Nationaliser les banques, pour qu'elles s'intéressent enfin à l'économie ?

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Michel Santi souligne le décalage entre les liquidités dont disposent les banques et la faiblesse des prêts qu'elles consentent
Michel Santi souligne le décalage entre les liquidités dont disposent les banques et la faiblesse des prêts qu'elles consentent (Crédits : DR)
Le flot de liquidités déversé par les banques centrales ne profite guère aux économies. Sauf en Chine, où les banques sont contraintes de prêter. Faut-il s'inspirer de ce "modèle"? Par Michel Santi

Les économies occidentales sont aujourd'hui enfoncées dans une trappe de liquidités. Phénomène classique - voire authentique cas d'école- où, du fait de taux d'intérêt tout proches du zéro absolu, les banques centrales ne disposent plus que d'une munition ultime. Celle qui consiste à injecter des liquidités dans le système - en d'autres termes à faire fonctionner la planche à billets virtuels- afin de soulager des banques encore empêtrées dans leurs créances toxiques. Pour autant, l'objectif initial poursuivi par les banques centrales - à savoir le rétablissement de la croissance économique - se retrouve aujourd'hui dévoyé puisque cette création monétaire intensive profite bien plus à l'appréciation spectaculaire des marchés boursiers qui sont propulsés à des records historiques, ou en tout cas à des niveaux en déconnexion totale avec l'économie réelle.

 Comme un gigantesque trou noir cosmique

En effet, c'est la récession qui règne toujours dans nombre de nations aux économies dites « intégrées » (comme dans l'Union européenne) et, ce, en dépit de baisses de taux quantitatives se pratiquant généreusement depuis cinq ans. Pire encore puisque ces économies se retrouvent aujourd'hui comme figées dans une trappe de liquidités qui semble absorber - comme dans un gigantesque trou noir cosmique ! - la quasi-totalité des liquidités désespérément crées par les banques centrales.

Pourtant, en dépit de ces sommes pharamineuses qui semblent évoluer dans un circuit fermé et qui semblent ne profiter qu'à une minorité infinitésimale, les banques centrales poursuivent inlassablement leur quête du Graal. Leur but ultime étant l'amélioration de ce fameux « sentiment de richesse » - c'est-à-dire tout bêtement de la confiance-, préalable incontournable à toute reprise de l'économie.

 La menace de taux négatifs ne fonctionne pas

Bien conscientes que le système bancaire ne joue quasiment plus son rôle d'intermédiation consistant à répercuter ces liquidités en direction de la vraie économie, les banques centrales ne disposent toutefois plus que de ce seul levier pour sortir le patient (c'est-à-dire nos économies) de son coma. En effet, même la menace de taux négatifs fait l'effet d'un « pétard mouillé » sur des banques faisant usage de ces liquidités pour gagner à tous les coups dans le grand casino des marchés financiers.

Et, ce, pendant que les prêts accordés par ces mêmes établissements en faveur du secteur privé suivent une trajectoire inversement proportionnelle aux flambées boursières. Pourtant, les quelque 2,1 trillions de dollars injectés en cinq ans par la Réserve fédérale dans les banques américaines sont quantité négligeable comparés aux 15,4 trillions de dollars mis à disposition de ses banques et de son système financier par la Banque de Chine sur la même période !

 La Chine aussi, arrose son économie de monnaie

Ainsi, tandis que la Fed crée 85 milliards à un rythme mensuel (dans le cadre de son dernier programme) et qu'elle a offert environ 1 trillion de dollars à ses banques ces douze derniers mois, la Banque de Chine a, pour sa part, gonflé les bilans de ses banques de 3.6 trillions de dollars. Au final, les bilans des établissements financiers chinois atteignent aujourd'hui 2.5 fois le P.I.B. chinois, à 24 trillions de dollars ! Autrement dit, pendant que toutes les attentions sont braquées sur la création monétaire US et japonaise, la Chine arrose silencieusement sa propre économie de sommes équivalant à trois fois les dollars et les yens respectivement imprimés par la Réserve fédérale et par la Banque du Japon.

Ou, pour mettre en perspective avec les injections de liquidités émanant de la Fed, de la Banque du Japon, de la Banque d'Angleterre et de la Banque centrale européenne, la création monétaire chinoise se monte au double des sommes fabriquées par ces quatre établissements.

