Non, l'agro-alimentaire breton n'est pas dépassé

 |   |  1445  mots
(Crédits : DR)
L'agro-alimentaire breton est loin d'être condamné. Une production de masse reste possible, à condition d'innover. Par Jean-Robert Geoffroy, directeur général d'Adria développement*

Des articles récents de quotidiens nationaux ou d'hebdomadaires ont décrit une Bretagne à la dérive et un modèle agro-alimentaire « dépassé ». Allons-nous continuer à nous laisser maltraiter par le pessimisme ambiant ?

Non, nous allons faire front et puiser dans nos ressources pour relever le défi d'une filière agro-alimentaire moderne.

Touché par la crise...

Nul ne peut le contester que l'agro-alimentaire en Bretagne est touché par une crise sans précédent: pertes d'emplois, dégradation de notre position à l'export. Les raisons de ces difficultés sont multiples, chaque acteur de l'écosystème a sa part de responsabilité, y compris les entreprises par des choix stratégiques et managériaux non pertinents et les politiques par l'absence d'option prioritaire sur l'agro-alimentaire.

 

... mais pas sinistré

Cela en fait-il un secteur sinistré pour autant ? Non, car l'agro-alimentaire répond aux besoins fondamentaux de l'Homme : se nourrir et bien se nourrir ; ce qui est déjà en soi une perspective fabuleuse. Ensuite parce que ce secteur est diversifié, que des activités entières connaissent un développement significatif, comme la biscuiterie, la pâtisserie, les produits traiteurs et les produits laitiers.

Une priorité, retrouver la compétitivité

Pour répondre aux situations d'urgence que nous connaissons, il faut d'abord considérer l'agro-alimentaire comme LA PRIORITÉ économique de la Bretagne. Ce fut le cas dans les années 60, plus assez maintenant. Les politiques des Collectivités territoriales et du national se sont à juste titre diversifiées et prennent en compte tous les pans de l'économie, mais il y a dans l'histoire d'une région ou d'un pays des moments où il faut choisir pour accompagner la phase de transition d'un secteur agricole et alimentaire dans le but d'une compétitivité retrouvée..000 emplois

Jadis, nous avons tous été bien contents de ressasser que la Bretagne était et est encore la première région agro-alimentaire, de se féliciter du faible taux de chômage, de nous satisfaire d'un aménagement du territoire réussi. Cela a été possible grâce à l'agro-alimentaire !

Revenons à la réalité. On peut légitimement courir après le numérique, la transition écologique, les nouveaux matériaux, la santé, autant de thématiques qui construisent notre futur, sans pour autant négliger l'agro-alimentaire. Ce poids lourd de l'économie n'est pas suffisamment considéré, depuis des années, par les Institutionnels, les politiques, les médias.

60.000 emplois en Bretagne

Il est grand temps de se réveiller, les industries alimentaires représentent au plan national 165 milliards d'euros de chiffre d'affaires, plus de 400 000 emplois, un solde positif de la balance commercial de plus de 8 milliards, un maillage territorial dense, des emplois pour bon nombre de personnes peu ou pas qualifiées, des emplois d'ingénieurs, de techniciens, de marketeurs, de commerciaux. C'est la première industrie de Bretagne, elle emploie plus de 60 000 personnes et en fait vivre combien !

 Ne pas abandonner la production de masse

La Bretagne est qualifiée de région en perte de vitesse, car elle ferait du bas de gamme. Ce qui est qualifié de bas de gamme est en fait, une production de masse dans un secteur de transformation primaire que sont l'abattage ou la récolte du lait. Sans la concurrence allemande qui s'établit principalement sur le coût de la mains d'œuvre, la Bretagne serait aussi compétitive ; même si nous avons pris du retard sur le plan de la rénovation des outils industriels et de l'agriculture.

Faire de la valeur ajoutée est évidemment une solution, mais elle ne consiste pas à abandonner un pan entier de l'activité de l'agro-alimentaire bretonne, celui des productions de masse de qualité. Les Allemands y parviennent, d'autres pays européens également, il n'y a aucune raison que nous baissions les bras sur ce volet. D'autant moins que ce secteur embauche des milliers d'emplois peu qualifiés dans cette France rurale qui existe encore, n'en déplaise ! Il contribue ainsi à l'aménagement du territoire et maintient dans l'emploi des personnes peu ou pas qualifiées.

