Crise économique ou crise du politique ?

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L'austérité est en fait un renoncement des responsables politiques à leur pouvoir économique. Ils attendent tout des banques centrales, qui n'en peuvent mais. Par Michel Santi*

Jusqu'au déclenchement de la crise des subprimes aux Etats-Unis, et des dettes souveraines en Europe, nos banques centrales savaient comment lutter contre les récessions : tout simplement en réduisant leurs taux d'intérêt. Le Japon, alors deuxième puissance mondiale, s'était certes lancé dès la fin des années 1990 dans plusieurs programmes qualifiés du vocable un peu barbare de « baisses de taux quantitatives ».

Pour autant, le consensus parmi les banquiers centraux américains et européens était que la situation nippone resterait localisée dans ce pays, qui possédait ses fondamentaux propres et dont l'instabilité gouvernementale contribuait à aggraver la donne économique. Puis vinrent les années 2008 et 2009 qui furent témoins de nos propres taux d'intérêt nominaux (aux Etats-Unis et dans l'Union européenne) réduits jusqu'à atteindre pratiquement zéro… Et c'est à ce stade que les banquiers centraux firent appel aux politiciens, priés de stimuler l'économie quitte à creuser davantage les déficits publics.

 Des  choix éminemment politiques

Comme les taux d'intérêt officiels ne pouvaient passer en-dessous du zéro absolu, il tombait sous le sens que le devoir des politiques et que l'intérêt de ces nations en péril exigeaient des mesures de relance… qui ne furent pourtant pas adoptées par les responsables au pouvoir, ni aux Etats-Unis, encore moins en Europe. Au-delà et par delà les pressions intenses (sur lesquelles on ne reviendra pas) exercées par les marchés financiers et par les agences de notation, les gouvernements qui se succédèrent au pouvoir furent tous confrontés à des choix éminemment politiques.

Fallait-il réduire les impôts touchant la classe moyenne ou augmenter ceux des riches, voire des très riches ? Et dans quelles proportions ? Comment alléger la taxation des entreprises qui ne joueraient certainement pas le jeu en améliorant l'embauche ? Comment dépenser l'argent public et sur quel secteur d'activité, au profit de quelles mesures sociales et de quelles classes sociales ?

 La léthargie des gouvernements

Autant de postures stratégiques parmi lesquelles les politiciens préférèrent ne pas trancher, conscients qu'ils mettaient là en jeu leur propre carrière. En l'absence de tout stimulus étatique, les banquiers centraux n'eurent donc plus d'autre alternative que de faire appel à une politique monétaire non conventionnelle à la japonaise. C'est effectivement la léthargie des gouvernements au pouvoir aux Etats-Unis et en Europe qui aboutit aux baisses de taux quantitatives pratiquées par nos banques centrales. Le vide laissé par l'Etat a donc dû être occupé par des banques centrales conscientes de représenter le recours ultime.

 Les banques centrales ont fait le job, il faut des politiques de relance

Ne nous plaignons donc pas et ne nous étonnons pas plus du contexte économique actuel fait de reprise molle pour les USA et de contraction pour l'Europe (y compris pour l'Allemagne). En dépit de banques centrales ayant largement fait le job - et qui n'ont pas hésité à aller sur le terrain inconnu des baisses de taux quantitatives -, seules des politiques de relance décidées par des gouvernements sont susceptibles de vraiment redémarrer  une activité économique digne de ce nom.

Se résigner à la stagnation

Voilà pourquoi notre conjoncture actuelle faite de croissance nulle est condamnée à durer. Voilà pourquoi il faut se résigner à la stagnation. Voilà pourquoi les taux zéro représentent la nouvelle normalité. Car nos politiciens d'hier et d'aujourd'hui sont tétanisés et n'ont pas le cran de relancer l'économie. Pour ne pas creuser les déficits, certes. Mais pas uniquement. Aussi (et surtout) car la politique est aujourd'hui devenue une posture où l'immobilisme est la meilleure recette pour faire de vieux os.

