Le doute s'installe au Brésil

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(Crédits : DR)
Et si l'organisation de la coupe du monde laissait à désirer, laissant les Brésiliens honteux de ce flop. Le risque est là... Par Jean-Christophe Gallien*

Après avoir encore déclaré fin janvier que le Brésil était "plus en retard que l'Afrique du Sud à la même période", Sepp Blatter, s'adressant à l'ensemble de la communauté du Football, médias, observateurs et acteurs et plus largement aux fans à travers le Monde, a dit, ces derniers jours, toute sa confiance : « le Brésil sera prêt ! ». Son message volontairement très positif demeure pourtant ambigu et il ne peut s'empêcher de souligner s'adressant cette fois aux brésiliens eux-mêmes : "Je dirais au peuple brésilien, maintenant, mobilisez-vous pour le football, vivez ce grand événement de football, vivez le football" comme une supplique qui dit bien l'ambivalence de l'organisation d'un événement comme la Coupe du Monde de Football ou les Jeux Olympiques : à la fois arme diplomatique et business essentielle de la compétitivité contemporaine d'un pays et fête identitaire, sociétale et politique interne.

Au cœur de l'agenda du Monde

Candidater à l'organisation d'une Coupe du Monde, encore davantage sa tenue, visent à démontrer l'entrée ou le retour d'un pays au cœur de l'agenda du Monde, le notre, celui des opinions publiques. C'est aussi une affirmation de puissance dans la compétition territoriale enfant de la mondialisation. En l'occurrence, c'est un marqueur de l'entrée définitive du Brésil au premier plan du concert des Nations.

2014 avec des Jeux Olympiques d'hiver en Russie et une Coupe du Monde au Brésil, décrit définitivement la basculement vers un Nouveau Monde un nouveau paradigme qui s'impose en particulier par le Sport mais qui s'impose aussi au monde sportif à travers les grandes compétitions et les grandes organisations : JO et CIO, Coupe du Monde et FIFA, F1 et FIA, Tennis et ATP …

Le sport, pour lier "hard" et "soft power" en puissance intelligente

Lula puis Dilma Roussef comme Vladimir Poutine et de nombreux autres leaders de pays émergents ont compris que le Sport est l'un des ingrédients essentiels qui lient désormais HARD et SOFT power en « puissance intelligente » et, comme les autres, ils revendiquent avec force leur part de cette puissance comme leur part de la richesse de ce Monde nouveau. Le Sud, les BRICS, les émergents disent « C'est notre tour ! ». C'est une réalité, la diplomatie sportive permet d'exister sur la (les) cartes du Monde.

Quand le Brésil se met en danger, en s'ouvrant au monde

Avec son feuilleton inédit au rythme très rapproché d'un enchaînement Coupe du Monde et Jeux Olympiques d'été entre 2014 et 2016 on pourrait penser que le Brésil a comme déjà gagné la bataille externe, celle des premiers pas Brésil dans la dimension essentielle du soft power contemporain. Un pays n'écrit pas sur une page blanche lorsqu'il veut impacter les esprits et les cœurs des opinions publiques mondialisées. Le Brésil dispose en amont d'une perception plutôt positive dans un mix chaleureux qui mêle Rio, soleil, carnaval, samba, football, caïpirinha, … mais aussi Lula et le sentiment d'une dynamique économique et sociale à la fois puissante et généreuse.

Pourtant, le territoire qui décide d'organiser de telles manifestations se met aussi en danger parce qu'il s'ouvre au Monde et désormais très au delà de ce qu'il peut penser maîtriser. Une Coupe du Monde ne s'évalue pas seulement par la dimension sportive, les visiteurs vont pénétrer le réel de l'expérience brésilienne. Ils vont la vivre, la diffuser dans tous les écrans. Ils doivent vivre un parcours en ligne avec la déclaration ambitieuse d'un pays qui veut projeter son modèle propre au reste du Monde. Un pays économiquement et socialement avancé, équipé et organisé en terme d'infrastructures de mobilités, d'accueil, de sécurité … sinon le décalage sera très négatif et totalement contre productif.

Le doute s'insinue...

Lula puis Dilma Roussef ambitionnaient une démonstration de savoir faire et de maturité. Certes à marche forcée, le Brésil devait être au rendez-vous. Aujourd'hui le doute est dans toutes les têtes et menace l'impact extérieur recherché par le Brésil. Plus grave, comme nous le disions plus haut Sepp Blatter, lui même, semble douter de l'adhésion totale des brésiliens. Dilma Roussef aussi. Et ils ne sont pas les seuls : les brésiliens aussi. Le processus est comme miné de l'intérieur.

