Chine : la menace fantôme de la finance de l'ombre

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Les chiffres sont à l'image de la taille de l'économie, gigantesques. Depuis septembre 2008, le bilan des banques chinoises a gonflé de 15.000 milliards de dollars (oui, bien quinze mille milliards) pour atteindre 24.000 milliards de dollars !
Les chiffres sont à l'image de la taille de l'économie, gigantesques. Depuis septembre 2008, le bilan des banques chinoises a gonflé de 15.000 milliards de dollars (oui, bien quinze mille milliards) pour atteindre 24.000 milliards de dollars ! (Crédits : Forex)
Avec le premier défaut de paiement sur la dette du fabricant du panneaux solaires Chaori début mars, la Chine essaie de maîtriser la bulle de l'endettement privé. Mais celui-ci a pris des proportions colossales et malgré les énormes moyens financiers de l'empire du Milieu, le risque d'une explosion façon crise des subprimes effraye les investisseurs.

Pour la Chine, ce sera bientôt le moment Lehman Brothers ! Voilà la prédiction effrayante de certains éditorialistes américains après l'annonce, début mars, du premier défaut de paiement sur les intérêts de la dette obligataire d'un fabricant chinois de panneaux solaires. Un an après la faillite de Suntech, l'ex-numéro 1 chinois de ce secteur hautement spéculatif, le groupe shanghaïen Chaori Solar Energy Science & Technology n'a pas pu honorer le paiement de 89,8 millions de yuans (10,7 millions d'euros) d'intérêts dus sur des titres émis en 2012.

Cet événement n'a pu se produire que parce que les autorités ont voulu adresser un signal fort : Pékin dit ainsi être prêt à accepter de telles défaillances, pour assainir un marché de la dette privée qui a explosé depuis cinq ans avec le développement de la finance de l'ombre ou « shadow banking ».

Même si le secteur chinois du solaire est sinistré, même si les montants en jeu restent anecdotiques, ce changement d'attitude marque un tournant que l'on aurait tort de négliger. Jusqu'alors, les gouvernements municipaux et les banques publiques intervenaient toujours pour aider les entreprises en détresse. Ces renflouements systématiques ont conduit nombre d'investisseurs à sous-estimer les risques. En laissant le marché jouer son rôle pour réduire « l'aléa moral», l'État montre qu'il ne sera pas toujours le prêteur en dernier ressort.

Mais ce scénario optimiste d'autorités chinoises agissant en conscience avant qu'il ne soit trop tard est pour le moins incertain. Pékin fait avec Chaori un exemple à bon compte, mais c'est l'arbre qui cache la forêt. La menace fantôme de la dette privée a en effet de quoi effrayer, et la Chine se rapproche du moment où un défaut majeur pourrait faire trembler le monde.

Ce qui se passe dans l'empire du Milieu n'a en effet rien à voir avec le retournement qui s'est produit depuis un an dans les pays émergents avec la fin programmée de la politique d'assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale. La Chine est victime de l'effet miroir de la crise des subprimes aux États-Unis, c'est-à-dire des excès de l'économie d'endettement.

Les chiffres sont à l'image de la taille de l'économie, gigantesques. Depuis septembre 2008, le bilan des banques chinoises a gonflé de 15.000 milliards de dollars (oui, bien quinze mille milliards) pour atteindre 24.000 milliards de dollars ! Près de 2,5 fois le PIB du pays...

Après la crise de 2008 en Occident, qui a fait chuter le commerce mondial, principale source de croissance de la Chine, les autorités ont laissé s'ouvrir toutes grandes les vannes du crédit, dans tous les secteurs et dans toutes les provinces, jusqu'à la démesure. Résultat, les risques de faillites en chaîne se sont multipliés. Restés dans l'ombre jusqu'ici, ils commencent à apparaître en pleine lumière. Ainsi, dans l'indifférence générale, les autorités ont refusé de laisser un fonds d'investissement faire faillite en janvier. C'était peut-être le « Bear Stearns moment», référence au sauvetage in extremis de cette banque d'investissement, la plus petite, en janvier 2007, ce qui n'a pas empêché la chute de Lehman Brothers en septembre 2008.

Ce qui est certain, c'est que la bulle de la dette privée chinoise est sans précédent dans l'histoire, par son niveau et sa soudaineté (moins de cinq ans). Les entreprises chinoises devront payer 1.000 milliards de dollars d'intérêts pour la seule année 2014, deux fois ce que verse le Trésor américain sur sa dette !

Pour résorber cette menace fantôme, l'heure est au désendettement. Certes, la Chine, assise sur des trillions de dollars de réserves, a sans doute les moyens d'absorber le choc, mais cela promet une croissance chinoise plus faible et, à terme, plus saine... à condition que la bulle n'explose pas en vol…

 

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Commentaires
a écrit le 28/03/2014 à 14:37 :
chouette un nouveau Tesla dans la compet!
la finance de l'ombre oh oui!.... comique
on recrute au cirque
en attendant le grand ménage, vous pensez bien que cosmiquement parlant
vous n'êtes pas seul, oh non! pas du tout mais alors PAS DU TOUT
rendez vous compte:
un labo biologique terrestre.....ça excite les appétits
et surtout comme dirait un certain..c'est pas négociable!!... longtemps!
a écrit le 17/03/2014 à 17:43 :
Bonjour,
La Chine contrairement à l'occident largement désindustrialisé ne tire pas ses revenus de la finance spéculative mais de l'industrie, de l'export et du commerce.
Si certaines banque tombent elle s'en remettra très bien. Surtout que ses réserves de cash et de métaux ne sont pas réduits à leur partie congrue comme chez nous.
De plus la Chine a commencé à se tourner vers son marché intérieur afin de ne plus dépendre à 100% de pays qui risquent de ne plus pouvoir consommer ses produits à moyen terme. Enfin le chinois moyen n'a pas la culture de l'endettement démesuré comme les occidentaux. Tout est misé sur la famille et la mise en commun des ressources familiales pour la réussite du plus grand nombre au sein de la classe moyenne. Cette soi-disant crise n'est qu'une preuve de bonne gestion de plus de la Chine qui prend les bonnes décisions au bon moment afin d'éviter de rentrer dans une spirale de fuite en avant. Ils évitent ainsi de rentrer dans la gangrène des taux à 0% de la stagflation, voir pire de la déflation. Ils contrôlent la finance et non le contraire grasse à des lois et des règles.
a écrit le 17/03/2014 à 12:36 :
Mon dieu... mon dieu.. mon dieu... que d' experts spécialistologue en findumondecélachine sur la tribune... pourtant vous le dites vous même: total bilan des banques chinoise = 2 fois et demi le pib de la Chine... j' vais juste vous renvoyer à vos études: le total bilan de la bnp versus le pib de la France ? le total des 3 premières banques française versus le pib France et la totalité de la banque-assurance française versus pib france ? si bnpp saute, la France saute.. si sg saute la France saute.. si ca saute, la france saute... etc... jusqu' à la dixième petitte banque.. et donc si Franse saute, l' ue saute, l' euro saute, le monde saute... en suisse itou, en allemagne parteil.. etc... la Chine et un paragon de vertu à coté !!!!!!!!!!!!! et vous viendrez me reparler de fin du monde en Chine ensuite ( votre pognon est et sera le mieux protéger en Chine plutôt qu' ici...ou ailleurs )
a écrit le 15/03/2014 à 22:10 :
La logique est convaincante sur cette Chine qui rattrape son retard vite et fort, mais avec les mêmes outils et pratiques qu'ailleurs, chez les pays de l'occident hégémonique. L'économie de l'endettement, la banque de l'ombre fonctionnent partout et y circulent les centaines ou milliers de trillions qui font tourner les moulins du mercantilisme. La menace fantôme de la finance de l'ombre est disséminée partout.
a écrit le 15/03/2014 à 18:42 :
Excellent article de Philippe Mabille , auquel je souscris pleinement.
Décidément , les meilleurs économistes sont sur La Tribune... ;-)
a écrit le 15/03/2014 à 17:03 :
Pour éviter de réévaluer fortement la devise du pays, les chinois acceptent des marges ridicules qui ne permettent plus de payer les banquiers. On peut mettre la marge haute laissant une respiration ou basse en intervenant souvent sur chaque problème. Cette seconde solution adoptée est plus efficace économiquement pour étouffer la production industrielle mondiale mais présente un risque de loyauté. En effet ayant compris le système les chefs d'entreprise chinois se sont adjugé des marges que l'on ne leur donnait pas par des cadeaux somptueux et pour les plus vaillants par des défauts financiers complices ou pour d'autres des gestions tout simplement catastrophiques... puisqu'il ne servait à rien de faire mieux. C'est ce délire de la dictature socialiste chinoise qui est en train de rendre l'âme. Il faudra remonter la marge moyenne haute du système en laissant plus de respiration aux entreprises ... mais trop aux plus compétents selon Pékin. Quoiqu'il en soit la décision a été prise de couper déjà ceux qui organisaient la dérive de l'incompétence. Pour parer à une montée trop brutale de leur devise que ces opérations de révision des niveaux risque d'entraîner, ils la font baisser artificiellement par prévention. La vérité est qu'elle devrait progresser fortement et que nous devrions être attentifs à cette pratique. Mieux que le bitcoin beaucoup dans le monde comptent recevoir les fruits de l'écroulement de leur économie par l'évolution des actifs qu'ils ont récupérés puis adossés à la devise chinoise. Ici il y a une complicité : les chinois cassent, ceux-là récupèrent et tous veulent valoriser. Sauf que le gouvernement s'attache à ne pas tuer trop tôt la poule aux oeufs d'or. Avec ce jeu gagnant/gagnant d'un petit nombre, le chômage augmente et les populations trinquent partout ailleurs cette fois sans rien gagner mais en perdant tout. Il est temps d'arrêter.
a écrit le 15/03/2014 à 16:07 :
Le shadow banking, c'est les subprimes puissance 10 ou 100...quand ça va péter, on va retourner 30 ans en arrière !!!
Quand on voit les scandales bancaires en cours sur quasiment tous les marchés dits régulés, comment croire que cette finance occulte ne finisse pas par une cata jamais vue... 1929 nous voilà !!!!!!

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