu'il y paraît à première vue rapide.
Réponse de le 20/11/2013 à 13:23 :
Visiblement pas une très bonne connaissance des techniques développées en Allemagne et notamment au Japon entre autres. C'est bien de faire une analyse shématique à court terme mais les allemands sont plutôt des planificateurs et essayez de vous placer dans une perspective 10 à 15 ans avec l'ensemble des techniques développées, vous allez voir qu'ils ne sont pas aussi bêtes ni nuls qu'il y paraît à première vue rapide.
Réponse de le 21/11/2013 à 7:24 :
C'est visiblement vous qui ne connaissez pas bien les énormes problèmes rencontrés par nos voisins avec les énergies intermittentes comme le solaire et l'éolien. Ces problèmes ils les résolvent en faisant appel massivement au charbon et en déversant leurs surplus électriques malheureusement très ponctuels sur les pays voisins qui ne leur ont pourtant rien demandé. Pour des informations objectives sur la situation lisez la presse d'outre-Rhin.

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