Sauvons la taxe sur la finance !

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Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, est l'un des opposants à la taxe sur les transactions financières
Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, est l'un des opposants à la taxe sur les transactions financières (Crédits : reuters.com)
Les autorités françaises reprennent les arguments des banquiers pour saborder la future taxe sur les transactions financières. Des arguments qui ne résistent pas à l'examen. Par le groupe banque du collectif Roosevelt.

La taxe européenne sur les transactions financières (TTF) approche de la décision finale. Les pressions discrètes et les négociations en coulisse s'accélèrent pour influencer la rédaction définitive.

Comme d'habitude, et au grand mécontentement des autres pays, petits ou grands, le couple franco-allemand, qui se réunira le 19 février pour en parler, essaie de préempter la décision.

Version large des Allemands ou étroite des Français?

Officiellement, les deux ministres des finances se disent d'accord sur le champ très large des produits financiers que doit enfin couvrir cette taxe mise en œuvre bientôt par onze pays européens, peut-être bientôt rejoints par d'autres. Les Pays-Bas, sous certaines conditions, et la Lituanie ont déclaré qu'ils pourraient rejoindre les 11 signataires. En réalité, les textes émanant des deux pays sont encore assez différents, et on ne sait si c'est la version large des Allemands ou la version étroite des Français qui l'emportera.

 Les arguments des banquiers repris par les négociateurs français

En effet, depuis bientôt un an, les négociateurs français reprennent à leur compte les arguments des banquiers et financiers français, dont aucun ne résiste à l'examen. Par exemple, Christian Noyer, qui en tant que gouverneur de la Banque de France n'a plus de politique monétaire à mener, et en tant que superviseur des banques, n'a plus de banques à superviser, a beaucoup de temps disponible pour expliquer que si on taxe les transactions à haute fréquence, cela entraînera une délocalisation des activités (et donc des emplois ?. En fait, ces transactions sont effectuées à Londres par des ordinateurs : elles sont délocalisées et déshumanisées depuis plusieurs années.

 Gêner le financement? Un argument absurde

Le même ou Pierre Moscovici expliquent que l'extension de la TTF aux obligations détournerait les investisseurs du marché obligataire où les taux sont très bas, des taux très bas dont profite l'Etat français pour financer la dette. De plus, cela pénaliserait le financement des entreprises.

 C'est absurde. Les obligations publiques sont achetées une seule fois par les assureurs qui les gardent jusqu'au terme de leur remboursement. Ils ne seront aucunement gênés par une taxe minuscule ; laquelle va au contraire freiner les ardeurs de tous les spéculateurs, banquiers ou non, qui passent leur temps à racheter et revendre pour en tirer des profits instantanés. Même chose pour le financement des entreprises.

 L'hypocrisie sur la délocalisation des activités financières

Enfin nos ministres et banquiers veulent empêcher la taxation des titres mis en pension pour une nuit, ce qui procure aux banques des liquidités à très court terme avec lesquelles elles financent des opérations à long terme, comme le faisaient Dexia et le Crédit immobilier de France juste avant de faire faillite.

 Mais là où l'hypocrisie de nos dirigeants atteint son maximum, c'est qu'en même temps qu'ils prétendent être effrayés par la probable délocalisation des transactions taxées, ils s'emploient à contester le principe de la taxation des transactions à l'origine proposé par la commission européenne, qui est précisément conçue pour lutter contre l'évasion fiscale.

Cela veut dire qu'une banque française est taxée même si elle fait une transaction en dehors de l'Union européenne, par exemple à New York. En complément de ce principe, la Commission veut taxer selon le principe d'émission. Ici, le critère est l'origine de l'instrument, et non pas de l'institution financière.C'est-à-dire qu'une action française vendue à Hongkong par une banque japonaise serait aussi taxée. Le ministère français ne veut appliquer que le principe d'émission. Mais puisque la plupart des produits dérivés sont traités sur des marchés de gré à gré et ne donnent pas lieu à émission, la position française permettrait à une part importante des transactions d'échapper à la taxation.

 La France veut réduire la taxation des dérivés

Enfin, ultime cadeau aux banques et autres spéculateurs, alors que la Commission propose de taxer un produit dérivé selon la valeur nominale couverte par le produit, et non pas selon le prix du produit lui-même, la proposition française ne taxerait que le dérivé, dont l'effet de levier est souvent supérieur à 20, ce qui lui fait propager et amplifier d'autant les risques systémiques ; cela signifierait donc une réduction de la taxe d'au moins 95 %. 

 Après avoir tenté de saborder la proposition européenne de séparation bancaire, nos dirigeants et banquiers français essaient de réduire à néant une taxe qui, outre l'argent bien utile qu'elle rapporterait, aurait l'effet bien utile aussi de réduire les volumes et les profits spéculatifs, qui sont autant de prélèvements indus sur l'économie réelle.

Faisons tout pour les en empêcher.