 Les politiques ont abdiqué, et repassé le flambeau aux banques centrales

Du reste, l'austérité - qui consiste à rétrécir le champ d'action de l'Etat à la faveur d'économies budgétaires - ne fait qu'attester du renoncement de nos politiciens à leurs prérogatives. C'est un peu comme si nos politiques avaient abdiqué leur pouvoir, et passé le flambeau aux banques centrales. Ne nous étonnons donc pas de l'hyper politisation actuelle de nos banques centrales et de leurs décisions qui suscitent de violentes controverses ou, à tout le moins, un intérêt grandissant parmi un grand public désormais familier de leur jargon technique. Elle est la résultante d'une classe politique paumée, et souvent paniquée… Voilà pourquoi les banques centrales favorisent actuellement la planche à billets et la vie à crédit. Car, en réalité, elles ne peuvent plus aujourd'hui compter que sur la formation de bulles spéculatives, dès lors seules susceptibles de relancer l'économie. En attendant que les politiciens veuillent bien assumer leurs responsabilités.

* Michel Santi, économiste franco-suisse, conseille des banques centrales de pays émergents. Il est membre du World Economic Forum, de l'IFRI et est membre de l'O.N.G. "Finance Watch". Vient de paraître : une édition étoffée et mise à jour des "Splendeurs et misères du libéralisme" avec une préface de Patrick Artus et, en anglais, "Capitalism without conscience". Vient de paraître :"L'Europe, chronique d'un fiasco politique et économique"

 

 

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Commentaires
a écrit le 26/11/2013 à 14:01 :
Il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'une crise politique, car le tandem UMPS ne porte en lui aucun économiste capable de gérer et de faire avancer la France, comme si la caste d'élite autoproclamée qui a la mainmise sur le pays se comportait comme des légumes incapable de faire une once de réforme.
Comment expliquer qu'actuellement certains pays affichent des taux de croissance à deux chiffres et qu'un pays comme la France doté de tous les outils et de tous les avantages que lui procure son prestigieux passé économique, est en récession permanente depuis plusieurs années déjà.
il y a manifestement quelque chose qui ne tourne pas rond dans notre hexagone!.
a écrit le 26/11/2013 à 13:16 :
La solution, comme en 1958, c'est De Gaulle! Seul problème... Je n'en vois aucun qui ait à la fois la stature, la vocation, et le courage!

