S'inspirer de la Bible pour repenser le social

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Richard Sitbon (DR. Caroline Haddad)
Richard Sitbon (DR. Caroline Haddad) (Crédits : Reuters)
L'Ancien testament nous fournit des pistes pour revoir notre organisation économique et sociale, par Richard Stibon, économiste, directeur au ministère du Trésor israélien, auteur de « L’économie selon la Bible » (Editions Eyrolles).

Condamnée à subir les lois économiques du marché, la démocratie est-elle en danger ? C'est à cette question que l'intervention du président Hollande, avec la nouvelle direction économique en faveur d'une politique de l'offre, pose en filagramme à tous les citoyens. Décrite comme un tournant ou une rupture dans la pensée économique socialiste, cette nouvelle orientation ne serait-t-elle pas plutôt un constat d'échec ?

Non un échec du président Hollande et du gouvernement, mais plus simplement un échec de toute tentative d'intégration d'une politique socialiste dans un environnement de finance internationale et de mondialisation capitaliste.

La crise financière et partout les mêmes conséquences

Si tel est le constat, alors se réaliserait définitivement la prophétie de Karl Polanyi, qui soulignait dans son livre « La grande transformation » que : « la privation de liberté est à vrai dire le résultat inéluctable de la philosophie libérale qui prétend que le pouvoir et la contrainte sont le mal et que la liberté exige qu'ils n'aient point de place dans une communauté humaine. » La disparition du champ soviétique et la victoire triomphale du capitalisme nous a apporté pourtant la crise financière de 2008, avec partout des résultats similaires : des pays endettés, des ménages qui déjà au bas de l'échelle sociale ont vu leurs situations empirer, une classe moyenne qui s'effiloche, étranglée par la crise, tous victimes d'un ennemi qui semblerait sans visage.

Partout, ce nouveau capitalisme a conduit à la même précarisation du marché de l'emploi, grignotant pour beaucoup ce que les économistes appellent « le pouvoir d'achat libéré », ou ce petit supplément qui laisse à la vie sociale un goût sucré. Dans chaque pays, la même minorité d'ultra riches voit leur fortune croître au gré de systèmes de défiscalisation très avantageux.

La finance, ennemie d'hier, devenue l'amie d'aujourd'hui?

 Il fut un temps lointain des élections où les socialistes pointaient du doigt cet ennemi invisible : la finance, promettant à la France de s'en charger. L'ennemie d'hier serait-il devenu l'ami d'aujourd'hui ? Ou bien tout simplement dans cette lutte des classes devenue une guerre des classes, le capitalisme international aurait-il vaincu les tenants du social ?

La politique socialiste devenue obsolète 

En réalité, il n'y a ni ennemi, ni ami. Il n'y a seulement que des modes de vie, des idées qui s'affrontent. Sans guerre. Et dans la réflexion, le développement de la pensée, la chute du mur de Berlin a fourni des arguments et des motivations nouvelles aux tenants du capitalisme, les encourageant à aller jusqu'au bout de leurs idées. La pensée socialiste, elle, restant éculée, nostalgique d'un passé où l'on nationalisait des entreprises et où l'on imposait les riches. Dans un contexte mondial, qui, depuis vingt ans, s'est modifié, la politique socialiste est devenue obsolète. Est-ce à dire que la bataille du social, de l'humanisme est perdue ? Sûrement pas.

 Intégrer la finance, la mondialisation dans la réflexion

Le défi est à de nouvelles idées. Le socialisme se doit, comme le capitalisme, de proposer une réflexion qui s'intègrerait à la finance, à la mondialisation. Car c'est non par le conflit mais de concert que la recherche du bonheur social et la sortie de la crise seront possibles.

Pour cela, les politiques sociales doivent s'adapter pour laisser de côté les protections telles que nous les avons connues dans les années quatre-vingt, afin d'en mettre en place de nouvelles, qui seraient adoptées par la finance internationale. Des propositions existent déjà. Mais, comme dans toute crise profonde, c'est une révolution qui doit être menée. Une révolution des idées. Et quoi de plus naturel si l'on s'occupe de politique sociale, que de se tourner vers la Bible. Cette révolution doit se faire en trois actes :

 Se tourner vers la Bible

Le premier est tiré de ce verset de la Bible : « Abraham planta un bouquet d'arbres à Beer Shava et y proclama le Seigneur, Dieu éternel. Abraham habita longtemps encore dans le pays des Philistins. » Dans le texte original en hébreu, le nom de l'arbre « echel » correspond aux initiales de trois mots dont la traduction est nourriture, boisson et logis. Ces termes expriment le minimum vital qu'une société doit apporter à chacun. Actualiser à nos sociétés modernes cette idée, nous demande d'octroyer à chaque adulte « un revenu minimum de survie ».

