Chômage : un bon diagnostic, une solution erronée

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François Hollande a raison de diagnostiquer un problème d'offre pour l'économie française. Mais les baisses de charges ne sont qu'une solution de court terme. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l'Essec

Selon François Hollande, le seul moyen qui resterait au gouvernement pour inverser enfin la courbe du chômage serait que les entreprises françaises redeviennent compétitives. Ainsi, la proposition phare du « Pacte de responsabilité » est une réduction des charges pesant sur les entreprises d'environ 35 milliards d'euros, si celles-ci s'engagent à créer des emplois.

L'exigence de contreparties en échange de la baisse des charges dénote une vision administrative de l'économie, bien éloignée de l'économie de l'offre à laquelle le Président affirme s'être converti. Selon les principes de l'économie de l'offre, les Autorités doivent créer un environnement porteur pour les entreprises pour contribuer à leur profitabilité. L'exigence de « contreparties » créé par nature une contrainte supplémentaire pesant sur les entreprises ce qui rend de fait plus hostile leur environnement. Comme pour le CICE, il est donc à craindre qu'un grand nombre d'entreprises refuse le cadeau présidentiel, en redoutant l'exécution des contraintes.

Un raisonnement assez rudimentaire

La conception économique derrière le Pacte de responsabilité dénote un raisonnement plutôt rudimentaire selon lequel réduire les charges sur le travail permettrait une baisse durable du coût par unité de bien produite. Certes, une réduction des charges devrait dans un premier temps réduire ce coût ; mais rien ne garantit qu'à plus long terme, les syndicats ne réussissent à imposer des hausses de salaire, qui viendraient alors contrecarrer la réduction des charges. En réalité, ce n'est pas le niveau élevé des charges qui a amoindri la compétitivité des entreprises françaises, c'est le fait que la France est quasiment le seul pays d'Europe où les hausses salariales excédent systématiquement les gains de productivité.

La bonne solution, une réforme du marché du travail

Dans cette perspective, la vraie solution n'est donc pas la réduction de charges sous forme d'un cadeau ponctuel fait aux entreprises et à leurs salariés. La bonne solution passe par la mise en place d'une réforme du marché du travail à même de freiner les hausses salariales en période de crise. Cela réclamerait un certain nombre de mesures d'urgence comme l'assouplissement de la protection légale de l'emploi, la création de plusieurs salaires minimum par branches, une obligation pour les syndicats de prendre en compte le chômage (par exemple en rendant les chômeurs membres des syndicats), une simplification de notre code du travail de 1200 pages, la suppression des contraintes excessives sur la durée légale du travail, la réforme du travail dominical, la suppression des exigences excessives de diplômes et certifications pour des métiers qui n'ont pas vraiment l'utilité.

Ces réformes, se feraient dans une logique de la « fléxisécurité », telle que recommandée par l'UE, à savoir que la flexibilité accrue serait accompagnée d'une plus grande protection des revenus des individus qui perdraient leur emploi.

 Les solutions administratives vouées à l'échec

En Allemagne, la plus grande centralisation des négociations salariales fait que les revendications salariales prennent mieux en compte les gains de productivité et la situation des chômeurs. L'Espagne, la Grèce et le Portugal ont également limité les hausses salariales, voire réduit les salaires, pour que les hausses salariales n'excèdent plus les gains de productivité.

Les « accords de maintien de l'emploi » introduits en Juin 2013 avaient cet objectif. Mais les modalités de mise en œuvre trop complexes, trop contraignantes et réclamant une myriade d'autorisations administratives, ont rendu inapplicable cette réforme de bon sens. La leçon de cet échec est bien que lessolutions « administratives », qu'elles s'appliquent du coté de la demande ou du côté de l'offre, sont vouées à l'échec.