 D'immenses liquidités qui vont dans l'économie

Pour autant, le strict contrôle des changes en vigueur en Chine a permis à ces immenses liquidités de bénéficier à l'économie du pays car les banques - sous tutelle de l'État- sont forcées de les prêter aux entreprises et aux consommateurs nationaux. Sans vouloir prendre pour exemple le système chinois, avec sa terrifiante bulle spéculative immobilière précisément gonflée du fait de l'impossibilité pour ces liquidités de quitter le pays, doit-on  en venir à menacer nos banques occidentales de nationalisations afin de les persuader à montrer enfin quelque intérêt envers l'économie réelle?

Les banques centrales occidentales doivent-elles s'inspirer de la Chine pour que leur intense création monétaire soit enfin couronnée de succès ? En est-on réduit à instaurer ou à rétablir des économies planifiées et contrôlées par l'État pour que nos banques daignent enfin assumer leur devoir élémentaire de pourvoyeuses de liquidités ?

 

* Michel Santi, économiste franco-suisse, conseille des banques centrales de pays émergents. Il est membre du World Economic Forum, de l'IFRI et est membre de l'O.N.G. "Finance Watch". Vient de paraître : une édition étoffée et mise à jour des "Splendeurs et misères du libéralisme" avec une préface de Patrick Artus et, en anglais, "Capitalism without conscience". Vient de paraître :"L'Europe, chronique d'un fiasco politique et économique"

 

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Commentaires
a écrit le 04/12/2013 à 15:54 :
Parler encore de nationalisation des banques ? On se croirait en 1981. La tribune est un journal rétrograde.
a écrit le 04/12/2013 à 11:47 :
le probleme c'est surtout de mettre des Michel Santi a la tete des banques! Il ne sont pas mechants mais ils sont incompetents et nous font des crises financieres, car ils se font enflerer par des Goldman Sax et autres requins qui eux sont intelligents mais sont prêt a plumer la terre entiere pour s’enrichir. Michel Santi arretez de chercher a vendre vos bouquins en faisant vos chroniques a deux balles sur la tribune, vous voyez bien que ca ne marche pas! Trouvez vous un vrai job qui vous donne une vrai experience et après vous pourrez parler!
a écrit le 04/12/2013 à 11:26 :
test
a écrit le 04/12/2013 à 0:09 :
la question pourrait autant porter sur le fonctionnement des banques centrales.
a écrit le 03/12/2013 à 10:34 :
Il faut sortir de sa bulle les banques nationalisées n'ont jamais réussi a gérer convenablement l'octroi de crédit, pas plus d'ailleurs qu'elles n'ont réussi à se gerer elles-mêmes. (Dexia, dernier exemple en date et de loin le plus coûteux, le plan d'apurement devant se terminer vers les années 2050....!) L'histoire récente et moins récente nous apprend donc que cela ne fonctionne pas pour des dizaines de raisons, la plus saillante étant que l'état est un mauvais gestionnaire.
Réponse de le 03/12/2013 à 21:19 :
Alors que Lehman c'est du solide et que Goldman travaille pour ses clients, c'est connu ...
a écrit le 03/12/2013 à 10:02 :
C'est assez drôle de voir tous ces gens qui appellent à nationaliser les banques. Pourtant, Dexia, le Crédit Lyonnais, etc... n'étaient-elles pas des banques publiques qui ont pourtant fait faillite, alors même qu'elles favorisaient la corruption ?
Réponse de le 03/12/2013 à 10:28 :
Ce qui est drôle, ce sont les gens comme vous (mais c'est involontaire...)
a écrit le 03/12/2013 à 7:42 :
Il faudrait aussi nationaliser les politiques qui ne connaissent rien à l'économie.
a écrit le 03/12/2013 à 5:52 :
plus j'y réflechis, plus je pense que le flux d'argent pour financer l'économie (particuliers et entreprises à commencer par les PME) est une mission de service public qui doit ètre nationalisée. je ne suis pas pour l'état tout puissant mais les régles de fonctionnement des banques de flux devraient être écrites par le legislateur et respectées à la lettre sous peine d'amende par les banques. Je suis aujourd'hui devant un cas d'espece. J'ai gagné un gros contrat à l'export :... vous savez ce truc que l'on nous demande de faire pour le bien de la balance commerciale français et de la croissance... l'affaire représente plusieurs mois de travail pour ma boite (pas mal de salariés...) et bien je ne trouve pas un banquiers pour me suivre dans les financements de ce projet... BFR sacré BFR quand tu nous tiens...
Réponse de le 03/12/2013 à 19:44 :
Même une couverture de votre Prefi export par la coface est refusée ? Votre client étranger est-il a leur yeux une mauvaise contrepartie ? Bon courage !
a écrit le 03/12/2013 à 2:56 :
On nationalise comment? Nationalisation-expropriation ou rachat des banques au prix de marché?
Dans le deuxième cas il faut trouver les sous pour acheter banques, il faudra trouver plusieurs dizaines de milliards... Les anglais l'on fait mais pour des banques en faillites qui ne valaient plus rien.
Dans le premier cas on ruine les actionnaires des banques en leur piquant leurs titres... Et qui sont ces actionnaires? Certainement pas des riches milliardaires mais pour la plupart des fonds de pension, des actionnaire privés, d'autres banques ou des petits épargnants.
Et puis on fait quoi des banques mutualistes majoritaires en France? Et les banques étrangères installées en France, on les nationalises aussi ou on les expulses?