 Un Revenu minimum de survie

Ce « RMS », devra être rétribué à chaque citoyen âgé de 20 ans, sans distinction de revenu, de statut ou de situation, tout au long de sa vie. Les dépenses de protections sociales dépassent actuellement plus de 620 milliards d'euro par an. A elles seules, les prestations de survie : emploi, vieillesse-survie, famille, logement, pauvreté-exclusion, représentent une dépense de plus de 400 milliards d'euros. Cette somme permettrait de verser plus de 600 euros par mois à chaque individu au titre du RMS. Elle contribuerait, pour la finance, à une source d'épargne de consommation et serait un gigantesque levier pour l'économie. Enfin et surtout, le RMS, signifierait, pour l'ensemble des citoyens, une progression sociale.

 Une pause dans la vie économique

Concernant le deuxième acte, il suffirait de repenser le travail et son temps. Ce texte tiré de la Bible pourrait nous y aider : « Pendant six ans, tu ensemenceras tes terres et tu en engrangeras les produits. Mais la septième année, tu les laisseras en jachère. » Ce que propose le texte est de mettre fin à une réalité économique dont l'unique objectif serait la poursuite illimitée du gain et de la croissance, afin de nous suggérer une économie qui inclurait une pause dans celle-ci.

Non pas un arrêt mais un ralentissement, avec pour objectif après 6 ans de travail, une croissance zéro. L'année sabbatique devancerait ainsi les cycles des crises courtes et permettrait de lisser les évolutions de la production dans le temps, soit pour éviter les périodes de sous-emploi, soit pour enrayer les périodes de surchauffe qui risqueraient d'entraîner des dysfonctionnements.

 Une année à mi temps

Pour cela, il suffirait, en France, de réévaluer le temps de travail à quarante heures par semaine, durant six ans avec un même salaire. Le coût du travail s'en trouverait amoindri et améliorerait la compétitivité des entreprises. Quant à la septième année, année de croissance zéro, la population active travaillerait à mi-temps afin que chaque travailleur puissent récupérer ses cinq heures de travail supplémentaire qu'il a effectué chaque semaine, souffler, se recentrer sur lui-même, ses proches, en un mot se ressourcer.

 Un communautarisme intégré

Enfin, le troisième acte serait de repenser la cohésion sociale. Un dernier texte, tiré lui aussi de l'Ancien Testament, nous montrerait la voie : « Et Dieu dit à Moshé : chacun selon son drapeau selon la maison de son père. » La société est repensée. Le terme « shevet » ou « matteh » est utilisé en hébreu pour désigner « la tribu ». « Shevet » a pour racine le terme « assis », qui donne son assise à la société. « Matteh » est un terme qui signifie « bâton », sur lequel toute la communauté entière peut s'appuyer. La société, proposée ici, est une association de communautés à la fois solidaires de la société en générale, mais uniques par leurs caractéristiques. Ainsi, face au défi du communautarisme et des groupes, en s'inspirant de la Bible, une idée nouvelle nous est présentée : « le communautarisme intégré ». Une société dans laquelle les groupes seraient uniques mais solidaires avec pour dénominateur commun : le pays et ses lois.

La crise, que nous traversons, est synonyme d'espoir pour une reconstruction et l'émergence d'idées nouvelles, et l'acteur principal de cette reconstruction ne sera ni l'Etat, ni la liberté des marchés, mais tout simplement : l'homme.

 

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Commentaires
a écrit le 10/02/2014 à 18:51 :
C'est simplement Grotesque...
Merci de nous avoir fait rire , ici , en Chine...Ha Ha Ha !!! Super !!!
a écrit le 30/01/2014 à 21:33 :
Pas nouveau et toujours aussi nul !
a écrit le 30/01/2014 à 10:16 :
Je préfère le petit livre rouge de Mao et das Kapital de Marx,pour faire du social
a écrit le 30/01/2014 à 10:02 :
S'inspirer de la Bible est effectivement une excellente idée. Mais qu'ils ne rêvent pas s'en sortir en copiant les idées sans s'occuper de reconnaitre leur Auteur. Il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu. Il va bien falloir le reconnaitre un jour ou l'autre.
D'autre part, vouloir rafistoler un système qui provoque autant de malheurs sur terre est sujet à controverses.
L'auteur *choisit* ses "propositions".. Dans l'ancien testament, il y avait aussi l'idée comme quoi chacun possèdait sa terre, ce qui permettait à chacun, s'il était courageux, de vivre. Tous les 50 ans on redonnait à chaque famille sa possession héréditaire (le jubilé, où même si on avait vendu son champ, on le récupérait), tous les 7 ans on remettait les dettes à 0, il n'était donc pas possible d'accumuler des richesses par le monopole ou l'accroissement démesuré de sa propriété. Dans l'ancien testament, on condamne donc, le système actuel d'un bout à l'autre. [dans le nouveau aussi, on parle de la convoitise, de l'amour de l'argent, comme étant de l'idolatrie]. Pourquoi ne pas aller au bout donc?