 

Groupe Banques du Collectif Roosevelt

(*) Le Collectif Roosevelt est un lieu de formation, de débat et de mobilisations citoyennes, cette association a pour but de contribuer à la réflexion sur la naissance d'une société plus juste et plus solidaire, et de formuler des propositions concrètes en ce sens.

Il compte parmi ses fondateurs Curtis Roosevelt, petit-fils de Franklin D. Roosevelt, Stéphane Hessel, Edgar Morin, Michel Rocard et Pierre Larrouturou.

 

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Commentaires
a écrit le 19/02/2014 à 18:38 :
en fait l'article dit tout haut ce que les banquiers de paris pensent tout bas , si on applique cette taxe , paris sera lésé au profit de la city qui ratifiera pas cette taxe , les capitaux iront donc a londres , c'est l'économie française et allemande qui patineront alors avec leur taxe , ce concept est peut-être valable a l'échelle du monde , pas de deux pays ou meme une dizaine .. les utopies perdurent et les degats eux sont bien visibles dans les rues
a écrit le 19/02/2014 à 13:36 :
Londres ,New York et bien d'autres se frottent les mains ;Les delocalisations financieres vont etre massives et quand à faire venir des capitaux en France c'est pas demain la veille .En effet il serra trés facile aux enemies de cette taxe de dire à la finance internationnale que l'aubjectif final serra de taxer tous les capitaux y compris étrangers.De plus la fameuse petitesse de cette taxation est une douce illusion et un piege .En effet qui decidera de l'évolution de cette taxe dans le futur ? Comme la CSG crée a 0.5 % et qui quelques années plus tard se retrouvera à 7 % .Vous croyez que les financiers ne savent pas ça !Quand on met de l'argent legalement à l'étranger ,on doit declarer les plus values en France .Mais c'est argent mis dans des banques étrangeres ne profitent pas à l'économie française .Qu'es ce qui va empecher des transferts massifs de capitaux à l'etranger rien que pour emmerder ce gouvernement et Bercy !
a écrit le 19/02/2014 à 13:22 :
La France n'a toujours rien compris a l'economie de marche decidement. C'est pas en taxant le risque, la speculation, l'investissement qu'on va fabriquer les futurs google, android, apple et autres facebook. La speculation contribue a la mort des entreprises non viables pour x raisons (style lehman brothers), mais permet aussi a l'argent d'aller aux idees les plus creatives, innovantes et productives (illiad en France par exemple).
Réponse de le 19/02/2014 à 13:37 :
Sans le courage de forces étrangères la France n'est qu'un pays sans envergure. Les deux dernières grandes guerres l'illustrent parfaitement.
a écrit le 19/02/2014 à 11:32 :
seulement à financer les dépenses de nos dirigeants, c'est d'ailleurs pour ça qu'ils l'ont poussé à se développer. Et ils sont bien contents que les spéculateurs soient là.
Je suis étonné par la haine qu'ont les gens pour les banquiers, juste parce qu'ils ont besoin d'un bouc émissaire. On sait où cela mène.
a écrit le 19/02/2014 à 10:09 :
Un seul mot pour les auteurs de cette tribune : bravo. Et qu'il est scandaleux de voir les dirigeants socialistes et les articles du journal Le Monde reprendre mot pour mot l'argumentaire des banquiers.
Vincent
a écrit le 19/02/2014 à 8:50 :
La speculation est l huile du moteur eco...Le probleme est que le moteur baigne dans l huile...
Réponse de le 19/02/2014 à 10:09 :
Excellent résumé de la situation, +1.

Vincent
a écrit le 19/02/2014 à 8:36 :
La réaction outrée des banquiers qui, apparemment, sortent les flingues, montre à quel point ils ont pété les plombs depuis longtemps : ils de croient au dessus du commun des mortels, et n'ont donc pas à payer d'impôt sur leurs opérations. La TVA, c'est pour les pauvres.
a écrit le 19/02/2014 à 7:55 :
Encore un super article, plein de bonnes intentions, pour le plus grand malheur de la France.