Enfin il faut savoir que dans le métier bancaire, par nature, le plus exigeant n'est pas l'actionnaire mais le créancier... Or changer d'actionnaire ne veut pas dire changer de créancier dès lors la nationalisation ne réglerait absolument aucun problème!
Bref une fausse bonne idée...
a écrit le 02/12/2013 à 22:05 :
C'est une excellente idée. D'ailleurs on l'a fait dans le passé avec le Crédit Lyonnais et ça a très bien marché.
Réponse de le 03/12/2013 à 6:17 :
C'est une idée idiote de penser que les banques privées sont mieux gérées : Lehman Brothers, les banques chypriotes ...
Réponse de le 03/12/2013 à 14:53 :
c'est vrai mais en France les banques publiques s'appelaient Crédit lyonnais et Dexia (hors CDC).
a écrit le 02/12/2013 à 20:16 :
Ce monsieur est-il vraiment chercheur? les banquesempilent els titres d'Etats parce que la réglementation est complaisante, quand elle est pénalisante pour le crédit à l'économie; Tous les banquiers le savent. Et sait-il que les déficits sont absorbés par les banques? C'est la redistribution qui profite de ce système au détriment de l'emploi. Quel amateur!
a écrit le 02/12/2013 à 19:23 :
ce monsieur ne connait pas grand chose au fonctionnement de la banque !
Actuellement elles ont du mal à financer l'investissement car la demande est faible dans une economie affectée .Elles sont réticentes sur les besoins de tresorerie en augmentation car lorsque les chiffres d'affaires évoluent faiblement voire négativement ,ce type de besoins denote souvent des pertes ,des invendus ...
On pourrait en dire beaucoup plus sur le sujet mais c'est du niveau BP de banque et ce monsieur ferait bien de suivre les cours en candidat libre !!!
Réponse de le 03/12/2013 à 6:18 :
Ça paye combien de jouer les trolls pour les banksters cupides ?
a écrit le 02/12/2013 à 19:04 :
Les milliards profitent aux gouvernements qui évitent l'austérité que justifie nos déficits structurels.
Comment imaginer que les États empruntent des trillions à 2% quand seuls les nouveaux emprunts permettent de rembourser?
Encore un idéaliste
a écrit le 02/12/2013 à 18:58 :
L'incendie du Crédit Lyonnais n'a pas suffi ?
a écrit le 02/12/2013 à 18:38 :
Nationaliser les banques afin que la dictature soit totale...
a écrit le 02/12/2013 à 17:20 :
Je crois que M.Santi est le commentateur sur les forums qui a pour avatar "
Elu PS"..j'adore son deuxième degré..à moins qu'il ait constaté que plus on en sortait de très grosses, plus les commentaires arrivaient...Je soupsonne la Tribune de rémunérer les journalistes en fonction du nombre de réactions.. MDR comme disent les jeunes..
Réponse de le 02/12/2013 à 17:49 :
Vous écrivez comme les jeunes : on ne comprend rien ...
a écrit le 02/12/2013 à 16:54 :
bon sang si elles sont nationalisées et dirigées avec la meme maestria que ce gouvernement elles couleronts toutes en 3 semaines avec des deficits qui feront passer ceux du lyonnais à l epoque pour une blague
a écrit le 02/12/2013 à 16:51 :
Dommage, nous avons manqué une bonne occasion en 2008 de reprendre un peu de contrôle sur les banques... et il semble qu'il soit trop tard désormais, les banques ont définitivement échappé au contrôle des Etats, jusqu'à ce que mort s'en suive.
a écrit le 02/12/2013 à 15:58 :
En voila une idee...pour empirer davantage la situation. Depuis 2008 et la crise financaire des subprimes ( il y a donc 5 ans deja), les etats gonflent leur dette tout en empechant les les banques de prendre des risques avec des regles de capital de plus en plus contraignantes. Bilan les banques ne pretent plus puisqu on leur impose des regles qui leur feraient vendre des prets a pertes. Du coup ce Monsieur propose de nationaliser les banques pour qu elle vendent donc a perte et contribuent donc a gonfler la dette de l etat. Ca fait rever....