Il faut placer l'Equité et la Justice au dessus des autres valeurs. Car Dieu aime la justice. en fait, il *exige* la justice même. Tous les gouvernements et systèmes qui l'ont éludée ou réduite, ou considérée comme élastique sont tombés. Aucun ne fait exception. Révisez votre histoire. Il n'est pas possible de diriger, durablement, en paix, sans la Justice. Certains se croient assez forts pour obliger autrui, pour trouver des paliatifs, afin de satisfaire leurs désirs insatiables, mais il n'y en a aucun, car Dieu ne supporte pas l'injustice. Diriger avec la Justice, c'est comme tenir les rennes d'un cheval dressé. Diriger sans la justice, c'est chercher à monter un cheval sauvage à cru, en le fouettant.
Tout gouvernement qui augmentera l'équité pour son peuple prosperera, et tout gouvernement qui fera l'inverse sera renversé. L'avantage du XXIeme siècle, c'est sa vitesse de réaction par rapport à ceux qui l'ont précédé, nous verrons probablement de grands boulversements rapidement.
a écrit le 30/01/2014 à 9:10 :
venant d'un peuple qui fut martyrisé depuis la plus haute antiquité
égyptien ,babylonien, romain etc etc...qui fut de tout les pogroms...et autres chasses aux sorcières, jusqu'à la dernière extermination faites par les nazi et ben je trouve qu'il est pas rancunier le peuple de la bible
a écrit le 30/01/2014 à 9:09 :
moi qui avait les bras qui me tombaient devant la bêtise de "penseurs" musulmans voulant refonder la société ens e basant sur le coran (finance islamique, social d'après le coran...) Je vois qu'ils n'ont pas le monopole de la bêtise . je ne dirais pas que ça rassure mais bon on en rit mieux
a écrit le 30/01/2014 à 8:38 :
Inspirons-nous du Communisme pour repenser la France...Voyez avec les Chinois , ça les a rendus plus forts que les américains.
a écrit le 30/01/2014 à 6:58 :
Elle est bien bonne Sitbon, sacré Richard!
a écrit le 29/01/2014 à 17:36 :
Une multitude de conseils révolutionnaires à lire et appliquer dans le nouveau testament de la Bible : Aimez vous les uns les autres. Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. Dieu est amour. Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé etc... l’ancien testament est désuet et plein d'appels à la guerre et à la discrimination. Ce n'est pas pour rien qu'on appelle cet ensemble de livres l'ancien testament, personne ne veut revenir aux temps des charrues et des bœufs et surtout personne ne veut reproduire les même erreurs qui ont provoqué le déluge, Richard Stibon n'est vraiment pas sérieux avec sa propagande.
Réponse de le 29/01/2014 à 20:15 :
Avez-vous sérieusement lu l'ancien testament pour dire cela?
Plein d'appels à la guerre, sérieusement?
Je pense que beaucoup de gens devraient s'en inspirer, si ce n'est que pour les règles morales.
Vous dites également que personne ne veut reproduire les mêmes erreurs qui ont provoqué le déluge, mais ne vaut-il pas mieux savoir quelles sont ces erreurs afin de ne pas les refaire?
Réponse de le 30/01/2014 à 4:24 :
Ces appels à la guerre sont légions, il faut être de mauvaise foi pour nier les guerres, vous ne lisez que ce qui vous arrange. L'ancien testament est très important, il nous donne les règles de morales qui n'ont pas fonctionnées, afin de les corriger avec le nouveau testament. Il ne faut pas répéter les erreurs du passé, les améliorations se trouvent dans le nouveau testament données par Jésus Christ, l'avenir c'est le nouveau testament pas l'ancien, réfléchissez deux minutes au lieu de vous entêter à ressasser le passé.
a écrit le 29/01/2014 à 14:02 :
Les bases théoriques et sociales du New World Order?
a écrit le 29/01/2014 à 13:26 :
J'eusse préféré des références aux philisophes anciens... Grecs, Romains et... Chinois.