Une grande fête? Rien n'est moins sûr

Une grande manifestation internationale du sport comme la Coupe du Monde doit être une véritable fête interne, une fête que le Brésil tout entier devrait déjà saliver et se préparer à dévorer et dans laquelle il pourra communier autour du parcours de la Selecao.

Rien n'est moins certain aujourd'hui et c'est ce que ressent bien Sepp Blatter. Les manifestations de la rue brésilienne débutées en juin 2013 se poursuivent : "nous avons beaucoup plus besoin d'écoles, d'hôpitaux et de prisons que de terrains de foot", et désormais la mobilisation populaire est accompagné d'une sorte « d'auto bashing » digital et médiatique bien difficile à contrer par les autorités brésiliennes et celles du Football.

Plus de la moitié de la population hostile au Mondial

« Le Brésil va avoir honte" est répété à volonté et la menace d'un flop se répand. Plus de la moitié de la population se déclare aujourd'hui hostile à l'organisation du Mondial !

Tout va reposer au final sur la pauvre Selecao, ses joueurs et son staff ! C'est une pression terrible. Et c'est ce qui différencie la Coupe du Monde des Jeux Olympiques. Avec les JO, l'enjeu du résultat sportif est partagé entre de nombreuses disciplines, de nombreux sportifs. Rien n'est définitivement joué, mais le Brésil en difficulté sur la bataille externe est encore moins certain de remporter celle de l'interne. Formidables outils de diplomatie et d'audience, les Jeux Olympiques et la Coupe du Monde sont aussi de dangereux révélateurs. La France devra bien réfléchir avant de se lancer dans le défi des JO d'été de 2024 !

 

Jean Christophe Gallien, professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne, président de j c g a

Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

 

 