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Commentaires
a écrit le 27/05/2014 à 11:46 :
ON PEUT AUSSI FAVORISSEZ LA VENUE D INVESTISSEURS ETRANGER EN FRANCE ?NOTRE SAVOIR FAIRE FRANCAIS EST TRES RECHERCHES ???
a écrit le 23/05/2014 à 12:04 :
Je me souviens des promesses pour la suppression de l'autorisation administrative de licenciement... Les gens sont angoissés par le chômage, qu'on arrête de dire que les licenciements sont difficiles ailleurs que dans la Fonction publique.
a écrit le 31/01/2014 à 22:59 :
Commençons déjà par l'évidence (le plus facile) : charger les salaires est complètement idiot. Un transfert vers des impôs à large assiette (TVA et CSG) ne peut évidemment qu'améliorer les choses...
a écrit le 30/01/2014 à 16:53 :
C'est marrant, je n'ai pas suivi vos cours à l'ESSEC, mais je ne le regrette pas quand je lis d'avoir préféré suivre d'autres cours:
"En réalité, ce n'est pas le niveau élevé des charges qui a amoindri la compétitivité des entreprises françaises, c'est le fait que la France est quasiment le seul pays d'Europe où les hausses salariales excédent systématiquement les gains de productivité."

Comme si une hausse ou une baisse des charges ne bénéficiait soit qu'aux entreprises soit qu'aux salariés. C'est une vision beaucoup trop manichéenne et illustre un vrai problème philosophique en France où l'on perçoit l'entreprise et ses salariés comme des ennemis avec l'état dans le rôle de casque bleu.

En fait, réduire les charges devrait permettre à la fois une hausse de la compétitivité en permettant de réduire les "dépenses" salariales tout en permettant une hausse raisonnable des salaires.

J'ai récemment fait un calcul, entre ce que je coûte à mon entreprise et ce que je touche réellement après impôts, je "perds" 60% de ma valeur (il faut ensuite compter les autres taxes, habitation, TVA, etc...). Si la dessus l'état renonçait à 10 de charges une répartition équitable pour tout le monde serait de répartir la baisse ainsi : +2,85 euros en net sur le salaire et -7,15 de coût pour l'entreprise. De cette manière, le coût du travail serait réduit du même pourcentage que l'augmentation du revenu net de l'employé.
a écrit le 29/01/2014 à 13:00 :
Très bon article, intelligible
Merci de penser juste quand beaucoup pensent de travers
Réponse de le 31/01/2014 à 23:03 :
"Dans cette perspective, la vraie solution n'est donc pas la réduction de charges sous forme d'un cadeau ponctuel fait aux entreprises et à leurs salariés"

Vous trouvez ça intelligent vous comme pensée ? La baisse des charges est définitive, hautement souhaitable et aura bien évidemment un effet bénéfique sur l'emploi. Il faut juste aller beaucoup plus loin et ne pas avoir peur de transférer vers l'impôt des ménages (certains ménages sont beaucoup plus à l'aise que beaucoup d'entreprises)
a écrit le 29/01/2014 à 7:46 :
Les salariés du privé ne sont pas surprotègés. Et nombre d'entre eux sont dans des situations assez précaires. Mélanger "coût du travail", "salaire" et "protection sociale" est contre productif et alimente l'argumentaire corporatiste de la CGT et de FO, qui veulent tout jouer sur la consommation, une consommation axée sur des biens que nous ne produisons pas. S'il y avait un débat sur le droit du travail à lancer, il concernerait plutôt le secteur public, mais c'est un débat différent.
a écrit le 29/01/2014 à 0:00 :
On l'aura compris : d"parés ces messieurs, maintenant que l'allègement des charges se fera (et risque de na pas marcher), ils ont leur explication d’après : les licenciements ne sont pas assez faciles.
Par contre, ils n'ont pas l'air de réfléchir suffisamment pour se demander si des salariés KLEENEX jetables vont être très motivés. Manifestement, la question n'a pas l'air de se poser...
a écrit le 28/01/2014 à 22:00 :
T'as bien raison mon p´tit Marc.
a écrit le 28/01/2014 à 19:43 :
Très bon article, intelligible
Merci de penser droit quand tout le monde voit de travers
a écrit le 28/01/2014 à 18:15 :
Et pourquoi pas un Salaire Maximum d'Intérêt Collectif mettons à 1500 euros bruts tant qu'on y est ?
a écrit le 28/01/2014 à 17:23 :
En tant qu'ancienne de l'ESSEC, les conclusions de cet article sont consternantes. Il faudrait examiner à nouveau le ratio rémunération du travail et celui du capital des années 60 à nos jours pour comprendre en partie ce qu'il se passe. Croyez-moi, les hausses salariales sont très minimes en comparaison ! Je gagne à peu près la même chose qu'il y a dix ans, pendant ce temps, les loyers dans mon quartier ont doublé et mes factures (EDF, GDF, taxes...) ne cessent d'augmenter.
a écrit le 28/01/2014 à 16:03 :
Excellent article ! et je trouve le professeur de gauche extrêmement séduisant ! J'envie ses élèves !
a écrit le 28/01/2014 à 15:02 :
La flexibilité du droit du travail et une réduction du salaire minimum, effectivement c’est une solution simpliste pour être toujours compétitif.
L’exemple des USA est surement à suivre licencier en masse dès qu’une crise arrive et réembaucher à la reprise, si possible à un salaire inférieur pour un même job, bien sur le principe mais comment traitons-nous le chômage de masse ?
De plus la flexibilité risque d’être dans les deux sens employeur et employer attention au turn-over comme en Irlande ou dans les sociétés de services les salariés les plus anciens ont entre 6 et 12 mois d’ancienneté dans l’entreprise, c’est peut-être gérable dans le service mais dans l’industrie c’est dramatique comme méthode, comment honorer une commande sans les bonhommes pour faire tourner les machines et fabriquer des pièces.

