Pour une « Méditerranée des projets » dans le domaine de l’énergie

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(Crédits : Reuters)
Il n'existe pas de vision commune de la politique de l'énergie autour de la Méditerranée. Mais rien n'empêche de forger des projets concrets, sur la base d'accords sub-régionaux. Par Jean-Louis Guigou, Délégué Général, Institut de Prospective Economique du Monde Méditerranéen

La conférence Ministérielle de l'UpM sur l'Energie, le 11 décembre, dont l'objectif était notamment de valider le Plan Solaire Méditerranéen, a pris un tournant inattendu.

Ce que l'on pourrait considérer comme l'échec d'une approche européenne «  top down », pointée du doigt par l'Espagne notamment, aura eu le mérite de renouveler le débat sur la Communauté Méditerranéenne de l'Energie et de provoquer une saine discussion sur l'approche retenue en matière de politique euro-méditerranéenne de l'énergie: fi d'une « approche de consultants » pour une « approche projets », fi d'une approche imposée d'en haut pour une approche qui se construirait à géométrie variable, avec les entreprises.

 Pour la politique des petits pas

En effet, devant la double difficulté à fédérer l'ensemble des États autour d'une vision commune de la politique énergétique à court terme et d'articuler les objectifs de la politique euro-méditerranéenne avec la politique de l'Union européenne elle-même, une nouvelle voie s'est ouverte : celle d'une Communauté méditerranéenne de l'énergie qui se construirait petit à petit sur des projets concrets  à partir d'accords sub-régionaux.

Pas de vision partagée, mais une Méditerranée de projets

Certains ne retiendront que la mauvais nouvelle : Il faut nous rendre à l'évidence, malgré l'interdépendance et la complémentarité énergétiques qui lient les pays de la rive Sud et de la rive Nord de la Méditerranée[1], il n'existe pas, aujourd'hui, de vision partagée lorsque l'on va trop loin dans le détail ni de cadre de gouvernance régional qui fassent consensus dans ce domaine.Néanmoins, la conférence du 11 décembre aura réaffirmé la place d'une « Méditerranée de projets » dans le domaine de l'énergie. Tous les acteurs ont en effet reconnu la nécessité d'une coopération plus étroite au niveau régional et d'un nouveau partenariat énergétique régional.

La nouvelle géopolitique mondiale du pétrole et du gaz, la volonté de développer des énergies renouvelables et dé carbonées sont autant d'opportunités de développer un secteur de l'énergie créateur d'emploi et de valeur ajoutée sur les deux rives. En outre, la transition énergétique, actuellement en cours en Europe mais aussi dans les PSEM, s'avère un secteur clé de partenariat entre les pays riverains des deux rives, notamment dans le domaine de l'efficacité énergétique.

 Il nous faut donc, plus que jamais, retrousser nos manches et proposer des solutions concrètes à la mise en œuvre d'une « Méditerranée de projets » dans le secteur de l'énergie autour de deux credos :

 1 Adopter, une approche politique à géométrie variable, reposant sur des accords sous-régionaux

On le répète depuis plusieurs années mais le constat est clair : il est difficile, si ce n'est impossible à ce stade, d'étendre à l'ensemble des pays méditerranéens les mêmes objectifs en matière énergétique. L'Europe a du mal en interne à fédérer ses membres, que dire d'une approche euro-méditerranéenne. Il nous faut donc être plus pragmatique, d'autant que 'énergie est un secteur stratégique qui concentre les crispations dues à la crise économique au Nord et à la peur de l'instabilité politique au Sud.

Face à cette difficulté d'avancer à « 43 Etats », avançons dans une approche à géométrie variable, qui permette des accords structurés au niveau subrégional, avant d'envisager un élargissement aux Etats désirant y adhérer.

Après un accord triangulaire entre la Grèce, Chypre et Israël sur le gaz et l'eau en août 2013, pourquoi ne pas rêver demain d'un rapprochement franco-allemand-algérien alliant l'Italie sur la question énergétique? La mise en place d'un tel axe, en plus d'être une réelle opportunité de développer un « co-partenariat » sous régional, pourrait certainement donner le ton à cette future Communauté Méditerranéenne de l'Energie. Après l'axe Paris-Berlin, l'axe Alger- Paris-Berlin !

 2 Avancer en » mode projet » sur la base d'une approche en coproduction industrielle

L'énergie s'avère un réel vecteur d'intégration économique et de coopération industrielle. Il faudra par ailleurs pouvoir faire face au doublement de la demande d'électricité prévu d'ici 2020 dans les PSEM.

Pour cela, le partenariat énergétique doit s'inscrire dans une logique de coproduction et de colocalisation autour de filières industrielles régionales. Des cas concrets existent déjà[2]. Ces expériences doivent être encouragées et soutenues par les Etats par des normes adaptées (sécurisation des investissements) et par des lignes de crédit dédiées des grands bailleurs de fonds (projets d'ENR et d'efficacité énergétique portés par le tiers secteur par exemple).

Dans le domaine de l'énergie comme dans d'autres, commençons par une approche économique pour ensuite aborder, sur la base de projets concrets, la question politique. De la même façon, commençons à construire une Communauté méditerranéenne autour d'un nombre peut-être plus restreint de pays mais volontaires, avant d'envisager une coopération à plus grand nombre.

C'est à ces conditions que l'on pourra voir émerger une Communauté Méditerranéenne de l'Energie porteuse de croissance économique équitable et de stabilité politique pour la région méditerranéenne !

 

Jean-Louis GUIGOU, Délégué Général

Institut de Prospective Economique du Monde Méditerranéen

[1]                        [1] Comme le souligne le rapport d'IPEMED, « Vers une Communauté euro-méditerranéenne de l'énergie », Mai 2013

 [2]                        [2] Comme présenté dans « Les entretiens de la Communauté Méditerranéenne de l'Energie » publié en décembre 2013 par Ipemed, et qui rassemble le témoignage de 10 chefs d'entreprises du secteur de l'énergie opérant en Méditerranée

 

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