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Commentaires
a écrit le 19/03/2014 à 13:06 :
Le Brésil est miné par la corruption, la violence, l’incompétence et l’économie de rente.
Beaucoup de travaux en retard n’ont pas fait l’objet d’attributions dans les règles (leilão), ce qui veut dire que des sommes colossales ont été détournées au profit de quelques uns , puisque le surcôut peut être de 300 % du devis initial.
De ça, les Brésiliens n’en veulent plus et vont le faire savoir ( sous quelles formes ? ) à leurs dirigeants qu’ils méprisent de moins en moins gentiment.
( cf : le stop retour de Davos à Lisbonne par l’équipe Roussef – 50 personnes-suite d’hotel à 8000 Euros…)
Quant au football, au Brésil comme ailleurs, des tas de gens s’en foutent !
a écrit le 19/03/2014 à 11:32 :
Le Brésil est miné par la corruption, la violence, l’incompétence et l’économie de rente.
Beaucoup de travaux en retard n’ont pas fait l’objet d’attributions dans les règles (leilão), ce qui veut dire que des sommes colossales ont été détournées au profit de quelques uns , puisque le surcôut peut être de 300 % du devis initial.
De ça, les Brésiliens n’en veulent plus et vont le faire savoir ( sous quelles formes ? ) à leurs dirigeants qu’ils méprisent de moins en moins gentiment.
( cf : le stop retour de Davos à Lisbonne par l’équipe Roussef – 50 personnes-suite d’hotel à 8000 Euros…)
Quant au football, au Brésil comme ailleurs, des tas de gens s’en foutent !
a écrit le 06/03/2014 à 17:29 :
Je pense que ça va se passer tant bien que mal, comme d'habitude. Comme Sotchi. La FIFA et tous les opérateurs de télé feront une belle propagande. Mais ça laissera une impression bizarre. Ce pays dingue de foot, à la classe moyenne en plein boom, on aurait penser que ce serait la folie, et bien non. Plus de la moitié sont contre l'évènement. Il y a là comme un ver dans le fruit, l'œuvre de Lula semble moins imposante d'un coup.
a écrit le 05/03/2014 à 22:53 :
Il y a déjà des commentaires pleins de bon sens, donc pas besoin d'en rajouter une couche !
a écrit le 05/03/2014 à 20:33 :
Je suis Français, mais j'habite au Brésil. Ce ne sera pas prêt.
Soyons clair: deux mots manquent au vocabulaire Brésilien:
1- Maintenance
2- Organisation
Ici, on construit un truc sans penser à l'entretenir donc ça tombe en ruine de partout. Ensuite, si les Brésiliens sont des gens pleins de bonne volonté, ils tombent vite dans l'auto-satisfaction ce qui là, amène le pays dans une situation de grand danger.
En fait, quand on est face à un petit problème, la bonne volonté permet de le résoudre. On a alors l'illusion qu'on sait résoudre les problèmes alors qu'en fait, on a simplement réussi parce que c'était petit. Quand ça devient plus complexe, ici on se contente de multiplier les intervenants. Sauf que passer un seuil, la multiplication des intervenants n'arrange rien, au contraire. Il faut s'organiser et ici, on sait pas faire. Une analyse de tous les travaux entrepris au Brésil montre qu'il y a une limite de complexité que le pays n'arrive pas à dépasser. Et cette limite est basse. La complexité lié au Mondial est largement au dessus des capacités du pays.
Et comme le dit JCG, un grand nombre de personnes sont contres car le pays manque d'infrastructure de base. J'étais la semaine dernière dans une ville de 30.000 habitants, isolée de tout, sans une seule ambulance, sans service de secours... Alors les milliards du Mondial, ça reste en travers de la gorge.
a écrit le 05/03/2014 à 19:32 :
Soft power, auto bashing, mix chaleureux. Quant à: C'est aussi une affirmation de puissance dans la compétition territoriale enfant de la mondialisation, c´est assez obscur. On attendrait quelque chose de mieux pondu, venant de la Sorbonne. Faites-vous relire, c´est un peu ce qu´il manque dans la presse écrite sur internet. Sinon, c´est sympa d´avoir la patience de répondre aux commentaires.
a écrit le 05/03/2014 à 18:42 :
Pays tres dangereux les fans risquent gros dans les rues de Rio et sao paulo
a écrit le 05/03/2014 à 17:13 :
Paris a déjà des équipements sportifs (SDF, Parc des Princes, Jean-Bouin, Bercy etc) dignes d'accueillir des JO. D'autres sont déjà en travaux ou vont l'être à court terme. En terme d'hôtellerie et de restauration, la capitale est déjà très équipée. Bref, rien à voir avec le Brésil qui n'avait rien, ou pas grand-chose. Clairement, l'auteur ne connaît pas le Brésil, mais il ne semble même pas connaître la France. Nul.
Réponse de le 05/03/2014 à 18:17 :
Cher ami, je ne sais si vous connaissez le Brésil de votre côté, j'en doute un peu. Et si vous pensez connaître la France et ses capacités passées et présentes, ce que vous ne maîtrisez pas ce sont clairement les éléments constitutifs d'une réussite de la candidature si elle existe en 205 pour 2024. Il ne s'agit pas seulement d'équipements ou d'infrastructures. Je vous donne rv pour un prochain texte sur la question de 2024. Le nul vous salue bien.
a écrit le 05/03/2014 à 16:49 :
de grands footballeurs raisonnables, élus du peuple, rivaldo, romario, ne sont pas des acteurs de cinéma, à 1.000€ la place de foot, peu chères,pour du foot identique, monoforme, des brésilens en dehors de l'art, de la bauté et de la magie, perdu dans le foot d'argent et de coups tordus, le brésil a autres choses à faire, écoles, hôpitaux, pont, etc.. bon article préventif.
Réponse de le 05/03/2014 à 18:18 :
@lenoir, rv pour la suite sur la France et 2024 !
a écrit le 05/03/2014 à 16:35 :
Etes vous seulement déjà allé au Brésil...la lecture de cet articlelaisse penser le contraire.
De nombreux clichés, peu de mis en relief de l'ambivalence entre les manifestations contre les sommes dépensées et la fierté d'organiser le Mondial.
Les travaux sont en cours, certes en retard, mais cessons de les voir au travers de notre prisme européen !!! La Coupe du monde de football au Brésil sera un succès.
Réponse de le 05/03/2014 à 18:21 :
@inepties... à la question sur le Brésil, la réponse est oui. Pour le reste je souhaite de tout coeur en tant qu'amateur de ce pays et du ballon rond que le succès soit au rendez-vous. Maintenant la réalité est plus complexe que des travaux achevés et même qu'une victoire finale de la Selecao. C'est toute la difficulté de l'exercice externe et interne lié à une stratégie de diplomatie sportive.
a écrit le 05/03/2014 à 16:12 :
Article creux, rempli de cliché et terriblement mal écrit....
Réponse de le 05/03/2014 à 20:41 :
Et à part les invectives, vous avez des arguments a avancer?

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