Vouloir faire des salariés français des intérimaires c’est peut être parfait pour la souplesse, mais pour la consommation et les biens d’équipements ou l’immobilier, c’est une véritable catastrophe !!
Comment une banque peut-elle avoir envie de prêter à un client qui risque de ne pas pouvoir rembourser son crédit !!
Réponse de le 31/01/2014 à 23:05 :
En fait il faut flexibiliser l'emploi mais sécuriser les personnes comme dans les pays scandinaves.
a écrit le 28/01/2014 à 14:24 :
Ce que veulent les entreprises c'est les avantages de la Nation (protection, sécurité, stabilité, ...) mais pas les inconvénients (impôts). Clairement, les entreprises sont tout sauf patriotique.

Un nombre incalculable de Français ont sur leur état civil la mention "mort pour la France". Des villages sont aussi "mort pour la France". Les entreprises : néant !
a écrit le 28/01/2014 à 14:21 :
Voilà un excellent article que tous devraient lire et comprendre, à commencer par le gouvernement et FH lui-même. C'est URGENT !
a écrit le 28/01/2014 à 13:22 :
Dans une économie de la rente, ce qui rapporte c'est l'argent. Les gens eux sont juste des postes de coûts. Alors il faut au plus vite rétablir l'esclavage, laisser l'argent aux rentiers et les entreprises vendre à personne des biens produits par de l'argent et sans personne. Si nous pouvions, dans le même temps, abolir les lois de la république pour que nous puissions en toute quiétude faire parler la loi du plus fort pour dégommer quelques têtes trop chargées par le reniement de l'humain ce serait pas mal.
Réponse de le 28/01/2014 à 14:03 :
Oui la vie a changer aujourd'hui c est les petits patrons qui sont les esclaves de la bureaucratie soviétiques et des syndicats bolchevique
Vous pouvez vous dire que vous avez gagne il n y a plus de patrons pour embaucher !!! Lol
Réponse de le 28/01/2014 à 14:25 :
Pas aux petits.
a écrit le 28/01/2014 à 13:20 :
La seule solution c est la flexisecurite pour licencier quand vous n avez pas de boulot moi je préfère augmenter les prix. Avec l insécurité juridique et le bazar du code du travail beaucoup renoncent a embaucher. Pour les petits fonctionnaires qui vont être choqué prenez un salarié a domicile et engager vous a le payer même s il ne fait rien !!
a écrit le 28/01/2014 à 12:36 :
"ce n'est pas le niveau élevé des charges qui a amoindri la compétitivité des entreprises françaises, c'est le fait que la France est quasiment le seul pays d'Europe où les hausses salariales excédent systématiquement les gains de productivité". Ne faisons surtout pas profiter les salariés des gains de productivité... Le problème que nous avons en France n'est pas tant un problème de compétitivité que d'une raréfaction des entreprises industrielles, qui sont les seules aujourd'hui à pouvoir employer en masse des salariés. Il suffit de voir le niveau désastreux qu'a atteint l'emploi industriel dans ce pays, pour comprendre qu'une bonne partie de nos problèmes viennent de là. La France n'a plus confiance dans ses industries. Elle n'a rien fait pour les sauver, on a préféré tout miser sur les services. Résultat : 10 % de chomeurs !
a écrit le 28/01/2014 à 12:32 :