Toutes les vérités concernant l'être humain ont été émises en ces temps là, et la philisophie moderne n'y a apporté que peu de changement.s..
Réponse de le 29/01/2014 à 18:55 :
philosophie, pas philisophie...
a écrit le 29/01/2014 à 11:54 :
juste en passant, le mot filigramme n'existe pas... c'est "filigrane"
a écrit le 29/01/2014 à 11:43 :
Il n'a rien trouvé de plus récent ? Il devrait chercher un peu sur google ...et même chez son libraire habituel il trouvera des réflexions un peu plus élaborées ...
Réponse de le 29/01/2014 à 20:17 :
Les hommes d'aujourd'hui ne sont pas forcément plus intelligents que les hommes d'hier...
Surtout quand on sait que ces derniers avaient prévu tout ce qui, aujourd'hui, est découvert par la science.
a écrit le 29/01/2014 à 11:11 :
Je ne suis pas sûr que dans les 400 milliards d'euros il n'y ait pas une part de coût de fonctionnement ! Et adieu la politique familiale ?
a écrit le 29/01/2014 à 11:03 :
On oublie que dans la Bible tout est organisé en fonction d'une idéologie communautariste et le rejet de l'autre et des autres communautés.
Aujourd'hui on vit dans une société, mondialisée, connecté où la gestion tient compte de l'altérité.
Ce n'est pas encore parfait. A part quelques conseils de plus ou moins bons sens je ne sait pas en quoi la Bible viendrait nous donner des leçons de gestion.
a écrit le 29/01/2014 à 10:58 :
Pour info, le "RMS" dont parle monsieur Sitbon , a priori très ethno centré dans sa reflexion sur le bien etre du monde, existe depuis belle lurette en France, il s appelle le RSA et toute personne nécessiteuse peut l obtenir a partir de 18 ans...
a écrit le 29/01/2014 à 10:49 :
Pour couler on a déjà Hollande on n'a pas besoin de l'ancien testament...
a écrit le 29/01/2014 à 10:18 :
L'anssien testament , oui , je l'ai vu...super film...
a écrit le 29/01/2014 à 9:11 :
Pas la peine de prendre la Bible pour référence quand on en arrive à cette même conclusion par l'observation des faits. Un compte en banque unique qui reçoit votre découvert mensuel comblé automatiquement chaque mois, partage du travail et remise en valeur de la famille!
Réponse de le 29/01/2014 à 14:12 :
il faut que chaque idee soit exprimer...pour progresser. chacun doit donner son apport...je crois
a écrit le 29/01/2014 à 9:06 :
La plaie de ce siècle est la religion en général et les monothéismes en particulier. Se référer à du soi disant savoir religieux est un renoncement à la création et refuser de penser l'avenir comme l'humanité en construction. Ces livres "sacrés" sont le fondement de l'escroquerie des religieux et le "salut" viendra de leur disparition. La religion ne crée rien, la religion stérilise tout.
Réponse de le 29/01/2014 à 14:11 :
non la plaie de ce siecle c est l extremisme...plutot
Réponse de le 29/01/2014 à 23:35 :
Ce ne sont pas les religions le problème. C’est le faite que chaque homme mette en premier ou en priorité une valeur différente. Pour les uns c’est Dieu, pour les autres c’est l’humanité, pour d’autre l’argent, le pouvoir…
Un athée qui dit : si tout le monde était athée, il n’y aurait pas de guerres. Il a autant raison qu’un musulman qui dit : si tout le monde était musulman, il n’y aurait pas de guerres ou bien un chrétien : si tout le monde était chrétien, il n’y aurait pas de guerres.
C’est la différence de valeur qui crée des tensions et des guerres. Et le plus gros problème des êtres humains c'est de ne pas être d’accord sur le modèle de valeurs universelles à adopter.
Réponse de le 30/01/2014 à 10:56 :
Les idées de l'humanité et son expérience se traduisent aussi dans les religions et les philosophies les plus diverses, pas seulement dans les discours des économistes. S'en priver par principe comme vous le faites, avec des affirmations péremptoires contraires à l'histoire du monde, c'est revenir au zéro de la réflexion et de l'expérience...
a écrit le 29/01/2014 à 7:47 :
Très proche du freudo-marxisme. à lire et à relire: erich fromm.
Réponse de le 29/01/2014 à 13:29 :
Dommage de se laisser enfumer par de telles ignorances...lisez le livre des Actes dans la bible chapitre 2 et recevez vous aussi le cadeau de Dieu
Réponse de le 29/01/2014 à 21:36 :
La meilleure proposition faite jusque-là!

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