Laissons la Chine avec ses propres problemes de bulle, on en reparle dans 1 an ou 2 du super modele chinois.
Réponse de le 02/12/2013 à 16:42 :
Avec vous, tout est simple : les gentilles banques comme JP Morgan et Goldman Sachs d'un côté, les méchants états de l'autre. Oh que nos amis les banquiers ont du mérite à prendre tous les risques au casino avec notre pognon...
Réponse de le 02/12/2013 à 23:02 :
Depuis quand les banques jouent au casino avec notre pognon !Avec le mien jamais et tout mes comptes inferieurs à 100000 € sont garantis par l'état lui meme !Faut pas dire de betises......
a écrit le 02/12/2013 à 14:26 :
Un très intéressant billet ! Et les commentaires s'arrêtent à la question finale que je vis comme une boutade car, nom d'un chien, avec quel argent l'Etat pourrait-il procéder à une nationalisation puisque... l'argent est massivement ailleurs ?
On retiendra que les banques centrales "non-chinoises" n'ont aucune maîtrise de l'utilisation par les banques privées. Ca sent la fin de civillisation....
Réponse de le 02/12/2013 à 17:22 :
@Pascal C .Il y aura toujours un moyen de nationaliser sans argent un ex ; tout ressortissant national recevra au prorata de ses actions bancaires un avoir d impot valable 5 ans du montant de la valeur de ses actions au jour de la nationalisation.
a écrit le 02/12/2013 à 13:57 :
Je suis régulièrement vos billets Michel, mais sur celui ci je suis en désaccord. Le fond du problème ce n'est pas la nationalisation des banques, c'est la loi de 1973 dite "Loi Rothschil'"qui impose à l'état d'emprunter sur marché privés.
a écrit le 02/12/2013 à 13:04 :
Apparemment, l'expérience du Crédit Lyonnais n'a pas suffit ! Il va falloir recommencer...
Réponse de le 02/12/2013 à 16:43 :
Lehman Brothers était publique ? Vous devez faire partie de ceux qui croient à la fable du méchant Kerviel qui fait perdre 5 milliards à la SG...
Réponse de le 02/12/2013 à 16:50 :
Cher Yves, qu'elles soient publiques ou privées, on trouve les mêmes oligarques à la tête des banques françaises. Des petits "génies" payés des fortunes pour faire joujou au casino avec vos petites économies !
a écrit le 02/12/2013 à 12:45 :
Non merci on a déjà donné !! Il y a eu 1981 et toutes ces nationalisations a contre courant de l'Histoire juste pour appliquer un dogme.et qui s'est terminé entre autres par le naufrage du Crédit Lyonnais dont on traite les scories encore trente ans après et en rappelant au passage que cela a coûté un bras aux contribuables. Non, non merci !
Réponse de le 02/12/2013 à 13:05 :
Oui, c'est désespérant...
Réponse de le 02/12/2013 à 14:16 :
On parle beaucoup du Lyonnais, mais bien peu de Dexia, etc.
Réponse de le 02/12/2013 à 16:05 :
Dexia aussi est une banque publique, bien gérée comme on le sait. qui a en plus planté de nombreuses collectivités locales également responsables de leur ignorance.
Réponse de le 02/12/2013 à 17:41 :
On trouve dans les banques privées le même type d'oligarques irresponsables et cupides que dans le public... Dire le contraire, c'est juste un aveuglement idéologique ou jouer les idiots utiles de la finance casino ...
a écrit le 02/12/2013 à 12:15 :
Bonjour, comme vous le demontrez, les baques centrales font marcher la planche à billet.
Nationaliser les banques impliqueraient de sortir de l'UE. alors oui sortons de l'UE redevnons souverain sur la creation monétaire, et effectuons cette planche a billet sans interets. Ce sera aussi bien que via les banque centrale, MAIS SANS INTERET ! Oulala, ca risque d'amoindrir la dette.. Qui est partant ?

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