Je sais pas vous, mais moi, quand je file 30 milliards à quelqu'un, j'estime être en droit d'attendre quelque chose en retour ! Alors bien sûr, que peut-être les syndicats... Mais si l'Etat ne demande rien, les chefs d'entreprise se mettront assurément le pognon dans la poche, sans rien donner en retour. On l'a bien vu avec la baisse de la TVA dans la restauration. Beaucoup d'argent dépensé, peu d'emplois créés. Ca fait cher l'emploi créé !!
Réponse de le 28/01/2014 à 13:13 :
Vous n avez sûrement jamais été dans une PME pour raisonner comme ca
Réponse de le 29/01/2014 à 0:30 :
Une baisse de charges n'offre aucun revenu. Il faut créer de la valeur pour collecter des bénéfices. Mieux vaut une baisse de charge pour relancer la machine économique que des emplois subventionnés inutiles.
Réponse de le 09/05/2014 à 8:28 :
@Mouais : quand comprendrez-vous qu'actuellement les charges ne sont payées ni par les capitalistes ni par les gros revenus du COMEX des entreprises ? Les charges sont payées pour une large part par les consommateurs français, pour une part hélas faible par les consommateurs étrangers...et indirectement par les chômeurs qui ne peuvent trouver un travail du fait de cette surcharge. Les charges sont les pires des impôts indirects, les plus injustes en tout cas...
a écrit le 28/01/2014 à 12:01 :
Pourquoi ne pas rétablir l'esclavage ? Ou est-ce encore trop cher ?
Réponse de le 29/01/2014 à 15:19 :
Ben ça dépend faut nourrir les esclaves ?
a écrit le 28/01/2014 à 11:58 :
De toutes façons les dirigeants français veulent tout contrôler. Résultat : c'est la chienlit permanente.
Réponse de le 28/01/2014 à 14:03 :
Tout à fait d'accord. Au final, quand on veut tout contrôler, on aboutit à ne plus rien pouvoir contrôler! C'est comme les impôts: au plus les taux augmentent, au moins il y a de recettes fiscales! Mais ça, nos énarques de droite comme de gauche ne sont pas prêts de le comprendre! Interdiction aux énarques de se présenter à un mandat national! On pourrait enfin respirer...
a écrit le 28/01/2014 à 11:45 :
"L'Espagne, la Grèce et le Portugal ont également limité les hausses salariales, voire réduit les salaires, pour que les hausses salariales n'excèdent plus les gains de productivité." pour quels résultats SVP ?
Le problème de fond n'est pas le coût du travail, c'est la non viabilité de l'euro et l'indépendance de la BCE. Il nous faut d'urgence faire des dévaluations compétitives seules à même de nous sortir du marasme, encore 10 ans de perdu avant de se rendre à cette évidence ???
a écrit le 28/01/2014 à 11:44 :
Avant toute création d'entreprise, l'entrepreneur devrait lire, parapher chaque page et signer le code du travail. Je pense que les créations d'emplois seraient exponentielles !!!! Monsieur
Sapin serait ravi !!!!!
a écrit le 28/01/2014 à 11:33 :
L'échange des roles est rapide dans les médias car le premier à concéder des contreparties était bien M Gattaz qui promettait il y a peu un million d'emplois il est vrai sur une autre assiette de réductions de charges.Tout le monde parle aujourd'hui des contreparties que se proposerait de demander le gouvernement mais personne ne parle du renoncement du MEDEF ,Je vois donc bien que ce bashing continue .
On peut toujours donner de l'argent tà tous ces mecs mais des retours d'ascenseur il y en a pas beaucoup

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