 Notre modèle n'est pas dépassé

OUI, l'agro-alimentaire est un secteur d'avenir, notre modèle n'est pas dépassé, il souffre de certaines inadaptations, mais il est stratégique pour la Bretagne et la France. Car ce qui est produit en Bretagne et en France d'une manière générale, l'est avec un niveau de maîtrise de la qualité et de la sécurité sanitaire jamais égalé, avec des produits aux qualités nutritionnelles et gustatives que le monde entier nous envie. J'invite tous ceux qui voyagent à sortir des hôtels internationaux pour vérifier la qualité sanitaire et la diversité de notre nourriture.

L'enjeu crucial de la production agricole

En effet, la nourriture est l'enjeu numéro un de la vie, excusez moi pour ce truisme, mais,dans les pays développés, nous l'avons oublié ; avec l'accroissement de la population de la terre, et bientôt les huit milliards d'habitants, l'approvisionnement en matières premières agricoles et leur transformation en produits alimentaires seront des enjeux cruciaux.

Je plaide pour une cause nationale sur l'agro-alimentaire remettant au cœur des politiques nationale, régionale et locale une stratégie de développement du secteur consistant à améliorer sa compétitivité sur les plans technologique (automatisation, robotisation), organisationnel, humain (formation, recrutement) et innovation.

S'appuyer sur les structures d'expertise pour rebondir

La Bretagne bénéficie des compétences des ingénieurs et techniciens de deux Instituts techniques agro-alimentaires bretons reconnus par le ministère de l'Agriculture de l'Agro-alimentaire et de la Forêt, représentés au niveau français par l'ACTIA, tête de réseau de l'ensemble des Instituts. Il s'agit du CÉVA qui intervient sur les algues et de l'ADRIA sur toutes les filières alimentaires. D'autres Instituts techniques nationaux contribuent également à la performance de nos entreprises, il s'agit de l'IFIP, ACTALIA, CTCPA, … On trouve aussi en Bretagne d'autres centres techniques tels que VEGENOV, ZOOPOLE, IDMER.

Les politiques régionales peuvent totalement s'appuyer sur ces structures pour travailler sur la compétitivité et l'innovation, c'est notre métier depuis des années. Nos réussites sont à bien des égards éclatantes puisque on vient nous chercher de toute la France et même de l'étranger. Nous sommes prêts à nous investir encore davantage sur le territoire et contribuer encore mieux au rayonnement de la Bretagne. Ces domaines d'excellence sont par exemple la sécurité des aliments ; notre position est de niveau international avec des travaux de l'ADRIA, du ZOOPOLE et de l'UBO de premier plan.

Innover, notamment en intégrant mieux la dimension marketing

Il est indispensable de continuer à capitaliser sur ces expertises qui constitueront un élément concurrentiel de différenciation pour l'agro-alimentaire breton. Mais, c'est aussi l'innovation, avec le Pôle de compétitivité VALORIAL qui contribue à stimuler, avec l'appui financier des collectivités territoriales, un tissu industriel initiateur de projets de R&D. Là aussi, nous pouvons encore accroître notre potentiel d'innovation en concentrant les efforts sur les projets de développement plus en lien avec la création de valeurs et les attentes du marché, en intégrant plus et mieux les volets marketing dans les projets d'innovation.

Il est temps aussi , sous peine de prendre irrémédiablement du retard, d'intégrer l'innovation sociale et managériale dans les priorités de l'agro-alimentaire breton ; par exemple de lancer un vaste programme de formation pour diffuser d'une part les savoirs et savoir-faire technologiques, et d'autre part les savoirs en qualité, sécurité des aliments et environnementaux par le e-learning, la formation à distance couplée aux formations en présentiel permettant de toucher rapidement un large public et ainsi de donner un contenu high tech.

 

Ayons l'ambition de relever le défi de la compétitivité en nous appuyant nos forces qui sont encore nombreuses ( une filière agricole-industrie alimentaire intégrée, une production de masse compétitive sur des produits de qualité, la diversification par la valeur ajoutée, la capacité d'innovation avec des Instituts techniques en pointe …), et sur nos faiblesses, qu'il faut avoir la lucidité de décrypter et la volonté d'améliorer (investissements industriels, implantation de nouvelles entreprises, innovation plus tournée vers le marché, compétences des salariés …). Mais, il faut aussi donner vraiment la priorité aux secteurs agricole et alimentaire, qui le méritent autant que les politiques industrielles de la France et de la Bretagne.