Taxer les dérivés sur le nominal ... Absurde! Prenez une option d'achat France Telecom à 20 euros qui mature dans 6 mois. Autant dire que ça ne vaut pas grand chose, mettons 10 centimes. Appliquez une taxe de 0.1% sur le nominal (20 euros) et vous obtenez une taxe de 2 centimes soit 20% ! C'est un peu comme si vous disiez que l'euro million a un nominal de 100 millions d'euros et donc qu'on va taxer les tickets à 100 000 euros l'unité !
Réponse de le 19/02/2014 à 13:31 :
Ce que vous dénoncez c'est le principe d'un impôt indirect tel que la TVA sauf que lorsque vous achetez une action vous n'obtenez aucune valeur ajoutée, seulement une part du capital d'une société.
a écrit le 18/02/2014 à 23:17 :
Les spéculateurs sont les parasites de l'économie et les tueurs de l'économie réelle , celle de l'investissement et de la R&D, celle de la croissance RÉELLE , celle qui fait avancer l'homme, pas du brassage de vent qui ne profite qu'à un peut groupe lobbyiste bien introduit dans le monde politique.
Allez du courage, le risque est nul
Réponse de le 18/02/2014 à 23:21 :
Que Roosevelt aille donc s'occuper des Etats-Unis où il est chez lui et qu'il laisse les européens tranquille.
Réponse de le 19/02/2014 à 2:55 :
Churchill te dis la même chose que Roosevelt. La finance ne sert a rien, sauf a reculer l’échéance de la facture finale, que les spéculateurs ne paieront pas a l'abri dans leur paradis fiscal.
a écrit le 18/02/2014 à 22:36 :
En 2000, les politiciens ont fait le choix de ne pas adapter la fiscalité du secteur du jeu vidéo , 10 ans plus tard 100000 emplois de créés dont 50% au Canada , 0 en France.
En 2008 , crise des subprimes, pour rappel les banques françaises n'ont pas coûté un Kopeck aux contribuables contrairement à l'europe avec la grèce et aux banques américaines, résultat Bâle 3 et perte de 10000 emplois en france .
Demain TTF et on aura définitivement délocalisé la dizaine de milliers d'emplois restant dans la finance... Bravo ...
Réponse de le 18/02/2014 à 23:19 :
Tout à fait. Sans compter que la TTF ne concerne pas le trading à haute fréquence réalisés par des machines... Quel beau miracle ce socialisme!
Réponse de le 18/02/2014 à 23:32 :
Un trader ça "peut" gagner beaucoup d'argent mais ça "peut" aussi payer beaucoup d'impôts. Les machines ne coûteront rien à la sécurité sociale cependant n'y cotiseront pas non plus. Idem pour les retraites. Les socialistes ont déclarer la guerre aux "riches", néanmoins faites bien attention à ce que ce ne soit pas vous le prochain "riche" à attaquer... une fois que tous les "riches" seront partis à l'étranger.
Réponse de le 19/02/2014 à 7:12 :
La prochaine crise financière fera passer celle de 2008 pour une petite répétition. Et là, messieurs les financiers, numérotez vos abatis car ce ne sont pas à vos patrons (qui auront pris la tangente) que le peuple ruiné s'en prendra ...
a écrit le 18/02/2014 à 20:11 :
La TTF était une bonne idée mais voilà elle s'est heurtée à l'un des plus forts lobbies de la planète, so voilou...
Réponse de le 18/02/2014 à 21:21 :
C'est quoi la bonne idée? Financer des états insolvables par le racket financier? Quelle idée de génie!
a écrit le 18/02/2014 à 18:03 :
Rien de nouveau sous le soleil...
Le gouvernement français de "gauche" et "ennemi officiel de la finance" est en fait son plus dévoué serviteur, même contre la droite allemande...
et tout ça avec un ministre qui n'a que 200 000€ de patrimoine (déclaré)... la belle blague
a écrit le 18/02/2014 à 17:21 :
Le collectif Roosevelt pourrait amender sa proposition,la taxe est due si le produit est revendu dans la semaine sinon il est éxempté .
Réponse de le 18/02/2014 à 17:27 :
si vous gardez un immeuble ou lieu de le revendre, vcous ne payez pas de taxe. non. il en va de l´égalité envers les taxes: taxez les produits financier comme tout autre bien.
Réponse de le 18/02/2014 à 18:32 :
Si. On paye une taxe. La taxe foncière, environ 1% à 2% de la valeur vénale du bien chaque année.
Réponse de le 18/02/2014 à 21:27 :
@yoyo

Revendu à la journée, la semaine, l'année, la décennie ou le siècle prochain, cela n'empêchera pas la spéculation pour collecter une plus-value. Combien ont spéculé sur la pierre sur une période de détention bien plus longue que celle d'une action, d'un obligation ou d'une devise? La TTF est un impôt opportuniste comme toutes les taxes françaises.
a écrit le 18/02/2014 à 16:59 :
Toute taxe visant à diminuer les échanges entre êtres humains revient à diminuer la spécialisation du travail et l'allocation efficace des ressources, et donc in fine à appauvrir la population. donc le collectif Roosevelt a pour but principal l'appauvrissement généralisé de tous le monde (à part eux-mêmes, bien sûr, vivant au dépens des autres).

C'est le résultat évident et parfaitement constant en tout lieu et en tout temps d'une politique éminemment socialiste et constructiviste.
a écrit le 18/02/2014 à 16:58 :
superbe démonstration de la technique bureaucratique dite du "garrot hypocrite", et qui consiste à faire avorter un projet tout en clamant le soutenir. Les apparatchicks bruxellois vendus aux lobbys anglo-saxons sont passés maîtres en la matière. Quand à nos socio-"démocrates", ce dossier révèle leur fourberie.

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