Où es tu, notre De Gaulle du XXI siècle?
a écrit le 26/11/2013 à 10:29 :
Et revoilà le keynesianisme qui refait surface avec des argumenys habituels de ces gens-là: 'il tombe sous le sens " que... "il est évident que".
Et moi, il me semble évident que M. Santi se trompe!
a écrit le 26/11/2013 à 8:09 :
Nous avons en France une crise économique et politique. Les responsables politiques UMPS, corrompus, incompétents et négationnistes ne font preuve que de démagogie, de lacheté et d'amateurisme face à la crise économique actuelle. Au pouvoir depuis 40 ans, ils sont incapables de définir une politique économique et de proposer une restructuration de l' Etat. Les emprunts massifs continuent sur les marchés, année apres année. La dette explose. Ce sera bientot la "banqueroute pour tous".
a écrit le 26/11/2013 à 7:47 :
Monsieur l'économiste qui ne voit que par son petit bout de lorgnette et qui en bon amateur ne barbote qu'à la surface des choses.
La crise est avant tout démographique et surtout énergétique.
Ces deux facteurs de déstabilisation sont les véritables causes de la crise mondiale entrainant les dysfonctionnements actuels.
a écrit le 25/11/2013 à 21:50 :
La crise dure comme le dogme qui l'a fabriqué en réduisant le rôle de l'Etat pour le remplacer par la loterie du casino financier. L'on a décrété que la valeur se créait en mettant tout aux enchères pour créer de la croissance à consommer ; l'on a dû vite fabriquer de la monnaie pour entretenir les enchères. L'on est pétrifié par les montagnes de dettes que l'on entretient par peur d'avouer.
a écrit le 25/11/2013 à 21:31 :
Relancer quoi? L'industrie chinoise? Les riches ne savent pas quoi acheter, les pauvres achètent des saloperies chinoises. Que faire?
a écrit le 25/11/2013 à 19:02 :
M SANTI a changé de look, et espère nous refourguer ses vieilles idées sous une nouvelle apparence. Mais tout est faux: les politiques ont massivement emprunté pour relancer avec le bide total que l'on sait, c'est maintenant les dettes qui empechent l'economie réelle de repartir.
Réponse de le 26/11/2013 à 6:41 :
Vous inversez juste causalités et effets comme tout bon sophiste amateur...
a écrit le 25/11/2013 à 17:35 :
Vous avez raison la crise est d'abord politique, sauf qu'il s'agit de la crise de l'Etat providence ce qui pose un pb pour une politique de reliance. l'Etat ne peut plus etre l'Etat d'hier car il a faille et de nombreux exemples en atteste. Le laissez faire s'est aussi solde par echec peut etre faut il revisiter la discussion entre Colbert et M. Le Gendre?
a écrit le 25/11/2013 à 17:23 :
Crise économique ou crise du politique?... les deux mon capitaine ! Bonjour à vous Michel !
a écrit le 25/11/2013 à 17:21 :
Crise économique ou crise du politique?... les deux mon capitaine ! Bonjour à vous Michel !
a écrit le 25/11/2013 à 16:26 :
Je ne comprend rien à cet article: qui est visé? Les politiques de quel(s) pays?
Parcequ'entre les résultats économiques et les politiques de la France, l'Allemagne, le Japon ou les USA, il commence à y avoir des écarts grandissants, suite à des politiques mises en oeuvre très différentes justement!
A force de mettre tout le monde dans le même panier, on s'y perd...
Réponse de le 25/11/2013 à 19:43 :
Et si, justement, la propagande actuelle était faite, pertinemment, pour vous perdre..??
a écrit le 25/11/2013 à 16:22 :
C'est assez bizarre, votre discours, Monsieur Santi... Vous semblez dire que quelque chose ne va pas en économie, alors qu'il n'y a jamais eu autant de milliardaires. Donc, tout va bien, non..??
Réponse de le 25/11/2013 à 21:34 :
Non! cela ne va pas ! la preuve? Les pauvres milliardaires sont obligés d'acheter du Jeff Koons. Il n'y a pas d'autres valeurs refuge
a écrit le 25/11/2013 à 13:25 :
Hélas Monsieur SANTI, trois fois hélas, les politiques font comme tout employé qui se respecte: faire avancer sa carrière, sauf que c'est nous les citoyens, qui ne savons pas gérer cette engeance. La démocratie a été confisqué par les partis et les médias, et nous, "la base", n'avons qu'un seul mot à dire lors des élections: oui ou non.
De toute façon, que ce soit non ou oui, cf le traité européen, rien ne change dans le monde de ces professionnels de la propagande. Encore merci pour vos analyses courageuses, et sans concessions
a écrit le 25/11/2013 à 12:00 :
Si les hommes politiques avaient un pouvoir économique autre que de nuisance, l'URSS n'aurait pas fait faillite. Mr Santi, en bon socialiste, reproche à la réalité d'être fasciste et tyrannique ...
Réponse de le 25/11/2013 à 19:18 :
De l'humour pince sans rire ! A moins que vous ne soyez sérieux ? Non, vous n'êtes quand même pas stupide à ce point ?
Réponse de le 26/11/2013 à 22:24 :
J'énonce des faits facilement vérifiables, trouvez donc une seule politique étatique efficace qui a consisté en autre chose que la diminution du rôle de l'état dans l'économie ? Le new deal peut-être ? Il faudrait arrêter de lire les livres d'économie de l'éducation nationale ... À moins que votre culture se résume à connaître seulement quelques mots d'insulte assez plats ?

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