 

Jean-Robert Geoffroy, directeur général d'ADRIA développement

L'ADRIA est un institut technique agro-industriel (ITAI), leader sur la qualité et la sécurité des aliments www.adria.tm.fr

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 30/11/2013 à 12:42 :
Si seulement la moitie des commentaires savaient ce dont ils parlent. Renseignez vous avant de d'ecrire ces commentaires sans fondements.
L'agroalimentaire francaise a connu un essor fulgurant dans les annees 60-70. Elle a du s'adapter et devenir intensive pour subvenir aux besoins croissants de la population francaise et mondiale. Elle a ete guider dans ce choix d'un point de vue economique, mais aussi de politique locale et Nationale. Cela s'est fait avec des "degats" collateraux que l'on connaient maintenant (eaux polluees, elevages intensifs, pesticides utilises a outrance mais dans les normes a l'epoque, ...) .

Elle doit changer, oui. Elle a deja commence, oui aussi (durcissement des normes sanitaires et phytosanitaires, traitement des composts, restriction des epandages autour des points d'eau, reorganisation des elevages et enclos pour ameliorer le confort des animaux, controle plus stricte du produit de la naissance a la vente final du produits,...) mais cela ne se fait pas du jour au lendemain.
L'agroAlimentaire doit changer, elle a toutes les ressources pour y parvenir, des acteurs en nombre et dans divers domaines, des infrastructures adequates, un savoir reconnu. Cela doit se faire, sinon c'est toute l'agroAlimentaire francais qui mourra avec elle, et l'on se retrouvera a manger des produits alimentaires "Made in Pas en France" sans controle(un peu comme les lasagnes de cheval!!).
a écrit le 29/11/2013 à 13:51 :
Hé ben le contribuable n'est pas près d'arrêter de payer !!!
a écrit le 28/11/2013 à 15:55 :
Depuis quand agroalimentaire s'écrit-il avec un "-" ?
a écrit le 28/11/2013 à 15:42 :
"Car ce qui est produit en Bretagne et en France d'une manière générale, l'est avec un niveau de maîtrise de la qualité et de la sécurité sanitaire jamais égalé, avec des produits aux qualités nutritionnelles et gustatives que le monde entier nous envie. "

Vous parlez des 24 poulets au m² dont on coupe le bec nourries aux farines de poisson et aux poussières d'os? Ou aux pommes du limousin gavées de pesticide?
a écrit le 27/11/2013 à 19:51 :
Arretez votre blablabla, la production de masse en bretagne a été surtout subventionnée avec la PAC, et l'europe....et on en connait les conséquence : pollution des nappes phréatiques, algues vertes, pesticides, poulets minuscules en batterie, boeufs aux hormones, lait sans saveur etc...
Que proposez vous ? Dépendre des subventions ? Arreter les produits chimiques ? Qui va payer ? On en a un peu marre de ce discours positif qui nie les vrais problèmes.
a écrit le 27/11/2013 à 19:27 :
proche du débile
on ne peut innover sur des faits incontournables-quoiqu il arrive un poulet élevé au bresil sera toujours moins cher car les couts main d oeuvre matires premieres mais soja sont nettement inferieurs
a écrit le 27/11/2013 à 12:53 :
Enfin quelqu'un qui a le courage de ne pas reprendre les diktat du monde, télécommandés par le Baron Bové.. Le problème est bien celui de l'organisation et des taxes à tous les étages. Une faillite du systeme gouvernemental plus que des bretons! Quant à qualifier de production de masse nos élevages de poulets comme Loué.. ils ne sont pas allés en Amérique du sud ou du Nord! Nous c'est de l'artisanal à la place! Oui il faut davantage faire de la transformation sur place, vendre en direct sans passer par Rungis, développer les labels bretons (mais qui les attribue?) échapper aux transports et aux distributeurs.. Mais ça, c'est le racket Français et Européen ! Hélas..Ils pourraient pas nous lâcher les baskets puisqu'on est si nuls et inutiles? Et non! FAut croire que la Bretagne est encore une belle vache à lait pour la France, même avec leur jeu de dupes.. qui remplit quand même bien certaines poches. Breizh Atao! Bretagne toujours!
Réponse de le 27/11/2013 à 19:33 :
Depuis quand Loué est en Bretagne ?? Les poulets de Loué, c'est justement l'antithèse du poulet breton en batterie.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :